L’urgentiste Patrick Pelloux s’inquiète de la marchandisation des offres de soin

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Patrick Pelloux : de l’urgence médicale à l’urgence sociale.

Patrick Pelloux, président de l’Association des médecins urgentistes hospitaliers de France, a une première fois délaissé les brancards pour alerter les médias des conséquences de la canicule sur les services hospitaliers en 2003. Depuis, il continue d’alimenter une chronique sur ses anecdotes de travail dans les colonnes de Charlie Hebdo. En 2007, elles ont été réunies dans un ouvrage, Histoire d’urgences, dont le tome 2 vient de paraître (éditions les Echappés. A cette occasion, Jean-Claude Gayssot, président de l’association Edec (Economie, développement et citoyenneté) l’a invité à prendre la tribune lors d’une rencontre-débat* sur le thème  » La santé n’est pas une marchandise ».

« La santé est-elle une marchandise ?

Oui, elle est devenue une marchandise. Progressivement, on en a fait un objet économique, coté en bourse, avec des intérêts financiers au plus haut niveau, notamment dans l’industrie pharmaceutique comme on a pu le voir lors de la grippe A. Et ça va continuer, en particulier avec les migrations démographiques liées aux changements climatiques qui auront des conséquences sur la santé et donc des conséquences économiques importantes.

En France, la loi Hôpital, patients, santé, territoires (HPST) participe-t-elle à ce processus de marchandisation ?

On le voit surtout avec la bascule des soins dans le secteur privé lucratif. Aujourd’hui, 80% de la chirurgie ophtalmologique se fait dans les cliniques privées. Celles-ci ne sont d’ailleurs quasiment plus détenues par untel ou untel mais rachetées par de grands consortiums financiers, souvent des multinationales. Ca veut dire qu’il est possible de faire de l’argent sur la santé, ce qui est totalement contradictoire avec les premiers textes sur la sécurité sociale.

Depuis votre première sortie médiatique lors de la canicule en 2003, la situation a-t-elle empiré ?

Les choses se sont accélérées. D’ailleurs, d’après les échos que j’ai eus de la commission santé du parti socialiste, je ne suis pas sûr qu’il revienne un jour en profondeur sur la loi HPST. Une pensée économique et sociale de la santé est née et il est très difficile d’aller contre la pensée unique. Il n’y a qu’à voir ce qui se passe en Ile-de-France où le nouveau président de l’ARS (Agence régionale de santé, ndlr), ancien ministre PS, applique doctement la loi HPST. On entend partout que l’hôpital est mal organisé, mais on n’a pas arrêté d’y fermer des lits, comme une application à l’avance de la loi HPST. Ca n’a pas réglé les problèmes de déficit. C’est bien la preuve qu’il y a quelque chose qui ne marche pas dans cette politique, mais aujourd’hui, même le domaine de la santé est devenu un objet de concurrence.

Se soigner est-il devenu un luxe ?

Ca devient de plus en plus cher. Nous sommes un des pays où nous cotisons le plus et où nous sommes le moins remboursés. C’est devenu très difficile entre les dépassements d’honoraire, les déremboursements…

La France a donc perdu son statut de pays où l’on peut se soigner ?

En tout cas nous ne sommes plus le modèle. Dans le classement européen, nous sommes passés de la 10ème à la 18ème place. Le gouvernement s’est empressé de dire que les critères d’évaluation avaient été changés. Mais c’est totalement faux, cette étude est menée par un organisme indépendant.

Est-on arrivé à un point de non retour ?

Les choses ne sont jamais totalement perdues. On voit comment depuis 2002, la politique néo-libérale a cassé tous les services publics. Mais nous vivons dans un pays qui a été capable de se reconstruire après des chaos insensés. On a toujours su rebondir. On est dans une période abjecte, mais il ne faut pas perdre espoir.

Que faut-il faire pour améliorer la situation ?

En ce qui concerne le problème économique, c’est à la classe politique de définir ses attentes et de continuer à abreuver ses pensées. Quant au problème médical, je crois que la médecine est malade de son élite. Il faut un bouleversement du statut hôpitalo-universitaire. Le pouvoir a voulu moderniser sur le modèle des entreprises, notamment avec les fameux  » pôles hospitaliers « . Mais c’est une chose qui n’est pas valable pour l’hôpital. On a voulu faire des grands systèmes, alors que tous les grands systèmes (EADS, France Telecom, …) reviennent à de petites structures.

La formation des médecins est également trop longue, les jeunes ne sont pas insérés dans le travail assez tôt, ni rémunérés assez tôt. Il faudrait une base de formation médicale continue qui ne pourrait se faire que dans le cadre universitaire et pas dans l’industrie pharmaceutique. L’émergement de la solution, il est là.

Quant à l’élite de la médecine, elle doit cesser immédiatement d’être aussi narcissique et hégémonique dans la façon de penser. Un même médecin ne devrait plus pouvoir porter toutes les casquettes et passer sa vie dans un avion pour aller de conférence en conférence. On est à l’époque du partage. On n’est plus à celle du cumul des mandats. Enfin, il faut renforcer le droit des femmes dans la médecine. Il n’y a qu’une seule femme à l’Académie, ce qui montre bien le retard de féminisation de notre métier. Je connais encore des gens qui refusent de recruter des femmes à l’hôpital ou ne le font qu’à condition qu’elles acceptent de ne pas tomber enceinte. C’est inadmissible. « 

Recueilli par Marine Desseigne (L’Hérault du jour)

*La rencontre avec Patrick Pelloux a été annulé en raison des perturbations occasionnées par les mouvements sociaux.

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Cinemed 32e :  » Un léger glissement de la ligne éditoriale « 

cinemed-10Depuis son premier cri, poussé en 1979 dans le cadre du ciné-club Jean-Vigo, le Cinemed a poursuivi sa ligne éditoriale ouverte sur la civilisation méditerranéenne. En partant de la succulente et inventive cinématographie italienne, avant de s’étendre aux ports de la mer noire pour finalement concerner l’expression cinématographique de pas moins de vingt-trois nationalités.

Le plaisir de cette ouverture géographique va de paire avec l’intérêt que l’on porte à ce qu’un film peut transmettre de proprement culturel. Comme il marque une certaine appartenance de notre région aux rives de la Méditerranée. Cette 32e édition marque « un léger glissement de la ligne éditoriale » qui s’opère à la faveur d’un cinéma plus accessible et moins cinéphile pointu, a signalé Le directeur du Cinemed, Jean-François Bourgeot.

Pas sûr que les cinéphiles qui constituent une bonne partie du public du festival, n’entrent dans ce costard d’intellectuel pointu. Donner à voir des films dans un vrai festival de cinéma suppose une certaine qualité de production, mais celle-ci ne se mesure évidemment pas seulement à l’aune d’Avatar ou des comédies sentimentales françaises qui envahissent le petit écran et peinent à passer nos frontières. Bref, ce que l’on retient de ce « léger glissement », c’est le mot léger qui permet à tous les amoureux du cinéma de retrouver un espace géographique singulier où l’histoire du cinéma côtoie des cinématographies méconnues.

Les productions tournées dans la région s’affirment comme un volet à part entière de la programmation. Dans ce cadre on pourra revoir Merci la vie de Bertrand Blier ou 37°2 le matin en présence de Beineix. Deux géants du cinéma italiens sont à l’honneur cette année, avec une rétrospective consacrée à l’avant-gardiste et subversif Marco Ferreri et à son scénariste fétiche Rafael Azcona (le 27 oct Brak up, érotisme et ballon rouges, 29 oct La Grande bouffe en présence d’Andréa Ferréol) et un hommage à Dario Argento à nous glacer le sang.

Jean-Marie Dinh

Voir aussi : Rubrique Festival Cinemed 2010, Soirée d’ouverture, Cinemed 2009 , Cinemed 2008, Rencontre Pierre Pitiot “sont méditerranéens ceux qui ont envie de l’être, Cinéma , Languedoc-Roussillon Cinéma,

Selon Merkel, le modèle multiculturel en Allemagne a « totalement échoué »

Le débat sur l’immigration enflamme la droite allemande

patrice_nouveau_single1 » L’Allemagne manque de main d’oeuvre qualifiée et ne peut pas se passer d’immigrants, mais ceux-ci doivent s’intégrer et adopter la culture et les valeurs allemandes, a insisté Angela Merkel dans un discours devant les Jeunesses de sa formation conservatrice. Le credo « Multikulti » (multiculturel) – « Nous vivons maintenant côte à côte et nous nous en réjouissons » – a échoué, selon elle. « Cette approche a échoué, totalement échoué », a martelé la chancelière. La classe politique a condamné les thèses de Thilo Sarrazin, mais selon les sondages une majorité des Allemands les approuvent. Une étude publiée cette semaine montre même que plus de 50 % d’entre eux tolèrent mal les musulmans. Plus de 35 % estiment que l’Allemagne est « submergée » par les étrangers et 10 % que l’Allemagne devrait être dirigée « d’une main ferme » par un « führer ».

Dans son discours, Mme Merkel semblait ainsi ménager l’aile libérale de sa formation et l’aile conservatrice, incarnée par le chef de la CSU, Horst Seehofer. Ce dernier avait déjà lancé vendredi devant le même public: « Nous nous engageons pour la culture de référence allemande et contre le multiculturel. Le Multikulti est mort ».

« Démesuré, hypocrite et hystérique

Tout en affirmant que l’Allemagne restait un pays ouvert au monde, Angela Merkel a estimé: « Nous n’avons pas besoin d’une immigration qui pèse sur notre système social ». Cependant, le pays ne pourra faire l’économie de spécialistes étrangers même s’il forme des chômeurs allemands, a estimé la chancelière.

La coalition d’Angela Merkel est particulièrement divisée sur le thème de l’immigration, rappelle d’ailleurs la presse allemande dimanche. Les ministre du travail, de l’éducation et de l’économie ont ainsi tous pris le contre-pied des déclarations de Horst Seehofer, rapporte le Süddeutsche Zeitung. Ils estiment tous que les besoins en main d’œuvre de l’Allemagne plaident pour une ouverture — maîtrisée — à l’immigration.

« La chrétienté n’est pas une religion d’Etat, mais une affaire de conscience personnelle des citoyens » affirme également le secrétaire général du FDP, le parti libéral allié d’Angela Merkel, dans un entretien au Frankfurter Allgemeine Zeitung. Christian Lindner regrette ainsi que dans le débat actuel « les vertus religieuses apparaissent plus importantes que celles républicaines ».

La chancelière allemande Angela Merkel a affirmé samedi que le modèle d’une Allemagne multiculturelle, où cohabiteraient harmonieusement différentes cultures, avait « totalement échoué ». Le débat sur l’immigration divise l’Allemagne depuis la publication d’un pamphlet d’un haut fonctionnaire, Thilo Sarrazin, qui sous le titre « L’Allemagne se défait », affirme que son pays « s’abrutit » sous le poids des immigrés musulmans.

Horst Seehofer avait fait scandale une semaine plus tôt en déclarant que son pays n’avait « plus besoin d’immigrants de pays aux cultures différentes, comme les Turcs et les Arabes », car s’intégrer « est au final plus difficile » pour eux. Le chef du Conseil central des juifs d’Allemagne, Stephan Kramer, a estimé samedi que le discours tenu par M. Seehofer était « carrément irresponsable » et le débat sur l’intégration des immigrés « démesuré, hypocrite et hystérique ».

Selon le président de la chambre de commerce et d’industrie allemande, Hans Heinrich Driftmann, il manque à l’économie allemande environ 400 000 ingénieurs et personnels diplômés. « Cela nous coûte environ 1 % de croissance », a-t-il estimé dimanche dans le journal Welt am Sonntag.

Le Monde et AFP

Voir aussi : Rubrique Allemagne, lien externe, Grioo.com rubrique Finance Arroseurs arrosés, rubrique UE L’UE n’a aucune vision européenne, rubrique  France politique discours de Latran, rubrique Histoire La nuit de cristal,

Le PS négocierait sur la durée de cotisation avec les syndicats

Le Parti socialiste négocierait avec les syndicats sa position sur la durée de cotisation pour obtenir une retraite s’il accédait au pouvoir en 2012, a dit mardi son porte-parole Benoît Hamon.

Le Parti socialiste, dans sa contre-proposition de réforme des retraites, maintient la possibilité de partir à la retraite à 60 ans mais prend acte de la réforme de François Fillon prévoyant l’allongement de la durée de cotisation à 41,5 ans.

Cette position est discrètement contestée par l’aile gauche du PS, dont Benoît Hamon est l’un des principaux représentants, mais a été réaffirmée la semaine dernière par son premier secrétaire Martine Aubry.

Cependant, dans une logique de « coproduction avec le monde social français », elle devrait être négociée avec les syndicats en cas de nouvelle réforme, a affirmé Benoît Hamon sur RTL.

« Le Parti socialiste a arrêté une position. La question c’est : s’il vient au pouvoir, cette position, la négociera-t-il ou pas ? Evidemment que oui. Il la mettra en débat », a-t-il dit.

« Si demain les conditions économiques sont réunies pour qu’on le fasse, bien évidemment qu’on préfèrera faire travailler les salariés 40 ans que 41 annuités et demie ou 42 ans », a-t-il ajouté.

La durée de cotisation est le point de débat principal entre les syndicats français, a noté Benoît Hamon, la CGT et Force ouvrière étant opposée à son allongement tandis que la CFDT notamment est prête à le négocier.

Clément Guillou, Reuter

La garde à vue française non conforme au droit européen

Le 7 octobre, le parquet général avait recommandé à la chambre criminelle de la haute juridiction de déclarer ces dispositions non conformes. Photo AFP.

La Cour de cassation a ouvert mardi 19 octobre une nouvelle brèche dans le régime de la garde à vue en France, procédure policière coercitive qui concerne chaque année plus de 900 000 personnes. La plus haute juridiction du pays a estimé qu’on ne pouvait maintenir en l’état, comme c’est envisagé, des régimes dérogatoires avec accès limité à un avocat pour les affaires de terrorisme, de trafic de drogue et de crime organisé.

Cette décision suit les recommandations formulées par le parquet général lors d’une audience qui s’est tenue le 7 octobre, et pendant laquelle le ministère public s’était également prononcé pour que l’avocat puisse assister aux interrogatoires de son client dans les gardes à vue de droit commun, ainsi qu’à « l’ensemble des actes d’enquête auxquels participe activement le gardé à vue, notamment la confrontation et la reconstitution des faits ».

Cet arrêt va probablement contraindre le gouvernement à revoir le projet de réforme présenté la semaine dernière, qui prévoit le maintien de ces régimes dérogatoires, tout en modifiant le régime de la garde à vue pour les autres affaires. Comme le Conseil constitutionnel le 30 juillet dernier, et la Cour européenne des droits de l’homme dans plusieurs arrêts, la Cour de cassation a confirmé que la France devait permettre l’accès des avocats à leurs clients pendant la garde à vue et obliger les policiers à notifier aux suspects leur droit au silence.

Application différée

La plus haute juridiction française fixe cependant au 1er juillet 2011 la date d’application des nouvelles stipulations, ce qui évite de mettre en péril d’ici là la régularité des procédures et donne le temps au gouvernement de mettre son projet à jour.

La garde à vue, dont la durée peut aller jusqu’à 48 heures en droit commun, peut être de quatre jours en matière de terrorisme, de trafic de drogue, et de criminalité organisée, avec accès possible à l’avocat seulement à la 72e heure. Mais la Cour de cassation estime que « la restriction du droit pour une personne gardée à vue d’être assistée dès le début de la mesure par un avocat (…) doit répondre à l’exigence d’une raison impérieuse, laquelle ne peut découler de la seule nature de l’infraction ».

La Cour ne ferme donc pas totalement la porte à d’éventuelles dérogations au droit d’accès à un avocat, un point critiqué par les avocats, qui dénoncent également le régime d’audition dite « libre », sans avocat, qu’il créé pour remplacer les interrogatoires coercitifs. Cette disposition est considérée comme une façon détournée de préserver l’ancien régime de garde à vue.

Plus de 790 000 mesures de garde à vue ont été décidées en 2009, dont plus de 170 000 pour les seuls délits routiers.

Le Monde

Voir aussi : Rubrique Justice Syndicat de la Magistrature 40 ans d’histoire, le fichier Base élève, les risques du projet de réforme de procédure pénale , le juge favorable à la position policière, Rubrique Union européenne Le Parlement européen demande la suspension des expulsions de Roms Liens externes Droit européen,