Faire du terrain en féministe

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Il existe en France peu de textes consacrés à l’enquête de terrain qui mobilisent la théorie féministe, et notamment l’épistémologie du positionnement (standpoint). Promouvant une science engagée contre l’invisibilisation de pans entiers du monde social, elle interroge les effets de l’autorité du savant sur la définition de l’objectivité scientifique. Fondée sur une pratique, la théorie féministe fournit aussi des outils pour appréhender concrètement la pluralité des rapports de domination qui structurent la relation d’enquête et sont inscrits dans le dispositif de terrain. Participant à traduire sur un plan méthodologique cette tradition théorique mal connue, l’article propose d’envisager le terrain comme procédant d’un regard socialement situé et inscrit dans des solidarités politiques, mettant ces solidarités à l’épreuve et visant à les nourrir par ses résultats.

  • ISBN : 9782021295634
  • Éditeur : Le Seuil

    Actes de la recherche en sciences sociales

    2016/3 (N° 213)

Voir aussi ; Rubrique Livre, rubrique Science, Sciences humaines, Politique, rubrique Société, Droits des Femmes,

Du risque de se revendiquer pitoyable

Théâtre
Ron Mueck, Big Man (1998)Mélankholia, la création de la compagnie U-structurenouvelle donnée au Théâtre  Jean Vilar est également programmée au Périscope à Nîmes en janvier 2017 et  au Domaine d’O en février dans le cadre du festival Big Band de hTh.

Depuis trois ans la compagnie U-structurenouvelle brasse du spleen avec le projet  Mélankholia qui vient d’éclore sur le plateau du théâtre Jean-Vilar.  Ce projet, envisagé comme une perspective répond à l’idée audacieuse de partir d’un sentiment pour embrasser le monde contemporain. Cela aurait pu être l’amour, la tristesse ou la rage mais c’est la mélancolie qui a contenu le désir de la troupe.

La mise en scène est signée Stethias Deler, association de Stefan Delon et Mathias Beyler ayant tous deux développé par ailleurs un travail sur le même thème. « Au départ je suis tombé sur  un texte du sociologue Stéphane Hampaetzoumian qui envisage l’Occident comme une personne et se dit que si elle souffre de quelque chose, c’est de la mélancolie, indique Stefan Delon. A partir de là, nous avons exploré le concept. Tout ce que nous faisons pour échapper au malheur, à la violence des émotions, aux injonctions de bonheur vers lesquels nous pousse la société, nous y ramène. Mélancolie et dépression, c’est la même chose. Aujourd’hui, il est interdit d’être  malheureux, de s’ennuyer. Nous avons décidé de se trouver dans cet état, d’être pitoyable et stérile. »

Le choix peut être perçu  comme une manière d’échapper au degré inouï de brutalité atteint en ce début de XXIe siècle. Vaccin contre le réel, la mélancolie a de tout temps été conçue comme un espace de respiration, voire de création, qualifiée de bile noire par les grecs qui la concevaient comme un répit aux humeurs perturbatrices. A travers une succession de tableaux, le spectacle mixe les facettes de cet état transitoire. Images de la mélancolie religieuse magistralement exprimée par Bosh dans La Tentation de Saint Antoine ou plus moderne avec le spleen poétique. Mais la performance provient surtout du rapport des acteurs au plateau basé sur l’improvisation. Si l’effacement de la conduite dramatique peut surprendre, elle laisse grande la place au sujet mélancolique, véhicule transparent des sentiments de son histoire intime, en prise avec un monde, qui le dépasse.

Tandis que  chute le mur de Berlin,  que s’effondrement les Twin Towers, les acteurs éprouvent leur piteuses limites. « Nous assumons l’absence de fil conducteur et d’indication pour être cette chose. Ce que je dis, je suis le seul à le dire et personne n’est là pour me couvrir. » Le spectacle fait naître une forme d’empathie liée à la grande liberté d’interprétation et d’expression, à la lenteur des corps aussi. Un peu comme si s’était déclenché chez les comédiens le besoin de témoigner du désarrois des êtres sensibles.

Mélankholia produit artistique transitoire et non fini, ne manque pas de questionner. La mélancolie participe-t-elle à nouveau à notre perception du monde en contribuant ainsi au développement de thèmes politiques ? Faut-il s’en garder, l’accepter, la combattre… à vous de voir.

JMDH

Source ; La Marseillaise 05/11/2016

Voir aussi : Rubrique Théâtre, rubrique Montpellier,

L’avenir d’iTELE, paralysée par la grève, en question

Des employés d'iTELE en grève devant le siège de la chaîne à Boulogne-Billancourt le 25 octobre 2016 afp - Christophe Archambault

La chaîne d’info iTELE entamera lundi sa quatrième semaine de grève, une durée inédite dans l’histoire de l’audiovisuel privé qui suscite des interrogations sur son avenir alors qu’aucune sortie de crise ne semble se profiler.

Entamé le 17 octobre, le mouvement de grève a été systématiquement reconduit depuis par une large majorité de la rédaction de la chaîne, qui réclame pêle-mêle une charte éthique, un projet stratégique et éditorial clair et le départ de l’animateur controversé Jean-Marc Morandini, mis en examen « pour corruption de mineur aggravée ».

Pour Patrick Eveno, historien des médias et ancien membre du comité d’éthique d’iTELE, le propriétaire du groupe Canal+ et donc de sa chaîne d’info en continu, Vincent Bolloré, « ne sait pas quoi faire d’iTELE » depuis sa prise de pouvoir car « dans sa stratégie, l’information n’a pas de place, ça ne l’intéresse pas ».

La direction porte le projet CNews, avec moins d’actualité chaude, et ne souhaite pas se séparer de Jean-Marc Morandini. Sa seule offre jusqu’ici aux journalistes: des propositions de départ avec indemnités pour ceux qui souhaitent quitter la chaîne.

Lundi, la ministre du Travail Myriam El Khomri recevra trois syndicats de la chaîne pour « faire le point » avec eux sur le conflit. Selon l’entourage de la ministre, la même invitation sera lancée prochainement à la direction.

Le gouvernement s’est jusqu’à présent montré prudent. La semaine dernière, Manuel Valls a fait valoir que ce conflit concernait un « groupe privé », tout en appelant la direction à la « responsabilité ».

Vendredi, jour du 17e anniversaire de la chaîne d’info, la reprise du dialogue entre grévistes et dirigeants n’a débouché sur « aucune avancée concrète », selon des salariés qui y participaient.

L’affaire Morandini s’ajoute au conflit démarré avant l’été, lorsque la rédaction avait fait grève quatre jours pour protester contre une réduction drastique des effectifs.

– Deux projets qui s’affrontent –

« Il y a deux projets éditoriaux qui s’affrontent et sont incompatibles. Soit c’est l’actionnaire qui gagne en faisant partir le plus de journalistes possible, soit ce sont les journalistes qui l’emportent, ce qui suppose que Bolloré accepte de dire « Je me suis trompé », ce qui ne semble pas coller avec le personnage », analyse Patrick Eveno.

« Ce conflit est inédit dans l’histoire de l’audiovisuel », affirme M. Eveno, qui a démissionné du comité d’éthique en septembre 2015 après le licenciement de la directrice générale d’alors, Cécilia Ragueneau, et de la directrice de la rédaction Céline Pigalle.

Avec vingt jours de grève, c’est en effet le deuxième plus long conflit social dans l’audiovisuel depuis mai 1968, après celui de Radio France, en mars-avril 2015.

Si rédaction et direction n’arrivent pas à réconcilier leurs visions éditoriales, il reste une troisième issue : la vente d’iTELE, selon M. Eveno. Mais « plus le conflit dure, moins la chaîne vaut cher », note-t-il.

Dans une tribune publiée vendredi sur le site de l’Obs, l’analyste des médias François Jost estime pour sa part « que la seule sortie de crise possible est le départ de Morandini ».

C’est l’arrivée de ce dernier le 17 octobre à l’antenne, souhaitée personnellement par Vincent Bolloré, qui a mis le feu aux poudres.

Pour son émission « Morandini Live », l’animateur a fait intervenir « Samantha, correspondante aux Etats-Unis » qui s’est avérée être « une photographe interrogée depuis Londres », comme le relève le CSA.

Le gendarme de l’audiovisuel a fustigé jeudi des « manquements aux exigences d’honnêteté et de rigueur » et menacé la chaîne de sanctions.

Saisi par des téléspectateurs et des salariés de la chaîne, le CSA a également souligné qu’il demeurait « très attentif » à la nette séparation « entre information et divertissement » sur iTELE.

« En mettant l’accent sur le manquement aux +exigences d’honnêteté+, le CSA insinue bien que c’est la chaîne elle-même qui se retrouve en porte-à-faux avec sa convention. Et, sans le dire, il prévient le glissement que s’apprête à cautionner la direction iTELE, de l’information vers le divertissement », analyse François Jost.

Par Séverine Rouby
 Source AFP 05/11/2016

Dernier cri, le festival qui laisse sans voix

Anetha, entre dub acide et beats impénétrables. Photo dr

Anetha, entre dub acide et beats impénétrables. Photo dr

La seconde édition de  Dernier Cri débute ce soir à la Villa Rouge et se répand en ville jusqu’au 13 novembre. Soirées débat, expo, cinéma, le festival explore et donne du sens à la culture technoïde.

Dernier Cri, ce sont des soirées où se produisent une flopée de DJs talentueux qui écument les capitales européennes, mais c’est aussi la volonté de revenir aux sources de la culture techno pour en diffuser les fondements. La première édition organisée en 2015 à Montpellier par Pascal Maurin, Jacqueline Caux et Edith Roland, a fait carton plein.

Pour la seconde, qui débute ce soir à la Villa Rouge, le festival poursuit les collaborations amorcées l’an passé  avec ses partenaires montpelliérains. Ce sera le cas avec la Panacée pour une conférence-débat de Vincent Carry, le directeur du festival Les Nuits Sonores à Lyon.

Le cinéma Diagonal renouvelle également sa participation avec la projection du film Andreas Dresen Le Temps Des Rêves suivie d’une rencontre avec Tilman Brembs, photographe allemand contemporain de cette décennie mardi 8 novembre de 17h45 à 20h30. Tilman Brembs sera aussi présent avec une exposition des photos d’archives saisies pendant des rave party berlinoises de 1990 à 1997. On pourra découvrir dès lundi son exposition à L’Anacrouse (5 place du petit Scel,  entrée libre à partir de 19h).

La ligne artistique reste la même avec une programmation qui reflète l’humeur du moment, les DJs et lives qui marquent notre époque et qu’on a très envie d’écouter et de découvrir sur scène. Les soirées ont lieu dans les bars et clubs qui programment des soirées électro tout au long de l’année (Rockstore, Antirouille, Villa Rouge, Zoo, PZ et le Montpe’l). Après Marseille, Lyon sera mis à l’honneur cette année le 11 novembre.

Côté nouveautés, le festival en partenariat avec l’Ecole des Beaux Arts de Montpellier propose la projection d’un doc-reportage en quatre épisodes réalisé par les étudiants lors d’un séjour à Manchester à la recherche du lieu mythique « l’Hacienda » et une master class animée par le producteur Ben Vedren.

Ouverture à La Villa Rouge
Riche  affiche pour débuter sur des charbons ardent avec trois DJs français programmés ce soir à la Villa Rouge : Bambounou, Terence Fixmer et Aneta. A seulement 26 ans, Bambounou s’est rapidement imposé comme l’un des producteurs/DJs les plus prometteurs de la scène house et techno. Il a commis trois album sur le label berlinois 50WEAPONS évoluant d’une house fiévreuse à une techno précise et ultra contemporaine, n’oubliant pas d’y incorporer des sonorités break, garage, expérimental et ambient.

Terence donne lui dans l’Electronic Body Music (EBM), sous-genre de la musique industrielle. Il poursuit une carrière de producteur avec des sorties très remarquées notamment sur le label berlinois Ostgut.

Anetha est une jeune DJ productrice parisienne établie à Londres depuis peu. Adepte du vinyle only, oscillant entre dub, lignes acides et beats impénétrables, elle nous transporte dans une techno aussi envoûtante que raffinée. Nuit agitée en perspective…

JMDH

Source ; La Marseillaise 05/11/2016

Voir aussi : Rubrique Musique,rubrique FestivalDernier cri. État de la culture techno, rubrique Montpellier,

Rockstore : 30 ans de nuits douces et sauvages

Antoine  Winling : l’ouverture en héritage. Photo JMDI

Antoine Winling : l’ouverture en héritage. Photo JMDI

Antoine Winling a rejoint l’équipe qui préside à la destinée d’un lieu et d’un esprit qui traverse les générations. A l’occasion des trente ans du temple à la Cadillac rouge, il évoque les rouages d’une mécanique singulière.

Haut lieu de la vie nocturne montpelliéraine, le Rockstore fête ses 30 ans. La salle de concerts mythique avec sa légendaire Cadillac rouge encastrée dans la façade du centre ville, rue de Verdun a accueillis plus de 4 000 concerts depuis 1986. L’année 2016 marque une nouvelle étape dans l’histoire du Rockstore.

La programmation béton et éclectique dédiée à cet anniversaire sur un mois complet, se poursuit jusqu’au 19 novembre avec des concerts exceptionnels, (Wall of Death, Puppetmastaz, Catherine Ringer, DJ Shadow, Michael Kiwanuka… et l’expo RockStories, à découvrir à la Galerie d’Art La Fenêtre. La force du lieu tient à son esprit underground et ouvert défendu par un quatuor  virtuose composé de Stéphane, Laurent, Olivier et Antoine, le fils de Fifi qui fut un des membres fondateurs. Rencontre.

 
Il se dit que tu es tombé dedans  petit. Quels sont tes premiers souvenir du Rockstore ?

Je suis né en 84, au début je venais en journée. A l’âge de douze ans, j’y ai vu mes premiers concerts. Je me souviens qu’il y avait beaucoup de fumée. A l’époque le public était très alternatif, tatoué, percé… J’ai mesuré l’importance du lieu dans le regard des autres, car mon père n’était pas du genre à faire état de ses faits d’armes en faveur du rock. Tous les gens autour de moi avaient une petite histoire vécue au Rockstore. Moi, j’habitais à Sète, j’étais un peu loin de tout ça. Je me souviens d’un prof qui avait flashé sur un tee-shirt que mon père m’avait ramené. A partir de 15 ans, je suis venu plus fréquemment.

 

Et par la suite, comment la mayonnaise est montée ?
Durant mes études d’histoire et de sciences politiques, j’ai commencé à travailler ici la nuit. Hormis la sécu, j’ai un peu tout fait, du vestiaire au bar en passant par les platines. Et puis après mes masters je me suis laissé prendre.  Je gagnais ma vie et  les contacts avec les producteurs et les tourneurs m’intéressaient. Il y a trois ans, les choses se sont précipités avec le décès de mon père. Stéphane, Laurent, Olivier, sont venus me dire qu’ils voulaient bosser avec moi. Même ma mère qui n’était pas très chaude à la base m’a encouragé. J’ai réfléchi et j’ai dit ok.

 

 

La spécificité du Rockstore tient à son identité qui a toujours évolué sans perdre son âme rebelle. Quel regard portes-tu sur cette évolution ?
A la base, tout part de la culture rock. Je pense que l’héritage que nous a laissé mon père c’est le goût de l’authenticité  et la capacité d’ouverture. Le fait de maintenir sa curiosité musicale éveillée.  J’ai vu évoluer la programmation comme je l’ai observé s’élargir du rock, pop,  au hip-hop et à l’électro. Notre particularité  est de se trouver au centre-ville et d’y développer une double activité, avec les concerts et la boîte, cela  avec la volonté constante de faire profiter les acteurs locaux du lieu. En tant que salle de concert et lieu culturel, on à la possibilité de programmer 365 jours par an. Ce qui permet de prendre les risques artistiques nécessaires à notre démarche.  Tenir cette ligne sur trente ans, à ma connaissance, ça n’existe nulle part ailleurs.

 

Ce mois d’anniversaire est un beau cadeau pour le public…
Je l’espère. Nous avons pensé une programmation qui puisse  concerner tous les publics aussi bien dans les styles musicaux qu’à travers les générations.  Nous souhaitions aussi sortir des murs ce que nous avons fait avec l’ avant-première du film de Jarmush  Gimme Danger  projetée au cinéma Diagonal et l’expo à la Galerie d’Art La Fenêtre.

Sinon, je compte bien fêter nos 60 ans avec la même équipe et la même énergie. Après on tirera notre révérence…

Recueilli par JMDH

Voir aussi : Rubrique Montpellier, rubrique Musique, Rockstore: L’esprit vivant du rock hante cette salle, rubrique RencontreOn line le site du Rockstore,