Opéra Berlioz. Élégance d’un songe ouvert sur le monde

Photo Marc Ginot

Photo Marc Ginot

Sous la baguette magique de Michael Schonwandt, l’Orchestre de Montpellier célèbre et renouvelle Le songe d’une nuit d’été de Shakespeare avec le concours du captivant  récitant William Nadylam et de la talentueuse vidéaste Juliette Deschamps.

S’il est un dramaturge célébré en musique c’est bien Shakespeare. Au XVIe siècle déjà, ses pièces faisaient la part belle à la musique, qui était partie intégrante de la représentation. Verdi composa quatre opéras inspirés du dramaturge, dont Macbeth, Otello et Falstaff. L’histoire de Roméo et Juliette inspira plusieurs compositeurs romantiques, comme Gounod qui en tira un opéra, Tchaïkovski qui composa une ouverture, ou Prokofiev.  La pièce Le Songe d’une nuit d’été, où se mêlent des elfes et des fées, a donné lieu au semi-opéra de Purcell The Fairy Queen ainsi qu’ à une ouverture que compose Mendelssohn à l’âge de dix-sept ans. œuvre étonnamment mûre, dont l’équilibre, la fraîcheur, et l’imagination ne cessent d’étonner.

Dans le cadre du 400ème anniversaire de la disparition de William Shakespeare, la carte blanche offerte au directeur musical de l’Opéra national de Bordeaux, le chef britannique Paul Daniel, se combine sur scène avec la création d’une performance vidéo de la réalisatrice française Juliette Deschamps. Il était probable que cette démarche rencontre l’esprit d’ouverture qui anime la directrice de l’Opéra Orchestre national de Montpellier, Valérie Chevalier dont les choix artistiques budgétairement contraints, promeuvent le dépoussiérage du répertoire et l’innovation qui a du sens. C’est ainsi que les Montpelliérains et les Alésiens ont pu apprécier ce week-end l’adaptation de l’œuvre de Mendelssohn en images, en conte et en musique interprétée par l’OONM sous la direction de Michael Schonwandt avec le Chœur de l’Orchestre et celui  de l’Opéra junior.

 Le potentiel ravivé de l’œuvre

Dix-sept ans après son ouverture, en 1843, alors que Mendelssohn est un musicien très en vue en Europe, il reprend sa partition de jeunesse et l’augmente de douze numéros pour deux voix de femmes, choeur et orchestre à la  demande de Frédéric-Guillaume IV de Prusse. C’est cette version du Songe qu’il a été donné d’entendre avec les passages, chantés (interprétés par la soprano Capucine Daumas et la mezzo-soprano Alice Ferrière) qui se glissent dans le texte même de la féerie de Shakespeare.

Le processus d’écriture de l’œuvre offre de multiples possibilités combinatoires parfaitement adaptées et exploitées par l’acteur William Nadylam. Dans le rôle du narrateur, il donne une pleine mesure de ses qualités acquises auprès de Peter Brook. Il en va de même du travail de Juliette Deschamps qui mixe en direct les images vidéo qu’elle a tourné en Angola, renouant avec la dimension universelle de l’œuvre et son envoûtante mise en abîme. Ces trésors de poésie, de tendresse, et de goguenardise, nous sont restitués dans une version narrative totalement contemporaine.

Jean-Marie Dinh

Source La Marseillaise 08/11/2016

Voir aussi : Rubrique Musique, rubrique Théâtre, rubrique Littérature, Littérature Anglo-saxone, rubrique Montpellier,

Juste la fin du monde de Xavier Dolan ou la Passion de l’homme Louis.

Juste-la-fin-du-monde-Xavier-Dolan-fait-sa-mueUne critique éclairée du film « Juste la fin du monde » de Xavier Dolan

Par Lydie Parisse*

Certains critiquent le côté parfois ‘branché’ du film de Xavier Dolan, d’autres les gros plans, etc.  Au-delà de ces controverses un peu tatillonnes, j’aimerais dire que le film, s’il ne respecte pas toujours la pièce « à la lettre », en restitue extraordinairement l’esprit. Toute réécriture opère toujours un déplacement du regard, parfois radicale : c’est le cas ici, puisque Dolan supprime les monologues de Louis et notamment l’épilogue. Mais dans le théâtre intime qui est celui du jeune cinéaste, on retrouve bien le clair-obscur typique de l’ironie permanente de Lagarce, sauf qu’ici ce clair-obscur naît clairement de la psychologie vertigineuse des personnages, de la charge émotionnelle qu’ils dégagent. Les codes du cinéma sont différents de ceux du théâtre, et les personnages plantés par Dolan sont là, dans un présent bien tangible qui n’est pas l’effet de rémanence auquel nous sommes habitués dans les mises en scène “contemporaines“ de Lagarce. Pourtant, le film sait aussi installer chaque figure dans une forme de présence-absence.

Même si les dialogues ne sont pas tous conservés en l’état, la langue de Lagarce est bien là, du moins son esprit, dans sa recherche obsessionnelle du mot juste, dans son bégaiement collectif rituel qui dit une non-coïncidence du langage et de la pensée, une non coïncidence des mots et des corps, une non-coïncidence de soi à soi.  C’est dans ce déficit, qui touche le langage, qui touche l’être, que s’installent les personnages de Lagarce : une seule voix les traverse tous, dans une sorte d’identité transpersonnelle. Rhétorique de l’incertitude, tremblement du dire et tremblement de l’être, usage de l’approximation, telles sont les attitudes d’écriture d’un auteur qui pratique la culture du doute et le choix de l’hésitation, entendus comme un art poétique, mais aussi comme  un acte de résistance aux certitudes assénées par les discours totalitaires.

Ce que le film met particulièrement en relief, c’est à quel point le dispositif de la pièce est placé sous le signe de la perte, de la déperdition, qui marque la relation à l’écriture, aux autres, au monde. Le sentiment de la perte est lié au désir impérieux de retrouver le mot juste, la relation juste, le regard juste.

Pourquoi Louis est-il revenu parmi les siens après douze ans d’absence [1]  ? Par mélancolie ? Obsédé par le sentiment d’une perte irrémédiable située dans le passé, il revient  pour déplorer le manque d’amour dont il fut l’objet, plainte qui fut la sienne depuis l’enfance, et en même temps, venant annoncer sa mort prochaine, il se vit comme déjà mort. Impuissance, mélancolie, expérience de dépersonnalisation, tels sont les éléments de ce que Lagarce, dans son Journal, identifie au sentiment d’appartenir à l’humanité du « Troisième groupe » : « Il y a les vivants et les morts, et nous, là, qui sommes perdus et continuons ».

juste_la_fin_du_mondeEn arrivant chez sa mère, lui, l’écrivain, va être la cible de ses proches, et s’offrir en sacrifice. Ce que le film de Xavier Dolan révèle, dans un langage et un lyrisme qui lui est personnel, c’est la violence archaïque qui sous-tend les relations entre les personnages, et que nos scènes contemporaines, ont tendance à mettre à distance. Dans les pièces de Lagarce, la violence est d’abord un phénomène de langage, mais elle est aussi un phénomène éthique, lié à l’incapacité existentielle des personnages à prendre en compte la dimension de l’Autre, sans cesse ramené à la sphère du Même, au sens où l’entend Lévinas. C’est bien de cette violence-là que Louis est victime : empêché (sauf par Catherine) de s’exprimer en son propre nom, instrumentalisé par sa mère qui lui demande de rassurer les siens, il ne peut accéder à une existence séparée qu’à travers une relation biaisée : l’aparté au public dans les monologues (mais les monologues ont été coupés dans le film de Dolan). En dehors de cette adresse indirecte, il est réduit au mutisme et à une identité tronquée : sa fratrie donne de lui un portrait faussé, émaillé de jugements, rompant par là la continuité de sa personne : Louis ne parle pas en son nom propre. Selon Lévinas, le discours de la totalité est affirmation absolue d’une subjectivité qui s’érige en juge, d’où l’abondance des jugements de valeur qui visent à réduire l’autre, à l’instrumentaliser dans le discours du Même. Dans Juste la fin du monde, Catherine s’insurge contre cette habitude selon laquelle un nouveau né doit absolument ressembler à ses parents, et elle défend l’idée que son enfant « ne ressemble à personne », échappant à cette logique du scandale de l’altérité qui fait du langage familial une véritable machine de guerre propre à nier les différences, voire à les réduire, ou à exclure l’individu différent. En revanche, Antoine est dans la logique du Même : « Vous êtes semblables, lui et toi, et moi aussi, je suis comme vous », dit-il à sa sœur pour la consoler. Suzanne aussi ne veut voir en Louis que quelqu’un qui « ne change pas ». Les personnages se créent leurs propres enfermements, leurs propres citadelles. Tous ont peur, et c’est ce qui est à l’origine de la violence. Si la parole de Louis n’a pu être entendue parce qu’elle aurait eu l’impact d’un cri dans un tunnel vide, en revanche, son silence a été entendu, et c’est là, sans doute, toute la force du film de Dolan d’avoir pu filmer en gros plan les visages, car le visage, selon Lévinas, est le lieu de la relation juste, celle du face-à-face avec l’autre.

L’écriture de Lagarce développe plusieurs stratégies d’évitement de la violence et donc du tragique (qui est, au sens étymologique, contamination de la violence rituelle, n’oublions pas que la tragédie est issue du bouc – tragos – que l’on sacrifie).

La première consiste à faire du protagoniste principal moins un mourant qu’un revenant – et c’est là une des forces du casting de Xavier Dolan. Louis n’a pas le même degré de présence scénique que les autres personnages, il est une sorte de présent-absent, mais s’il est ainsi perçu, c’est à travers la folie collective des autres personnages, qui, le privant de sa parole, le déréalisent, le dépersonnalisent, en font une figure sans doute sacrificielle, mais aussi messianique. Sur le plan de la conscience, Louis est déjà d’outre-monde, il a basculé dans une perception où manque le lointain. «  Une des choses les plus mélancoliques dans le rapprochement de la mort : la perte du lointain », écrivait Hervé Guibert dans Le Mausolée des Amants. Mais dans la pièce, tout se passe comme si le fait de se trouver confronté au définitif (la séparation, la dernière fois, la mort) n’était plus seulement l’affaire de Louis, mais celle des autres. La hantise d’une nouvelle séparation les plonge en effet dans des accès de colère et de désespoir très bien rendus par le film de Dolan. Dans Juste la fin du monde, Louis est présenté comme une sorte de ressuscité qui vient brusquement révéler aux siens leur vrai contexte existentiel (le manque d’amour). On voit le sentiment de sidération, fait de trouble et d’admiration, qui accompagne son apparition au seuil de la maison familiale : en cela, nous sommes très proches du Théorème de Pasolini. Quant à la mère, elle tente de redonner à Louis sa place symbolique d’aîné (que Louis refuse dans le film de Dolan), et lui explique qu’il est revenu pour combler les manques existentiels de ses frères et sœurs, leur donner l’autorisation de devenir enfin eux-mêmes : «  Suzanne voudrait partir (…). Lui, Antoine, il voudrait plus de liberté, je ne sais pas (…). Et c’est à toi qu’ils veulent demander cela, c’est à toi qu’ils semblent vouloir demander l’autorisation ».  La tension monte, au point qu’à un moment, Antoine est près de frapper son frère (geste que le film esquisse, ce qui est peut-être un peu trop littéral, il est vrai). Pourquoi cet accès  de violence? C’est qu’en Antoine, contre son gré, quelque chose a été atteint. Le conflit extérieur cache un conflit interne (qui est aussi la caractéristique des héros tragiques). Ce rejet n’est pas de haine, il est la forme paradoxale d’un amour refoulé, d’une résistance qui se brise, d’un conflit intérieur qui trouve sa résolution en prenant la forme chaotique d’une conversion, d’une métanoïa opérée par la simple présence, silencieuse, de Louis. Ce moment de bascule est la conséquence de la présence négative de Louis parmi les siens, qui fait de lui une créature d’un autre monde, une figure de la résurrection. Avec le personnage de Louis, Lagarce met en œuvre le motif du retour parmi les vivants, qui nous renvoie à la Bible comme à la légende orphique : « admettre l’idée toute simple et très apaisante, très joyeuse, (…) l’idée que je reviendrai, que j’aurai une autre vie après celle-là où je serai le même, où j’aurai plus de charme, (…) où je serai un homme très libre et très heureux ».

La seconde stratégie d’évitement de la violence consiste à faire bifurquer le dispositif du tragique vers le Trauerspiel. Il est effet deux lignées dans le théâtre occidental : le théâtre tragique, hérité des grecs, et le théâtre non-tragique, ou pré-tragique, hérité des mystères médiévaux. Walter Benjamin, dans Essais sur Brecht, définit le héros non tragique comme l’homme ordinaire, « sans qualités », pour reprendre le titre du chef-d’œuvre de Robert Musil. Ce qui voulait écrire Lagarce, c’était l’histoire d’ « un seul homme, sans qualité, sans histoire, tous les autres hommes ». Ce mode de lecture nous autorise à lire le personnage de Louis comme une figure de la perte, qui, par son aptitude au renoncement (il renonce à son projet de départ, préférant bafouiller des promesses de retour), par son aptitude à l’abandon (à la fois actif et passif) est un personnage entre deux mondes qui donne la mesure d’un monde.

L’homme renoncé est un personnage qui hante la littérature européenne, et qui, sur le plan théâtral, s’inscrit dans la tradition du Trauerspiel, dans lequel Walter Benjamin voit la « célébration de la Passion de l’homme » ou encore le « drame du martyr ». Les dernières pièces de Lagarce consacrées au cycle du retour racontent ce parcours : un homme meurt et cherche à donner à sa mort une justification, profitant de cette occasion du retour aux sources pour devenir son « propre maître », c’est-à-dire devenir libre. La démarche est d’emblée présentée comme sans espérance (« sans espoir jamais de survivre »), laissant entendre que le héros a renoncé aux idées de salut avant de prendre le chemin de la maison familiale. Louis est bien un « martyr » au sens étymologique de « témoin ». C’est bien le rôle qu’il va jouer dans sa famille : il écoutera les autres.

L’abandon est un état à la fois passif et actif. Si dans sa famille, abandonner les siens est une faute,  Louis a abandonné les siens et en retour, a été abandonné d’eux et en souffre, mais il réalise, contre toute attente,  « que cette absence d’amour fit toujours plus souffrir les autres que (lui) ». L’abandon est un état de conscience paradoxal, car il est une tentative de conciliation des contraires, dont l’image est la nuit lumineuse. « C’est comme la nuit en pleine journée », dit Antoine dans Juste la fin du monde pour résumer le contexte étrange dans lequel baignent ces retrouvailles, et que le film de Dolan tente de rendre par le travail de surexposition des lumières et des contre-jour, et par cette jolie idée d’une chaleur caniculaire.

L’abandon est paradoxal, il est aussi un choix, un acte de volonté : le choix de la non-violence, porté jusque dans la peur, jusque dans la souffrance-même. Lagarce dira plus tard vouloir raconter dans Le Pays lointain « la violence, comme étrangère », la mettre à distance par l’écriture. C’est pourquoi « dire ce refus de l’inquiétude » (jusque dans l’inquiétude-même), est son «  premier engagement » : ce refus de l’inquiétude n’est autre qu’une recherche du détachement, ou de la liberté de qui ne possède rien et n’est possédé par rien. Il est certain que le succès des pièces de Lagarce et de Juste la fin du monde vient de ce qu’elles nous rattachent au fonds anthropologique de l’humanité. Aussi la figure de Louis, comme les autres figures d’écrivains de ses pièces, est-elle moins une figure d’abandonné qu’une figure de dépossédé. C’est ce qui fait que  l’écriture de Juste la fin du monde a sans doute été nourrie par des souvenirs de cinéma, et s’apparente à des œuvres telles que  Le Sacrifice (1986) de Tarkovski, film qui a bouleversé Lagarce au moment de sa sortie, parce qu’il parle de la fin du monde, mais d’une fin du monde au sens d’une apocalypse, au sens étymologique de renversement des apparences, de révélation de réalités cachées.  Un film testamentaire, puisque Tarkovski est mort  quelques mois après. « C’est magnifique, C’est magnifique et les images restent dans ma tête. Eprouvant aussi. Les acteurs sont excellents (la comédienne qui joue la femme de Josephson notamment). C’est cela par-dessus tout que j’aimerais pouvoir écrire », affirmait Lagarce.

* Lydie Parisse est dramaturge, elle est notamment l’auteure de Lagarce. Un théâtre entre présence et absence, Classiques Garnier, 2014.

 

«Trump n’a aucune envie d’être élu»

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A Washington, Jim McGrath vient plusieurs fois par semaine au pied de l’hôtel Trump dire tout le mal qu’il pense du milliardaire new-yorkais, qui affronte Hillary Clinton pour la présidence des Etats-Unis mardi.

Devant l’entrée nord de l’hôtel Trump, des employés lavent au karcher les marches de l’escalier du bâtiment, un superbe immeuble de la fin du XIXsiècle qui fut longtemps la poste centrale de Washington. Ils ne prêtent pas la moindre attention à l’homme qui, à dix mètres d’eux, brandit fièrement depuis sa chaise roulante des caricatures anti-Trump. Une question d’habitude : cela fait un an, désormais, que Jim McGrath vient ici, «deux à trois fois par semaine». Au début, Donald Trump n’était qu’un candidat aux primaires républicaines, une bulle qui ne pouvait que se dégonfler. Depuis, il est devenu un plus que possible président des Etats-Unis.

«Je ne comprends pas la fascination, l’adoration qu’il suscite chez certains. Je ne comprends pas comment on en est arrivé là.» A près de 80 ans, Jim pensait avoir tout vu. Et puis Trump. «De mon vivant, je n’ai jamais connu une campagne comme celle-là. On n’a jamais eu un candidat comme lui, autant porté sur les mensonges, les scandales, l’insulte. C’est la personne la moins qualifiée de l’histoire des Etats-Unis pour ce job.»

Depuis un an, il vient 2-3 fois par semaine devant le Trump Hotel de Washington pour dire tout le mal qu’il pense du propriétaire #USA2016 pic.twitter.com/iOqYUUQxYv

— Baptiste Bouthier (@B_Bouthier) 5 novembre 2016

Les habitants du quartier le saluent en passant. Et les badauds qui passent sur Pennsylvania Avenue (la même adresse que la Maison Blanche…) le photographient à la chaîne. Il faut dire que les caricatures géantes de ce natif de Boston, qui vit dans la capitale américaine depuis cinquante ans, ne passent pas inaperçues. Jusqu’il y a une quinzaine d’années, il travaillait à la bibliothèque du Congrès, où il rédigeait des notes sur l’histoire politique américaine sur demande des parlementaires américains. Un poste qui a forgé sa conscience politique : «Je suis démocrate. Toute ma vie, j’ai financé le parti et j’ai contribué à des campagnes locales. Et puis, pour Barack Obama, j’ai tout fait.» Jim représente à la perfection le paradoxe de l’élite intello américaine blanche des grandes villes : déçus par Obama et effrayés par Trump. «Il y a beaucoup de mécontentement dans le pays, et Trump en profite. Moi-même, je suis très déçu par Obama, pour qui j’ai tant milité et j’ai voté deux fois. Et je suis loin d’être le seul : la communauté afro-américaine est très déçue.»

«Notre pays est coincé dans le bipartisme»

Malgré tout, il avance une longue liste de raisons de soutenir Hillary Clinton. Parce qu’elle est une femme, et qu’elle serait la première à ce poste, comme Obama était le premier noir voilà huit ans : «On a besoin d’abattre ces barrières» ; parce que c’est «une sacrée bosseuse et quelqu’un de fort, de dur, plus qu’Obama». Il faut dire que Jim n’a pas de mots assez durs pour la politique internationale du président sortant, notamment sur son absence de réaction face aux exactions de Bachar al-Assad en Syrie. Mais une victoire de la candidate démocrate ne risque-t-elle pas de susciter une violente réaction des pro-Trump ? «Elle aura beaucoup d’oppositions, c’est sûr, mais il n’y aura pas autant de haine que si c’est lui qui est élu.»

Une vision optimiste, voire un peu angélique, comme lorsque Jim affirme sans sourciller que «de nombreuses personnes qui disent être pour Trump réaliseront, au moment de voter, qui il est vraiment et choisiront plutôt Hillary». Pourtant, il a conscience que «la situation est très dangereuse, car Trump a divisé le pays, les gens sont très pour ou contre les deux candidats». Et il sait qu’il sera sans doute déçu par Clinton «la rationnelle, la pragmatique», comme il l’a été par Obama auparavant. Alors à quoi bon voter pour des candidats démocrates, si c’est pour être déçu ? Entre le désabusement des «bleus» et les criantes divisions des «rouges» derrière la candidature de Trump, va-t-on vers la fin du système politique américain, solidement axé sur l’opposition démocrates contre républicains ?

«Je ne crois pas à l’émergence d’un troisième parti, notre pays est coincé dans le bipartisme, balaie ce fils d’immigré irlandais catholique. Même un socialiste comme Bernie Sanders a dû se fondre dans le moule démocrate pour avoir une chance à la présidentielle.» Encore un qui a déçu Jim, par ses attaques répétées envers Hillary Clinton durant les primaires démocrates. «Lui, Trump et Comey (le patron du FBI), ils ont fait énormément de mal à Hillary. Et pourtant, elle est toujours là, debout !» Et favorite pour succéder à Obama à la Maison Blanche. De toute façon, Jim ne croit pas à une présidence Trump. «Il n’a aucune envie d’être élu ! Sa candidature, sa campagne, c’est un egotrip. Il fait ça pour sa gloire personnelle, c’est un égocentrique. Et s’il est élu… Quand il va arriver dans le bureau ovale et qu’il va voir l’interminable pile de dossiers qui l’attend, qu’est-ce qu’il va faire ? Il va démissionner dans la seconde pour aller jouer au golf.»

Baptiste Bouthier

Source Libération 07/11/2016

Voir aussi : Actualité Internationale, Rubrique Etats-Unis, rubrique Politique«Radicalisations» et «islamophobie» : le roi est nu, rubrique Société, On line Washington D.C., la capitale des Etats-Unis, est une no-Trump zone

Les secrets des ingénieurs qui vous rendent accros à vos portables

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 Comment nos applis sont fabriquées pour nous rendre dépendants : plongée dans une des Bibles de « l’addiction par design »

Beaucoup de médecins pensent que l’addiction à Internet n’existe pas. Pourtant dans la vie quotidienne, nous sommes nombreux à parler de nos téléphones comme de cuillères de crack.

« Il est complètement accro à Tinder », « j’essaie de décrocher un peu », « quand j’ai pas mon téléphone, je suis super nerveux », « je checke mes mails toutes les 5 minutes ».

Face à ça, nous nous flagellons : trop faibles, trop nuls, trop dispersés, trop déconcentrés : nous nous reprochons sans cesse de nous faire dévorer par nos téléphones. Pourtant, si nous nous sentons dépendants de certaines applis, c’est parce que des gens ont travaillé très dur pour nous y rendre accros.

Designers, chercheurs en architecture réseau, informaticiens, entrepreneurs… dans la Silicon Valley et ailleurs, ils cherchent à inventer des produits dont nous ne pourrons pas nous passer. En exploitant nos faiblesses bien humaines.

Plongée dans une des bibles de «  l’addiction par design  », pour comprendre d’un peu plus près les mécanismes qui nous enchaînent à nos écrans.

Le labo des technologies persuasives

C’est à l’université de Stanford, au cœur de la Silicon Valley, qu’on trouve un des lieux centraux de la fabrication de l’addiction par les technologies.

C’est un laboratoire de recherche, appelé le Persuasive Technology Lab. Son fondateur, B J Fogg, a inventé dans les années 1990 la «  captologie  »  : l’étude des ordinateurs et des technologies numériques comme outils de persuasion.

Le fondateur d’Instagram, une des applis les plus addictives et l’une des plus grandes réussites de ces dernières années, est passé par ces cours, tout comme plusieurs designers et psychologues aujourd’hui haut placés chez Facebook.

Mouvements de pendule d’hypnotiseur – Ray Scrimgeour/Flickr/CC

Un ancien élève ayant tourné casaque, Tristan Harris, ancien «  philosophe produit  » chez Google dénonçant maintenant les «  heures volées à la vie des gens  », nous décrivait ainsi ce qui y était fait  :

«  Ma dernière année à Stanford j’ai choisi le cours pour devenir membre du laboratoire de persuasion technologique de Stanford. Qui était assez connu en fait pour enseigner aux étudiants comment entrer dans la psychologie des gens, et rendre les produits plus persuasifs et efficaces.

“ Persuasifs ”, ça semble bizarre comme mot dans ce contexte, mais ça veut dire  : comment tu conçois un formulaire pour que les gens le finissent  ? Si tu veux que quelqu’un ouvre un mail, comment tu le fabriques pour que ça soit le cas  ?

On a appris toutes ces techniques, qui ressemblent à celles des magiciens. (…) J’ai vu sous mes yeux cette connexion entre les étudiants qui s’entrainaient à toutes ces stratégies et ces entreprises, qui utilisent ces principes tout le temps. Parce que c’est la clé du succès économique, faire en sorte que les gens passent le plus de temps possible sur leurs services.  »

Et pour ça, il faut les rendre accros.

 

«  Hooked  »

«  Les technologies qu’on utilise sont devenues des compulsions, quand ce n’est pas des addictions à part entière. Le réflexe de vérifier si on a un nouveau message.

Le désir d’aller sur YouTube, Facebook ou Twitter, juste quelques minutes, pour se retrouver une heure plus tard toujours en train de faire défiler l’écran ou de taper dessus.

Cette urgence que vous ressentez probablement toute la journée, sans nécessairement la remarquer.  »

Celui qui écrit ça est un ancien élève du Persuasive Tech Lab. Il s’appelle Nir Eyal, il est «  blogueur et consultant  », invité chez Instagram ou LinkedIn, et il assume complètement le discours de l’addiction  :

«  Les innovateurs créent des produits conçus pour persuader les gens de faire ce que nous voulons qu’ils fassent. Nous appelons ces gens des “ usagers ” et même si nous ne le disons pas à voix haute, nous rêvons secrètement de les voir tous jusqu’au dernier, complètement accros à ce que nous fabriquons.  »

Après des années passées dans l’industrie, des armes faites dans les mondes du jeu social en ligne et de la pub (deux mondes qui en connaissent un rayon en matière de fabrication de l’addiction) et, dit-il, des heures d’entretiens et d’observations, il a distillé ce qu’il a appris de la formation des addictions dans un livre.

Les 4 étapes de l’addiction

Le livre «  Hooked  » a une couverture jaune vif. On y voit le dessin d’une tête d’homme, vide. Un pointeur de souris est dirigé vers le cerveau.

Le sous-titre est explicite  : «  comment créer des produits addictifs  » (en anglais le mot est « habit-forming  », mais les dictionnaires sont formels  : le mot relève du champ de l’addiction).

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La couverture de « Hooked »

Alors comment fait-on  ? C’est très simple, dit-il. Il faut créer des «  hooks  »  : des façons d’accrocher les utilisateurs, suffisamment efficaces pour qu’ils ne décrochent plus jamais.

Le but ultime  : que votre produit entre complètement dans les habitudes de l’usager, qu’il n’y pense même plus, qu’il se tourne vers lui sans même y penser, et qu’il s’y abîme sans réaliser que le temps passe.

Pour une appli, c’est le jackpot.

 

1 Trouver les bons « déclencheurs »

Ce qui va vous faire vibrer, vous émouvoir

 

Aujourd’hui, annonce Eyal,

«  les entreprises doivent comprendre non seulement ce qui fait cliquer leurs usagers, mais aussi ce qui les fait vibrer.  »

Le hook commence par un stimulus. Il faut que quelque chose donne envie aux usagers d’utiliser votre produit.

En version simple, ce sera un bouton «  Cliquez ici  », «  S’inscrire  », une notification qui provoquera chez l’usager une action.

Mais le Graal c’est le déclencheur interne  : un sentiment, une émotion, quelque chose en l’usager, dans sa psyché même – un «  itch  », une «  démangeaison  », écrit Eyal, quelque chose qui le dérange, qui le gêne.

On l’a compris, pour ça les émotions négatives servent plus volontiers de déclencheur interne  : ennui, tristesse, peur du rejet, frustration… Si un service soulage cette démangeaison (en proposant une distraction, par exemple), alors BANCO  : l’usager va associer le service et la recherche de soulagement.

Et comme nous sommes des êtres d’habitude, une fois que nous associons un produit à une sensation, il y a de fortes chances que nous répétions encore et encore le processus. Comme le dit Evan Williams, fondateur de Twitter  :

«  Internet, c’est une machine géante conçue pour donner aux gens ce qu’ils veulent. (…) On pense souvent qu’Internet permet aux gens de faire des choses nouvelles. Mais les gens veulent juste continuer à faire ce qu’ils ont toujours fait.  »

Le lien entre un déclencheur interne (exemple : la peur du temps qui passe) et une réaction (prendre une photo et la poster sur Instagram) va progressivement se renforcer, se sédimenter – «  comme les couches de nacre qui se déposent dans une huître  » écrit Eyal –, et devenir une habitude, quelque chose de subconscient plus jamais questionné.

C’est alors que l’entreprise aura réussi à établir son «  monopole sur l’esprit  »  : être la réponse instinctive à un sentiment.

Comme aujourd’hui on va sur Google quand on se pose une question. Ou sur Amazon quand on cherche un livre ou un DVD. Sur Twitter ouTinder quand on s’ennuie, sur Facebook quand on se sent seul.

 

2 L’action

 

Pas trop de mystère ici : c’est ce qu’on va vous pousser à faire. Vous inscrire sur Facebook, vous abonner sur Twitter, faire des recherches sur Google, faire défiler sur Pinterest, swiper sur Tinder…

Mais la règle d’or, c’est que ces actions doivent être simples et ne pas demander beaucoup d’efforts de la part des usagers.

 

3 Une récompense variable

 

Si vous voulez que votre utilisateur revienne encore et encore, il faut lui donner une récompense – qu’il ne vienne pas pour rien.

Mais il ne faut pas lui donner toujours la même chose. Si l’issue de l’action est toujours la même, l’utilisateur se lassera. Mais s’il s’attend à trouver quelque chose de différent, s’il y a la possibilité du nouveau, vous avez de fortes chances de le faire revenir.

Pour Eyal, c’est la clé. Il faut nous habituer à associer une action et une récompense, mais pas de façon systématique. Savoir qu’il y aura quelque chose mais ignorer quoi  : c’est le cœur du «  hook.  »

Eyal, citant une étude sur le comportement des joueurs pathologiques, déclare  :

«  En introduisant de la variabilité, on démultiplie l’effet et on crée ainsi un état de concentration, qui met en sommeil les zones du cerveau associées au jugement et à la raison, tout en activant les zones associées au désir et à l’exercice de la volonté. »

En d’autres termes, c’est pour ça, parce que vous attendez quelque chose sans trop savoir quoi, que vous vous trouvez, jugement et raison en sommeil, à zoner sur Facebook pendant des heures sans plus savoir ce que vous étiez venus chercher.

 

4 L’investissement

 

Pour rendre un usager bien, bien accro, il faut le garder sur le long terme. Et pour ça, il faut le «  faire un peu travailler »  : il faut qu’il investisse quelque chose qui lui donne envie de revenir.

Ce peut être des contenus, des abonnés, des données… L’important c’est qu’il ait le sentiment d’avoir tellement investi que ça ne vaut plus la peine de partir (un fonctionnement qui marche aussi sur les vieux couples dysfonctionnels).

Plus vous achetez de chansons sur iTunes, plus vous allez vouloir garder votre librairie de musique là. Plus vous avez d’abonnés sur Twitter, moins vous voudrez changer de plateforme, même pour aller sur des concurrents objectivement meilleurs.

Plus vous avez passé de temps à bâtir une réputation en ligne, comme sur eBay ou Yelp ou AirBnb, moins vous avez intérêt à en partir.

Plus vous avez galéré à apprendre à vous servir d’un produit (mettons Adobe Photoshop), moins il y a de chances que vous vouliez tout reprendre à zéro avec un autre logiciel.

 

Et la morale dans tout ça  ?

Tout ça, donc, repose sur l’exploitation des faiblesses des gens (ce que certains appellent « le design des vulnérabilités »), et la mise en place de tous petits mécanismes presque invisibles (envoyer une notification au bon moment, vous montrer des posts d’amis pour vous inciter à rester dans la communauté). Ce n’est pas très moral et parfois, Nir Eyal semble s’en apercevoir. Il prend alors un ton moral.

Attention, dit-il en substance, il ne faut pas utiliser ces techniques pour faire le Mal mais faire le Bien. Pour savoir où l’on se situe sur le continuum entre ces deux pôles, il propose une «  matrice de la manipulation  » pour savoir si on est plutôt un «  facilitateur  » (un gentil qui manipule les gens certes, mais pour leur bien) ou un «  dealer  » (un méchant qui leur vend du crack dans le seul but de s’enrichir).

Mais sur le fond, la position de Eyal, comme de beaucoup de behavioristes, c’est que manipuler les comportements n’est pas en soi répréhensible, tout dépend de pourquoi on le fait.

C’est la position défendue par les théoriciens du nudge : un « paternalisme libéral » où l’on pousse sans violence les usagers à prendre les « bonnes décisions » pour eux.

 

Charte éthique ?

D’autres trouvent ces idées hautement problématiques. C’est le cas d’un repenti du Persuasive Tech Lab, Tristan Harris, qui milite avec l’association qu’il a créée, Time Well Spent (« temps bien dépensé  »), pour la création d’un «  label  » décerné aux technologies soucieuses de ne pas trop manipuler leurs clients.

D’autres designers ont avancé l’idée d’une charte éthique pour leurs utilisateurs. Pour l’instant, ces tentatives sont encore bien loin d’avoir abouti à quoi que ce soit.

Mais l’ouverture du débat a pour immense mérite de nous faire comprendre que quand nous sommes accros à nos téléphones, ce n’est pas parce que nous n’avons aucune volonté. Mais parce que nous sommes alors face à toute une industrie invisible qui travaille à nous déconcentrer et à nous rendre accros.

Et tant qu’il n’y aura pas de changements de fond, il est évident que les forces en présence ne sont pas égales.

Claire Richard

Source l’Obs 04/11/2016

Voir aussi : Rubrique Internet, Rendre aux gens le temps gagné, rubrique Médias, rubrique Lecture rubrique Société, Consommation, Loisir,  La télé un produit dangereux pour le foyer,

Asli Erdogan : “Je vous écris cette lettre depuis la prison de Bakirköy…”

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Depuis le mois d’août dernier, l’auteure turque Asli Erdogan est incarcérée dans une prison d’Istanbul, Barkirköy. Son arrestation par les autorités turques a été condamnée par de nombreuses organisations internationales : elle reflète les méthodes antidémocratiques utilisées par le gouvernement turc du président Recep Tayyip Erdogan depuis le coup d’État manqué de juillet 2016.

 

Asli Erdogan a été déférée au tribunal le 19 août sur la base de trois chefs d’accusation : « propagande en faveur d’une organisation terroriste », « appartenance à une organisation terroriste », « incitation au désordre ». Son soutien à la communauté kurde et son appel à la reconnaissance de la responsabilité turque dans le génocide arménien auraient fait d’elle une cible prioritaire des purges mises en place par Erdogan depuis le coup d’État manqué de juillet dernier.

 

La situation d’Asli Ergodan est d’autant plus préoccupante qu’elle souffre d’une santé fragile. L’auteure a rédigé une lettre, « un appel d’urgence », pour sommer la communauté européenne d’agir pour la libération de ses collègues et la défense de la liberté d’expression en Turquie.

 

Nous reproduisons ci-dessous la traduction de son courrier, fournie par le site Kedistan.

ChEres amiEs, collègues, journalistes, et membres de la presse,

 

Je vous écris cette lettre depuis la prison de Bakirköy, au lendemain de l’opération policière à l’encontre du journal Cumhuriyet, un des journaux les plus anciens et voix des sociaux démocrates. Actuellement plus de 10 auteurs de ce journal sont en garde à vue. Quatre personnes dont Can Dündar (ex) rédacteur en chef, sont recherchées par la police. Même moi, je suis sous le choc.

 

Ceci démontre clairement que la Turquie a décidé de ne respecter aucune de ses lois, ni le droit. En ce moment, plus de 130 journalistes sont en prison. C’est un record mondial. En deux mois, 170 journaux, magazines, radios et télés ont été fermés. Notre gouvernement actuel veut monopoliser la « vérité » et la « réalité », et toute opinion un tant soit peu différente de celle du pouvoir est réprimée avec violence : la violence policière, des jours et des nuits de garde à vue (jusqu’à 30 jours)…

 

Moi, j’ai été arrêtée seulement parce que j’étais une des conseillères d’Özgür Gündem, « journal kurde ». Malgré le fait que les conseillères, n’ont aucune responsabilité sur le journal, selon l’article n° 11 de la Loi de la presse qui le notifie clairement, je n’ai pas été emmenée encore devant un tribunal qui écoutera mon histoire.

 

Dans ce procès kafkaïen, Necmiye Alpay, scientifique linguiste de 70 ans, est également arrêtée avec moi, et jugée pour terrorisme.

 

Cette lettre est un appel d’urgence !

 

La situation est très grave, terrifiante et extrêmement inquiétante. Je suis convaincue que le régime totalitaire en Turquie s’étendra inévitablement, également sur toute l’Europe. L’Europe est actuellement focalisée sur la « crise de réfugiés » et semble ne pas se rendre compte des dangers de la disparition de la démocratie en Turquie. Actuellement, nous, — auteurEs, journalistes, Kurdes, AléviEs, et bien sûr les femmes — payons le prix lourd de la « crise de démocratie ».

 

L’Europe doit prendre ses responsabilités, en revenant vers les valeurs qu’elle avait définies, après des siècles de sang versé, et qui font que « l’Europe est l’Europe » : la démocratie, les droits humains, la liberté d’opinion et d’expression…

 

Nous avons besoin de votre soutien et de solidarité. Nous vous remercions pour tout ce que vous avez fait pour nous, jusqu’à maintenant.

 

Cordialement. Asli Erdogan

1.11.2016, Bakirköy Cezaevi, C-9

Traduit du turc par Kedistan

Source : ActuaLitté 03/11/2016

Voir aussi : Actualité Internationale, Rubrique Europe, rubrique Turquie, La crise politique turque grande menace pour les artistes, La romancière Asli Erdogan en prison, rubrique Politique, Politique culturelle, rubrique Société, citoyenneté,