Entretien avec le Général Françis Lenne : « L’ultimatum ne mentionnait pas la bombe atomique »

Hiroshima

Hiroshima

Officier dans l’armée de l’air, le général retraité Françis Lenne participe aux commémorations des bombardements d’Hiroshima et Nagasaki. Il donnera une conférence autour de son livre Le deuil d’Hiroshima  qui dénonce la dissuasion nucléaire et ses dénis et prend position en faveur du traité pour le désarmement nucléaire mondial qui sera proposé à l’ONU le 20 septembre prochain.

Entretien

Après avoir été impliqué dans la dimension stratégique, comment est né votre engagement en faveur du désarmement nucléaire ?

La problématique du désarmement nucléaire n’est pas un sujet simple, d’autant qu’on cherche à l’embrouiller de la base jusqu’au plus haut niveau de l’État. Moi comme bien d’autres, j’ai eu le cerveau lavé par des considérations politiques de part et d’autre de l’Atlantique. J’ai travaillé sur la dissuasion dans un programme de transmission en relation avec les USA qui avaient un programme similaire. A ce titre, j’ai rencontré des stratégistes qui évoquaient savamment les biens faits de la dissuasion. Je me suis progressivement rendu compte que lorsque je grattais un peu leurs théories, ils fuyaient n’hésitant pas à avoir recours à des sophismes qu’auraient décelé des enfants de 7 ou 8 ans.

Cela m’a conduit à débuter mes recherches. N’étant plus à ce jour tenu par mon devoir de réserve, j’affiche ma thèse sans faux fuyant, selon laquelle la dissuasion nucléaire est le passage à l’acte d’une psychose liée au traumatisme d’Hiroshima et de Nagasaki, et justifiée par une transformation de l’Histoire.

Une forme de perversion constitutionnelle ?

On peut l’entendre ainsi, avec pour origine psychotique les événements de Hiroshima et de Nagasaki qui ont été refoulés. A partir de là, la collectivité s’est construite une autre réalité, celle de la stratégie de la dissuasion qui a justifié les bombes jusqu’à la fin de la guerre froide. Après la chute du mur, comme il n’y avait plus d’ennemi réel, cela s’est compliqué, il a fallu en trouver d’autres… Aujourd’hui, cette autre réalité, il est très difficile de l’évacuer, parce qu’on a construit dessus toute une série de dénis pour justifier l’événement et le rendre acceptable.

Cette falsification de l’Histoire est-elle également relative au contexte des journées des 6 et 9 août 1945 et de la réédition japonaise ?

La décision de produire la bombe atomique fut prise en décembre 1942. Roosevelt meurt en avril 1945, son successeur, Truman  débarque dans un moment difficile. Le secrétaire à la Guerre Stimson, lui révèle le projet seulement deux semaines après son entrée en fonction. Truman n’a qu’une connaissance approximative de leur capacité de destruction. Il arrive à Posdam au lendemain du 1er essai qui eu lieu le 16 juillet à Alamogordo, au Nouveau-Mexique. Staline qui avait un espion dans la place est au courant.

Pour Stimson le largage de la bombe est un moyen d’anticiper l’attaque Russe en Mandchourie qui eu lieu dans la nuit du 8 au 9 août. Le Japon était à plat. Le ministre de la guerre avait envoyé à son ambassadeur un message, intercepté par les américains, signifiant qu’ils étaient en train de se rendre.  Truman n’est pas vraiment au fait des enjeux. Il donne son accord tout en faisant promettre d’épargner les femmes et les enfants.

L’ultimatum envoyé au japonais ne mentionne pas la bombe atomique. Après Hiroshima, les journalistes japonais demandent à leur Premier ministre sa position. Celui si leur répond « Nous réfléchissons» une formule japonaise ambiguë qui peut aussi être interprétée par  «aller vous faire voir». Ce titre fait la une des journaux japonais et il n’est pas étranger au largage de la seconde bombe sur Nagasaki. Par la suite, on a réécrit l’histoire pour dire que les bombes avaient permis d’épargner deux millions de morts. L’histoire a été déniée y compris par les Japonais.

Plus de 70 ans après le drame, les risques nucléaires militaires ont-ils diminué ?
La situation a empiré. Elle s’est aussi complexifiée. Les armes nucléaires ont été produites de manière compulsive. L’arsenal planétaire comprend actuellement entre 15 000 à 16 000 têtes nucléaires. On sait  qu’il suffirait que cinq bombes explosent pour empêcher la terre de respirer.

Quand est il des risques accidentels ?
On dénombre de nombreux accidents qui ne sont que la face immergée de l’iceberg car beaucoup restent non connus. En France dans les année 60, un orage qui avait produit un bug dans les transmissions électriques a fait décollé un mirage 4 armé de bombe nucléaire. Le pilote n’a pas largué parce qu’il n’a pas trouvé son point de ravitaillement.

Les Russes et les Américains ont aussi connu des accidents. Jusqu’ici nous avons eu beaucoup de chance mais on doit s’attendre au jour où cette chance ne sera pas au rendez-vous. En 2009 deux sous-marin à propulsion nucléaire français et britannique sont entrés en collision. Il y avait 90 bombes à bord plus les moteurs nucléaires…

Cela paraît incroyable…
Non, justement parce que ces sous-marins sont construits pour être indétectables. Quand ils sortent de leur port d’attache, ils émettent des bruits pour se faire repérer puis ils disparaissent, et  à partir de ce moment, leur mission débute.

Quelle place occupe le nucléaire dans l’armée ? Comment ce sujet est-il vécu par les hommes ?
C’est très particulier et en même temps lointain parce que très cloisonné. Les gens qui ne participent pas aux forces de frappe n’ont aucune connaissance de ce sujet. Je ne sais pas précisément combien de personnes sont dans la confidence peut-être 280 ou 300 tout au plus. On ne pénètre pas comme ça dans le petit monde du nucléaire.

Les personnes informées sont très surveillées. Ils sont aussi formatés. J’ai quelques amis qui en font partie. Ils sont dans le déni total. Ce sont des gens intelligents par ailleurs, mais dès que l’on aborde ce sujet ils périclitent.

Le traité sur l’interdiction des armes nucléaires qui vient d’être adopté à l’ONU en juillet ouvre-il des perspectives ?
Effectivement, les choses évoluent. C’est la première fois que nous avons quelque chose sur la table. Le travail mené à l’ONU en faveur du désarmement nucléaire mondial vient d’aboutir avec ce traité sur lequel les ONG et un certains nombres d’États travaillent depuis 2011. Après la résolution fin 2016,  la contribution de 122 pays a permis sa publication le 7 juillet dernier. Il faut noter qu’aucune des puissances atomiques ne l’a ratifié et que les Pays-Bas, seul pays parmi les 29 membres de l’OTAN à avoir suivi les discussions, se sont abstenus lors de l’adoption de la résolution.

Ce traité devrait entrer en vigueur en septembre une fois ratifié par 50 pays. Le texte du traité doit être accompagné d’un projet pour concrétiser cette avancée. Il n’y a que l’ONU qui peut le conduire.

Recueilli par Jean-Marie Dinh

En savoir plus : « Le deuil d’Hiroshima » gratuit et libre de droit. https://www.dropbox.com/s/ysfew6nich6w6tu/Le%20deuil%20Hiroshima%20-2017.pdf?dl=0

Source La Marseillaise 5 août 2017

images4 jours de jeûne pour l’abolition des Armes nucléaires

Il y a 72 ans… Le 6 août 1945 à 8h15 du matin la première bombe atomique explosait sur Hiroshima. Le 9 août la seconde tombait sur Nagasaki.

Dans de nombreuses villes de France et d’autres pays (Royaume Uni, Allemagne, Togo, Etats-Unis…) un jeûne s’organise du  6 au 9 août pour exprimer la volonté d’éliminer les armes atomiques et se consacrer à l’information du public sur cette menace imminente et inacceptable pour le monde. Si le nucléaire civile et militaire sont liés depuis le début comme les doigts de la main.

A Montpellier, le collectif Stop armes nucléaire, regroupant les associations : Arrêt du nucléaire 34, Mouvement pour une alternative Non violente, Maison de la paix-Amis de l’Arche-Canva, Mouvement pour le désarmement, la paix et la liberté 34,(MdpL), Pax Christi,  compte un certain nombre de militants pour le désarmement. Le collectif montpelliérain qui s’associe au jeûne pour la seconde année, sera à l’initiative de différentes actions de sensibilisation durant ces quatre jour.

« Le jeûne est une manière de se consacrer à cet événement, indique Didier Lator, membre de Sortir du Nucléaire,  durant quatre jours, on donne de notre personne, sans mettre notre vie en danger,  pour un sujet important. Cela a un impact auprès de certaines personnes qui réalisent, à travers la teneur de notre engagement que c’est un vrai sujet. Mais beaucoup ont le sentiment que c’est un combat perdu d’avance. Parce que les centrales sont là et qu’on tient des discours complexes et très techniques pour que les citoyens ne s’emparent pas de cette question. Alors que 42 des 58 réacteurs nucléaires français ont dépassé la durée de vie de 30 ans pour lesquels ils ont été construits. A 75 km de Nîmes le réacteur n°1 de centrale Tricastin comporte 17 fissures

Au niveau local le collectif entend réitérer sa demande de rendez-vous restée lettre morte avec le maire Philippe Saurel. « Nous souhaitons juste le rencontrer pour connaître sa position.»

Du 6 au 9 août permanence sur l’esplanade de 11h à 17h. Le 6 août à 11h commémoration sur l’Esplanade. Le 7 août,  à 20h,projection du  Miracle Mile film à l’Utopia suivi d’un débat avec le Général Françis Lanne. Le 8  août à 18h30  sur l’Esplanade conférence du Général Françis Lanne, le 9 août à 11h02 ,  prise de parole à l’heure précise du bombardement de Nagasaki.

JMDH

Source La Marseillaise 5 août 2017

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Festival d’Avignon. L’Antigone fraternelle de Miyagi

ANTIGONE - FESTIVAL D AVIGNON - 71e EDITION -

Le drame universel passe de Sophocle à Miyagi. Photo Christophe Raynaud De Lage

Le maître japonais Satoshi Miyagi  présente « Antigone » dans la Cour d’honneur du Palais des Papes, en ouverture du Festival d’Avignon.

Comme des spectres blancs qui se déplacent flottant sur un jardin d’eau japonais. Dans cette eau tenant lieu de frontière entre ce monde et l’au-delà, le metteur en scène japonais Satoshi Miyagi et sa compagnie nous font parvenir leur perception d’« Antigone » de Sophocle. C’est la première fois qu’une compagnie étrangère ouvre le festival dans son lieu le plus symbolique. De l’Occident à l’Orient le  mythe d’Antigone est passé de Sophocle à Satoshi et revient nous ouvrir les horizons à partir d’une autre intuition. Des sujets abordés par le drame, la transgression des lois, la désobéissance à l’autorité paternelle, la liberté féminine, la passion pour la justice… le metteur en scène retient certainement le plus universel, celui d’aimer tous les êtres humains sans les diviser.

Clarification de l’espace
Une pensée chère au bouddhisme japonais dont l’esprit emplit l’étendue de la Cour d’honneur du Palais des Papes où régnait jadis l’autorité chrétienne. Le travail de mise en espace offre des tableaux longilignes raffinés emplis de personnages dont l’esthétique chatoyante des maquillages et des costumes se déploie au gré des scènes narratives. En fond de scène, les âmes des morts composent le rang des musiciens qui propulse les mouvements de l’action. Dans le bassin circule sur un radeau le passeur vers le monde d’Hadès, les méditatifs déplacements sont orchestrés avec une infime précision sans troubler la surface de l’eau. L’ensemble du mouvement ne semble faire qu’un corps oscillant entre la compression du temps et la dilatation de l’espace. Satoshi s’adapte magistralement aux contraintes du lieu dont il tire partie avec un sens poussé de l’esthétique, transformant le haut mur en fond de scène en un théâtre des ombres obscures.

Après avoir confronté le théâtre japonais à l’épopée indienne, « Le Mahabharata », présenté à Avignon en 2014, Satoshi tire « Antigone » du berceau de la pensée occidentale. « Antigone », comme une forme accomplie de la culture de l’ici et maintenant. Dans ce saut spatio-temporel prodigieux qui nous sépare de Sophocle, cette incarnation de la révolte apparaît plus que jamais en capacité de fédérer dans son opposition au pouvoir face à l’arrogance des Créons modernes de Shinzo Abe, à Donald Trump en passant par Macron. Mais contrairement au clin d’oeil subtil à Pierre Henry avec les quelques notes de « Messe pour un temps présent » que laisse filtrer le metteur en scène au début du spectacle, cette référence à l’engagement n’est pas revendiquée par Satoshi qui reste fidèle à l’apparente neutralité  bouddhiste.

D’un point de vue formel, le spectacle emprunte aux spécificités irréductibles de la culture japonaise. Le ji-utaï, du nô japonais proche des choeurs grecs, le ku na’uka, méthode de travail où le même rôle est assuré par deux acteurs, l’un s’approprie la parole, l’autre le geste, ou le populaire théâtre kabuki. La pièce nous transporte  dans un temps cyclique, où chaque intervention expose des arguments en faveur de l’unité. Engagé contre la discrimination, Satoshi considère le théâtre comme un outil de solidarité et une fête pour apaiser les esprits…

Jean-Marie Dinh

Source La Marseillaise

Voir aussi : Rubrique Festival, rubrique Théâtre, rubrique Asie, Japon, Tokyo dit non à l’arrogance d’Abe,

Japon. Tokyo dit non à l’arrogance d’Abe

7j-jonesLe parti du Premier ministre Shinzo Abe a essuyé une défaite cuisante aux élections de l’assemblée municipale de Tokyo, le 2 juillet. Un vote de sanction pour ce gouvernement qui bafoue les fondements de la démocratie, fustige le plus grand quotidien du pays.

Le Parti libéral-démocrate [PLD, conservateurs] a essuyé une défaite historique le 2 juillet aux élections à l’assemblée métropolitaine de Tokyo. À n’en pas douter, l’électorat attend beaucoup de Yuriko Koike, la gouverneure de Tokyo, qui l’a emporté avec une large majorité. Mais cela ne suffit pas à expliquer la défaite désastreuse du PLD. Les résultats du scrutin doivent être interprétés comme un non retentissant à l’arrogance et à la suffisance du gouvernement du Premier ministre, Shinzo Abe.

On a pu constater à maintes reprises les effets néfastes de son autoritarisme. Shinzo Abe a refusé de répondre aux questions sur les scandales politiques dans lesquelles lui-même, son épouse Akie et son proche allié politique Koichi Hagiuda sont suspectés d’être impliqués. Son gouvernement a même rejeté la demande des partis d’opposition de tenir une session extraordinaire au Parlement, en vertu de l’article 53 de la Constitution.

Après avoir organisé à la hâte un débat en commission sur le projet de loi “anticonspiration” [loi adoptée le 15 juin], le gouvernement Abe s’est appuyé sur la large majorité dont il dispose dans les deux chambres pour faire passer en force cette législation très controversée [le texte est destiné à punir les individus se préparant à commettre des actes terroristes et est accusé d’être liberticide par ses opposants]. Par la force du nombre, le PLD a ni plus ni moins étouffé le débat au Parlement, qui est pourtant le cœur de la démocratie. Cela montre à quel point ce gouvernement ne respecte pas le Parlement.

Le discours de campagne qu’a prononcé M. Abe devant la gare d’Akihabara, à la veille du scrutin de Tokyo, a révélé le fossé qui le sépare du sentiment général. Quand l’assistance a commencé à scander des appels à sa démission, le Premier ministre a crié : “Nous ne serons pas vaincus par des gens pareils?!” Il a certainement pensé que ces huées ne provenaient que d’une poignée de détracteurs cherchant à saboter son discours. Les résultats de l’élection ont pourtant bien montré que sa politique mécontentait une part bien plus importante de l’opinion japonaise.

Des conséquences sur l’élection de 2018

Le mépris de son gouvernement pour le débat public n’est pas nouveau. Avant son retour au pouvoir en 2012, le Premier ministre s’est engagé, en campagne, à donner la priorité aux questions économiques. Les élections passées, il s’est empressé de faire adopter des lois soulevant de graves enjeux constitutionnels, à l’image de la législation sur la protection des secrets d’État ou de la nouvelle loi sur la sécurité nationale [qui a renforcé le rôle des militaires japonais].

Alors que de nombreux Japonais ainsi que des parlementaires ont dénoncé les problèmes posés par ces nouvelles législations, le PLD n’a guère pris la peine ni le temps d’en expliquer la nécessité pour qu’elles soient mieux acceptées. Pis, il s’est appuyé sur la majorité de son camp dans les deux chambres pour les faire passer en force, prétextant que les parlementaires leur avaient déjà consacré des heures de délibération.

Or le Parlement est la représentation du peuple, détenteur collectivement de la souveraineté nationale : les partis d’opposition représentent de larges pans de l’électorat japonais. Shinzo Abe semble avoir oublié ces principes de base de la démocratie.

Même si ces élections à l’assemblée de Tokyo restent un scrutin local, la défaite cuisante du PLD dans la capitale pèsera lourdement sur la mise en œuvre du programme national d’Abe. Cet échec aura des conséquences aussi sur l’élection à la présidence du PLD, prévue en septembre 2018, ainsi que sur les législatives, annoncées pour décembre 2018. À ce rythme, la révision de la Constitution, qui est le projet phare du Premier ministre, pourrait être compromise.

Ce qu’il doit faire aujourd’hui tombe sous le sens. Shinzo Abe doit réunir le Parlement en session extraordinaire et répondre à la demande de l’opposition, comme prévu par la Constitution, et donner des explications claires aux questions qui lui sont posées. Le gouvernement tire son pouvoir d’un mandat public qui le lui confie de façon temporaire : le Premier ministre n’en est pas le détenteur à titre personnel. Si Shinzo Abe n’a pas compris cette vérité simple, il n’est pas qualifié pour continuer à présider aux destinées du Japon.

Source Asahi Shimbun 04/07/2017

Gouverneure de Tokyo depuis 2016, Yuriko Koike, ancienne membre du PLD, a remporté une large majorité à l’assemblée de Tokyo avec 79 des 127 sièges. Sa campagne, lancée avec son nouveau parti, Tomin First no Kai (Association pour donner la priorité aux habitants de Tokyo), a mis en avant le besoin de transparence dans la gestion de la capitale. Première femme à diriger la mairie de Tokyo, elle partage certaines propositions controversées de Shinzo Abe, comme la révision de la Constitution pacifiste de 1947.

Voir aussi : Actualité Internationale , Rubrique Asie, Japon, rubrique Politique, Affaire, rubrique Société, Citoyenneté,

Empire japonais : son univers impitoyable

 La princesse Mako quitte sa maison à Tokyo le 18 mai 2017 © STR / JIJI PRESS / AFP


La princesse Mako quitte sa maison à Tokyo le 18 mai 2017 © STR / JIJI PRESS / AFP

Le 16 mai 2017, la chaîne publique japonaise NHK a annoncé la prochaine union de la Princesse Mako, petite-fille de l’empereur du Japon avec un roturier. Ce mariage entraînerait l’éviction de la princesse de sa famille. Une nouvelle qui fait polémique au sein de la famille impériale vieille de 28 siècles. Et ramène sur le devant de la scène les questions de succession au pays du Soleil levant.

Inégalités devant la loi   
Ils ont tous les deux 25 ans et ont tous les deux fait leurs études à l’Université chrétienne internationale. Mais elle est la petite-fille de l’empereur du Japon et lui est un garçon «ordinaire».

Ainsi, après cette union prévue en 2018, la Princesse Mako devrait être exclue de sa famille, en vertu d’une loi controversée de 1947. A cette époque, la famille impériale comptait de moins en moins de membres et il devenait impossible pour eux de se marier uniquement entre eux. Il a donc été décidé de mettre dans la nouvelle Constitution un article pour que les hommes de la famille puissent épouser des roturières. Et ainsi perpétuer la lignée.

Le mariage du prince Akihito avec Michiko Shoda le 1er janvier 1958.

Le mariage du prince Akihito avec Michiko Shoda le 1er janvier 1958.

Akihito, l’empereur actuel et ses deux fils ont profité de cette loi: leurs épouses respectives font ainsi partie de la famille impériale. Pour une raison inconnue, cette loi ne s’étend pas aux femmes qui, si elles se marient à un roturier, sont évincées. La princesse Mako deviendrait alors tout simplement Mako et son potentiel fils ne pourrait succéder à l’empereur.

Une succession complexe
La succession du «trône de chrysanthème» n’en est que plus vacillante. En 2016, l’empereur Akihito avait demandé à abdiquer, car il s’inquiétait «de la difficulté à remplir [ses] fonctions en tant que symbole de l’Etat». Agé de 84 ans, il vient d’être autorisé à quitter son trône fin 2018. Une première en plus de deux siècles.

— RFI (@RFI) 20 mai 2017

Il aura trois successeurs potentiels: Naruhito et Fumihito, les deux fils de l’empereur puis Hisahito, son petit-fils, fils de Fumihito et frère de la fameuse princesse Mako. Mais si Hisahito n’a pas de fils, alors la lignée de vingt-huit siècles de descendance, la plus longue au monde, s’arrêterait.

Arbre généalogique de la famille impériale japonaise © AFP

Arbre généalogique de la famille impériale japonaise © AFP

Un pouvoir masculin
Cette lignée est désormais exclusivement masculine car la Constitution actuelle empêche le pouvoir impérial féminin.

Pourtant, jusqu’au 18ème siècle, huit femmes ont été impératrices (contre quand même 125 empereurs). Lorsqu’aucun héritier mâle ne pouvait être trouvé, l’Empire était confié à l’une des filles de l’empereur. L’impératrice devait alors être vierge ou veuve car si elle avait un mari, ce dernier lui aurait été supérieur. Ce que la loi interdisait.

Toujours dans la Constitution de 1947, un article impose un homme à la tête de l’Empire. Cette loi devait être modifiée au début des années 2000 car les deux fils de l’Empereur n’avait fait que des filles. Mais en 2006, Hisahito est né et la modification de la loi a été enterrée.

Avec l’Espagne, le Japon est la dernière monarchie d’un pays constitutionnel à privilégier un héritage du trône de père en fils.

Source Géopolis 22/05/2017

Voir aussi : Rubrique International, rubrique Asie, Japon,

 

Avec Edouard oublions Fukushima

Le Canard enchaîné . 15/03/2017

Le Canard enchaîné . 15/03/2017

Le chef de l’Etat, qui n’a guère fait campagne sur les thématiques environnementales, s’est choisi un premier ministre, Edouard Philippe, lui-même peu sensible à l’écologie. Le maire du Havre (depuis 2010), diplômé de Sciences Po et de l’ENA, n’a pas vraiment manifesté, dans son parcours professionnel pas davantage que dans ses mandats électifs, d’attrait pour les questions environnementales.

Les ONG écologistes s’alarment de son passé – à leurs yeux de son passif – au sein du groupe Areva, alors fleuron du nucléaire français, dont il a été directeur des affaires publiques de 2007 à 2010. « Cette nomination est extrêmement inquiétante au regard des enjeux actuels, écrit le réseau Sortir du nucléaire. Aucune complaisance ne saurait être tolérée envers l’industrie nucléaire de la part de l’exécutif. Mais cette nomination d’un ancien VRP d’Areva laisse craindre le pire et en dit long sur l’intérêt d’Emmanuel Macron pour la transition énergétique. »

Ancien cadre d’Areva, le premier ministre a voté comme député contre les lois sur la transition énergétique et sur la biodiversité.

la suite de l’article du Monde

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