Le Parlement européen tente de tourner la page des scandales de corruption

5.000 groupes de pression gravitent en permanence autour des parlementaires de l'UE

 Le Parlement européen a promis cette semaine des réformes pour accroître les obligations de transparence imposées à ses députés après des affaires de corruption qui ternissent la réputation de la seule institution démocratiquement élue de l’UE.

Les chefs de groupes politiques devaient discuter jeudi de la mise en place d’un groupe de travail appelé à faire des propositions concrètes d’ici à la pause estivale. Elle pourrait être formalisée lundi.

Objectif: renforcer l’intégrité des élus et clarifier leurs relations avec les 5.000 groupes de pression qui gravitent autour d’eux en permanence pour défendre leurs intérêts.

Dans le détail, il s’agit de réfléchir à un code de conduite pour les groupes de pression, qui devront plus clairement se faire enregistrer, et à un autre pour les élus, inexistant aujourd’hui. Les rapporteurs de textes devraient être contraints de publier tous les contacts qu’ils ont eus avec les lobbyistes dans le cadre de leur travail, les exigences de transparence dans les déclarations d’intérêt financier des élus sont appelées à être renforcées et un comité d’éthique du Parlement pourrait être créé.

Trois eurodéputés, de surcroît tous anciens ministres, ont été piégés le mois dernier par des journalistes de l’hebdomadaire Sunday Times se faisant passer pour des lobbyistes. Ils ont accepté de déposer des amendements sur des projets de loi européens, en particulier dans le secteur bancaire, en échange de rémunérations allant jusqu’à 100.000 euros. Deux d’entre-eux, le Slovène Zoran Thaler et l’Autrichien Ernst Strasser, ont déjà démissionné. Le troisième, le socialiste Adrian Severin (Roumain) a été exclu de son parti mais s’accroche à son poste. Plus pour très longtemps.

Le Parlement européen a en effet enclenché mercredi une procédure de levée de son immunité parlementaire qui devrait prendre quelques semaines pour aboutir. Sur le fond, les élus sont unanimes, même si les méthodes du Sunday Times font débat. Car l’affaire contribue à affaiblir la crédibilité d’une institution qui en manque cruellement déjà auprès de l’opinion, parce qu’elle reste peu connue du grand public, en dépit de son influence croissante sur les décisions de l’UE. Mais aussi du fait de l’absentéisme chronique de certains de ses élus ou de dérapages dans le passé sur les budgets des eurodéputés pour leurs assistants ou leurs frais professionnels.

Lorsque des élus sont prêts à être « payés pour des amendements, c’est une forme de corruption », a dit le co-président des Verts, Daniel Cohn-Bendit. « Etre prêt à recevoir des sommes contre certains services rendus, ça ne permet pas d’être dans cette maison », a également jugé le chef de file des élus socialistes, l’ancien groupe de M. Severin, Martin Schulz.

Avec le code de conduite, le Parlement entend aussi davantage encadrer le cumul des mandats ou de professions des élus, phénomène assez répandu dans la maison malgré des rémunérations plus que convenables. Le dossier est délicat car les professions libérales, comme les avocats ou médecins, assurent ne pouvoir abandonner leur métier durant leur mandat, au risque de ne pouvoir y revenir par la suite.

« Il faut une réglementation. Par exemple, un élu n’aura pas le droit d’être rapporteur sur un sujet pour lequel par ailleurs son cabinet (d’avocats) travaille », a proposé Daniel Cohn-Bendit.

Cela suffira-t-il à éviter les écarts? L’influent eurodéputé français Alain Lamassoure en doute. « Il ne s’agit pas ici d’une défaillance des règles, mais des hommes », dit-il, « et ce n’est pas parce que vous aurez un maximum de règles que vous pourrez éviter qu’elles soient violées ».

 Yacine Le Forestier (AFP)

Voir aussi :  Rubrique Affaire, On line Librairie Brillat Savarin Lobby planet zoom sur Bruxelles,
 

UE : Extension du domaine de la régression

Pacte pour l’euro, impact sur les salaires

Le Portugal va payer…

La crise politique portugaise s’est payée cash: hier soir, le premier ministre démissionnaire a dû se résoudre à appeler à l’aide la zone euro, son pays étant incapable de se financer à des taux supportables.

Jeudi 7 avril 2011

Voir aussi : Rubrique  Portugal Crise de la dette crise politique  

Attaque de l'Euro. Artimage

Extension du domaine de la régression

A la veille d’un Conseil européen consacré à la crise de la dette, le Parlement portugais rejetait, le 23 mars, un plan destiné à réduire le déficit en rognant sur les dépenses sociales. Inébranlables, les gouvernements de la zone euro continuent à prescrire la pilule amère de la rigueur.

Comme dans un rêve de Naomi Klein qui rattraperait les malfaçons de sa thèse initiale, le néolibéralisme européen met un soin particulier à se conformer à la « stratégie du choc » — mais d’un choc qu’il a lui-même largement contribué à produire.

On croyait déjà avoir vu du pays avec la « réponse » à la crise (financière privée) sous la forme de plans d’austérité (publique) sans précédent. Mais le prolongement du « pacte de compétitivité » nous emmène pour un autre voyage dont on ne voit même plus le terme. Jusqu’où le paradoxe de l’acharnement néolibéral en réponse à la crise néolibérale peut-il aller ?, c’est une question dont la profondeur devient insondable.

Dans cet invraisemblable enchaînement où un choc séculaire n’entraîne aucune révision doctrinale mais bien la réaffirmation étendue de ce qui a si parfaitement échoué, la case « réduction des déficits » a logiquement donné lieu à une de ces « déductions » bizarres conduisant de l’échec prévisible des politiques d’austérité à l’impérieuse nécessité de les constitutionnaliser.

En dépit du matraquage qui répète ad nauseam que la rigueur est une stratégie de retour à la croissance et quoiqu’il nous ait valu quelques épisodes savoureux comme la « rilance » de Mme Christine Lagarde, on voit mal comment les politiques économiques européennes — coordonnées pour la première fois, mais hélas pour le pire — pourraient ne pas produire l’exact contraire de ce qu’elles prétendent rechercher.

Car si des épisodes d’ajustement budgétaire, dans le passé, ont pu rencontrer quelque succès, c’était à la condition impérative d’être accompagnés d’une baisse de taux d’intérêt, d’une dévaluation ou d’un environnement en croissance, toutes choses dont on est d’ores et déjà bien certain qu’elles feront défaut. Reste la terrible synergie négative qui conjugue des efforts de restriction budgétaire d’une intensité inédite à une extension (l’Europe entière) jamais vue — et promet plutôt la « richute ».

Frédéric Lordon (Le Monde Diplo)

Frédéric Lordon économiste, auteur de La Crise de trop. Reconstruction d’un monde failli, éditions Fayard, 2009.

Voir aussi : Rubrique Finance Traders en fête, Barnier rassure les fonds spéculatifs, Les banquiers reprennent leurs mauvaises habitudes, Rubrique Crise , Le grand Krach automatique , entretien avec Frédéric Lordon, rubrique UE La spéculation attaque l’Europe par le Sud, l’UE répond aux marchés, Grèce Grève générale,

 

A qui appartient la dette des états européens ?

Pourquoi seuls certains pays de la zone euro sont-ils touchés par la crise de la dette souveraine ?

Existe-t-il un lien entre cette crise et le fait que la dette publique soit possédée par des investisseurs « non résidents » ? Il est en effet curieux que la Grèce, l’Espagne et le Portugal soient sous pression des marchés et absolument pas l’Italie, le Royaume-Uni, l’Irlande ou encore, hors Union européenne, les États-Unis ou le Japon.

Reprenons, à partir des chiffres de 2009 d’Eurostat (publiés le 5 mai) : si la dette grecque représente 115,1 % du PIB, ce qui peut expliquer la défiance des investisseurs, en revanche celles de l’Espagne et du Portugal, ne dépassent pas respectivement 53,2 % et 76,8 %. Soit, en dessous de la moyenne de la zone euro qui est pour l’instant de 78,7 %. Certes le poids des dettes publiques augmente, mais c’est le cas partout dans le monde.

Prenons maintenant le cas de l’Italie : sa dette est de 115,8 % du PIB, soit au même niveau que la Grèce. De même, l’Irlande (64 %) est plus endettée que l’Espagne (sans compter le Nama, structure de défaisance des actifs toxiques des banques irlandaises qui pèse plus d’un quart du PIB irlandais). La France, elle, se situe au niveau du Portugal avec 77,6 % du PIB. Hors UE, la dette américaine représente 80 % et celle du Japon… 200 % de son PIB.

Pourtant, seuls, dans le monde, trois pays du sud de l’Union sont sous la menace des marchés. Certes, dira-t-on, la Grèce est un cas particulier, ce pays ayant dissimulé deux fois l’ampleur de son déficit, brisant ainsi la confiance des marchés. Mais elle a des capacités de rebonds (marine marchande, services, économie souterraine, etc.). Quoi qu’il en soit, l’Espagne et même le Portugal ne sont absolument pas dans le même cas qu’Athènes et sont pourtant bousculés par les marchés. Et si on juge ces pays fragiles, c’est aussi le cas de l’Irlande, de l’Italie, du Royaume-Uni et bien sûr de la France.

C’est là que les choses deviennent intéressantes. Si l’on regarde la proportion de la dette souveraine (celle des États par opposition à la dette privée, celle des ménages) détenue par des « non-résidents » (c’est-à-dire des personnes physiques ou morales domiciliées hors du pays) on constate que ce sont les pays qui ont le plus diversifié leur dette sur les marchés internationaux qui sont les plus attaqués ou, à tout le moins, menacés. Ainsi, la dette grecque est possédée à 75 % par des non-résidents, la dette portugaise à 72 %, la dette espagnole, à 60 %. Il y a, pour l’instant, des exceptions : ainsi, la dette irlandaise est possédée par des non-résidents à hauteur de 86 % et la dette française à hauteur de 68 % et ces deux pays ne sont pas – encore ? — attaqués.

En revanche, on peut noter que la dette britannique n’est possédée par des non-résidents qu’à hauteur de 28 %, la dette allemande, à moins de 50 %, la dette italienne à moins de 55 %, la dette américaine à 50 % et la dette japonaise à moins de 5 %… Et là, curieusement, pas de mouvements, ou si peu. Pourquoi ? Car la dette reste d’abord sous contrôle étatique. Ainsi, « la dette italienne est massivement possédée par des banques italiennes qui, par l’intermédiaire de fondations, sont contrôlées par l’État. Elles font donc ce qu’on leur dit de faire d’où la tranquillité du gouvernement italien », m’expliquait récemment le patron italien d’une entreprise de télécommunications.

La France, il y a quinze ans, était dans le même cas. Mais les autorités publiques ont fait le choix délibéré de diversifier la dette et d’emprunter d’abord sur les marchés internationaux. Interloqué par ce choix, j’ai plusieurs fois interrogé des responsables français qui m’ont répondu avec une

arrogance pas croyable que 1/je n’y comprenais rien (ce qui est possible) et 2/une diversification montre la confiance du monde dans l’économie française. C’était avant la crise de la dette souveraine et ce choix apparaît aujourd’hui pour ce qu’il est : catastrophique puisqu’un pays qui a massivement externalisé sa dette renonce de facto à la contrôler. Si le gouvernement français peut faire pression sur BNP-Paribas, il n’a aucun levier sur Lehman Brothers, par exemple.

Ce n’est pas un hasard si, en avril 2006, le Danemark a fièrement annoncé avoir soldé sa dette extérieure. Sa dette – désormais uniquement possédée par des intérêts danois – n’était plus que de 30 % (41,6 % en 2009). Un choix malin, très malin qui montre que Copenhague a vu venir le coup et compris que l’indépendance a un prix.

Reste à savoir qui sont ces fameux « non-résidents ». Il n’est pas facile de le savoir, les obligations d’État changeant souvent de mains. Mais, selon des estimations fiables, cette dette est massivement possédée par des banques et des assurances de l’Union européenne et non par des banques d’investissement et des Hedge funds américains, japonais ou chinois… Autrement dit, ceux qui ont amplifié la crise de la dette souveraine grecque et déstabilisé la zone euro sont sans aucun doute des banques françaises ou allemandes, qui possèdent à elles seules un bon tiers de cette dette. Je ne dis pas qu’elles sont à l’origine de la crise, mais ce sont elles qui, en étant incapables de contrôler leurs nerfs, ont suivi comme des moutons ce qui ont déclenché la panique par intérêt bien compris.

Autant dire qu’il faut rapidement inverser la tendance afin que l’État emprunte d’abord en interne. Une méthode qui présente un autre avantage : elle permet une restructuration (rééchelonnement des remboursements ou annulation partielle) entre soi, sans vague. On pourrait aussi mettre en place, solution plus européenne, une « agence européenne de la dette » qui gérerait la plus grande partie des dettes nationales  des pays de la zone euro et pourrait émettre des emprunts. Ainsi, la spéculation contre la dette souveraine de la zone euro deviendrait impossible. Mais, cette seconde solution, qui a ma préférence, n’est  pas à l’ordre du jour. Pour l’instant.

Réflexions d’un militant (Sin)

 

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Brésil : les larmes de Lula

Penché sur un cercueil en verre, l’ancien président pleure la mort de son compagnon politique José Alencar. C’est la photo qui s’affiche à la une du journal O Globo. « Inconnu à l’étranger, Alencar était une grande figure de la scène politique au Brésil. Ancien vice-président de Lula, il avait su nouer des alliances entre partis de gauche. Et ce sont ces alliances qui ont permis à Lula de gouverner pendant huit ans avec une grande majorité au Parlement ». Alencar a lutté pendant des années contre le cancer, c’est finalement la maladie qui l’a emporté. « Toute la classe politique lui rend un dernier hommage », comme l’écrit O Estadao, à commencer par la présidente Dilma Rousseff. Elle a écourté son séjour au Portugal pour assister aux obsèques de celui que le journal brésilien appelle « un grand battant ».

Portugal : la présidente brésilienne propose une aide économique

Lors de cette visite officielle, la présidente brésilienne a proposé une aide économique au Portugal. Cette initiative est très commentée par la presse brésilienne et pour cause : l’ancien pays colonisé, devenu la septième économie mondiale, suggère de venir en aide à son ancien colonisateur, en pleine crise économique. L’hebdomadaire Carta Capital traite le sujet par la satire : « et si le Portugal devenait tout simplement une province du Brésil ?, se demande le journal de Sao Paulo. On pourrait annexer le cousin lusophone, qui, du coup, se transformerait en une partie importante du pays. Nous aurions alors 10% de Brésiliens en plus ». Et Carta Capital de poursuivre dans sa politique-fiction : « le Brésil est avec les autres grands pays émergents, la Chine, l’Inde et la Russie, le socle du nouveau pouvoir mondial. Le pont avec le Portugal permettrait aussi de redynamiser une Europe de plus en plus âgée et fatiguée ».

Achim Lippold

 

Voir aussi : Rubrique Brésil, rubrique Portugal Démission de Jose Socrates,

Portugal : Crise de la dette démission de José Sócrates

Le 23 mars, le Premier ministre portugais José Socrates, leader du Parti Socialiste, a démissionné. Des élections législatives anticipées sont annoncées pour le 29 mai ou le 5 juin. Mais la spéculation sur la dette portugaise, qui a provoqué cette démission, continue de plus belle et alimente les tractations au sein des partis portugais et de l’Union européenne.

Le jour de sa démission José Socrates présentait au Parlement, où il était minoritaire, un nouveau plan d’austérité. C’était le quatrième en moins d’un an, appelé comme ses prédécesseurs Programme de stabilité et de croissance (PEC). Sous prétexte toujours de réduire le déficit budgétaire et la dette de l’État, il proposait de nouvelles économies sur les retraites, les écoles, les urgences hospitalières et tous les services publics, assaisonnées de privatisations et de gains sur la TVA. Le leader du Parti Communiste portugais a dénoncé à juste titre ce plan qui s’attaquait « toujours aux mêmes » et voulait « chercher de l’argent là où il n’y en a plus ». Les fois précédentes, ce plan d’austérité était passé grâce à l’abstention des députés du Parti Social-Démocrate, principal parti de droite. Cette fois-ci il a voté contre, le plan a été rejeté et José Socrates a démissionné. 

La droite portugaise ne refuse pas les mesures d’austérité contre les couches populaires, répète même qu’elle y est favorable. Mais elle veut maintenant revenir au pouvoir et les sondages lui sont favorables.

Le Parti Social-Démocrate est favorable au prêt de 75 milliards d’euros que l’Union européenne propose avec insistance aux autorités portugaises, alors que José Socrates refusait les milliards de l’Europe, qui auraient selon lui pour conséquence d’augmenter encore l’endettement du pays. Les « marchés financiers », c’est-à-dire les grandes banques internationales, étaient d’un autre avis. C’est leur avis qui l’a emporté, soutenu par les dirigeants européens et par la droite portugaise.

Les travailleurs portugais avaient participé massivement à la grève générale du 24 novembre dernier, exprimant leur refus de l’austérité imposée par le gouvernement socialiste de José Socrates. Ils en ont assez du chômage, des bas salaires, de la précarité qui frappent plus d’un jeune sur deux, des retraites misérables et de l’abandon des services publics, la santé en particulier. Rien d’étonnant à ce que ce gouvernement se soit discrédité auprès de la population. Mais la droite lui réserve le même sort, car elle est autant que le PS au service des capitalistes nationaux et internationaux.

Face à la crise, gouvernements de gauche et de droite sont bonnet blanc et blanc bonnet.

Vincent Gelas (Indymedia)

 

Le Portugal débat sur les possibilités du gouvernement de demander une aide

La pression accrue sur le Portugal, qui semble inévitablement pousser chaque jour un peu plus le pays vers un plan de sauvetage, donne lieu actuellement à un débat sur la légitimité du gouvernement démissionnaire à demander une telle aide.

Depuis la démission la semaine dernière du Premier ministre socialiste José Socrates, la pression sur le Portugal monte: les principales agences de notation ont dégradé de plusieurs crans leurs notes du pays et les marchés exigent des taux historiquement élevés pour le financer.

Dans ce contexte, qui a la « légitimité » pour demander un plan de sauvetage? Le gouvernement démissionnaire? Le président? Le parlement? La question divise. Cette discussion a pris de l’ampleur après les déclarations jeudi du ministre des Finances Fernando Teixeira dos Santos, selon lesquelles un gouvernement démissionnaire n’avait pas la « légitimité pour négocier » les modalités d’un tel plan. « La seule entité qui peut prendre des engagements, c’est le président », avait-il dit.

Le chef de l’Etat conservateur Anibal Cavaco Silva, qui représente une autorité morale mais qui n’a pas de pouvoir exécutif, a aussitôt rappelé qu’il n’incombait « pas au président de gouverner ». Le président, qui a annoncé jeudi la dissolution du parlement et convoqué des élections législatives pour le 5 juin, a indiqué à cette occasion qu’il soutiendrait le gouvernement, dont les pouvoirs sont limités à la gestion des affaires courantes, dans les mesures à adopter « pour assurer les moyens de financement nécessaires » du pays.

D’après les journaux Expresso et Publico , l’une des hypothèses envisagées par le président et l’opposition de centre-droit, serait la possibilité de recourir à « un prêt d’urgence du FMI » qui permettrait au pays de se financer jusqu’à l’entrée en fonction d’un nouveau gouvernement. Pedro Passos Coelho, le chef de l’opposition et futur premier ministre pressenti, s’est déjà dit prêt à soutenir un « prêt spécial » pour garantir la solvabilité du pays.

Interrogé samedi par des journalistes, lors d’une manifestation publique, sur une possible intervention du FMI, M. Cavaco Silva s’est limité à répondre avec humour: « Je crois que vous devriez arrêter de parler de FMI. C’est erroné. Il faut parler de Fonds européen de stabilité financière (FESF) ». Le FESF, qui jouit des garanties de tous les pays de la zone euro, a été créé au printemps 2010 au lendemain de la crise de la dette grecque, pour doter la zone euro d’un fonds apte à venir en aide aux pays en difficulté.

Une autre solution, également évoquée par plusieurs spécialistes de la constitution portugaise, passerait par le parlement qui pourrait autoriser le gouvernement démissionnaire à demander une aide. Face à cette situation, le gouvernement a fait le choix pour l’instant de continuer de se financer sur les marchés avec des émissions à court terme, dont les taux sont moins élevés.

Vendredi, le Portugal a levé 1,6 milliard d’euros de dette à un peu plus d’an, à un taux plus élevé que lors de précédentes émissions comparables, mais en deçà des prévisions, et prévoit de retourner sur les marchés dès mercredi.  Le ministre des Finances, qui a écarté cette semaine le risque d’un défaut de paiement, avait toutefois observé que le pays devrait être « plus créatif » dorénavant pour se financer.

Selon les médias portugais, le gouvernement aurait déjà négocié avec certains pays, comme la Chine ou le Brésil, l’achat de dette pour les prochaines émissions.

Levi Fernandes (AFP)

 

Démission de José Sócrates

Le Premier ministre portugais José Sócrates a annoncé le 23 mars dernier sa démission car le programme d’austérité de son gouvernement minoritaire a été refusé au Parlement. Cela a provoqué une augmentation record des intérêts pour les emprunts publics portugais et la chute de l’euro. La presse s’insurge sans interroger les finalités politiques de l’Europe néolibérale.

El País – Espagne
Nouvelle menace pour la zone euro

La démission du chef du gouvernement portugais a déstabilisé le pays, ce qui doit pousser l’UE à aider le pays le plus vite possible, exige le quotidien de centre-gauche El País : « La zone euro est menacée depuis hier par un nouveau facteur de risque important. … Face à la grave situation que rencontre le Portugal, le sommet de l’UE a le devoir de réagir rapidement. Tout d’abord les détails de l’élargissement du fonds de sauvetage devraient être clarifiés dès que possible afin que la capacité d’emprunt soit élargie à 500 milliards d’euros. Il faudrait dans l’idéal que ces changements soient décidés rapidement pour permettre au Portugal d’en profiter. Dans ce sens tout retard dans la prise de décision serait inquiétant. Le gouvernement espagnol a réagi de manière trop optimiste en assurant que la crise portugaise ne se répercuterait pas sur l’Espagne. » (24.03.2011)

Público – Portugal
Tant d’efforts pour rien

La démission du Premier ministre portugais José Sócrates a déclenché une crise politique sévère, estime le quotidien Público : « Le Portugal ne voulait pas endurer le même destin que la Grèce mais cela semble être devenu inévitable. Nos partenaires à Bruxelles et à Berlin penseront désormais de nous : ‘Ces gens sont fous. Nous faisons tous les efforts pour trouver une solution qui corresponde à leurs besoins et ils se tirent eux-mêmes une balle dans la tête.’ … Ils voient un pays suicidaire et désorienté qui provoque une crise politique au moment le moins opportun. … Nous ignorons encore comment nos partenaires réagiront face au nouveau statut de notre Premier ministre lorsqu’il arrivera à Bruxelles. Nous ne connaissons pas non plus les répercussions que cela aura sur les négociations au Conseil européen. Mais une chose est sûre, la crise politique a anéanti d’un coup tous les efforts réalisés jusqu’alors. » (23.03.2011)

 

Voir aussi : UE sous pression, L’europe répond au marché, crise de la zone euro mode d’emploi , rubrique Portugal, rubrique Grèce Plan d’austérité inefficace et dangereux, rubrique Livre Kerviel dénonce sa banque , Susan Georges de l’évaporation à la régulation, Aux éditions la Découverte La monnaie et ses mécanismes, Les taux de change,

Inquiétudes pour les prix des carburants

pompe

Le cours mondial du pétrole augmente en raison des troubles dans le monde arabe. Le gouvernement américain a proposé de recourir aux réserves pétrolières stratégiques, tandis que les pays européens envisagent une baisse des taxes sur les produits pétroliers. Mais un allégement fiscal n’éliminera pas les pénuries et ne soulagera que brièvement les citoyens.

Ne pas réduire les taxes sur les carburants

Vu l’augmentation du prix de l’essence, les partis britanniques débattent d’une baisse des taxes sur les produits pétroliers. Appliquer cette idée serait toutefois complètement erroné, estime le quotidien de centre-gauche The Guardian : « Cette hausse repose sur l’inquiétude des marchés quant à la stabilité de l’Arabie Saoudite. Si les négociants obtiennent la certitude que le plus gros producteur de l’OPEC n’est pas sérieusement menacé, les prix du pétrole brut chuteront de nouveau. Le parti [conservateur], qui a remporté les élections avec le slogan ‘votez bleu et devenez vert’, devrait réagir à la hausse du prix de l’essence en soutenant les groupes de consommateurs à bas revenus et en investissant dans les transports publics, plutôt qu’en distribuant l’argent des contribuables aux automobilistes, que ceux-ci soient millionnaires ou livreurs de lait. Si, malgré tout, cela est appliqué à l’heure des coupes dans les prestations sociales et le système public, cela montrerait que les priorités sont davantage orientées vers les intérêts politiques que vers l’équité ou l’écologie. Ce n’est pas juste, quel que soit le parti à l’origine de l’idée. »

The Guardian

Voir aussi : Rubrique consommation, rubrique Grande Bretagne,