Printemps des poètes Vénus Khoury-Ghata : Métaphores percutantes

Sète. Vénus Khoury-Ghata dimanche au Musée Paul Valéry.

Une femme aimante et libre.

Une femme aimante et libre.

Dans le cadre du Printemps des Poètes, une grande dame de la poésie est attendue dimanche à Sète; la poétesse d’origine libanaise Vénus Khoury-Ghata répondra à l’invitation du musée Paul Valéry en collaboration avec la Maison de la poésie de Montpellier-Languedoc. Insatiable et passionnée, Vénus Khoury-Ghata a su s’imposer très naturellement dans un monde d’homme et devenir l’une des plus célèbres écrivains et poétesses françaises.

Entre France et Liban; entre Orient et Occident, de  «l’araméen caillouteux» à «l’arabe houleux» et dans un français puissant, la mémoire des êtres aimés et blessés, une mère, un frère et celle d’un époux perdu, donnent à cette voix de femme aimante et libre un échos rapidement reconnu et une profondeur universelle.

Elle a bâti au fil des ans une œuvre riche, alternant poésie et roman, couronnée par de nombreux prix : prix Apollinaire pour «Les ombres et leurs cris», prix Mallarmé pour «Un Faux pas du soleil», grandprix de Poésie de la SGDL pour l’ensemble de son œuvre, grand prix de poésie de l’Académie Française.

Lecture poétique  et musicale de dim 16 mars à 16h, dans les jardin du Musée Paul Valéry entrée libre.

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Les intermittents debout entre le marteau et l’enclume

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Photo Rédouane Anfoussi.

Mobilisation. Reçus par l’Etat, la Région et l’Agglo les travailleurs de la culture attendent toujours du concret.

Le vice-président du Medef, Jean-François Pilliard, a réclamé hier à Paris « des premières mesures applicables de suite » pour réformer l’indemnisation chômage des intermittents, à « compléter » par de « nouvelles discussions » tandis que dans toute la France des cortèges unitaires défilaient à l’appel d’une l’intersyndicale des métiers de la culture.

Les syndicats rassemblés défendent des propositions pour un juste régime d’assurance chômage. Ils dénoncent les baisses programmées du budget du ministère et des collectivités locales avec les conséquences dramatiques sur l’emploi et l’économie locale.

A Avignon, les intermittents ont occupé la mairie. A Marseille, ils ont été gentiment gazés avant d’être reçus par le candidat socialiste Patrick Mennucci. A Montpellier, les intermittents ont rencontré le directeur régional des affaires culturelles, avant de se rendre à l’hôtel de Région puis de rencontrer J.-P Moure à l’Agglo. Au cœur de la discussion : l’illisibilité de la loi d’orientation qui devait régir les compétences et définir un programme.

« Il y aurait un volet concentré sur les métropoles et un volet régional. La loi prendrait effet en janvier 2015, mais on sent bien qu’il n’y a pas de projet et pour le budget, on nous renvoie sur Bercy », commente Yves Bommenel du SMA. La CGT spectacle souhaite une décentralisation basée sur des compétences partagées en refusant le transfert de compétences de l’Etat aux collectivités territoriales.

« Ils veulent faire une loi alors que les collectivités ne s’entendent pas sur les compétences, souligne Eva Loyer. Le résultat sera une gestion à la petite semaine avec un retrait de l’Etat et nous au milieu. Ce gouvernement n’a aucune ambition culturelle. On perd tous sens du politique. On veut des écrits et des actes ! »

Au niveau national, le Medef n’évoque plus la suppression pure et simple du régime des intermittents. Provocation ?  « Notre mobilisations a joué, contre la casse de l’assurance chômage, constate Didier Taudière (SFA CGT). Mais, on peut aussi y voir un contre feu dans la négociation sur le pacte de responsabilité. » Prochain rendez-vous les 18 contre le pacte de responsabilité et 20 janvier, date de reprise des négociations sur l’indemnisation chômage.

   JMDH

Source : L’Hérault du Jour : 13/03/2014

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UE. Le Parlement doit voter un rapport accablant sur l’activité de la troïka

Le Parlement européen doit voter ce jeudi un rapport accablant sur l’activité de la troïka (Commission, BCE et FMI) dans les pays sous assistance financière. Entretien avec l’eurodéputé socialiste Liem Hoang-Ngoc, coauteur de la résolution.

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Qu’avez-vous retenu des visites dans les pays sous assistance financière ?

iem Hoang-Ngoc. Nous avons vu que les gouvernements et Parlements nationaux avaient le pistolet sur la tempe. Soit ils entérinaient les propositions de la troïka (Commission européenne, Banque centrale européenne et Fonds monétaire international), soit ils n’avaient pas accès à l’aide financière. Quant aux partenaires sociaux, ils ont certes été consultés, mais leur avis n’a jamais été pris en compte. Au Portugal, patronat et syndicats s’étaient entendus sur un salaire minimum à 500?euros. La troïka a empêché l’application de cet accord qui, selon elle, menaçait la compétitivité.

Pourquoi critiquez-vous « l’absence de légitimité démocratique de la troïka » ?

Liem Hoang-Ngoc. Il n’y a pas eu de délibération démocratique au niveau européen sur les solutions préconisées par la troïka, avant que les propositions ne redescendent dans les États. Un tel débat aurait dû inclure la seule instance européenne élue au suffrage universel, le Parlement européen. S’il avait été mis dans la boucle, jamais l’Eurogroupe (les ministres des Finances de la zone euro – NDLR) n’aurait proposé à Chypre de taxer les petits dépôts inférieurs à 100?000?euros, pourtant garantis par une directive. Nos travaux montrent que lorsque les membres de la troïka n’étaient pas d’accord, l’Eurogroupe tranchait les décisions, dans l’opacité la plus totale, et qu’en son sein, la Commission n’a pas été garante de l’esprit communautaire.

En Grèce, le Fonds monétaire international (FMI) souhaitait une restructuration rapide (annulation partielle – NDLR) de la dette. La Banque centrale européenne (BCE) et l’Eurogroupe s’y sont opposés. En conséquence, la Grèce a dû mener une politique d’austérité sévère. Celle-ci n’a pas porté ses fruits et a conduit à une restructuration tardive de la dette grecque. La BCE a quant à elle racheté des titres grecs à dose homéopathique et a attendu septembre?2012 pour mettre sur pied son programme de rachat illimité des titres souverains en cas de spéculation. Avec une délibération démocratique européenne, ces sujets auraient été mis sur la table plus tôt.

Quelle institution prédominait au sein de la troïka ?

Liem Hoang-Ngoc. Sur le sauvetage du système bancaire irlandais, le gouvernement irlandais et le FMI étaient favorables à la mise à contribution des grands détenteurs d’obligations bancaires. Ils voulaient faire participer le secteur bancaire, ainsi que les fonds de pension – allemands en l’occurrence –, au plan de sauvetage. La BCE a une fois de plus dit «?non?» et privilégié un plan de sauvetage dont le financement pèse encore sur le contribuable. Dans cette affaire, c’est encore la BCE qui l’a emporté contre le FMI. Ses solutions ont été avalisées par l’Eurogroupe.

Pourquoi cet alignement ?

Liem Hoang-Ngoc. L’Eurogroupe est le lieu informel où sont arbitrées de la façon la plus opaque les décisions de la troïka. L’influence des États les plus importants – et donc de l’Allemagne – y prévaut.

Dans ce rapport, on trouve beaucoup de choses sur les procédures institutionnelles et moins d’analyses de fond sur les politiques menées.

Liem Hoang-Ngoc. Ce n’est pas tout à fait vrai. La tactique de mon corapporteur (le conservateur autrichien Othmar Karas) a été de se concentrer sur les aspects institutionnels car il estime que les politiques menées étaient les bonnes, et qu’il y avait essentiellement un problème de légitimité démocratique. Le déficit démocratique est un aspect sur lequel on pouvait le rejoindre. Concernant l’autre aspect du rapport, l’évaluation des politiques économiques proposées par la troïka, l’essentiel du message provient de notre camp. Mais le Parti populaire européen a essayé d’adoucir ce message, en arguant que si ces politiques n’ont pas complètement porté leurs fruits, c’est que les États ne se les sont pas pleinement appropriées. Pour notre part, nous constatons que les objectifs macroéconomiques n’ont pas été atteints?: la croissance reste atone et le taux d’endettement a partout explosé. Nous avons souligné les désaccords entre les membres de la troïka, attestant que d’autres politiques étaient possibles. Le message que j’ai voulu faire passer est que les politiques d’austérité ont échoué. Le débat démocratique doit par conséquent être ouvert pour mettre en évidence l’existence de politiques alternatives.

Entretien réalisé par Gaël De Santis

Source L’Humanité 12/03/2014

Voir aussi : Rubrique UE, rubrique Politique, Politique Economique, rubrique Finance, On Line L’austérité en examen au Parlement , La charge des syndicats européens contre la troïka

25e anniversaire du Web: A quoi va ressembler Internet en 2025 ?

Photo.T.Ratcliff

Photo.T.Ratcliff

HIGH-TECH – Tout sera connecté: les hommes et les objets…

Jeudi, le World Wide Web a soufflé ses 25 bougies. A cette occasion, l’institut de sondage Pew Research a interrogé plus de 2.000 experts en leur demandant leurs prévisions pour le futur de la vie numérique à l’horizon 2025. Voici les six tendances principales.

1. Le monde entier connecté, Internet semblable à l’électricité

«On ne se connectera plus à Internet. Nous serons juste en ligne», en permanence, estime Joe Touch, chercheur à l’université USC. L’Internet des choses va devenir une réalité, et tous les objets de notre quotidien seront interconnectés. David Clark, du MIT, prévoit l’éclosion de réseaux sociaux d’objets intelligents qui pourront apprendre les uns des autres, notamment au niveau des infrastructures.

2. Le wearable et la réalité augmentée vont changer la société

Google Glass et les bracelets de fitness ne sont que le début. L’explosion des capteurs connectés mesurant nos signes vitaux et observant notre environnement va avoir un impact sur notre vie quotidienne. Selon Aron Roberts, ingénieur à Berkeley, «nous ajusterons notre style de vie heure par heure en fonction de l’analyse de ces données». Pour Daron Brabham, chercheur en communication à USC, «nous verrons le monde à travers plusieurs couches de données» et cela modifiera sur les interactions humaines, du dating au networking.

3. L’ignorance recule, la radicalité augmente

«L’impact le plus fort sera l’accès universel à tout le savoir humain», selon Hal Varian, chef économiste chez Google. L’impact de l’éducation en ligne comme celle de la Khan Academy devrait être particulièrement crucial dans des pays émergents, en Afrique, notamment. Mais si la plupart des experts s’attend à voir l’ignorance reculer et la démocratie progresser, certains mettent en garde contre les risques d’une hausse des mouvements radicaux qui s’influenceront les uns les autres.

Wearable tech will be everywhere by 2025

Wearable tech will be everywhere by 2025

4. La notion de frontière nationale diminue face au «big data»

Le monde est déjà plat, selon l’adage démocratisé par le journaliste américain Thomas Friedman. Selon le pionnier de l’Internet David Hughes, avec un monde entier connecté, «la capacité des Etats-nations à contrôler une population à l’intérieur d’une frontière géographique pourrait diminuer». Pour JP Rangaswami, scientifique en chef chez Salesforce, les défis globaux comme le changement climatique et la conservation de l’eau ne pourront trouver des réponses que dans l’analyse des données du «big data», hors de portée des gouvernements.

5. Une multitude de réseaux Internet

Internet n’a jamais été conçu pour être aussi gros ni répondre à autant de besoins à la fois. D’après trois experts, «plusieurs réseaux vont émerger». «Certains seront particulièrement sécurisés, d’autres protégeront la vie privée», estime Sean Mead, directeur stratégique à Interbrand.

6. Le débat sur la vie privée et la neutralité du Net va s’intensifier

L’effet «Edward Snowden» n’est pas près de s’estomper. Dans «l’âge du contexte», nous devrons faire des choix entre des services utiles et la protection de notre vie privée et de la neutralité du Net. Tim Berners-Lee, l’inventeur du World Wide Web, a déjà demandé la mise en place d’une charte mondiale pour qu’Internet reste «libre, ouvert et neutre».

Philippe Berry

Source 20mn 13/03/2014

Voir aussi : Rubrique Internet, Rubrique Science,

Les dents de Michel Houellebecq

couple-seniors3Lors de la publication de son dernier livre, Michel Houellebecq a fait un passage dans les médias bien plus court qu’à son habitude. Passage médiatique assez peu remarqué puisque le livre en question est un recueil de poésies, et que la poésie n’intéresse plus personne en France. Si Victor Hugo publiait la Légende des siècles aujourd’hui, il devrait le faire sur un blog gratuit.

Personne ne semble avoir remarqué que Houellebecq est édenté. Sur les plateaux de télévision, temples du propre, du clinquant, symboles du paraître, il est venu parler poésie sans même mettre un dentier. Or, il est peut se payer un dentier. Il a donc fait ce geste sciemment : venir mettre un peu de réel au milieu des quadras liftés, des ratiches blanchies au laser, des tartineurs d’antirides compulsifs. Depuis la mort de Paul Léautaud, on ne pensait plus revoir un écrivain sans ses dents, non pas que ces outils soient tout-à-fait indispensables à son art, ni même à sa carrière dans le monde des lettres, mais tout simplement parce que personne, à part les clochards, ne se promène plus ainsi. Houellebecq l’a fait.

Il suffit de comparer deux photos de Houellebecq, l’une prise le soir de son Goncourt, par exemple, et l’une plus récente de seulement deux ans, pour prendre en pleine poire l’incroyable transformation du mec. Dents absentes, cheveux rares, débraillé plus radical encore, mine d’octogénaire épuisé. Dire que certains dépensent des fortunes pour améliorer leur faciès, pour se fabriquer des rondeurs à grands coups de Botox, pour se lustrer le poil, se rallonger les tibias, s’affiner le tarbouif, se dorer la couenne et, bien sûr, se gonfler les nichons… Dire qu’en pure perte des sommes sont englouties dans des crèmes à cul, des spray redresseurs de paf, des ampoules pour la sphérisation des fesses, des cataplasmes pour se faire rosir l’œil de bronze… Ah, quand on n’a rien d’autre à offrir, il faut bien soigner sa surface. Et quand on a du génie, il est presque facile de négliger d’abord le nœud de cravate, puis le tombé du pantalon, l’hygiène ordinaire, les bonnes manières, pour finir ravagé d’apparence, à mi-chemin de Céline et de Boudu. Houellebecq, c’est le contre-pied absolu de la chirurgie esthétique.

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Mine de rien, il fait tellement exception à la règle hygiéniste qui nous gouverne que tout le monde fait semblant de n’avoir rien remarqué. Bien sûr, on n’imagine pas qu’un animateur d’émission télévisée ait l’indélicatesse d’interpeller Houellebecq tout de go sur l’état délabré de sa salle à manger. Mais qu’aucune réaction ultérieure n’ait été notée dans la presse, que rien ne soit dit sur ce look radicalement nouveau, relève probablement plus de la pétrification idéologique que d’une courtoisie qui a de toute façon déserté notre temps.

Qui sont les édentés ? Les pauvres et les vieux, c’est-à-dire pas mal de monde. La société n’accepte pourtant plus de regarder les vides laissés par ces dents disparues, ni ce qu’ils représentent. De fait, rencontrer une personne qui ne porte pas de dentier est devenu très rare. C’était pourtant banal dans les années 60, il suffit de revoir n’importe quel film de Pasolini pour s’en convaincre. Sur le plan pratique, d’un point de vue masticatoire, c’est un incontestable progrès.
Comme les Américains et les présentateurs du journal télévisé nous le démontrent à leur façon, on associe une bonne dentition à une bonne santé. Mieux, on en est arrivé à regarder le dentier comme une politesse que l’édenté doit aux gens qu’il croise, et quiconque la refuse passe pour une sorte d’ordure. Un rôle que Houellebecq ne pouvait pas refuser.

Censés afficher à la face du monde leur engagement total dans la radicalité d’une post-histoire qui méprise les valeurs anciennes, les tenants idiots d’une certaine modernité essayent d’épater le bourgeois avec leurs scarifications, leurs modifications corporelles, leurs piercings, leurs implants débiles ou leurs tatouages à la con. Ces rebelles multicolores s’esquintent littéralement la peau pour affirmer on ne sait quelle conviction ne supportant pas d’être différée : la venue d’une humanité nouvelle, la mort de l’ancienne, la course aux armements de l’insolite, la montée aux extrêmes de l’esthétique gore… La représentation du crâne humain y règne en valeur suprême, agrémentée de tibias de circonstance et du fatras habituellement associé à l’horreur des séries Z. Pourtant, pas un n’a eu l’idée toute simple de se faire sauter les chicots. Aucun de ces bigarrés n’a pensé qu’un homme sans dents, et qui l’assume, est aujourd’hui, dans nos sociétés, bien plus transgressif qu’un connard avec une tête de chef indien tatouée entre les omoplates.

On se souvient qu’à Rome, lors du triomphe d’un général victorieux, un esclave se tenait près de lui, répétant memento mori, souviens-toi que tu vas mourir. Façon de rappeler à l’orgueil du triomphateur que son temps était compté, et qu’il finirait par quitter la scène. Histoire peut-être de l’inciter à une humilité dont les vainqueurs, les idoles et les héros témoignent rarement. Michel Houellebecq tient un peu ce rôle. Il nous rappelle de ne pas oublier qu’on va vieillir, qu’on sera bientôt semblables à lui, même si les lumières du plateau télévisé, les publicités pour les assurances retraites et l’infantilisation du monde veulent nous convaincre du contraire. Il renouvelle aussi, en l’incarnant, la tradition perdue des vanités, remettant dans l’indifférence générale un peu de dolorisme au cœur du festif.

Observateur chirurgical du gâchis ordinaire de nos vies, Michel Houellebecq vient au cœur du temple, et nous montre ce que le temps lui fait. Il nous montre les attaques de l’âge, sans fard, comme il le fait d’une autre façon dans ses œuvres. Les médias étant ce qu’ils sont, on ne lui fera même pas l’honneur de le lui reprocher, on n’aura pas à lui pardonner son geste, puisque c’est comme si rien ne s’était passé. Il faut un obscur blogueur pour en parler, et lui rendre hommage.

Publié par

Source : 10/03/2014 Cultural Gang Band