Le dernier Larry Beinhart est un thriller politique qui se déroule en pleine campagne présidentielle. L’auteur explore les coulisses du parti républicain téléguidé par une poignée d’intérêts privés. Le candidat ressemble furieusement à Georges W Bush. En devenant par hasard le bibliothécaire privé d’un industriel multimillionnaire, David Goldberg va découvrir à son insu que rien n’arrête l’influence exagérée des intérêts privés surtout quand les bailleurs de fonds s’apprêtent à désigner leur candidat. L’ouvrage s’inscrit dans la lignée d’une œuvre qui décortique les ramifications complexes et les alliances de circonstance de la démocratie américaine. Selon la logique des joueurs de poker, le président paie sa dette à ceux qui l’on fait roi. Sous la plume de Larry Beinhart, l’ambiguïté et les étranges coalitions de la vie politique américaine se prêtent à merveille à l’univers du roman noir. « J’aime la politique, confie l’auteur, les hommes politiques sont des gens intéressants. Ils ont le pouvoir de tuer les gens. N’importe quel chef de gouvernement peut tuer beaucoup plus que les serial killers. » Le Bibliothécaire a été écrit juste avant la réélection de G W Bush en 2004. « Je me suis amusé à prédire le résultat. Finalement les républicains ont volé l’élection et cela a été très peu contesté dans les médias. Depuis cette élection Bush a tué beaucoup de monde. Je ne suis pas inquiété à cause de mon engagement. Je ne fais que mentionner ce qui se passe. » En attendant les élections de mi-mandat qui auront lieu en novembre aux Etats-Unis, Larry Beinhart a commencé son prochain livre. Il y sera question d’une affaire d’espionnage en Iran.
La ville de Montpellier est-elle prête pour le grand bond ?
L’inauguration de la Maison de Montpellier au cœur de Chengdu le 16 mai 2006, marque le 25e anniversaire du jumelage entre Montpellier et Chengdu. Coïncidence, cette date correspond aussi au quarantième anniversaire de la révolution culturelle. L’union durable entre les deux villes fut initiée par Georges Frêche en 1981, cinq ans après le décès de Mao. Le maire de Montpellier de l’époque n’a d’ailleurs jamais caché sa fascination pour la puissance politique chinoise dont une des caractéristiques réside dans son utopie, pour le meilleur comme pour le pire. Un quart de siècle plus tard, l’ouverture promulguée par Deng Xiaoping (natif du Sichuan) produit ses fruits et le temps de l’apprivoisement mutuel, entre Montpellier et Chengdu a fait son chemin.
La nouvelle impulsion que tente de donner Hélène Mandroux à cette collaboration s’inscrit dans une nouvelle Chine. Une Chine où le discours idéologique définit toujours le PCC comme le parti dirigeant qui construit le socialisme, mais où l’économie évolue largement en dehors du plan et s’ouvre au monde. Une Chine où les élites politiques chinoises se sont fortement étendues aux élites locales. Au-delà du mythe, les réformes juridiques et institutionnelles, comme le lien d’amitié dont bénéficie Montpellier méritent assurément l’attention du nouveau maire. A l’issue de son troisième séjour à Chengdu, Hélène Mandroux s’est vue confirmer que les portes lui étaient ouvertes. Outre les effets directs sur le plan du développement économique et culturel, l’invention de nouvelles formes de coopération décentralisée participe à la construction d’un nouveau monde. L’organisation de l’échange à différents niveaux est aussi une façon d’échapper à l’intégrisme du marché.
Un dimanche de mai à Chengdu
Conduite par Hélène Mandroux, la délégation montpelliéraine va de surprise en surprise. Vingt-cinq ans après la signature en 1981 du jumelage entre Montpellier et Chengdu, une première nationale en matière de coopération décentralisée franco-chinoise, la lumineuse illusion de Georges Frêche en 1981 est aujourd’hui une réalité. A l’instar du développement local, les Chinois convient leurs homologues à passer à une vitesse supérieure, tandis que les montpelliérains souhaitent maintenir une approche raisonnable pour être à portée des réalisations
Montpellier a une carte à jouer dans le Sichuan. Quarante-huit heures après avoir foulé le sol chinois, les membres de la délégation en sont fermement convaincus. Après un long round d’observation se traduisant par une collaboration ponctuée de petits pas, les échanges d’expériences entre les deux villes se sont progressivement intensifiés et s’accélèrent depuis quelques années. L’acuité de la relation s’est notamment développée en 2002 à l’occasion de la 54 ème foire internationale de Montpellier où Chengdu fut l’invité d’honneur. Ce lien d’amitié entretenu de longue date se traduit également par une augmentation notable des échanges universitaires. Le nombre d’étudiants des deux villes en situation d’immersion culturelle et linguistique est passé de la dimension symbolique à un stade significatif. Chaque année plus de 50 étudiants montpelliérains ayant une bonne connaissance de la langue rejoignent la terre du milieu pour un an afin d’approfondir leurs connaissances. Dans la réciprocité, Montpellier accueille aujourd’hui 300 étudiants Chinois. Et les accords interuniversitaires entre l’Université du Sichuan et l’université Paul Valéry se consolident ce qui devrait intensifier le flux.
Boosté par un contexte très favorable lié a l’attrait économique incontournable de la Chine et à l’ouverture internationale tout azimut, impulsée par le gouvernement chinois, le renforcement des relations s’impose comme une évidence qui n’a pas échappé au maire de Montpellier. C’est la troisième visite d’Hélène Mandroux à Chengdu depuis son accession aux commandes de la ville. Dès son premier voyage, elle a émis le vœu de renforcer les liens. Lors de sa seconde visite, elle a manifesté sa volonté d’ouvrir une antenne sur place, un souhait validé par le Conseil municipal en octobre dernier. Ce troisième voyage en deux ans se concrétisera par l’inauguration de la Maison de Montpellier à Chengdu mardi.
le projet a bénéficié d’une bonne couverture par la presse
Vue de Chine, la notion de vitrine s’avère avant tout un levier d’action pour la promotion du développement économique. Soutenu par le maire de Cheng Du, Ge Honglin, le projet a donné une nouvelle dimension à la collaboration. Il a notamment bénéficié d’une bonne couverture par tous les organes de la presse locale. Ainsi les trois millions d’habitants de la capitale du Sichuan, province de 80 millions d’âmes, ont pu être informé de la visite de la délégation montpelliéraine bien avant son arrivée. La presse chinoise a largement relayé l’événement. Elle a notamment souligné l’importance et la diversité de la délégation montpelliéraine composée d’une trentaine de personnes. Les secteurs représentés, à travers les membres de la délégation, pharmacie, recherche, universités, tourisme, congrès, parc expositions, médecine, hospitalisation, vin, environnement, urbanisme, voirie, sont autant de pistes que les chinois entendent explorer avec pragmatisme. Samedi, l’accueil de la délégation par la ville de Changedu a été marqué par la présence du premier secrétaire général adjoint du district, Li Chun Cheng, qui a affirmé pour la première fois son soutien au partenariat engagé. Une marche semble donc avoir été franchi dans la hiérarchie à travers la présence de ce dignitaire qui préside aux destinés des sept districts de Chengdu. Un territoire de 10 millions d’habitants qui affiche un taux de croissance de 11%.
Un territoire de 10 M d’habitants qui affiche un taux de croissance de 11%.
Dimanche, la délégation montpelliéraine s’est rendue à Qionlai, ville historique de 2 300 ans qui fut en son temps la porte de départ de la route de la soie. La délégation française a profité d’une impressionnante reconstruction historique donnée en son honneur. Signe d’hospitalité et de respect, le maire a reçu les clés de la ville à l’issue d’une cérémonie en costume retraçant la tradition d’accueil des commerçants d’antan devant une population massée en nombre aux portes de la vieille ville. C’est la première fois que Qionlai reçoit une délégation française. Dans l’après-midi un partenariat a été initié entre Montpellier et le district de Qionlai, berceau de la pharmacie traditionnelle chinoise qui enregistre un fort taux de développement.
Ces deux premières journée vont se poursuivre par deux journées en groupe de travail associant les professionnels français et chinois pour approfondir les pistes d’un partenariat que chacun espère fructueux. Les premiers échanges avec les autorités démontrent une réelle détermination à faire bondir l’amitié dans le concret. Une chance à saisir sur un marché très disputé qui pose néanmoins un problème d’échelle. Avec la force que possède le réel chinois et sa capacité de développement en un temps record, il importe de saisir les bonnes perches sans tarder, et de savoir mutualiser les moyens.
Sichuan Province pilote de l’ouverture économique
Aux portes du Tibet, la capitale du Sichuan est une ville agréable. Les Chinois disent qu’il fait bon y vivre. La cité a pourtant connu une extraordinaire mutation au cours des 15 dernières passant d’une architecture traditionnelle à une mégapole où les tours continuent de monter à une vitesse impressionnante. Depuis la nuit des temps, les quatre fleuves nés des plus hauts sommets du globe viennent creuser et fertiliser le Sichuan, province de 80 millions d’habitants réputée pour sa civilisation et ses soieries.
les tours continuent de monter
Dès les années 70, la politique de développement économique a été expérimentée autours de Chengdu, sous l’impulsion d’un de ses illustres enfants Deng Xioping. C’est dans cette province que le successeur du grand timonier a testé sa formule avant de l’appliquer à l’ensemble du pays.
Il a commencé par relancer l’agriculture, puis à industrialiser les campagnes pour assurer un développement efficace reposant sur les possibilités locales. Après la mort de Deng en 1997, Jiang Zemin s’attellera à intensifier l’ouverture en s’appuyant sur trois pierres angulaires. Celles du développement, du parti et du nationalisme.
Le résultat se mesure encore bien à Chengdu quelque peu excentré par rapport aux grandes mégapoles de la côte Est. Ici aussi le triomphe économique bascule dans la société des campagnes vers la ville. « On construit deux hôtels et un palais des congrès trois fois comme le Corum de Montpellier en 8 mois », s’émerveille Eric Berard, le directeur de la SERM. Mais les problèmes liés à la rapidité des changements préoccupent les responsables chinois du développement urbain qui ont sollicité des conseils sur la gestion équilibrée de la population. « La question de l’assainissement est particulièrement aiguë, témoigne l’adjoint au maire Michel Passet, les nappes phréatiques sont polluées pour 200 ans. » Sur ce terrain aussi, les partenaires doivent trouver de l’audace. »
L’ouverture d’un local sur place est un critère déterminant.
La délégation montpelliéraine qui s’est rendue à Chengdu la semaine dernière initie une nouvelle étape dans la collaboration entre les deux villes. L’ouverture d’un local sur place pour favoriser les rencontres s’avère un critère déterminant. A l’issue d’une visite officielle de quatre jours les feux sont au vert pour une intensification des échanges. Les Montpelliérains entendent approfondir les projets débattus pour passer au stade des réalisations.
De retour de Chengdu, capitale de la province du sud ouest de la Chine, Hélène Mandroux affirme sa satisfaction : « Nous avons bien travaillé. Il faut maintenant faire vivre la Maison de Montpellier à Chengdu. ». Le Maire s’est muée durant quatre jours, en ambassadrice aguerrie magnant le compliment avec dextérité pour présenter les attraits de la 8 éme ville de France. « Les tailles de nos collectivités sont différentes mais l’exigence de qualité est la même, a-t-elle fait passer au premier secrétaire général adjoint de la province.
Dans le district de Qionglai
Dans le même temps, la délégation œuvrait à préserver l’harmonie dans un tourbillon de propositions pour traduire le rapprochement en termes de projets concrets. Le passage de la délégation dans le district de Qionglai a permis de mesurer l’intérêt du patrimoine naturel de cette région qui abrite à elle seule, la moitié de la population mondiale de pandas. Les autorités chinoises locales ont sollicité leurs homologues pour favoriser le développement du tourisme. Un point que l’office du tourisme de Montpellier devrait pouvoir satisfaire sans difficulté en diffusant des informations sur cette destination. Par ailleurs, la Foire de Montpellier, représentée par François Barbance et Alain Formentin, agira de concert en réservant une place privilégiée, aux attraits économiques et touristiques de Chengdu et de ses alentours. De son coté, Chengdu s’engage à valoriser la destination montpelliéraine dans tous les salons où elle est représentée.
Secteur viticole
L’échange commercial entre les deux villes jumelles concerne également l’exportation de vins régionaux. Alors que les importations de vin paraissent saturées sur les zones urbaines de la côte est, le Sichuan, offre encore des opportunités. « Il faut s’adapter. Quand on sait que 80% des importations de vin en Chine correspondent à du vrac, Il est peu réaliste de mettre en marché des bouteilles, explique Pierre de Colbert, président des Grès de Montpellier : Les Chinois sont demandeurs en terme de conseils et de formation. Ils ont aussi évoqué la construction d’une usine d’embouteillage. Le Sichuan est peu propice à la culture de vigne. C’est un atout à saisir pour l’implantation des opérateurs français. »
Secteur médical
Mais c’est sans doute dans le domaine médical bien représenté, que l’échange à été le plus fructueux. La présence des doyens de la faculté de médecine et de pharmacie, du directeur du CHU Alain Manville, et de l’entreprise Sanofi a permis de nourrir le pôle de réflexion sur les projets envisageables. Sur plus de vingt pistes envisagées lors des séances de travail, trois projets restent d’actualité. Et l’axe d’échange semble tracé. La médecine chinoise, plurimillénaire dont Chengdu est un des berceaux intéresse le pôle médical de Montpellier. C’est une des conclusions qui ressort des ateliers de travail tenus en Chine la semaine dernière. En Europe, Montpellier est connue pour sa vocation médicale précoce. Par ailleurs, le fait que la ville soit aujourd’hui, conduite par un médecin, n’a pas échappé au corps médical chinois. Ainsi, la création d’un diplôme universitaire de médecine chinoise sur Montpellier devrait voir le jour dès la rentrée 2007. « La médecine chinoise dispose d’une approche totalement différente de la notre, explique Alain Terol, doyen de la faculté de pharmacie, nous prenons en compte les effets alors que les Chinois s’attaquent aux causes. » A moyen terme, le directeur du CHU, Alain Manville est disposé à ouvrir le premier service français de médecine chinoise traditionnel. Les Chinois sont aussi demandeur de formation dans différentes spécialités. « Nous avons envisagé la possibilité de retransmettre par satellite des intervention en chirurgie de la main », confirme Jacques Touchon. Chengdu a aussi demandé une collaboration montpelliéraine pour la création d’un centre de fécondation in vitro et d’une unité de diagnostic pré-ambulatoire. Ce dossier qui fait appel à des techniques de pointes, est pour l’heure «à étudier ». Il en va de même pour la déclaration d’intention qui devait conclure l’intensification des échanges entre les deux villes jumelées. Un accord, qui sied en apparence parfaitement aux autorités chinoises, a été trouvé pour se donner le temps d’approfondir.
Jing hong Liu dirige la Maison
Dénichée par le délégué aux relations internationales, Bernard Fabre, cheville ouvrière du jumelage, Jing hong Liu a effectué un stage de deux ans à la Maison des relations internationales de Montpellier. C’est la nouvelle responsable de la Maison de Montpellier à Chengdu. Elle aura notamment pour mission de promouvoir la ville et sa région à travers la présentation et la commercialisation de produits et l’organisation de manifestations thématiques. Elle œuvrera également à partir de l’antenne montpelliéraine pour faciliter les rencontres en vue d’éventuels partenariats et pour promouvoir le développement économique de Montpellier ainsi que ses richesses culturelles. Une mission qui ne paraît pas hors de la portée de Jing hong Liu. Tombée en amour pour la France après avoir lu Notre Dame de Paris de Victor Hugo. Mais au-delà du coté fleur bleue, la jeune femme a ses entrées dans les réseaux du pouvoir local. La rémunération de son poste est partagée entre Montpellier et Chengdu.
Soutien du consul général
Jacques Dumasy
Dans le cadre de l’année de la France en Chine, Chengdu a reçu Jacques Chirac en octobre 2004. C’est à l’issue de cette visite que le président a donné suite à la volonté du Président Hu Jintao d’amplifier le développement des relations franco-chinoises notamment de l’ouest de la Chine. Ainsi, depuis octobre 2005 un consulat français à ouvert ses portes dans la capitale du Sichuan. La circonscription consulaire couvre une zone de 200 millions d’habitants qui comprend le Sichuan, le Yunnan, le Guizhou et la Municipalité autonome de Chongqing. « Le ministère des finances et le ministère des affaires étrangères se sont entendus pour soutenir les entrepreneurs français dans la région, plaisante le consul général Jacques Dumasy, une série d’entreprises comme Alstom, Lafarge, Groupama, BNP Paris Bas, Carrefour, Auchan… étaient déjà présentes sur place ». »>La création du consulat et de l’Alliance française où 500 Chinois apprennent déjà notre langue, vise à développer une nouvelle vague d’implantation et à réduire le déficit de notre balance commerciale. Dans ce contexte les instances consulaires se déclarent prêtes au croisement d’intérêts avec Montpellier, pour être un pôle d’entraînement auprès des opérateurs français. « Les coûts de production sont plus intéressant ici, confirme le consul général, les fonds immobiliers et la main d’œuvre qualifiée sont deux fois moins élevés que dans l’est du pays et les démarches sont facilitées par les autorités locales. » Quelle place réserver à la coopération décentralisée et à la Maison de Montpellier ? « Montpellier bénéficie d’une antériorité et nous ne sommes pas de trop, compte tenu de l’ampleur de la tâche », assure Jacques Dumasy.
L’approche chinoise s’est mesurée en partie à l’aune du contenu du protocole pour affirmer la volonté de collaboration. Elle s’est aussi traduite par la volonté chinoise de montrer les besoins sur le terrain. Montpellier a visiblement une carte à jouer mais la partie n’est pas gagnée
De la rencontre et du voyage naissent les interrogations. A première vue, les besoins chinois paraissent sans commune mesure avec ce que nous connaissons. « Cette fois on mord dans le sujet, confie Louis Pouget, adjoint au maire délégué à la voirie, Nous sommes limités du fait que nous ne passons pas par les mêmes dispositions pour arriver à un résultat analogue. » C’est le défi que Montpellier doit relever si elle veut franchir une étape avec ses collaborateurs chinois. En d’autres termes, comment intégrer et inscrire un partenariat dans une dimension où l’échange paraît peu réalisable et plein de malentendus.
La compréhension de la différence apparaît comme une nécessité pour se retrouver sur des valeurs partagées. L’existence des différences culturelles pousse à inventer de nouveaux savoir-faire pour impliquer l’autre dans la relation mais ne saurait pour autant, masquer notre commune humanité. Une ville comme Chengdu offre bien des possibilités ; encore faut-il pouvoir évaluer les offres et les demandes émises par les autorités chinoises. Comment faire le tri dans une telle profusion ?
Jean-François Vergnaud
« L’organisation chinoise est pyramidale et il y a des petites pyramides dans la grande pyramide, explique le sinologue Jean-François Vergnaud, l’Etat central préside à la destinée des grands investissements mais il faut saisir les formes de l’autonomie locale qui sont loin d’être négligeables. » La montagne est haute l’empereur est loin, rappelle un proverbe chinois. Le cheminement vers la connaissance réciproque implique aussi de connaître les capacités des partenaires. Aujourd’hui, la nouvelle génération au pouvoir en Chine est formée dans les meilleures universités et les Chinois disposent d’une force d’investissement à la hauteur de leurs ambitions. « La langue de bois est plutôt française, parce que nous n’avons pas les moyens de notre politique», constate un observateur averti.
Malgré la différence d’échelle, Montpellier bénéficie d’une amitié entretenue depuis 25 ans. La relation de confiance fait sens pour les décideurs chinois. L’importance du rapport culturel ne doit pas être sous estimé et cela passe en premier lieu, par une intensification des formations linguistiques. A charge pour Montpellier de canaliser les énergies. Pour aboutir, la ville doit maintenant obtenir le soutien concret des autres collectivités, à commencer par l’Agglomération et la Région, voir les chambres consulaires. Elle doit aussi jouer un rôle d’interface avec les entreprises locales concernées, et coordonner les initiatives par secteur d’activité.
Enfin Montpellier consolidera l’échange si elle offre des clés à ses partenaires chinois sur la subtilité des processus de décisions. Il faudra également observer comment les Chinois prendront leur part de responsabilité dans la gestion de la relation. Les opérateurs le savent, il faut bien connaître les méandres de la décentralisation chinoise pour faire avancer les dossiers.L’ouverture de la Maison de Montpellier à Chengdu correspond à une nouvelle étape qui consiste à mettre l’accent sur la préparation des réseaux humains.
La police irlandaise a ouvert une enquête pour meurtre après la découverte, mardi 4 avril, du corps mutilé d’un ancien membre du Sinn Fein, Denis Donaldson, qui avait reconnu en 2005 avoir espionné ses camarades républicains irlandais pour le compte des forces de sécurité britanniques.
La découverte de l’homme, âgé d’environ 55 ans, a eu lieu dans le comté de Donegal, dans le nord-ouest de la République d’Irlande. L’Armée républicaine irlandaise (IRA), qui, comme le Sinn Fein, aspire à la fin de la présence britannique en Irlande du Nord, a démenti toute responsabilité dans la mort de Donaldson. « L’IRA n’est impliquée d’aucune manière dans la mort de Denis Donaldson », affirme un communiqué laconique de l’organisation. Gerry Adams, leader du Sinn Fein, a condamné lui aussi le meurtre, estimant qu’il risquait de porter un coup aux efforts pour rétablir dans ses fonctions le gouvernement biconfessionnel d’Irlande du Nord. « Il est probable que sa mort, à un moment pareil, vise à saboter les efforts en cours pour avancer sur le plan politique. Ceux qui ont commis ce meurtre sont de toute évidence hostiles au processus de paix », a-t-il dit.
« La police traite cette affaire comme un homicide et non pas comme un suicide », a déclaré le ministre de la justice irlandais, Michael McDowell. « Ils ont découvert le corps avec une blessure par balles à la tête », a-t-il expliqué à la chaîne Sky Television. Le gouvernement irlandais a par ailleurs condamné un « meurtre cruel », dans un communiqué : « Nous espérons que l’auteur de cet acte odieux, quel qu’il soit, sera livré aussi vite que possible à la justice. » Par la voix de son porte-parole, Peter Hain, secrétaire d’Etat à l’Irlande du Nord, s’est dit « scandalisé par cet acte barbare ».
AU SERVICE DE LONDRES
Condamné en tant qu’artificier de l’IRA, Denis Donaldson a côtoyé en prison Gerry Adams, aujourd’hui chef de file du Sinn Fein, et dirigé la section internationale du mouvement républicain. Il avait été à nouveau arrêté en 2002 en compagnie de deux autres suspects et accusé d’espionnage au profit du Sinn Fein au sein de l’Assemblée d’Irlande du Nord, aujourd’hui en sommeil, créé en 1998 par les accords du Vendredi saint. Il avait par la suite reconnu avoir été pendant vingt ans agent au service des Britanniques. Vivant caché depuis ces révélations, il avait exprimé des regrets et présenté ses excuses à sa famille et au mouvement républicain. Gerry Adams avait expliqué en décembre 2005 que Donaldson s’était confié au parti après avoir été informé par la police du fait qu’il était sur le point d’être démasqué et que sa vie était en danger.
Le premier ministre britannique, Tony Blair, et son homologue irlandais, Bertie Ahern, sont attendus cette semaine en Irlande du Nord pour tenter de remettre sur pied le Parlement biconfessionnel de la province, dont les activités ont cessé il y a trois ans, en partie en raison des soupçons d’espionnage au profit du Sinn Fein qui pesaient sur Denis Donaldson.
Un jeans, baskets et tee-shirt écarlate, les cheveux faussement ébouriffés, le jeune homme a l’air d’un étudiant échappé de la faculté de médecine, dont il est diplômé depuis cinq ans. Les apparences sont trompeuses. En février 2004, Kamal Qureshi, député de nationalité danoise, d’origine pakistanaise et de confession musulmane, a eu l’audace de se présenter en costume traditionnel penjabi au bal royal des membres du Parlement. «Je voulais montrer qu’il était possible d’être intégré et attaché à sa culture d’origine.» Bien mal lui en a pris. Les populistes du Parti du peuple danois (DF) voient rouge et l’accusent d’«insulter le pays qui lui a donné la nationalité danoise». Sa tenue a suscité un débat national.
Depuis une dizaine de jours, dans son petit bureau au premier étage du palais de Christiansborg, qui abrite le parlement danois, le téléphone sonne sans interruption. Une poignée de volontaires, recrutée dans les rangs de la jeune garde du Parti socialiste populaire (SF, extrême gauche), se relaie pour prendre les messages et noter les rendez-vous. Journalistes, conseillers politiques, militants associatifs… On se dispute Kamal Qureshi, considéré par ses pairs comme ce que l’on fait de mieux en matière d’intégration au Danemark, et son analyse de la crise qui secoue le royaume.
Aujourd’hui, l’élu ose la métaphore : «Le Danemark était comme une forêt après des mois de sécheresse, qu’une seule étincelle suffirait à l’enflammer. Les dessins publiés par Jyllands-Posten ont provoqué l’incendie.» Il précise : «Je n’ai pas besoin d’être musulman pour me rendre compte que, depuis dix ans, le débat public s’est chargé de xénophobie.» Le Danemark ne serait-il donc plus ce petit pays tolérant, champion des droits de l’homme et de la démocratie, dont on aime à raconter que le monarque Christian X arbora l’étoile jaune pour protester contre les lois raciales imposées par les nazis ?
«Tolérés, mais jamais respectés»
Travailleur social et conseiller municipal à Copenhague, Manu Sareen est mal à l’aise face à la question. La trentaine, d’origine indienne, il se méfie des généralisations dont il a souvent été l’objet, en tant que «membre d’une minorité ethnique». Pourtant, il évoque un «racisme structurel». Des cas de discrimination de plus en plus fréquents. «Bien sûr, ce n’est jamais exprimé de la sorte. Mais les jeunes ne décrochent du travail que lorsqu’ils changent de nom. Les collègues qui rencontrent un enfant d’immigrés couvert de bleus affirment qu’il est maltraité par son père, sans même mener d’enquête.» A l’hôpital, l’infirmière coche la case «analphabète», sur le dossier d’une patiente portant le voile, avant de lui avoir adressé la parole.
Au milieu des livres et des coupures de journaux, dans son appartement de Copenhague, Bashy Quraishy, le bonnet vissé sur le crâne et une boucle à l’oreille, assure que le royaume a «toléré les musulmans, mais ne les a jamais respectés». La preuve, selon l’écrivain pakistanais, qui préside le Réseau européen contre le racisme : ils n’ont toujours ni mosquée ni lieu de sépulture. Le pays, dont les immigrés ne représentent que 6,4 % de la population totale, serait donc en train de payer son absence de politique d’intégration par une montée de «l’incompréhension mutuelle».
Fille de réfugiés pakistanais, Uzman est née au Danemark en 1975. Elle habite le quartier de Nörrebro, au nord-ouest de Copenhague, où vit une forte population d’immigrés. Pour elle, tout a changé après les attentats du 11 septembre 2001. «Du jour au lendemain, j’ai fait partie du groupe des musulmans, avec tous les préjugés qui l’accompagnent. Avant, on m’interrogeait sur ma religion. Maintenant, on ne me demande plus rien, car on est convaincu d’avoir toutes les réponses. Et lorsque j’ose m’opposer, on m’accuse de dissimuler la vérité.»
Le raz-de-marée électoral en faveur du Parti du peuple danois, quelques semaines plus tard, en novembre 2001, a encore aggravé le sentiment d’exclusion des étrangers et Danois issus de l’immigration. En raflant 12 % des voix, ce parti d’extrême droite, qui a mis le thème de l’immigration au centre de sa campagne, est devenu le troisième du pays, mais surtout une force d’appoint nécessaire au gouvernement minoritaire (dirigé par le Parti libéral) pour faire passer ses textes au Parlement. Dès le 1er janvier 2002, la présidente du parti, Pia Kjærsgaard, présentait sa liste de doléances au Premier ministre Anders Fogh Rasmussen.
«Le réveil a été brutal», admet Nils-Erik Hansen, secrétaire général du Centre de documentation et de conseil contre les discriminations racistes (DRC). Le Parti du peuple danois exige en effet la suppression des financements publics accordés depuis des années à une série d’ONG travaillant pour les droits des minorités ethniques. Le DRC est sur la liste. Quatre des cinq salariés doivent être licenciés. Le Conseil pour l’égalité ethnique disparaît. Et le Centre danois des droits de l’homme ne doit sa survie qu’à une directive européenne sur la suppression des traitements inégaux des minorités.
Simultanément, une série de lois est adoptée avec le soutien des sociaux-démocrates, qui viennent d’essuyer un cuisant revers électoral. «C’était brillamment joué, car les ONG étaient KO», remarque Nils-Erik Hansen. Accueil des réfugiés, statut des demandeurs d’asile, droit au regroupement familial… L’arsenal juridique, qui entre en vigueur un an plus tard, fait de la politique d’immigration danoise l’une des plus restrictives de l’Union européenne. Directrice du département national au Centre des droits de l’homme, Birgitte Kofod Olsen résume : «Nous vivons encore avec la perception d’être un peuple très tolérant, mais seulement à l’égard de « ceux qui sont comme nous », comme si nous n’avions pas compris que la multiplicité pouvait être quelque chose de bénéfique.»
Bolette Kornum est danoise, mais elle vient de demander la nationalité suédoise, «en signe de révolte». Etudiante en arabe, elle est partie faire sa maîtrise au Caire en 1999, où elle a rencontré un Egyptien. Ils se sont mariés, ont vécu en Egypte quelques années, puis ont décidé de s’installer à Copenhague. «Notre demande de regroupement familial a été rejetée, au prétexte que notre attachement au Danemark était moins fort qu’à l’Egypte.» Le calcul est simple : «Je parle l’arabe et mon mari ne parle pas le danois, et nous avions vécu quatre ans en Egypte contre seulement six mois au Danemark.» Cette condition de «l’attachement au Danemark» est l’une des restrictions qui a conduit trois mille Danois à l’exil en Suède ou en Allemagne. Ce n’est pas la moindre des contraintes que la loi du royaume impose aux couples mixtes : pour pouvoir convoler avec un(e) étranger(e), le ressortissant danois doit avoir au minimum 24 ans, déposer 50 000 couronnes (6 500 euros) dans une banque du pays, répondre à de drastiques conditions de salaire et de logement.
108 oeuvres «culturellement danoises»
A plusieurs reprises, Alvaro Gil-Robles, le commissaire aux droits de l’homme du Conseil de l’Europe, a critiqué le durcissement des lois danoises. Il estime que certaines dispositions violent les conventions internationales sur le respect des droits de l’homme et constituent une barrière à l’intégration. Ses critiques sont partagées par le Haut Commissariat aux réfugiés et Amnesty International. Mais le gouvernement danois ne veut rien savoir. Le Premier ministre se vante, au contraire, d’avoir réduit de 80 % le nombre de demandes d’asile et de 65 % les candidatures au regroupement familial.
Après sa réélection haut la main, en février 2005, un nouveau tour de vis est donné. L’accès à la nationalité danoise est encore compliqué par des tests de langue et de culture générale plus difficiles. L’exemption dont bénéficiaient les réfugiés ayant enduré des tortures est supprimée. Elsebeth Gerner ielsen, députée de la Gauche radicale, fustige aussi «le canon culturel danois», établi à la demande du ministère de la Culture : une liste de 108 oeuvres qui composent désormais ce qu’il est admis de considérer comme «culturellement danois». Parmi les étalons du culturellement correct, la Petite Sirène, impérissable conte d’Andersen, ou les Idiots, l’un des films de Lars Van Trier.
Dès la fin des années 90, la ministre de l’Intérieur suggère de «parquer les demandeurs d’asile sur une île avant de les trier». Cette rhétorique, habituellement maniée par l’extrême droite, a, depuis, été adoptée par tous les grands partis, y compris les sociaux-démocrates. Le rédacteur en chef du quotidien Politiken, Töger Seidenfaden, évoque «une nouvelle orthodoxie qui s’appuie sur un consensus large des médias, au nom duquel il faudrait parler franchement des problèmes, sans retenue, en refusant le politiquement correct». C’est ainsi que la candidate d’extrême droite à la mairie de Copenhague qualifie les musulmans de «tumeur cancéreuse de la société».
«Déshumanisation de l’étranger»
Fin décembre, une douzaine d’écrivains danois ont publié un texte dans Politiken dénonçant la «légalisation des discours haineux». L’un d’entre eux, Hanne-Vibeke Holst, met en garde contre «la diabolisation d’un groupe par le langage, première étape vers la répression et la violence». Elle parle d’un «virus qui est en train d’infecter la société danoise» et conduit à une «déshumanisation de l’étranger». Plus tôt, une vingtaine d’anciens ambassadeurs danois avaient sommé le chef du gouvernement de prendre conscience du glissement de la société danoise, pour y remédier. A Noël, plus de 200 prêtres de l’Eglise luthérienne danoise ont prêché en faveur du dialogue et de la réconciliation. En réponse, le président du Parti libéral a décidé de quitter l’Eglise, dont il accuse les prêtres de se mêler de politique…
Enfin, un prêtre de campagne raconte comment ses paroissiens, qui ont pourtant voté à droite, se sont mobilisés pour empêcher le renvoi en Serbie d’un réfugié marié à une Kosovare, et père d’une fillette née au Danemark. L’histoire n’aurait rien d’inhabituel dans un pays où, selon l’enquête d’une université danoise, trois quarts des habitants n’ont jamais fréquenté d’étrangers ou de Danois d’origine étrangère. Beaucoup espèrent que dans cette société danoise où la députée de Gauche radicale Elsebeth Gerner Nielsen repère des relents des années 30, la crise des caricatures provoque un électrochoc salutaire. Les sondages, eux, incitent à moins d’optimisme : six Danois sur dix affirment qu’ils ont une vue plus négative sur l’Islam à la suite de ce conflit.
Le conseil régional de Languedoc-Roussillon était en pleine discussion sur son budget, mercredi 30 novembre, lorsque Georges Frêche a pris la parole. Le président socialiste de la région a l’habitude de faire connaître ses avis, iconoclastes ou brutaux, sur à peu près tous les sujets. Cette fois, revenant sur le débat parlementaire de la veille qui avait opposé les socialistes à l’UMP sur » le rôle positif de la colonisation française » , M. Frêche a lancé : » Il est juste de reconnaître le rôle positif de la présence française en Algérie. » Puis il a développé : » La colonisation, je veux bien qu’on la condamne. Mais on s’acharne sur rien du tout. Si je suis d’accord pour stigmatiser les gros colons, je salue le très bon boulot des instituteurs en Afrique du Nord. » Qualifiant de » gugusses du PS qui font une opération politicienne » les parlementaires montés au créneau pour faire abroger l’article de loi, M. Frêche a dû faire face au » grand malaise » de ses amis socialistes. Et a essuyé une bronca des élus communistes et Verts réclamant une suspension de séance.
Profitant de l’interruption, M. Frêche entonna alors à tue-tête, du haut de son perchoir régional, le chant colonial C’est nous les Africains qui revenons de loin, repris en chœur par quelques élus du Front national. A la fin du couplet, le leader régional du FN, Jean-Claude Martinez, applaudit : » Bravo Frêche ! Et s’ils te virent, tu sais que tu as toujours une bonne soupe de côté au FN. «
Au déjeuner, M. Frêche a pris à partie le porte-parole du groupe communiste, Jean-Louis Bousquet : » Tu as eu raison de réagir comme cela. A ta place, j’aurais fait pareil. Mais moi, tu comprends, je ne suis pas à Nantes [comme le président du groupe PS de l’Assemblée nationale, le député et maire Jean-Marc Ayrault], où il n’y a pas l’ombre d’un rapatrié. Ici, à Montpellier, c’est eux qui font les élections. »