L’impasse britannique est due à la crise

Friands d’excentricité, les Britanniques sont servis. Habitués des alternances politiques paisibles et régulières, héritage du mode de scrutin uninominal à un tour, les voilà sans majorité de gouvernement évidente au lendemain des élections législatives du 6 mai. Les conservateurs (les tories) sont en tête (36 % des suffrages, environ), mais pas suffisamment pour disposer seuls de la majorité à la Chambre des communes. Prétendument usés par treize années de pouvoir ininterrompues, les travaillistes (le Labour) arrivent en deuxième position (un peu moins de 30 % des voix).

Malgré les pertes du Labour aux élections législatives britanniques, le Premier ministre Gordon Brown s’efforce de former une coalition. L’issue serrée de ce scrutin est due aux programmes similaires des partis qui ont à leur tour réagi à la crise, estime le quotidien Le Monde : « Ce n’est pas une tragédie shakespearienne ni même une crise politique. C’est, en général, la situation qui prévaut au lendemain des élections dans la plus grande partie de l’Europe : les majorités gouvernementales y sont le fait de coalitions. … Pourtant, le cas britannique est particulièrement intéressant, et ces élections peuvent constituer un précédent. Elles préfigurent ce que va être le débat politique sur le Vieux Continent en cette période de crise économico-financière. … Car si le score est si serré entre Gordon Brown et David Cameron, c’est aussi que les programmes n’étaient guère différents. … Un seul thème a dominé la campagne : comment réduire un déficit budgétaire historique … hérité de la crise financière 2008-2009. »

Le programme gouvernemental britannique encourage la transparence

Le nouveau gouvernement de coalition britannique a présenté cette semaine son programme pour les cinq ans à venir. Le quotidien conservateur The Times est optimiste : « Dans le document de coalition est intégré un levier qui favorisera largement l’octroi du pouvoir aux citoyens. Il s’agit d’un engagement en faveur de la transparence. Les autorités publiques devront publier en ligne les informations relatives aux postes des fonctionnaires … et mentionner les salaires et les dépenses des hauts fonctionnaires. En outre, le gouvernement central rendra public toutes les dépenses et les contrats supérieurs à 25.000 livres [environ 29.000 euros] et les municipalités seront tenues de publier les contrats et de mettre à disposition la totalité des documents. Cela devrait faciliter la prise de contact des nouveaux entrepreneurs avec les autorités. La publication automatique des informations est un moyen pratiquement gratuit de donner du pouvoir au peuple. »

The Times – (conservateur) 21/05/10

Première crise pour la coalition

Le gouvernement de coalition britannique dirigé par le conservateur David Cameron a été confronté dimanche à sa première crise depuis son entrée en fonction il y a moins de trois semaines, déclenchée par la démission d’un ministre libéral-démocrate mis en cause pour ses notes de frais. Le secrétaire d’Etat au Trésor David Laws, numéro deux au ministère des Finances avec rang de ministre, a présenté sa démission samedi soir, au lendemain de révélations par le quotidien Daily Telegraph indiquant qu’il a indûment perçu plus de 40 000 livres (47 100 euros) en notes de frais, entre 2001 et 2009.

Ce départ est un coup dur pour le gouvernement, 18 jours seulement après sa prise de fonction. David Laws, 44 ans, avait impressionné les milieux financiers par sa volonté d’appliquer sans concession le programme de réduction des dépenses publiques, priorité absolue du nouveau gouvernement. Positionné à la droite du parti libéral-démocrate (centre-gauche), il avait aussi été l’un des architectes de l’accord de coalition. Hautement considéré par les conservateurs, il constituait à leurs yeux une garantie de la viabilité de cette alliance.

Un premier échec pour David Cameron

Enfin, les circonstances de cette démission sonnent comme un premier échec pour David Cameron et le vice-Premier ministre libéral-démocrate Nick Clegg, qui ont promis d’assainir les moeurs politiques après le vaste scandale de l’été dernier sur les défraiements réclamés indûment par des parlementaires.

RTBF Info (Belgique) 30/05/10

Voir aussi : Rubrique Rencontre David Peace , Rubrique Grande Bretagne

L’Europe en mode rigueur

monnaieEn France: Le déficit public, attendu au niveau record de 8% du PIB cette année, doit revenir à 3% en 2013, a promis le gouvernement, qui a annoncé un gel des dépenses de l’Etat pendant trois ans. D’autres réductions des dépenses sont aussi à l’ordre du jour, ainsi qu’une diminution de cinq milliards en deux ans des niches fiscales.

Au Royaume-Uni: Le nouveau gouvernement a présenté lundi un premier programme de 6,2 milliards de livres (7,2 milliards d’euros) de coupes immédiates dans les dépenses des ministères, n’épargnant que la santé, la défense et l’aide au développement. Les «quangos», des organismes para-publics, seront fortement réduits et les recrutements sont gelés. Le déficit britannique a atteint 11,1% du PIB à la fin de l’année budgétaire achevée fin mars.

En Espagne: Madrid a annoncé en janvier un plan d’austérité de 50 milliards d’euros d’ici 2013 afin de ramener le déficit public à 3% du PIB en 2013, contre 11,2% en 2009. Sous la pression des marchés et des partenaires européens, le gouvernement a approuvé la semaine dernière une accélération de cette cure, avec des économies de 15 milliards dès 2010 et 2011. Cela comprend une baisse des salaires des fonctionnaires en moyenne de 5% dès juin et un gel de la revalorisation de certaines retraites en 2011.

Au Portugal: Face au risque d’une contagion de la crise grecque, Lisbonne a renforcé en mai ses objectifs de redressement budgétaire, promettant de ramener son déficit de 9,4% du PIB en 2009 à 4,6% dès 2011. Après l’annonce en février d’un programme axé sur une réduction des dépenses, le gouvernement a décidé une hausse générale des impôts

En Grèce: Après avoir annoncé en mars des économies de 4,8 milliards d’euros, Athènes a adopté en mai un nouveau plan visant à réduire de 30 milliards le déficit public, qui frôlait l’an dernier 14% du PIB, pour le ramener d’ici 2014 sous le seuil européen de 3%. Cette cure de rigueur sans précédent, contrepartie de l’aide financière de la zone euro et du FMI, combine des hausses des prélèvements obligatoires, notamment de la TVA, et des coupes salariales dans la fonction publique. Les réformes des retraites et du marché du travail, ainsi que la lutte contre une évasion fiscale endémique, doivent compléter ce programme..

En Irlande: En 2009, Dublin a adopté deux plans d’austérité de 3 et 4 milliards d’euros, pour ramener le déficit public à 11,5% du PIB en 2010, après 14,3% en 2009. Parmi ces mesures figurent une baisse des allocations sociales et une réduction de 5 à 15% des salaires des fonctionnaires.

En Italie: Rome devait approuver mardi une cure d’austérité de 24 milliards d’euros pour 2011-2012. Il devrait s’agir de deux tiers de réductions des dépenses publiques et d’un tiers de recettes fiscales supplémentaires, tandis que les salaires des fonctionnaires seraient gelés pendant trois ans. Le déficit public de l’Italie est resté limité à 5,3% du PIB en 2009, mais la dette, l’une des plus élevées au monde, représentait 115,8% du PIB.

AFP

Voir aussi : Voir aussi : Rubrique Finance Traders en fête, Barnier rassure les fonds spéculatifs, Les banquiers reprennent leurs mauvaises habitudes, Rubrique Crise , Le grand Krach automatique, l’UE répond aux marchés, entretien avec Frédéric Lordon,

Le FMI presse l’Espagne d’adopter des réformes «urgentes»

Le socialiste espagnol Zapatero à l'heure de la rigueur

Le Fonds monétaire international (FMI) recommande à l’Espagne des réformes « urgentes » pour améliorer le fonctionnement de son marché du travail et de son système bancaire, à l’issue d’une mission dans le pays. Cette injonction intervient alors que ce dimanche le chef du gouvernement socialiste espagnol, José Luis Rodriguez Zapatero, a affirmé que son gouvernement tiendrait bon sur la réduction des dépenses publiques malgré les pressions des syndicats qui ont brandi la menace d’une grève générale contre les mesures d’austérité.

« La politique du gouvernement doit se concentrer sur un rééquilibrage en douceur de l’économie », a indiqué le FMI dans un communiqué, appelant à « une action urgente et déterminée ». Le FMI a donné trois priorités.

La première est de « rendre le marché du travail plus flexible pour favoriser l’emploi et sa redistribution entre secteurs », dans un pays où le taux de chômage a dépassé les 20% au premier trimestre. Le Fonds souhaite en particulier que le coût du licenciement soit abaissé « au moins aux niveaux moyens en vigueur dans l’Union européenne », que l’indexation des salaires avec l’inflation soit abolie et une « décentralisation de la fixation des salaires ».

La deuxième priorité est une « consolidation budgétaire pour asseoir les finances publiques sur une base viable ». Le gouvernement a lancé des mesures d’austérité destinées à économiser 15 milliards d’euros en 2010 et 2011. « Une consolidation budgétaire ambitieuse est en cours pour atteindre l’objectif d’un déficit de 3% du PIB d’ici à 2013 », a rappelé le FMI qui a affirmé son soutien aux mesures adoptées en Conseil des ministres jeudi. « Le fait d’atteindre ces objectifs sera critique et tout dérapage doit être vigoureusement contrecarré », a estimé le Fonds, qui, dans les scénarios pouvant menacer la reprise de l’économie espagnole, inclut une hausse des taux d’intérêt pour les emprunts d’Etat mais aussi pour ceux du secteur privé.

La troisième priorité est « une consolidation du secteur bancaire et une réforme pour renforcer la santé et l’efficacité du système », pour lequel « les risques restent élevés et inégalement répartis entre institutions, concentrés principalement sur les caisses d’épargne ». Ces risques ont encore été illustrés samedi par le placement d’une de ces caisses d’épargne, la Cajasur, sous tutelle de la Banque d’Espagne. « L’économie de l’Espagne a besoin de réformes profondes et complètes. Les difficultés sont immenses », a expliqué le FMI, relevant entre autres les « dysfonctionnements du marché du travail », un « déficit budgétaire élevé » ou encore une « croissance de la productivité anémique » et une « faible compétitivité ». Il a rappelé qu’il tablait sur « une poursuite de l’ajustement des divers déséquilibres avec une croissance en hausse progressive, vers 1,5 à 2% à moyen terme ».

En avril, le FMI avait indiqué qu’il prévoyait un recul de 0,4% du produit intérieur brut en 2010, avant une croissance de 0,9% en 2011. Il doit désormais rédiger son rapport annuel sur l’économie espagnole, qui doit détailler tous ces éléments et être publié à l’été.

AFP

Attentat de Karachi: le Parlement se couche

parlement-france

Finalement, les conclusions de la mission d’information parlementaire sur l’attentat de Karachi ne sont qu’une série de points d’interrogation et un constat de relative impuissance. On n’en parle plus! Encore une affaire d’Etat qui a l’air de passer comme une lettre à la Poste. Au-delà du fond de l’affaire, voilà qui incite à s’interroger sur la faiblesse du contrôle législatif en France. Le rôle des parlementaires (sénateurs et députés) est double, dans une démocratie équilibrée: légiférer, bien sûr, et aussi contrôler l’application des lois, contrôler l’exécutif.

Cette deuxième mission, le contrôle, est, en France, le parent pauvre du parlement. Les députés et sénateurs français n’ont pas l’habitude ni l’envie (ou tout simplement le courage politique) d’exercer cette mission. Ils sont guidés par une logique majoritaire qui prime sur la logique parlementaire. Les possibilités que la constitution ou le règlement du parlement offrent aux élus de la nation sont largement sous-employées. La mission d’information sur l’attentat de Karachi en est l’exemple flagrant.

Sur cette question qui met en jeu d’éventuels cas de corruption, avec comme éventuels protagonistes de hauts responsables de l’Etat des années 1990, et notamment un ancien Premier ministre et plusieurs ministres de la Défense… n’importe quel parlement d’un autre pays démocratique aurait tout mis en œuvre pour en savoir le maximum. La mission d’information n’est pas en cause en tant que telle mais le problème, c’est qu’elle n’a été qu’une mission d’information et pas une commission d’enquête. S’il y avait eu une commission d’enquête, les moyens d’investigation auraient été largement supérieurs et plus efficaces.

La majorité avait refusé la constitution d’une commission d’enquête pour une raison qui, de prime abord et du point de vue des grands principes, parait imparable. Il s’agit de respecter la séparation des pouvoirs. Le parlement ne peut pas enquêter parallèlement à la justice. La justice est saisie de cette affaire, le pouvoir judiciaire et le pouvoir législatif seraient sur le même terrain s’il y avait une commission d’enquête… C’est l’application d’une ordonnance de 1958.

Une ordonnance qui date du temps où le pouvoir gaulliste se méfiait du contrôle parlementaire… mais les temps ont changé et cette règle était tombée en désuétude. Elle n’est plus mise en œuvre systématiquement. Par exemple, il y a eu des commissions d’enquête parlementaire sur l’affaire Outreau ou sur l’Erika alors qu’il y avait des actions judiciaires en cours. Le refus d’accepter une commission d’enquête sur l’attentat de Karachi est donc très politique.

Les parlementaires UMP ont agi en favorisant le fait qu’ils étaient de la majorité plutôt que de se considérer d’abord comme des parlementaires face à un pouvoir exécutif qui -à l’évidence- se protège à l’excès. C’est, en fait, l’application stricte de cette vieille ordonnance d’avant la démocratie adulte qui met à mal le principe même qu’elle entend défendre: la séparation des pouvoirs est plus atteinte par l’impossibilité faite au parlement de contrôler le gouvernement que de mettre le parlement et la justice sur une même affaire. Surtout que le parlement ne vise qu’à établir des responsabilités politiques et pas judiciaires (députés et juges n’ont pas le même objectif).

L’ironie de l’histoire c’est que le rapport Balladur, il y a deux ans, qui avait fait des propositions pour moderniser la constitution, prévoyait de supprimer cette vieille ordonnance qui empêche d’utiles commissions d’enquête de voir le jour. Cette mesure n’a pas été retenue dans la réforme qu’a voulue le président et qui a été votée à l’été 2008. Et c’est Edouard Balladur qui doit (finalement) être content, lui qui est au centre des suspicions qui font de l’affaire de l’attentat de Karachi une affaire pas résolue… donc une affaire d’Etat.

Thomas Legrand (Slate)

Voir aussi : Rubrique affaires Attentat de Karachi chronologie, Lien externe La Balladur connexion , Que sont devenus les sous-marins vendus au Pakistan?,

Bangkok en feu

bangkok

Immeuble en feu Bangkok 19 mai 2010. Photo AFP

Une ville en feu. Des centres commerciaux ravagés. Des combats de rues sans merci entre des militants antigouvernementaux armés de bombes artisanales et de grenades, et des conscrits forcés de tirer sur des Thaïlandais souvent originaires de la même province qu’eux, voire du même village.

Les autorités thaïlandaises ont reconduit jeudi pour trois nuits supplémentaires le couvre-feu imposé dans la nuit de mercredi à jeudi à Bangkok et dans 23 provinces. La mesure a été cependant un peu assouplie puisque le couvre-feu débutera à 21h00 (14h00 GMT) pour se terminer à 05h00, contre de 20h00 à 06h00 la nuit dernière.

«Le centre de gestion des situations de crise (CRES), présidé par le Premier ministre Abhisit Vejjajiva, a décidé d’imposer le couvre-feu pour mieux assurer la sécurité et lutter contre les activités» des fauteurs de troubles, a indiqué Dithaporn Sasasmit, un porte-parole de l’armée.

Il a précisé que «la police et l’armée avaient indiqué au Premier ministre que le couvre-feu avait facilité leur tache» la nuit dernière, alors que des incendies et des violences s’étaient déclarés à Bangkok à la suite de l’assaut lancé contre le camp retranché des «chemises rouges».

AFP