Rencontre littéraire. En partenariat avec l’association Cœur de livres, L’Hérault du Jour et Radio Campus sont associés à la découverte des classiques de la littérature nordique.
La troisième rencontre littéraire organisée par l’association Cœur de livres autour des grands classiques de la littérature nordique est consacrée aux sagas islandaises. Le terme de saga, aujourd’hui sémantiquement dévoyé à grand coup de Star Wars et autres séries littéraires, signifie raconter. Il voit le jour en Islande.
Une origine incertaine
La question liée à l’origine des sagas semble toujours faire l’objet d’un débat entre scientifiques. Pour certains, à un stade pré-littéraire, les sagas se seraient élaborées d’elles-mêmes, selon une tradition orale vivante. Elles se seraient transmises de génération en génération, par voie orale jusqu’à leur consignation par écrit. Tandis que pour d’autres spécialistes, les sagas seraient des ouvrages de fiction composés par des amateurs d’histoires anciennes qui se seraient livrés à un travail de reconstitution à partir de personnages et de faits mémorables conservés dans la tradition. Reste que les sagas fournissent le seul élément narratif dont nous disposons pour comprendre la vie quotidienne des Islandais et au-delà, des peuples scandinaves dans le monde médiéval nordique.
Au temps des Vikings
Les sagas constituent une source de référence pour aborder le temps des Vikings. A l’instar de L’Edda en prose, que l’on doit à Snorri Sturluson (1178-1241), poète scalde* voyant que sa passion était en train de se perdre dans les « progrès » du christianisme, tente une opération de sauvetage en mettant en scène Dieu et les mythes anciens. L’Edda qui regorge d’obscurité mêle les sagas des rois légendaires puis historiques de Norvège au premier rang desquels le roi Olàfr, dont la hache de guerre tenue entre les pattes d’un lion figure sur le blason de la Norvège. Explorateur de la Méditerranée à l’Amérique, commerçant de fourrures et d’esclaves, guerriers et pillards scandinaves, les Vikings sont restés païens jusqu’au Xème siècle. Leur ère couvre une période s’étendant du VIIIème au XIème siècle. Un regard nouveau de certains historiens lie le phénomène viking à une réaction à la christianisation forcée par le fer et le feu découlant de la volonté du roi franc, Charlemagne. Les raids vikings commencent au VIIIème siècle. La Scandinavie est alors constituée d’une multitude de petits royaumes.
Le passage à l’écrit
La volonté d’établir des grands royaumes centralisateurs dans les pays scandinaves apparaît avec la christianisation. Des princes convertis bénéficient d’alliances chrétiennes pour accéder au pouvoir. Les équilibres médiévaux s’en trouvent bouleversés. De nombreux seigneurs norvégiens prennent la mer pour s’installer dans les îles en Écosse ou en Irlande, et parviennent sur les côtes islandaises. A dater du milieu du Xe siècle, les premiers missionnaires arrivent avec l’alphabet et un fonds littéraire qui se mêle aux poèmes héroïques et scaldiques sans occasionner de résistance.
Rencontre avec François Emion
Invité de cette soirée, François Emion, maître de conférence de littérature et civilisations nordiques à l’université de Paris IV. Il est notamment auteur de L’Islande dans l’imaginaire, publié aux presses universitaires de Caen et travaille à une grammaire historique du vieil islandais. La rencontre se tient ce soir à 19h salle Pétrarque à Montpellier (entrée libre). A travers les extraits qui seront lus par les comédiens de la compagnie Tire pas la nappe, on découvrira également que les sagas sont avant tout un genre littéraire.
Jean-Marie Dinh
* Les Scaldes, poètes de cour attachés à un roi ou à un chef pour en célébrer les hauts faits. Leurs œuvres sont antérieures aux sagas.
La colonisation de l’Islande
L’histoire de la colonisation de l’Islande nous est connue par le Livre de la colonisation (Landnámabók) et le Livre des Islandais. Les informations sur la société nous viennent des sagas. En 860 environ, l’Islande aurait été redécouverte par les marins norvégiens de Nadoddrr rejetés par la tempête. Ils auraient baptisé le pays Snaeland, pays de la neige. Selon la légende, le Norvégien Ingólfr Arnarson et son frère juré Hjörleilf Hróddrmarsson arrivent de Norvège en Islande après une affaire difficile avec un seigneur. Hjörleilf est tué par des esclaves qu’il avait attelés à sa charrue. Ceux-ci cherchent refuge dans des îlots au sud-est de l’Islande. Après avoir châtié les assassins de son frère, Ingólfr se fixe à Reykjavik.
Le 3ème édition du Printemps de Vauvert est dédiée à Nelson Mandela. Photo dr
Société. Troisième Printemps de l’éducation contre les discriminations et le racisme à Vauvert et dans la petite Camargue .
En décembre 2013 Gilbert Collard le député FN de la 2 ème circonscription du Gard assiste aux obsèques du général Aussaresses propriétaire à Vauvert et chef du sinistre escadron de la mort en Algérie. Une vieille connaissance, puisque l’avocat l’avait défendu en 2004 quand Aussaresses fut condamné pour apologie de la torture. A son enterrement, Collard rend hommage à son camarade : « Il a accepté de faire le sale boulot et c’est beaucoup plus honorable que de se défausser, je trouve ça courageux… » André Génot initiateur du Printemps de l’éducation contre les discriminations et le racisme à Vauvert lui répond en lui rappelant qu’il y eu en Algérie des hommes courageux qui se sont opposés à la torture sous toutes les formes parce qu’ils aimaient leur pays.
Trois mois plus tard, au lendemain du second tour des élections municipales le même Génot débute la présentation du 3ème Printemps en ces termes : « Nous constatons ce beau temps qui règne sur Vauvert. Le ciel s’était assombri et nous craignions qu’un vent de tempête ne s’abatte sur les associations réunies ici aujourd’hui. Le ciel s’est dégagé mais il reste beaucoup de travail à faire.» Jean Denat (DVG) venait de perforer, avec 41,48% des voix, la lourde chape qui embrume les esprits en empêchant le candidat Meizonnet (35,35%) d’afficher Vauvert au tableau de chasse frontiste.
A quelques battements d’ailes Eddy Valladier (UMP-UDI) devenait le nouveau maire de Saint-Gilles en barrant le passage à Gilbert Collard à 194 voix près. Dans le Gard, seule Baucaire est entrée dans l’ère grise avec l’élection du frontiste Julien Sanchez. Comme le dit André Génot : « Le combat n’est pas terminé, loin s’en faut.»
Pour le collectif d’association du 3ème Printemps de l’éducation contre le racisme et les discriminations, ce combat n’est pas politicien. C’est un projet citoyen qui se reconnaît dans la pensée du journaliste ex-rédac’chef du Monde, Claude Julien : « En tout premier lieu, il nous appartient de provoquer la réflexion, de stimuler l’esprit critique, d’inspirer des attitudes d’ouverture qui permettent d’aller à la rencontre de l’autre. ». Un projet qui tente de se mettre en œuvre à l’échelle de la petite Camargue, un territoire où les paradoxes soufflent parfois comme le mistral.
Interactions territoriale
Pour cette troisième édition qui se poursuit jusqu’au dernier week-end d’avril, le festival étend sa programmation aux communes voisines d’Aimargues, St-Laurent, et Lunel, et bénéficie d’une partie de la dotation parlementaire du député Christophe Cavard. L’ Education nationale, l’Académie et le Conseil général du Gard sont partie prenante, ainsi que plusieurs communes, ce qui permet au Printemps de l’éducation de faire vivre les valeurs de l’éducation populaire, en déclinant son offre pédagogique des écoles communales à l’université nîmoise.
L’année dernière, le préfet s’était déplacé pour apporter le soutien de l’État. « Les rencontres mobilisent un réseau associatif représentatif, certains services de l’État entérinent notre vision en s’impliquant dans une démarche qui vise à favoriser le dialogue, explique Eric Krzywda le directeur de l’Espace social vauverdois, mais on ne parvient pas à toucher tout le monde.» La ségrégation s’ancre dans les dialectiques de l’intérieur et de l’extérieur, celle du privé et du public, du pur et de l’impur, de l’intégration et de l’exclusion.
Sur un territoire historiquement ouvert, disposant d’une culture forte, comme la petite Camargue, la crise et le manque de réflexion en terme d’aménagement du territoire ont laissé s’opérer une division sociale qui impacte le champ des valeurs traditionnelles en éloignant et en isolant les populations. Des modèles simplistes se sont imposés, des lignes de démarcations érigées.
La lutte menée par le Printemps de Vauvert contre le racisme qui peut aussi s’exprimer entre voisins de même appartenance culturelle, passe par l’éducation. « En sensibilisant la jeunesse nous concernons leur parents », indique Eric Krzywda. Il passera également par les livres avec l’implication résolue de la librairie Vauverroise La fontaine aux livres et l’association 1Différences qui reconduisent le festival du livre contre les discriminations.
Jean-Marie Dinh Renseignements www.fives.asso.fr
Dans le contexte La Marseillaise partenaire de toutes les cultures
Vu de loin, la petite Camargue peut être perçue comme un point noir. Une terre de liberté passée dans le camp réactionnaire. La fédération d’acteurs que nous avons rencontrée autour du 3ème Printemps de l’éducation contre les discriminations et le racisme nuance ce regard. Issus du milieu associatif, de services publics ou du secteur privé, tous défendent l’ouverture d’esprit et la diversité. Tous se sont engagés, et agissent concrètement dans leur discipline, autrement dit combattent en s’appuyant sur l’évolution des esprits et des représentations que développe l’éducation. Nous avions largement relayé l’an passé le festival in/différences initié par les éditions au Diable Vauvert et la librairie La fontaine. Nous l’accompagnons cette année en tant que partenaire média. Il est temps que la presse prenne sa part pour sortir de la névrose nationale et donner du sens… Qu’elle contribue à sortir d’un temps aveugle qui éblouit. Le thème de cette année : Révolution sexuelle !
Ayerdhal. L’auteur de Rainbow Warriors invité du festival à Vauvert
La SF, puissant outil pédagogique
Ayerdhal est né à Lyon dans le quartier de la Croix-Rousse. Il commence par écrire de la science-fiction (SF) avant de se lancer dans le thriller. Auteur d’une vingtaine de romans, il a entre autres obtenu deux grands prix de l’Imaginaire, deux prix Ozone, et le prix Cyrano pour l’ensemble de son œuvre. Ayerdhal considère la science-fiction comme un puissant outil pédagogique, un véhicule idéologique non négligeable et la plus riche expression de l’imagination créatrice…
Il sera à Vauvert pour en débattre les 11 et 12 avril prochains. Si vous n’êtes pas déjà fans, on vous conseille Rainbow warriors (éditions Au diable Vauvert, 2013). Un thriller dédié à celles et ceux qui, sous prétexte de leurs préférences sexuelles ou de leur genre, sont privés du droit premier de la déclaration des droits de l’homme.
Rainbow warriors a tout d’un bon livre de guerre, avec l’originalité et l’humour en plus. Un général à la retraite se voit proposer de diriger une armée privée pour intervenir militairement, dans un pays d’Afrique, le Mambési. La mission non officielle consiste à renverser la dictature en place, pour y instaurer la démocratie.
L’armée privée qui intervient doit être nombreuse et motivée : cette dictature étant à l’origine d’une des politiques de répression les plus féroces envers les personnes ayant des orientations sexuelles différentes. L’opération Rainbow sera menée par des troupes composées essentiellement de lesbiennes, de gays, de bisexuels et de transgenres regroupées sous l’acronyme LGBT.
Zoom sur les acteurs du festivalMarion Mazauric Fondatrice des éditions du Diable
Pour cette seconde édition, Au diable Vauvert et la librairie La fontaine aux livres organisent, le festival 1Differences du livre pour la fraternité et contre les discriminations. Il s’agit d’apporter par le livre et les rencontres avec des auteurs, des réponses pour comprendre les victimes de discriminations, dans un esprit fraternel de partage, de découverte et d’ouverture à l’autre. Il s’agit aussi de soutenir l’action de la librairie en petite Camargue. Le livre crée du lien social, il favorise l’ouverture à l’autre. Car la diversité est l’essence même du livre, ce dont il se nourrit au quotidien, via tous ses acteurs. Décidé au printemps 2013, ce thème incarné par le mouvement LGBT, a confirmé depuis qu’il était d’une actualité incontournable. Le rapport Teychenné remis en juin 2013 au ministre de l’Éducation nationale a fait apparaître combien est nécessaire, dès l’école et la formation de l’identité sexuelle, un travail de pédagogie et de sensibilisation à l’homophobie et à la lutte contre les discriminations ordinaires liées à l’orientation sexuelle et l’identité des genres.
Jérémy Patinier : Touche-à-tout sans choisir
Jérémy Patinier est un journaliste et éditeur de 30 ans, originaire de Dunkerque mais Lillois d’adoption. Parce qu’il ne voulait pas attendre en vain qu’on s’intéresse à ses poèmes d’ado, il crée un atelier d’écriture en 2004, un festival littéraire sur les sexualités en 2005, puis une compagnie de théâtre contemporain fin 2005. Il rédige et met en scène « Mon corps avec un –e à la fin », écrit, joue et met aussi en scène le two-man-lecture-show-musical « Les Hommes aussi parlent d’amour ». Il en est de même pour « Parano », une pièce-chorale. Journaliste, danseur, auteur et comédien, « ne pas choisir » entre les disciplines, c’est un choix. Jérémy travaille pour un magazine féminin en ligne, et comme correspondant pour Tetu. Il préside la compagnie Des ailes sur un tracteur et crée les éditions du même nom en 2011 pour publier essais, BD, et ouvrages de référence sur les cultures LGBT. Le créneau de Jérémy Patinier : traquer la poésie dans la bêtise et proposer une politique du divertissement. Il participera aux tables rondes et sera l’éditeur invité du stand SOS Homophobie.
Coralie Trinh Thi : Le sexe rebel et assumé
Fille d’un hells angel qu’elle a très peu connu, élevée par sa mère, Coralie Trinh Thi grandit en banlieue parisienne. Elle a des origines vietnamiennes par sa grand-mère maternelle dont elle emprunte le nom de jeune fille. Elle se fait baptiser à l’âge de onze ans. Elle reparle de son rapport à la religion vu par les yeux d’enfant à travers l’héroïne de son premier roman Betty Monde (2002) qui sera suivi de La voie humide en 2007 tous deux publiés au Diable Vauvert. Adolescente, elle fréquente assidûment les soirée gothiques en arborant un style batcave (tendance punk chez les ghotiques). Actrice, elle a tourné sous le nom de Coralie une soixantaine de films pornographiques pour lesquels elle a notamment reçu l’Award de la meilleure actrice française de X, et le prestigieux Hot d’or. Coralie Trinh Thi est co-auteur avec Virginie Despentes du film Baise-moi, censuré en France. À la différence de Virginie Despentes, elle rejette le terme « féministe » et préfère se dire « antisexiste ». Auteur invité du festival, elle participera aux tables rondes.
Stéphanie Nicot Présidente de la fédé LGBT
Licenciée en lettres modernes et en information-communication, Stéphanie Nicot – qui n’aime guère rappeler qu’elle est née en 1952 – a autrefois exercé divers petits métiers (ouvrière intérimaire, fonctionnaire au ministère des Finances, attachée parlementaire) avant d’enseigner les lettres et l’histoire en lycée professionnel puis de se consacrer à la littérature. Spécialiste incontestée des littératures de l’imaginaire, elle participe et anime, quand elle en a le temps, débats, conférences et formations, ce sera le cas à Vauvert. Critique littéraire, essayiste, formatrice, anthologiste, rédactrice en chef de la revue Galaxies de 1996 à 2007, Stéphanie Nicot compte parmi les meilleurs spécialistes des littératures de l’imaginaire. Elle assure depuis sa création, en 2002, à Épinal, la direction artistique du festival Imaginales, grand rendez-vous de tous les amateurs de fantasy. Transgenre, lesbienne, féministe, elle a fait sa transition tardivement, en 1984-1985, et a découvert à cette occasion la violence de la transphobie d’État. Elle vient d’être élue présidente de la fédération LGBT.
Concert : Deborah. Dégoûts, M. Marlène, Manuel
Un concert hot qui décoiffe pour clôturer le festival samedi soir en présence de Déborah Dégoûts, chanteuse de punk rock, une diva post-tout avec des textes qui chantent l’amour, le crime, la folie, la beauté des ports, sur une musique nerveuse et accrocheuse. En attendant la sortie de son premier opus, Déborah se donne sur scène en power trio pour que son public adoré puisse dévisser pendant les concerts. Sous ses airs nonchalants elle aborde des thèmes universels tels que la corruption avec son tube Je couche. Déborah Dégouts, égérie underground parisienne, se décide maintenant à quitter les ordres pour débarquer en Camargue. Dans un autre genre, on pourra voir aussi le groupe Merci Marlène, dont les chansons françaises sont teintées d’humour et de dandysme. Et on ne passe pas sur Manuel, accompagné de Géraldine Masson au piano, qui donne dans un répertoire cabaret expressionniste mêlant farce et mélancolie. Après s’être retourné les méninges, on ne résistera pas à faire bouger les corps. Samedi 12 avril 21h à la Salle Bizet rue Louise Désir à Vauvert.
Dans le cadre du cycle de conférences : Les grands philosophes allemands : le XXe siècle de Husserl à Popper Conférence d’Olivier Tinland, maître de conférences en philosophie à l’Université Montpellier III. Mardi 8 avril à 19h à la Salle Pétrarque retour sur l’Ecole de Francfort.
Ce cycle de conférence présente tout au long de l’année les grands philosophes de langue allemande associés à la première partie du XXe siècle : Husserl, Heidegger, Wittgenstein, l’Ecole de Francfort, Popper.
L’Ecole de Francfort constitue une galaxie intellectuelle inédite au XXe siècle, regroupement disparate d’intellectuels engagés dans la lutte contre les manifestations polymorphes de la déraison contemporaine. Ses principaux représentants Max Horkheimer (1895 – 1973) et Theodor Adorno (1903 – 1969), ont tenté de prendre la mesure du retournement dialectique de la raison moderne contre elle-même en édifiant une « théorie critique » à même d’effectuer le diagnostic critique des pathologies intellectuelles et politiques du temps présent, dans une conscience lucide des implications politiques de toute activité théorique. Leur oeuvre est inséparable du destin tragique de l’Allemagne nazie et de l’uniformisation de la culture humaine dans les sociétés libérales. Dans l’horizon de leur vision pessimiste de la modernité occidentale, ces penseurs ont su conduire l’analyse implacable d’une « dialectique des Lumières » conduisant, avec l’avènement des grands totalitarismes et de l’oppression plus insidieuse de la société de consommation libérale, à une « éclipse de la raison ». Ils ont laissé à leurs successeurs la tâche redoutable de reconstruire les conditions théoriques d’une vie démocratique non aliénée.
Entrée libre, conférence en français.
Conférence organisée par la Maison de Heidelberg en partenariat avec la Ville de Montpellier
Les personnages de La Mouette dans leur quête improbable. Photo dr
Théâtre des 13 Vents. Christian Benedetti nous plonge dans l’univers tchekhovien avec La Mouette et Oncle Vania.
Christian Benedetti met en scène La Mouette d’Anton Tchekhov ce soir au Théâtre des Treize Vents et enchaîne à partir de samedi avec Oncle Vania. A propos de La Mouette, on peut penser que Tchekhov règle à travers le personnage de Trigorine quelques comptes avec le théâtre réaliste de son temps. Celui-ci souhaite montrer le réel sans médiation.
Benedetti fait de même. Il cite la sociologue Marie-José Mondzain : « C’est la barbarie qui menace un monde sans spectateur ». La place du spectateur qui fut un enjeu pour l’auteur l’est aussi pour le metteur en scène. « Il y a un combat à mener avec le théâtre et l’acte de création contre ce qui assigne, capture fige…L’institution culturelle, par exemple, définit le rôle de chacun : ceux qui regardent et subissent, devant ceux qui imposent et qui font, dans une nécessaire hiérarchie du sens qui laisse l’expert dominer le jeu des images offertes aux spectateurs silencieux. »
La traduction de Markowicz restitue parfaitement le bouillonnement de l’oeuvre. L’intention de Benedetti, qui a eu Vitez comme professeur, est de « prendre en charge pleinement la nécessité » et « le questionnement » posés par le texte de Tchekhov en l’occurrence l’interrogation face à la mort que le metteur en scène reformule ainsi : « Pourquoi on ne sait pas pourquoi on va mourir ? »
On le ressent sur la scène chaque fois que le récit fait place au silence où lorsqu’un coup de feu retentit près du lac ou dans la campagne que l’on s’imagine sinistrement verte. Le hors scène est exploité de manière judicieuse.
Sans décor, tout est dans le rythme et dans l’engagement total des comédiens. L’ironie qui se dégage s’appuie sur la force et la sincérité de chaque personnage. On rapporte que la troupe qui a joué pour la première fois la pièce en 1896 au Théâtre Alexandra a été déconcertée par les traits parodiques à l’œuvre dans la pièce. Cela semble toujours d’actualité.
Hans Christian Andersen, dessin de Sergimao (2005). dr
Rencontre littéraire. En amont, de la Comédie du livre consacrée aux littératures nordiques, l’association Coeur de livres poursuit ce soir son cycle de découverte des classiques avec Andersen.
L’association Coeur de livres invite à la découverte des littératures classiques nordiques. Après le Kalevala du Finlandais Elias Lönnrot, l’association des libraires propose une nouvelle rencontre autour de l’écrivain danois le plus connu : Hans Christian Andersen. Devenu célèbre grâce à ses contes, il est l’auteur d’une oeuvre riche et variée qui ne saurait se résumer à la littérature enfantine.
Andersen (1805-1875) est issu d’un milieu modeste. Son père est un libre penseur qui s’engage dans les armées napoléoniennes et qu’il perd à l’âge de 11 ans. Sa mère une robuste paysanne qui prend en charge la responsabilité de nourrir la famille. Séduit par le théâtre à l’âge de 7 ans, il semble prédestiné à une carrière artistique, puisque dès 14 ans, il veut être danseur, comédien ou chanteur. Hans Christian, quitte Odense, sa ville natale, pour rejoindre Copenhague en 1819. Sa silhouette pittoresque et ses déclarations grandiloquentes aux directeurs de théâtres les déconcertent. Mais ses premiers essais d’écrivain dramatique sont remarqués et lui valent la protection du directeur du Théâtre Royal.
Il parfait ses études à l’école latine de Stagelse tout en publiant anonymement des poèmes (Enfant mourant en 1827). Un premier recueil de poésie paraît en 1830 suivi de plusieurs autres ( Fantaisie et Esquisses en 1831, les 12 mois de l’année en 1932.) Bien que reléguée au second plan de son oeuvre, la poésie ne cesse de le préoccuper. Il réunit une partie de sa production sous le thème « Poèmes anciens et nouveaux ». Plusieurs de ses poèmes ont été mis en musique et sont entrés dans la conscience populaire. Andersen poursuit son travail d’écriture pour le théâtre en mêlant le réalisme historique et la féerie mais ce n’est ni avec le théâtre, ni en tant que romancier qu’il gagne la célébrité, Ses récits de voyages sont appréciés, l’auteur ramène de ses excursions européennes une moisson d’images et de descriptions qui captent l’intérêt des lecteurs.
La vraie reconnaissance lui vient entre 1832 et 1842 avec la publication de six brochures de contes pour enfants. Encouragé par le succès qu’il a toujours recherché, Andersen regrette néanmoins la mention « pour les enfants ». Il use d’un style parlé et vif, tout en gardant la saveur de la tradition populaire et évolue vers des créations plus originales. Devenu un succès de la littérature mondiale Le vilain petit canard illustre à certains égards la recherche d’Andersen sur lui-même.
Hans Christian Andersen, dessin de Sergimao (2005). dr
Michel Forget : « Ce qui caractérise le mieux Andersen, c’est la contradiction »
Michel Forget sera ce soir l’invité de Coeur de livres. C’est un éminent connaisseur d’Andersen auteur de traductions de récits de voyages (Voyage à pied), de roman (Peer-la-chance) et de recueils de récits, (Le bazar d’un poète). Il vient de traduire aux éditions Les belles Lettres Poèmes, premier recueil de poésie disponible en français d’Hans Christian Andersen.
Comment avez-vous croisé l’oeuvre d’Andersen ?
C’est en dispensant une formation sur la littérature de jeunesse à l’Ecole normale que je me suis penché sur son oeuvre. Je devais connaître une dizaine de contes guère plus, et j’ai découvert la diversité de sa production. En m’y intéressant je me suis rendu compte qu’il était peu traduit en français. J’ai poursuivi mes recherches sur son oeuvre en allemand et me suis pris de passion. J’ai fini par apprendre le Danois.
Andersen commence et finit son oeuvre par des poèmes, comment avez-vous opéré votre choix pour ce recueil ?
Il a écrit des poèmes tout au long de sa vie, mais surtout dans les premières années, puis à la fin de sa vie où il a cultivé la poésie lyrique en ayant trouvé sa propre voie. Pour le recueil, je me suis efforcé de restituer un échantillon des différentes facettes de son oeuvre poétique en laissant de côté les textes de circonstance.
Issue d’un milieu modeste et doté d’une grande ambition, il semble fortement animé par un souci de reconnaissance ?
C’est un aspect important de sa personnalité avec le doute. Il a été étonné par sa réussite qu’il considérait comme miraculeuse en ayant pourtant tout fait pour y parvenir. A la fin de sa carrière, alors qu’il n’avait plus rien à prouver, il était toujours tenu par l’angoisse d’un tarissement possible de sa source créative. Il y avait chez Andersen une fragilité intérieure mais il pouvait aussi se coiffer de vanité qu’il contre-balançait par son sens de l’humour.
Son oeuvre poétique se situe à la charnière entre le romantisme et une modernité bien plus matérialiste, comment cela coexiste-il chez lui ?
Ce qui caractérise le mieux Andersen c’est la contradiction. Il a peur de tout et voyage dans les pays dangereux. Il déteste la noblesse et recherche sa compagnie. Il dispose d’un physique ingrat et veux plaire aux plus belles femmes…
Que savons nous de sa vie amoureuse ?
Il a été amoureux toute sa vie et toute sa vie éconduit. Cela transparaît dans ses contes, plusieurs ont comme fil directeur, l’amour à sens unique du personnage principal.
Quelle est la nature de la relation qu’il entretient avec la religion ?
C’était un croyant sincère. Dans sa poésie la religion prend une forme interrogative.
Que ressort-il de ses récits de voyages ?
Andersen est un voyageur curieux et observateur de l’Ecosse à la Turquie. Il offre une perception de l’Europe du XIXe. Ce qui déclenche son écriture c’est ce qu’il ne peut voir. Il était à ce point romantique. Il trouvait le vraisemblable plus intéressant que le réel.
propos Recueillis par JMDH
Rencontre avec Michel Forget ce soir à 19h, salle Pétrarque