Lettre de Mathilde 17 ans à François Hollande, président de la République

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Un j’accuse du XXI e siècle porteur d’espoir

Dans son texte Mathilde nous honore du titre de citoyen. Elle aurait pu avoir la mention très bien au BAC s’il existait une épreuve politique intérieure et internationale voire citoyenneté…

Ponctuée d’exemples probants, sa lettre exprime avec clarté ce que beaucoup de citoyens conscients pensent de la situation préoccupante de la France et des responsabilités politiques y affairant. Elle aide, les autres à s’émanciper d’une pensée formatée et étroite qui conditionne l’opinion publique.

Citoyens du monde

Citoyens du monde

 

Lettre à M. François Hollande, président de la République, à son gouvernement, et à tous les hommes et femmes politiques,

C’est en humble citoyenne que je m’adresse à vous, grands pontes de la politique, à vous qui, dès que possible, avez posté vos commentaires larmoyants sur les réseaux sociaux après la nouvelle des attentats de Nice. Vous qui vous êtes aussitôt empressés de glisser critiques acerbes, solutions personnelles et mesures à prendre derrière chaque expression de douleur à l’égard des victimes. Vous qui, tels des charognards, vous êtes arrachés les restes des 84 corps encore chauds et étalés dans la rue sous un mince tissu, vous qui avez sucé tels des vampires les perfusions des blessés à l’hôpital de Nice, vous qui avez pavé la promenade des Anglais de désolations savamment calculées comme on pave l’enfer de bonnes intentions. Vous pour qui l’état d’urgence est devenu banal et se doit d’être durci, pour qui la liberté des citoyens n’est rien face à la cuisante défaite de subir les retombées de vos actes, et dont les innocents font les frais. Car si la France n’est pas la seule, il est inutile d’essayer de se cacher davantage derrière le rôle que les États­-Unis ont pu jouer dans la création de l’État Islamique (qui s’est construit, rappelons­ le, sur les cendres de Saddam Hussein après une guerre préventive en 2003 complètement opposée au droit international).

Ne sommes­-nous pas de ceux qui ont régenté le Moyen­Orient au lendemain de la1ère Guerre Mondiale ? De ceux qui ont écartelé les peuples à grands coups de crayon tracés sur une carte en oubliant qu’ils ne manipulaient pas que des gisements de pétroles et des lieux stratégiques mais bien des populations ? De ceux qui ont accueilli Kadhafi car il avait du pétrole puis l’ont désigné comme ennemi despotique qu’il faut détruire, sans pour autant oublier son pétrole ? Partout où nous prétendons apporter la paix, nous semons la haine. Alors en France on pleure, mais on pleure de quoi ? Des victimes des attentats sur notre sol ou des erreurs qu’on a commises et qui finissent fatalement par nous éclabousser ? Alors, bien sûr, hommage aux victimes qui étaient là simplement pour un feu d’artifice et qui ont dû connaître l’horreur, mais hommage aussi à toutes les victimes anonymes que la France assassine dans le secret et dont personne ne semble se soucier. Je vous invite, vous qui tenez tant à continuer de bombarder la Syrie, à prendre – une fois n’est pas coutume – le temps de réfléchir posément. Regardez le reportage « Eau Argentée », qui est disponible sur internet. Regardez­ le vraiment et osez réitérer vos propos guerriers sur ce pays détruit, où aucun être­ vivant n’est épargné et où les enfants les plus jeunes ont assimilé le concept de sniper. Là­-bas, ce qu’il s’est passé à Nice survient tous les jours – et aucun syrien ne dispose des cellules d’aides psychologiques qui ont été mises en place dès la première heure après l’attentat, ni même de la qualité des soins qui sont délivrés aux blessés.

Je parle de la Syrie, mais je pourrais évoquer la Palestine, l’Irak ou le Yémen. Lorsqu’on cherche à traiter un problème, il convient d’en étudier la racine. Mais visiblement, aucun de vous ne semble décidé à admettre que la France se trouve aujourd’hui embourbée dans la position d’un serpent qui se mord la queue : nous faisons partie des causes profondes de ce que nous subissons actuellement. Est­-ce si difficile d’admettre que nos prédécesseurs et nous­ mêmes avons eu tort ? Il semblerait que oui puisque vous préférez nous enfoncer avec vous dans un cercle vicieux fait de haine et de sang sans cesse renouvelés. «Nous continuerons à frapper ceux qui, justement, nous attaquent sur notre propre sol, dans leur repère» affirmez­vous, Monsieur le Président, après avoir annoncé la prolongation de l’état d’urgence de six mois, défendu la nécessité de renforcer le contrôle aux frontières et clamé haut et fort que «Parce que les droits de l’homme sont niés par les fanatiques, la France est forcément leur cible».

(source : http://www.europe1.fr/politique/verbatim­attentat­a­nice­la­declaration­solennelle­de­francois­hollande­en-

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Que de contradictions en si peu de temps : vous voulez renforcer les frontières quand la plupart des terroristes qui ont agi jusqu’à maintenant sont français ; vous parlez de fanatisme en référence à l’islamisme alors que le conducteur du camion fou était apparemment indifférent à la religion (si tant est que l’on puisse qualifier la folie de Daesh de religion) ; et enfin vous évoquez la France comme un pays de libertés alors même que vous annoncez le maintien de cette loi scélérate moderne qu’est l’état d’urgence. Continuez dans cette voie et la partie est gagnée pour l’État Islamique. Bien sûr, j’ai eu vent de cette idée selon laquelle l’opinion publique ne comprendrait pas une levée de l’état d’urgence alors qu’à force de rallonges elle s’y était accoutumée, tout comme elle risque de trouver bientôt normale l’utilisation du 49.3, visiblement en vogue à l’Élysée. Mais cela ne vient que de l’ignorance propagée par les principaux médias qui nous servent leurs réjections prémâchées en guise d’informations, nous irriguent d’images et d’événements anxiogènes qui paralysent notre esprit critique, l’émoussent et finissent par l’inhiber complètement. Si une situation donnée était exposée clairement, sans complexe, dans les JT, une analyse plus fine naîtrait dans le cortex des citoyens français et ils verraient combien les mesures liberticides sont absurdes. Si chacun était mis au fait des victimes, des dégâts que nous engendrons, alors la compassion naturelle sensée caractériser l’espèce humaine reprendrait le dessus et nous pousserait à chercher des solutions ailleurs.

Répondre à la violence par la violence, véritable logique puérile, est d’autant plus absurde que nous sommes en partie responsables des drames qui s’abattent sur notre sol comme une pluie radioactive tombe sur Tchernobyl. La guerre étant elle­-même une forme de terrorisme, la guerre contre le terrorisme se révèle être un triste oxymore, médiocre réponse que vous voulez opposer à Daesh. Comment fustiger les terroristes alors que nous­mêmes terrorisons les civils perdus dans les bombardements menés par notre « grande nation » pour rétablir une justice pastiche ? Je ne suis pas en train de défendre les actes terroristes, et cette phrase a son importance parce « dès que vous suggérez qu’il est important de considérer des réponses autres qu’une réplique violente, on vous accuse de sympathiser avec les terroristes. C’est une lâche façon de terminer une discussion sans examiner intelligemment les alternatives aux politiques actuelles. » (citation tirée d’un article d’Howard Zinn, « Notre guerre »). Mais, si les crimes de Daesh sont si terribles qu’il relèvent presque de l’indicible, il ne faut pas pour autant oublier les nôtres, qui, eux, relèvent plus du non­dit. Larguer des bombes n’est en rien une solution : chaque victime d’un bombardement (surtout les civils, plus nombreux que les terroristes) se transforme en martyr et constitue un argument de plus dans le discours de Daesh contre l’occident, incitant toujours plus d’hommes poussés par le désespoir à se radicaliser. Cela me fait doucement sourire de vous voir vous insurger face aux attaques que nous subissons depuis un an et demi quand je pense au Yémen, bombardé par l’Arabie Saoudite à l’aide de nos beaux Rafales. Si Daesh commet des exactions au nom d’une idéologie révoltante, nous vendons allégrement de la mort prématurée pour quelques billets tachés de sang. Comment, dès lors, pouvez­-vous encore – tous autant que vous êtes – supporter l’image que vous renvoie le miroir ? J’ai personnellement une si grande honte sans même être impliquée dans le commerce d’armes que je ne peux concevoir que vous puissiez continuer à tenir vos discours et à montrer patte blanche quand, à quelques kilomètres, des civils se font massacrer avec nos armes. À quel moment, dans votre esprit, l’argent a­-t-­il surpassé la vie humaine ? Comment pouvez­-vous vous émouvoir de 84 morts quand nous avons assassiné au moins 1850 yéménites (selon un rapport de l’ONU) ? Mais j’ai failli omettre, et je m’en excuse, un détail qui a son importance et fait la différence pour beaucoup : ce sont 84 morts français ! Et cet argument justifie que vos mathématiques géopolitiques placent 84 largement supérieur à 1850. En effet, comme l’a montré si justement George Bernard Shaw, « Le patriotisme, c’est cette conviction selon laquelle ce pays est supérieur aux autres parce que vous y êtes né. » J’en arrive à cette nécessité qui chaque jour se dessine un peu mieux, celle de se souvenir qu’avant d’appartenir à une nation, avant d’être recensés, répertoriés, classifiés ou même fichés par notre laborieuse administration, avant d’être convertis en chiffres sur des écrans, nous sommes tous des êtres uniques appartenant à l’espèce humaine.

« Nous devons prêter allégeance à l’humanité et non pas à une nation, quelle qu’elle soit » a écrit un jour Howard Zinn. Ceux qui nous attaquent font partie de notre espèce, possèdent les mêmes caractéristiques. Leurs actes terribles ne sont que l’écho d’un quotidien que l’occident leur a imposé parce qu’ils avaient le malheur d’être nés sur des nappes de pétrole et qui les a poussés à la haine. Il est crucial de rendre sa mémoire à notre pays et au monde entier, de se rappeler que l’argent n’est pas comestible, de penser « humain » plutôt que « finance », « bonheur » plutôt que « réussite » et « biodiversité » plutôt que « billet de banque ». Nous avons une marge d’une petite vingtaine d’années pour modifier nos habitudes de consommation et enrayer un tant soit peu le dérèglement climatique le plus important que notre espèce n’ait jamais connu. Allons­-nous gaspiller ce temps en guerres vaines alors qu’il est tant de manières d’enseigner l’amour ? Vous nous parlez de mesures sécuritaires renforcées quand nous avons besoin d’apprendre comment vivre demain.

Il est évident que nous sommes impuissants face à ces attaques, l’inefficacité des forces de l’ordre a tristement été démontrée à Nice : comment ont-­ils pu laisser un camion pénétrer sur une allée piétonne, pourquoi est­-il parvenu à parcourir deux kilomètres avant d’être stoppé ? Les solutions proposées par la caste politique, si elle sont aussi médiocres que l’action de la police, ont au moins le mérite de faire rire. Je pense en particulier à ce cher Henri Guaino, qui a déclaré qu’ « Il suffit de mettre à l’entrée de la promenade des Anglais un militaire avec un lance­-roquettes et il arrêtera le camion ».

(source : http://www.estrepublicain.fr/actualite/2016/07/15/lance­roquette­peine­de­mort­les­propositions­fusent ).

Alors évidemment, le petit détail à ne pas oublier ici, c’est qu’il s’agit d’un député LR candidat à la présidentielle 2017, donc équipé d’œillères, les yeux braqués sur son objectif qui est de mettre définitivement au tapis François Hollande en prétendant de manière sous­-jacente que, s’il avait été élu au moment de l’attentat, il n’aurait tout bonnement pas eu lieu. C’est là un manifeste flagrant de cette petite guéguerre entre politiques qui semble ne jamais prendre fin, même pendant un deuil national. Je ne vais pas gaspiller mon temps à démonter une à une les déclarations politiques, notamment à propos de l’interdiction du voile proposée par Jacques Myard qui atteste de son étroitesse d’esprit, mais plutôt tenter d’apporter des solutions alternatives. Il est nécessaire de former les masses plutôt que de supprimer leurs libertés, de réfléchir à l’origine du mal, de la haine qui ronge les terroristes. Réduire les inégalités et diffuser plus largement la culture constituent des pierres à la base de l’édifice de la paix mondiale. Plutôt que de nous rendre toujours plus  dépendants, encouragez les initiatives qui visent à former les citoyens sur des gestes simples ; plutôt que de nous inciter à la haine, à la peur, encouragez l’amour et l’entraide. Inquiétez­-vous du populisme qui affleure l’air de rien, faisant ressurgir des opinions qui ont permis l’accès d’Hitler au pouvoir dans les années 30. Ne vous figurez pas que le totalitarisme est mort, qu’il ne reviendra pas. Le totalitarisme se cache derrière chaque rejet, chaque parole portée par la crainte. Il ne se présentera pas avec une petite moustache brune et une raie sur le côté, il ne ramènera pas Auschwitz mais créera une nouvelle forme de violence, car l’esprit humain sait se montrer particulièrement inventif dans l’art de faire souffrir son prochain. Rappelez­-vous combien la pratique artistique, tellement mise à mal par l’éducation nationale, constitue un rempart efficace face à la haine, fille de l’ignorance. Gardez à l’esprit les sages paroles d’Edgar Morin : « à force de sacrifier l’essentiel pour l’urgence, on finit par oublier l’urgence de l’essentiel. » Penchez­vous sur des initiatives telles que celle des étudiants paysagistes et des enfants d’un quartier populaire de Seine­ Saint­ Denis qui, ensemble, embellissent un terrain vague pour apporter un savoir-­faire et un rapport à la Terre que trop de gens ont oublié. Ne soyez plus dans la démonstration calculée mais dans les actes concrets. C’est maintenant aux Français que je m’adresse, vous qui n’avez cessé de vous plaindre de l’incapacité de nos dirigeants, qu’avez­vous fait pour changer ce pays qui vous insupporte ? Qu’attendez­-vous pour engager le dialogue avec vos pairs, pour réfléchir ensemble à des solutions aux problèmes qui vous préoccupent ? Levez­-vous de vos fauteuils, éteignez votre télé, sortez et écoutez le murmure qui s’élève, la rumeur qui nous vient des multiples projets alternatifs qui se mettent en place. Informez­ vous sur des médias plus indépendants, trouvez un sujet qui vous tient à cœur et lancez­ vous, il y a tant à faire ! Si vous attendez qu’on vous prenne par la main, vous risquez de mourir avant d’avoir fait une chose qui vous rende réellement fier et vous autorise à marcher la tête haute.

Peut­-être qu’après cette lettre, ma petite tête blonde viendra s’ajouter aux fiches S, mais cela m’est égal : je n’ai rien à me reprocher, à part peut­-être, le fait de daigner réclamer pour l’humanité cette liberté et cette égalité que tous clament et célèbrent depuis trois siècles mais auxquelles personne n’a encore vraiment goûté et le fait d’inciter le genre humain à cette fraternité que la France se plaît à afficher sur ses murs officiels. Liberté, égalité, fraternité, trois petits mots qui veulent dire tellement, trois petits mots étirés dans tous les sens pour masquer une vérité évidente, trois petits mots qui ne peuvent plus cacher la supercherie que l’on tente de dissimuler derrière.

Mathilde Lambert, 17 ans

Source : Carmaux Info 31/07/2016

Voir aussi : Actualité France, International, rubrique Médias, rubrique débat, rubrique Education, rubrique Société Citoyenneté, rubrique Politique, Politique Internationale, Une classe politique « nulle » face à une France immature, Nous payons les inconséquences de la politique française au Moyen-Orient, Rubrique Livres, il faut radicaliser la démocratie, rubrique Rencontre Kepel : « La politique française arabe est difficile à décrypter,

Roms : A Montpellier l’État s’arrange avec la loi pour expulser plus et plus vite

Photo David Maugendre DR

Pour chasser ces citoyens roumains à moindres frais, le procureur de la République de Montpellier et la préfecture de l’Hérault ont monté un système de connivence, à base de PV illégaux, qui leur permet de multiplier et d’accélérer les procédures de renvoi.

À l’heure où les immigrés sont pointés du doigt comme un danger, l’État semble prêt à tout pour prouver son inflexibilité vis-à-vis des étrangers. Quitte à flirter avec l’illégalité. L’Humanité a eu accès à des procès-verbaux de police, que nous reproduisons en partie ici, qui attestent un véritable système de collusion entre le procureur de la République de Montpellier et le préfet de l’Hérault pour expulser des Roms en masse, au mépris de la séparation des pouvoirs et du respect de la loi. La manœuvre est simple : le procureur de la République établit des réquisitions soi-disant aux fins de rechercher les auteurs de « vols » ou de « recels » pour justifier l’envoi de forces de police dans des camps de Roms, qui procèdent alors à des contrôles d’identité et des vérifications de situation administrative sur place, systématiquement sans avocat.

Au terme de ces auditions groupées, les policiers confisquent les pièces d’identité et convoquent les Roms à venir les chercher quelques jours après au commissariat. Les procès-verbaux d’audition sont communiqués directement au service des étrangers de la préfecture de l’Hérault. Au moment où ils viennent récupérer leurs pièces d’identité, on leur délivre alors une obligation de quitter le territoire français (OQTF)… En vérité, il n’a jamais été question de rechercher les auteurs de « vols » ou de « recels ». Mais de se servir de ce prétexte pour débusquer des étrangers en situation soi-disant irrégulière.

Tout au long de cette chaîne bien huilée, de nombreuses violations du droit apparaissent. À cet égard, les procès-verbaux d’audition, qui remontent jusqu’à 2012, sont éloquents. « L’opération policière autorisée par le procureur de la République est un contrôle d’identité, qui doit répondre à des règles très précises. À partir du moment où la police commence à poser des questions, ce n’est plus un contrôle mais une audition, donc la police agit hors du cadre des réquisitions », précise Me élise de Foucauld, qui défend une dizaine de citoyens roumains. Audition qui doit normalement se tenir dans un commissariat avec, si la personne le souhaite, la présence d’un interprète et d’un avocat. « Là, c’est comme si la police procédait à une garde à vue sur le bord de l’autoroute, s’insurge-t-elle. On ne leur notifie pas le droit à un avocat alors que certaines questions font cinq lignes, sont purement juridiques, et ont des enjeux d’auto-incrimination. Même avec un interprète, ils ne sont pas en mesure de comprendre. »

Depuis quand la PAF rechercheles voleurs et les receleurs ?

Deuxième point d’importance?: la réquisition du procureur est de pure forme. Celle-ci est établie sur la base d’une recherche d’auteurs de « vols » ou de « recels » alors que la façon dont est mené le contrôle montre que l’intention n’a jamais été là. Les PV sont prérédigés avec des questions uniquement orientées sur la situation administrative des personnes. Et les policiers qui sont mobilisés ne sont pas des officiers de police judiciaire mais de la police aux frontières (PAF). « Depuis quand le boulot de la PAF est de rechercher les voleurs et les receleurs ? Certaines OQTF sont même datées du jour du contrôle. Ça veut dire que même elles ont été prérédigées ! » dénonce l’avocate, pour qui « les procédures qui découlent de ces opérations sont illégales sur tous les plans ».

Malgré ces entorses multiples au droit, l’espoir de faire annuler ces expulsions reste mince. « À ce stade, aucun juge ne peut vérifier la légalité de ces contrôles », reconnaît Me élise de Foucauld. Du fait de ces agissements hors cadre, le juge judiciaire ne peut exercer son droit de regard sur la procédure que le parquet a initiée. Raison pour laquelle l’avocate a décidé d’assigner le procureur de la République de Montpellier devant le tribunal de grande instance pour « violation du principe de séparation des pouvoirs, détournement de pouvoir et détournement de procédure ». Une démarche encore inédite.

Du côté de la préfecture, qui bénéficie de cette manœuvre puisque ces auditions groupées lui permettent d’établir des OQTF massives à moindres frais, on ne semble pas non plus craindre de voir ces décisions retoquées en justice. « Le préfet se cache derrière la séparation des pouvoirs pour dire que le juge administratif, saisi lorsque l’on conteste une expulsion, n’a pas à se prononcer sur la légalité d’une procédure judiciaire. Il y a un vide juridique dans lequel ils se sont engouffrés, ils y sont à l’abri et peuvent y faire tout ce qu’ils veulent », affirme Me Foucauld. À l’exception d’une décision du Conseil constitutionnel de 2013 qui juge que l’administration ne peut pas se fonder sur des éléments de preuve récoltés de manière illégale, la jurisprudence a toujours été favorable à cette dernière. De fait, sur la dizaine d’OQTF contestées devant le tribunal administratif, la justice a déjà confirmé la moitié d’entre elles.

Cette manière de tordre et d’enfreindre les procédures interroge d’autant plus que la finalité de la manœuvre semble pour le moins vaine, voire contre-productive. Non seulement les personnes concernées font état de leur volonté de revenir en France. Mais, de plus, ces expulsions ont un impact négatif sur le processus d’insertion des migrants, à l’heure où l’État ne cesse de les exhorter à « mieux s’intégrer ».

« Je crois qu’il y a un manque de conscience réel des conséquences sur les parcours d’intégration des Roms », estime un travailleur social de l’association Area, qui accompagne les habitants de deux bidonvilles de Montpellier, en partie financée par la Fondation Abbé-Pierre, mais également par… la préfecture de l’Hérault elle-même. « Tous les deux-trois mois, la police descend dans les bidonvilles, confisque les pièces d’identité des Roms et les convoque au commissariat pour leur délivrer des OQTF. Quand on discute avec les agents de la PAF, ils admettent que ça ne sert à rien, mais ça leur fait du chiffre à bon compte », poursuit-il. Le problème, c’est que ces expulsions suspendent les ouvertures de droits de ces personnes. À leur retour en France, il faut repartir de zéro pour qu’elles se réinscrivent à Pôle emploi, à la CAF, à la Sécu… « Ça devient difficile de motiver les gens, ils ne se sentent pas les bienvenus », insiste notre travailleur social.

« Une OQTF, c’est dix heures de travail social », résume, pour sa part, Catherine Vassaux, directrice de l’association Area, qui se dit dans une démarche de dialogue et de « recherche de solutions » avec les représentants locaux de l’État. Un sentiment de gâchis d’autant plus fort que la préfecture de l’Hérault – via la direction départementale de la cohésion sociale – investit de manière substantielle dans les dispositifs d’insertion. Et qu’une partie de ces citoyens roumains expulsés, qui travaillent ou sont inscrits à Pôle emploi, rentrent dans les critères d’un séjour régulier.

Contrairement à beaucoup de croyances, les Roms qui vivent dans les bidonvilles ne sont pas nomades par choix. Dans le campement Pablo-Picasso de Montpellier, qui abrite une trentaine de personnes, nombreux sont ceux qui souhaitent travailler et voir leurs enfants scolarisés. « Même si j’ai travaillé, que j’ai des fiches de paie, que je me suis inscrit dans une formation, quand les policiers sont venus pour nous parler d’OQTF, ils n’en avaient rien à foutre », résume Ionut, tout juste majeur, en France depuis l’âge de 12 ans.

Un jeune Roumain déterminé : « J’ai envie de me battre pour y arriver »

Le jeune Roumain semble tellement intégré qu’il a pris jusqu’à l’accent du Sud et les expressions d’argot des jeunes Français. Il a travaillé dans la restauration, dans la maçonnerie, a cumulé les missions d’intérim. Il espère pouvoir commencer son CAP des métiers de l’hygiène en septembre, mais la menace d’expulsion qui plane au-dessus de sa tête pourrait compliquer un peu les choses. Qu’à cela ne tienne, Ionut a la rage de réussir. « J’ai envie de me battre pour y arriver. Si j’avais pu trouver du travail en Roumanie, je ne serais pas venu ici », rappelle-t-il.Une détermination qui n’est pas forcément représentative du sentiment général dans le campement. « Quand on veut faire quelque chose, on nous bloque, on détruit tout ce qu’on a fait », explique en roumain Elisabeta (1), qui espérait voir ses enfants de 10, 7 et 3 ans faire leur rentrée à l’école en septembre. En France depuis dix ans, cette maman de 28 ans semble lasse et résignée face au sort qui lui est fait. Pour autant, elle reviendra en France si elle est expulsée. « Je ne veux pas que mes enfants restent dans la même situation que moi, je veux qu’ils étudient, qu’ils trouvent un travail, qu’ils puissent être libres de devenir ce qu’ils veulent. »

Si ces pratiques sont avérées à Montpellier depuis 2012, il semble probable qu’elles soient utilisées au-delà de l’Hérault. « Dans certains bidonvilles de France, la PAF débarque en minibus et fait venir les Roms un à un pendant cinq minutes pour faire les auditions et remplir le même genre de PV préremplis et cela satisfait les tribunaux », rapporte Manon Fillonneau, déléguée générale du collectif Romeurope, qui fédère une quarantaine d’associations et ONG de défense des droits des Roms.

Si, faute d’accéder aux PV en question, les associations qui suivent ces citoyens roumains ignorent sur quelles réquisitions se fonde l’administration, il paraît clair que ces procédures d’audition sont irrégulières. Pour Stéphane Maugendre, avocat au barreau de Bobigny (Seine-Saint-Denis) spécialisé en droit des étrangers et président du Groupe d’information et de soutien aux immigrés (Gisti), ce genre de manœuvre relevant de la confusion des pouvoirs est classique. « Partout en France, les procureurs de la République et les préfets se rencontrent, notamment sur la question de l’immigration clandestine. Si une complicité s’installe, des systèmes comme ceux-ci peuvent se mettre en place », analyse le juriste. « On a beau s’élever contre ce genre de pratiques, le parquet nous dit qu’il est indépendant et qu’il fait ce qu’il veut », peste-t-il. Malgré nos appels répétés, le procureur de la République de Montpellier n’a pas souhaité répondre à nos questions. Tout comme le directeur de la police aux frontières de l’Hérault, Laurent Siam, qui a refusé de communiquer sur le sujet. La préfecture de l’Hérault a, pour sa part, déclaré : « Dans la mesure où l’affaire est portée devant les tribunaux, nous nous en remettons à la décision de justice et ne pouvons nous exprimer sur des cas individuels et tant que la décision n’a pas été rendue. »

La fabrique du monstre, autopsie du clientélisme politique

cité Kallisté, dans les quartiers nords de Marseille

cité Kallisté, dans les quartiers nords de Marseille

Dans « La fabrique du monstre », publié en janvier 2016 aux éditions Les Arènes, Philippe Pujol résume plus de 10 ans d’immersion dans les quartiers nord de Marseille. Un travail au long cours sans voyeurisme ni complaisance, qu’il décrit dans The Dissident.

Philippe Pujol, qu’est-ce qui vous a amené à écrire sur les quartiers nord de Marseille?

J’ai beaucoup écrit sur ces sujets. J’ai fait un premier livre « French deconnection » (Wildproject/Robert Laffont 2014) qui raconte les trafics de stupéfiants vus de l’intérieur. Je parle des idées reçues sur les petits dealers qu’on fait passer pour des gars qui se font beaucoup d’argent. Je démontre qu’ils sont mis de côté, que leur trajectoire est loin d’être ascendante. Je voulais qu’on arrête de séparer toutes les actualités marseillaises : les règlements de compte, le clientélisme, la misère, l’immobilier… Ces problématiques s’imbriquent les unes dans les autres. Mon idée c’est de raconter les systèmes. Comment les choses sont reliées entre elles. Le politique prend bien soin de séparer les choses pour qu’on ne comprenne pas que c’est l’absence de décisions politiques – ou au contraire des décisions politiques bien précises – qui en bout de chaîne, comme des dominos, amènent au pire.

De quel « monstre » parlez-vous ?

Le monstre, c’est la République malade qui enfante tous les radicalismes : la délinquance, le radicalisme religieux de l’islam et le radicalisme politique avec l’extrême-droite dont le Front national (FN) est la partie visible. Le FN n’a strictement rien de nouveau par rapport à ce qu’il a toujours été. C’est juste une façade. C’est un peu la métaphore de Marseille. Ce parti s’est fait une jolie façade comme Marseille qui a rénové son front de mer avec le projet d’urbanisme EuroMéditérranée. Mais en fait la ville est pire qu’avant ! Le FN c’est pareil. Lorsqu’on côtoie ces gens, on est face une extrême-droite lourde, avec des fascistes. Ces radicalismes viennent de cette République malade, fatiguée. Le clientélisme est un mot-valise qui part du clientélisme sympa jusqu’à la corruption. On a l’impression que le clientélisme sympa, ce n’est pas grave. Mais il nourrit la corruption. Il y a une escalade. J’essaie de le mettre en perspective avec un livre qui, je l’espère, ressemble à ce qu’ont fait David Simon et Ed Burns sur la série « Baltimore ». Mon travail s’inspire plus de « Baltimore » ou de « The Wire » que de « Gomorra », le livre de Roberto Saviano sur la mafia napolitaine.

Pour vous, cela représente plus de 10 ans d’immersion dans ces quartiers comme reporter pour le journal la Marseillaise.

Même quand je n’étais pas journaliste, j’étais familier avec ces lieux. J’ai grandi à la Belle de mai, non loin de ces quartiers. C’est devenu un des quartiers les plus pauvres de France. Ce qui n’était pas le cas quand j’y vivais. J’y ai connu des amis qui y vivent toujours. Certains ont mal tourné politiquement en se tournant vers le FN. D’autres en faisant des conneries. Certains sont dans le clientélisme associatif. Je n’ai été pris dans aucun clientélisme pas parce que je suis fort mais parce que j’ai déménagé. Ceux qui sont restés sont tous rentrés dans un de ces systèmes qui se concurrencent les uns les autres.

Ce que vous décrivez dans ces quartiers, c’est un processus d’enfermement de la jeunesse.

Ils sont pris dans quelque chose qui les dépasse. On ne peut pas dire qu’il y a du laxisme car ils sont sanctionnés. Quand ils glissent, ils sont sanctionnés par la justice. Et si ça ne suffisait pas, ils sont sanctionnés par le réseau lui-même : ils meurent. La sanction existe. Par contre, la réaction politique est inexistante. On prend bien soin de ne pas en avoir et on les enferme dans leur situation. C’est pour ça que Jean-Claude Gaudin, le maire de Marseille, et le FN ont cette phrase: « Tant qu’ils se tuent entre eux… » Peut-être que le FN se réjouit. Je connais suffisamment Gaudin pour savoir que ce n’est pas un mauvais bougre. S’il tient ces propos, c’est pour dédouaner les dysfonctionnements des différents maires et des différentes institutions depuis des décennies. Il fait comme s’il y avait d’un seul coup des voyous qui n’ont pas de père, pas de mère. Comme s’ils étaient nés comme ça. Or ce n’est pas vrai ! La voyoucratie est une manière – illégale certes – d’ascension sociale. Pourquoi les voyous se fringuent avec des vêtements super chers, bling bling, souvent de mauvais goût ? Au delà du fric  c’est pour montrer qu’ils sont devenus quelqu’un. Ces signes extérieurs n’existent pas que chez les voyous. Mais là c’est exacerbé.

Parmi ces personnages qui connaissent l’ascension et la chute, il y a Kader.

Autour du fait divers de Kader, il y a tous les personnages que j’aborde dans la deuxième partie du livre sur le clientélisme. Ça se déroule dans le secteur de l’ex députée PS de la 7ème circonscription des Bouches du Rhône (quartiers nord) Sylvie Andrieux qui a été condamnée pour détournement de fonds publics en 2013. Elle était en concurrence avec le clientélisme associatif de son adversaire Nora Preziosi des Républicains… qui elle-même a favorisé le FN pour permettre la défaite d’Andrieux. Le FN a bénéficié de ces règlements de compte et des déçus du clientélisme. Dans un même secteur, autour d’un même fait divers, on aborde toutes les problématiques. Ça me permet de parler de l’immigration. Dans l’entourage de Kader, il y a des jeunes de Bassens. Je raconte comment à Bassens on concentrait dans des cités de transit tous ceux qui étaient considérés comme inaptes à l’intégration. C’est devenu un ghetto absolu. Autour de Bassens, il y a 900 entreprises… et zéro gamin de cité qui y travaille. Alors qu’il y en a plusieurs centaines. Ça veut bien dire qu’il y a un problème de formation des jeunes, de contacts dans les entreprises, de réseaux.

Pourquoi selon vous le gangstérisme a plus le vent en poupe dans les quartiers nord que l’intégrisme religieux ?

Le radicalisme délinquant prédomine à Marseille parce qu’il y a une culture du banditisme. Une bonne partie de la population connaît le parcours des bandits locaux. On peut citer 20 noms de bandits sans s’en rendre compte. Le banditisme parisien n’a rien à envier à celui de Marseille mais on n’en retient qu’une poignée de noms. C’est lié à la culture. À Marseille c’est valorisé. On a intégré la possibilité de faire une carrière dans la délinquance. Pour mille raisons, on a une culture délinquante. Mais demain, comme dans la délinquance les carrières sont courtes et compliquées, il n’est pas impossible que le radicalisme religieux prenne le relais. Quand on ne croit plus aux lois de la République on croit à la loi du plus fort. Les djihadistes mélangent la loi du plus fort et la loi divine. À Marseille, la loi du plus fort est un bon terreau pour créer des djihadistes. Sauf qu’aujourd’hui le pragmatisme fait qu’on préfère faire 50 euros avec du stup que d’aller en Syrie. Je décris aussi dans le livre l’apparition du « djellaba basket », des mecs qui sont entre deux mondes, un peu perdus. Ils écoutent un peu les salafistes en continuant à vendre du shit en scooter sans casque, avec un langage de cramé de cité. Je ne sais pas trop ce que ces jeunes deviendront.

La fabrique du monstre de Philippe Pujol, éditions les Arènes.

La fabrique du monstre de Philippe Pujol, éditions les Arènes.

À quoi aspirent-ils selon-vous?

Ils souffrent de ne pas faire partie de la République. Leur rêve c’est de devenir des Frédéric, des français moyens de zones pavillonnaire. C’est méchant de dire ça mais leur rêve c’est de devenir des beaufs. Un match de foot, des pizzas, un bowling le week-end, un bon blockbuster. Faire des brochettes dans un pavillon. Mais pour ça il faut un travail qui permet le crédit qui permet la maison. Ils n’ont pas accès à ça. On parle de laïcité tout le temps. Je suis moi-même un pur laïc. Sauf qu’on ne peut pas parler de laïcité parce que c’est en bout de chaîne. On n’en est même pas aux fondements, c’est à dire le contrat social. La République nous offre les moyens de faire des études, d’être en sécurité, d’avoir des transports publics. En retour on respecte la loi, les règles et on obtient du travail. C’est du donnant-donnant. Aujourd’hui, pas seulement dans les quartiers populaires, à l’échelle de la France, ce contrat social n’est plus tenu. Il est rompu. Y compris pour la jeunesse des classes moyennes. Aujourd’hui un minot qui a fait des grandes études ne trouve pas de boulot à la hauteur. Dans les quartiers populaires, c’est pire. La situation est plus grave, plus visible, donc ça fait des dégâts encore plus grands. Ce qui fait des déçus pour les classes moyennes anéantit les classes populaires.

Comment a été reçu votre livre dans les quartiers ?

C’est le paradoxe des quartiers populaires. Ils veulent qu’on raconte leur misère. Quand ils lisent leur misère ils disent : « On n’est pas que ça ! On n’est pas que des misérables ! » Quand on marque que ça va bien : « Vous dites que ça va ! Mais oh ! C’est pas facile notre vie au quotidien. » On veut être mis en valeur mais en même temps il faut raconter le pire. Je raconte le pire et le meilleur en même temps. Dans les cités, l’accueil du livre a été très bon de la part des gens qui y travaillent, les travailleurs sociaux. Les associations sont assez contentes que j’ai mis sur la place publique le clientélisme dont elles souffrent plus qu’elles n’en bénéficient. Ça a été accueilli de manière positive par tous ceux qui se posent des questions, qui cherchent à comprendre pourquoi les choses semblent si illogiques. Les très jeunes, qui sont concernés directement, ne me lisent pas. Mon écriture demande un peu de second degré, de capacité d’abstraction. Un des effondrements culturels que j’ai pu observer dans les cités c’est cette incapacité à l’abstraction. Ce qui est écrit est tout le temps pris au premier degré. Tout est pris de manière définitive. Ils n’ont plus cette capacité de recul. C’est la porte ouverte à tous les conspirationnismes, à toutes les propagandes d’extrême-droite ou de Daesh. Il y a eu en quelques années un effondrement culturel très rapide. Du jour au lendemain quand je parlais avec des mecs sur le terrain de rap, du Wu-Tang Clan, ils n’avaient plus aucune connaissance sur rien. Ils ont tout refoulé. La drogue qu’ils prennent y est pour beaucoup. Des psy disent que la surconsommation de drogue entre 12 et 18 ans, surtout la leur qui est particulièrement mauvaise, rend apathique et fait refuser toute imprégnation culturelle. Certains jeunes ne comprennent plus rien. Ils ne comprennent pas les phrases que je leur dis. Même quand je les défends, ils ne le perçoivent pas.

Qu’est-ce que vous envisagez pour l’avenir à Marseille ?

Je n’écrirai plus sur Marseille. J’ai bien mis les pieds dans le plat. Je ne peux que me répéter. S’il y a quelque chose à faire sur Marseille, c’est de fédérer toutes les énergies positives qu’on trouve dans la ville. Énormément de gens ont de bonnes initiatives, ont envie de changer les choses. Il y a plein de bonnes idées éparpillées. Quand elles sont aidées par les pouvoirs publics elles sont manipulées. Il faudrait rendre ces énergies efficientes, cohérentes. Se rendre compte que la jeunesse des quartiers nord c’est l’antidote contre le mal qui les touche. Ces jeunes là ne sont pas un problème mais ils sont la solution. Quand ils ne sont pas shootés, comme c’est le cas pour certains d’entre eux, ils sont très vifs, entreprenants. Ils ont envie. Ils ont des idées. Ils ne sont absolument pas aidés. Ils ont assez peu d’espoir. Il y a des choses à faire sur Marseille et partout ailleurs. Après ce constat assez dur de mon livre, il faudrait passer à une phase plus collective de mise en place de l’après-Gaudin. Gaudin va finir par arrêter la politique. Après lui, ça va être le chaos parce que ses « amis » politiques vont se flinguer. Ils ont déjà commencé. La gauche n’existe plus. Le FN est aux aguets. C’est à la société civile de s’organiser et d’y aller. C’est ce qu’avait réussi à faire Robert-Paul Vigouroux en 1986, à la mort de Gaston Deferre. Il va y avoir la place bientôt. Il ne faudra pas la rater. On peut arriver à quelque chose. Marseille n’est que l’allégorie de la France. Ça te montre à une échelle assez restreinte-moins d’1 million d’habitants- tout ce qui se passe sur le territoire français. C’est pareil qu’ailleurs… en pire!

Source The Dissident 17/06/2016

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L’Assemblée élargit les possibilités d’atteintes au secret des sources des journalistes

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Lors de la nouvelle lecture de la proposition de loi socialiste sur l’indépendance des médias, les députés ont élargi par rapport au texte initial les cas où la justice serait susceptible de porter atteinte au secret des sources des journalistes ce lundi 18 juillet. Cette proposition de loi avait été adoptée par la gauche mais a été rejetée par Les Républicains. Le texte doit maintenant repartir fin septembre au Sénat.

Le renforcement de la protection des sources des journalistes est un engagement de François Hollande, mais il a subi plusieurs aléas depuis le début du quinquennat avant de revenir par le biais de ce texte.

Elargissement de la protection à toute la rédaction

Par rapport à la loi Dati sur la protection des sources de 2010, le texte élargit cette protection à toute la rédaction, direction et collaborateurs compris. Autre avancée, les journalistes ne pourront plus être poursuivis pour recel « de documents provenant du délit de violation du secret professionnel ou du secret de l’enquête ou de l’instruction ou du délit d’atteinte à l’intimité de la vie privée » lorsque la diffusion de l’information « constitue un but légitime dans une démocratie ». Enfin, il ne pourra être porté atteinte au secret des sources que sur décision d’un juge.

Dans la version votée lundi soir, les atteintes possibles au secret des sources sont néanmoins un peu plus larges qu’initialement envisagé. Alors que le texte prévoyait cette possibilité pour les délits prévus par les titres I et II du Livre IV du code pénal (atteinte aux intérêts fondamentaux de la Nation et terrorisme) punis de dix ans de prison, ce seuil a été abaissé à sept ans à la demande du gouvernement.

Ce seuil permettra « de rechercher une source qui serait à l’origine du délit de divulgation de l’identité d’un agent des services de renseignement » ou « du délit d’atteinte au secret de la défense nationale », a expliqué la ministre de la culture Audrey Azoulay.

La droite critique le renforcement du CSA

La proposition de loi, qui vise à « renforcer la liberté, l’indépendance et le pluralisme dans les médias », étend à l’ensemble des journalistes une notion jusqu’ici réservée par la loi à ceux de l’audiovisuel public, selon laquelle tout journaliste « ne peut être contraint à accepter un acte contraire à sa conviction professionnelle formée dans le respect de la charte déontologique de son entreprise ».

La droite critique surtout une autre proposition du texte, le renforcement des missions du Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) pour assurer « l’honnêteté, l’indépendance, le pluralisme de l’information et des programmes qui y concourent », en particulier « à l’égard des intérêts économiques des actionnaires des chaînes et de leurs annonceurs ».

Le CSA devra notamment veiller à ce que les conventions conclues avec les chaînes mettent en œuvre ces principes. Et le texte impose aux radios et télévisions la mise en place de comités d’éthique composés de personnalités indépendantes.

Source : Le Monde.fr avec AFP | 19.07.2016

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Après Nice, une classe politique « nulle » face à une France immature

Gilles Kepel dénonce une classe politique "nulle", à propos des réactions sur l'attentat de Nice Joël Saget/Afp

Gilles Kepel dénonce une classe politique « nulle », à propos des réactions sur l’attentat de Nice Joël Saget/Afp

Sur France Inter, au lendemain de la tragédie de Nice, Gilles Kepel a dénoncé une « classe politicienne nulle » face aux changements du monde. Question: l’opinion publique française a-t-elle les politiques qu’elle mérite?

« Notre classe politicienne est nulle ». Le jugement est terrible. Surtout quand il est prononcé, au lendemain d’un événement aussi épouvantable que l’attentat de Nice, par une autorité reconnue comme le spécialiste du djihadisme Gilles Kepel. C’était ce vendredi matin, sur France Inter, où le chercheur était appelé à donner son sentiment sur les réponses politiques apportées ou suggérées par les uns et les autres face à la tragédie terroriste: « débat minable, pas du tout à la hauteur du défi. Notre classe politicienne est nulle face à cela, elle donne le sentiment de courir derrière l’événement, d’être intéressée surtout par ses chamailleries ».

Le propos touche, qui vise l’ensemble d’un personnel politique qui donne le sentiment de se raccrocher à des réflexes de posture et de communication comme dépourvus de sens, comme s’il était dépassé par la dimension historique des événements auquel il est confronté.

La sentence sans appel de Gilles Kepel ne vise pas seulement la gauche de gouvernement, François Hollande, Manuel Valls et Bernard Cazeneuve. Il inclut également les gauches de la gauche, dont certains représentants, en dépit de tout bon sens, continuent de dénoncer l’Etat d’urgence, Les Républicains de Nicolas Sarkozy et Alain Juppé, qui oscillent entre obligation d’union nationale et tentation polémique, et le Front national de Marine Le Pen et Florian Philippot.

A en croire Kepel, les uns comme les autres ne comprennent pas le bouleversement de l’histoire auquel ils sont confrontés.

Un problème de logiciel

D’une part, en ce qu’ils ne comprennent pas l’ennemi et son fonctionnement, pourtant transparent: « le logiciel de ce terrorisme-là n’a toujours pas été compris par le pouvoir politique, quel qu’il soit (…) On est dans une autre dimension, il ne s’agit pas de dire qu’on va faire appel à la réserve, tout le monde sait que les forces de l’armée et de la police sont épuisées ».

D’autre part, en ce qu’ils n’en discernent l’objectif, présent en toutes lettres dans « les textes mis en ligne depuis 2005 par ce djihadisme de troisième génération: il faut épuiser les forces de l’ordre et il faut faire en sorte que la société, qui est totalement déboussolée, se prépare à une logique de guerre civile entre enclaves de confessions différentes ».

Face à ce danger, le gouvernement, chaque fois dans l’urgence, procède à des annonces qui ont pour objet de rassurer, autant que faire se peut, l’opinion. A chaque tragédie, le curseur du déploiement des forces policières et militaires monte d’un cran. Après Nice, c’est la Réserve qui est convoquée. Et l’état d’urgence maintenu pour trois mois encore. Le gouvernement pouvait-il faire autrement, dans les heures qui suivent un acte de la nature de celui commis à Nice? Non. Il fallait envoyer des signaux de rassurance l’opinion inquiète. Mais cette même opinion inquiète, en demande d’actes immédiats, sait aussi que ce qui a eu lieu à Nice relève de la menace auscultée par Gilles Kepel. Des sentinelles déployées ici et là ne suffisent pas à empêcher un individu déterminé à passer l’acte.

Partenaire du gouvernement, ses oppositions de droite, d’extrême droite et d’extrême gauche paraissent aussi éprouver de la peine à se hisser à la hauteur du rendez-vous de l’histoire. On ne sait pas encore tout du scénario de la tragédie de Nice que certains sont déjà affairés à dénoncer le pouvoir en place, à l’accuser les uns à dénoncer le manque de précautions et les failles sécuritaires, à l’image d’un sénateur LR, Philippe Dallier, qui s’est empressé de s’en prendre sur Twitter à François Hollande et Manuel Valls (avant de faire machine arrière toute), les autres à persévérer dans une dénonciation de l’état d’urgence devenue vide de sens. De ce point de vue, Kepel n’a pas tort de pointer ces « chamailleries » vaniteuses.

Gilles Kepel souligne, sans doute à juste titre, les failles des politiques. Mais il devrait aussi s’interroger sur l’état de cette même opinion, en fonction de laquelle les politiques réagissent, cette opinion qui leur demande encore et encore des mesures, des policiers, des troupes et des moyens, mais qui ne fait pas encore toujours la démonstration d’une maturité politique à la hauteur de l’enjeu.

Combien d’autruches béates?

On se souvient, par exemple, de la sortie d’un humoriste face à Manuel Valls, invité de l’émission On n’est pas couché, sur France 2, quelques semaines après les attentats du 13 novembre. Alors que le Premier ministre tentait de faire dans la pédagogie de guerre en période terroriste expliquée à un peuple qui en a perdu l’usage depuis la fin de la Guerre d’Algérie, Jérémie Ferrari s’était abandonné à l’une de ces sorties médiatiques qui caractérisent l’époque: « Vous avez dit qu’on était en guerre. Non, non, non! Vous, votre gouvernement est en guerre, nous on n’est pas en guerre. Nous, on se fait tirer dessus quand on va voir des concerts. Vous êtes en guerre, le gouvernement est en guerre, pas nous! »

On rappelle ici la saillie de l’humoriste prétendant au rôle de penseur parce qu’elle est emblématique du problème français. Déni de l’histoire. Refus de la réalité. Fuite. Dérobade. A l’époque, il s’était trouvé bien des gens pour saluer la sortie de Jérémie Ferrari, qui avait cloué le bec de Manuel Valls en se posant en pacifiste qui ne veut faire la guerre à personne. Cette anecdote disait pourtant toute la difficulté de faire de la politique, sous menace terroriste, face à une opinion qui ne veut pas comprendre que l’histoire redevient tragique. Combien de Jérémie Ferrari en France, à droite ou à gauche, à l’extrême droite et à l’extrême gauche? Combien d’autruches béates, la tête enfouie dans les caves de la Ligne Maginot des idéalités infantiles?

La classe politicienne est-elle « nulle » parce qu’elle est, aussi, confrontée à une opinion publique anesthésiée par un demi-siècle de paix, et qui serait devenue en grande partie toute aussi « nulle »? La question mérite d’être posée. Et vite.

Si, comme le dit Kepel, notre classe politique est nulle, tétanisée par une opinion fragmentée, clivée et divisée, le risque est alors grand de voir triompher la stratégie déployée par les ennemis de la France, à savoir « faire en sorte que la société, qui est totalement déboussolée, se prépare à une logique de guerre civile entre enclaves de confessions différentes ». Soit la possible réalisation de l’analyse développée par le directeur de la DGSI Patrick Calvar, qui, auditionné dans le cadre de la commission d’enquête parlementaire sur les attentats de 2015, a déclaré : « la confrontation entre l’ultra-droite et le monde musulman inéluctable ».

Cette perspective est-elle inéluctable? De Hollande à Sarkozy, en passant pas Juppé et Valls, les politiques vont devoir convaincre du contraire. Convaincre Jérémie Ferrari et ses semblables, voilà l’urgence. Et pour ce faire, relire Mendès France, l’apôtre du convaincre en démocratie : « Pour les dirigeants d’abord. Le premier devoir, c’est la franchise. Informer le pays, le renseigner, ne pas ruser, ne pas dissimuler ni la vérité ni les difficultés ; ne pas éluder ou ajourner les problèmes, car dans ce cas, ils s’aggravent ; les prendre de face et les exposer loyalement au pays, pour que le pays comprenne l’action du gouvernement ». Pour ne pas être « nul » aux yeux de Kepel, il faut sans doute renouer avec Mendès.

Source : Challenges 15/07/2016

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