Aucune date n’a encore été fixée pour une éventuelle rencontre entre le pape Benoît XVI et Nicolas Sarkozy, évoquée mercredi par le président français, a indiqué vendredi le Vatican. »S’il y a une demande du président français, elle sera prise en considération, selon la procédure habituelle« , a déclaré à l’AFP le père Federico Lombardi, porte-parole du Vatican.
Mercredi, M. Sarkozy avait confié à des députés UMP qu’il devrait revoir « prochainement » Benoît XVI, dont les récents propos sur l’accueil des « légitimes diversités humaines » ont été interprétés comme une critique des expulsions de Roms par son gouvernement.
« Des contacts sont en cours pour une prochaine rencontre », a confirmé jeudi la présidence française, sans précision de date. Le secrétaire général de la présidence, Claude Guéant, a indiqué jeudi au quotidien La Croix que ce rendez-vous devrait avoir lieu « dans la première quinzaine du mois d’octobre ».
Le père Lombardi n’a pas pu préciser si une demande pour une audience privée avait déjà été présentée « de manière formelle et explicite » à la secrétairerie d’Etat du Vatican.
Le 22 août, quelques jours après le rapatriement par la France de plus de 200 Roms vers la Roumanie et la Bulgarie, Benoît XVI avait publiquement rappelé, en français, la nécessité de « savoir accueillir les légitimes diversités humaines ».
Alors que les démantèlements de camps illégaux et expulsions de Roms par Paris suscitaient de nombreuses réactions indignées en Europe et dans la classe politique française, ces propos avaient été largement considérés comme une critique de plus à l’encontre de la politique du gouvernement français.
Deux jours plus tôt, le responsable du Vatican en charge de l’immigration, Mgr Agostino Marchetto, qui a depuis quitté ses fonctions, avait affirmé que « les expulsions en masse de Roms vont à l’encontre des normes européennes ».
La dernière rencontre entre Benoît XVI et Nicolas Sarkozy remonte à septembre 2008, lors du voyage du pape en France.
Le 10 septembre, sur France-Inter, Bernard Maris affirmait que le report de l’âge légal de date en retraite de 60 à 62 ans était inévitable car la majorité des salariés avait à 60 ans les annuités nécessaires à une retraite à taux plein.Cette affirmation de Bernard Maris rencontrait – qui s’en étonnerait ? – l’entier assentiment du néolibéral Dominique Seux avec lequel il était supposé débattre.
Cette affirmation ne peut pourtant, en aucun cas, prétendre à l’objectivité que revendiquaient les deux compères. Pour le Conseil d’Orientation des Retraites, l’âge moyen de départ en retraite est égal à 61,5 ans et l’âge moyen de sortie définitive du marché du travail est de 58,5 ans.
60 % des salariés du secteur privé qui prennent leur retraite ne sont plus, en effet, au travail. Ils sont au chômage, en maladie ou en invalidité. Avec un report de 2 ans de l’âge légal de départ en retraite, c’est 10 % à 15 % de salariés supplémentaires qui se retrouveraient dans cette situation et partiraient donc avec une retraite minorée, contrairement à toutes les affirmations péremptoires de M. Sarkozy. En effet, les droits acquis pour la retraite sont loin d’être identiques selon que l’on est au travail, au chômage, en invalidité ou en maladie. De surcroît, le problème serait reporté sur les caisses d’assurance maladie ou d’assurance chômage. Quel serait l’intérêt de ce report ?
L’espérance de vie en bonne santé est de 63,1 ans pour les hommes et de 64,2 ans pour les femmes. Pour un ouvrier, l’espérance de vie (calculée à l’âge de 35 ans) est inférieure de 10 ans à celle d’un cadre. Comment, dans ces conditions, peut-on estimer que 2 ans de retraite en moins ne pourraient avoir qu’une importance très relative et n’être qu’un paramètre comme un autre ?
Les salariés qui ont, aujourd’hui, le nombre d’annuités suffisantes pour partir en retraite à 60 ans ont commencé à travailler tôt, parfois très tôt, sans pour autant pouvoir profiter des dispositions de plus en plus restrictives de départ anticipé en retraite pour les carrières longues. S’appuyer sur cette réalité pour vouloir les faire travailler après 60 ans est donc particulièrement cynique.
Reporter de deux ans l’âge de départ en retraite, c’est soit allonger le temps durant lequel des salariés qui ne sont déjà plus travail ne seront pas pour autant en retraite, soit laisser au travail des salariés âgés alors que des centaines de milliers de jeunes ne trouvent pas de travail.
Pour le gouvernement de Nicolas Sarkozy, le passage de l’âge légal de 60 à 62 ans implique le passage de 65 à 67 ans de l’âge auquel un salarié pourrait bénéficier du taux plein (50 %) même s’il n’a pas le nombre de trimestres nécessaires. 25 % des femmes, aujourd’hui, ne bénéficient du taux plein qu’à 65 ans. Faudra-t-il qu’elles attendent deux ans de plus pour bénéficier de ce taux ? Et dans quelle situation attendraient-elles d’avoir 67 ans ? Au chômage (alors que Christine Lagarde a fait savoir sa volonté d’en finir avec la dispense de recherche d’emploi pour les salariés âgés) ou sans aucune ressource autre que le RSA ?
Maris et Seux avancent l’exemple de l’Allemagne pour justifier la régressions des retraites en France. Il faut cependant savoir qu’en Allemagne le report de l’âge légal à 67 ans dont les libéraux nous rebattent les oreilles ne se fera qu’en 2029. Par ailleurs, seulement 21,5 % des salariés allemands de plus de 60 ans ont aujourd’hui un travail (cf.Le Monde de l’économie du 7 septembre) ce qui relance le débat au sein du SPD, lui qui est convaincu d’avoir perdu les élections pour avoir accepté le passage à 67 ans alors que 80 % des allemands y étaient opposés. Si les salariés allemands ont subi, au cours des dernières années, une défaite sociale extrêmement dure, nous n’avons aucune raison d’accepter de subir les conséquences dans notre pays. Il faut, enfin, savoir que la situation démographique française n’a rien à voir avec la situation démographique allemande. En France, selon l’institut Nationale d’Etudes Démographiques (INED), le taux de fécondité des femmes est égal à 2,09 enfants par femmes (assurant ainsi le renouvellement des générations) alors qu’il n’est que de 1,5 en Allemagne. Dans ces conditions, comme le souligne l’économiste Dominique Taddéi, vouloir imposer des règles européennes communes à l’évolution des retraites revient à « fixer la même politique de chauffage pour Helsinki, l’Andalousie ou la Sicile ! »
Pourquoi, enfin, le report de l’âge légal serait-il « inévitable » ? Il n’est « inévitable » que pour ceux qui veulent ignorer qu’il est tout à fait possible de financer nos retraites par répartition sans toucher à l’âge légal ou à la durée de cotisation mais en augmentant les cotisations retraites et en priorité les cotisations retraites patronales. Sarkozy a d’emblée, refusé tout débat sur le montant des cotisations retraites. La contre-réforme qu’il veut nous imposer pèse à 90 % sur les seuls salariés et ne fait qu’égratigner les profits et la rente. Comment Maris peut-il accepter de justifier un tel déni de démocratie ?
En refusant de prendre en considération la situation des salariés âgées, des jeunes, des femmes, en refusant de regarder au-delà des caisses de retraites et de s’intéresser aux caisses d’assurance-maladie et d’assurance chômage, en refusant de chercher une solution au problème de nos retraites du côté des recettes et de l’augmentation des cotisations retraites patronales, Bernard Maris ne fait, hélas, que s’aligner sur Nicolas Sarkozy et le néolibéralisme le plus plat, celui de Dominique Seux.
«Je veux très clairement dire qu’il n’est pas question que la France suspende les reconduites dans les pays d’origine, qu’il s’agisse d’ailleurs de Roumains, de Bulgares ou de tout autre ressortissant.» Réponse sans appel ce jeudi du ministre de l’Immigration Eric Besson, en déplacement à Bucarest précisément sur cette question des expulsions, au Parlement européen.
Ce dernier a adopté dans la matinée une résolution demandant à la France en particulier et aux autres Etats de l’Union européenne de «suspendre immédiatement toutes les expulsions de Roms». Cette résolution présentée par les socialistes, les libéraux, les verts et les communistes a obtenu 337 voix contre 245.
Le texte adopté critique également la récente réunion sur l’immigration et la libre circulation organisée à Paris à l’initiative du gouvernement français. La résolution relève notamment que ces sujets relèvent, selon elle, «de la compétence de l’UE». «Cette attitude est allée de pair avec une vague de stigmatisation des Roms et de dénigrement général des Tziganes dans le discours politique», déplore le texte.
«Caricatures»
«Le droit de tous les citoyens de l’Union et des membres de leurs familles de circuler et de séjourner librement dans toute l’Union constitue un pilier de la citoyenneté de l’Union telle qu’elle est définie par les traités», souligne la résolution.
Pour Eric Besson, «le Parlement européen est sorti de ses prérogatives et nous n’avons bien évidemment pas à nous soumettre à un diktat politique». Fidèle à la ligne adoptée depuis le début de la controverse sur le sujet, il a redit que «la France applique scrupuleusement le droit communautaire et elle respecte scrupuleusement la loi républicaine française». Et soutient par ailleurs que «la France n’a pris aucune mesure spécifique à l’encontre des Roms», qui «ne sont pas considérés en tant que tels mais comme des ressortissants du pays dont ils ont la nationalité». Le ministre dit regretter «les caricatures et tentatives d’instrumentalisation» concernant la politique française.
La Commission, quant à elle, s’est d’ailleurs dite mardi globalement satisfaite des garanties apportées par la France, même si elle entend surveiller de près la situation.
La Commission européenne a exprimé dans un document interne, des doutes concernant la légalité de la décision prise par la France de reconduire à la frontière des Roms originaires de Bulgarie et de Roumanie. Les commentateurs font l’éloge de la critique de Bruxelles à l’égard de l’initiative française mais regrettent que la réaction de l’UE soit trop hésitante.
L’UE réagit avec beaucoup trop d’hésitation aux expulsions de Roms par la France, écrit le quotidien de centre-gauche Frankfurter Rundschau : « La Commission de l’UE à Bruxelles a la réputation douteuse d’éviter régulièrement d’entrer en conflit avec les Etats membres. C’est particulièrement vrai lorsque les Etats sont grands et puissants. Pourtant cette autorité pourrait se positionner avec assurance contre ces gouvernements. Si seulement elle osait le faire. Mais elle n’ose pas, comme les expulsions massives de Roms hors de France le montrent. Le comportement de la Commission est indigne. Elle nourrit de grandes réserves à l’encontre de l’initiative du gouvernement français de Nicolas Sarkozy mais elle ne les exprime pas de manière offensive. Et Barroso, le chef de la commission, se tait. » (03.09.2010)
La politique française à l’égard des Roms est intolérante et rappelle des temps révolus, critique l’hebdomadaire Le Jeudi : « En quelques mois, pour des raisons bassement politiques, les dirigeants actuels de notre voisin, la France, ont fait de leur pays une tache de honte sur la carte universelle des droits humains. A tel point que même le pape s’en est ému. … Pour remettre à flot un président qui, si les Français votaient aujourd’hui, serait largement battu par tous les ténors de l’opposition socialiste, les conseillers de l’Elysée n’ont trouvé d’autre parade que d’aller brouter intensément sur les terres de l’intolérance. Et de brandir deux menaces dignes de ces temps où appartenir à un peuple était suffisant pour être envoyé dans un camp de la mort : la stigmatisation d’un peuple, en l’occurrence des Roms, et la déchéance de la nationalité française. » (02.09.2010)
La ministre suédoise déléguée aux Affaires européennes, Birgitta Ohlsson, a vivement critiqué la politique française d’expulsion des Roms. Pourtant, l’indignation suscitée par la France peut paraît bien hypocrite car les Suédois sont encore bien plus durs à l’encontre des Roms, estime le quotidien suédois de centre gauche Dagens Nyheter : « Dans sa critique de la politique français, Ohlsson a usé de grands mots. C’est justifié, mais la police française n’expulse même pas les Roms pendant les trois premiers mois. … [Il est] important que la Commission européenne ait commencé à réagir et que les commissaires Cecilia Malmström et Viviane Reding interrogent Paris sur ce qui se passe dans ce pays. Les expulsions de masse en France sont extrêmement regrettables, de même que la politique ignoble menée par la Bulgarie et la Roumanie contre les Roms de leur pays. Toutefois, pour être crédible dans ses critiques, la Suède doit d’abord balayer devant la porte du Rosenbad [siège du gouvernement]. » (03.09.2010)
Ecriture contemporaine. Après le Petit Bard la compagnie Sîn poursuit sa recherche en Cisjordanie. L’ artiste y est au carrefour de son intimité, de l’autre et du monde.
Après son escale en juin au Petit Bard, la compagnie Sîn a rejoint du 13 au 27 juillet le camp de réfugiés d’Aïda en Cisjordanie. Ce camp est situé à deux pas de Bethléem, de l’autre côté du mur de séparation de 12 m construit par l’autorité israélienne. C’est une initiative qui ne relève pas d’un projet de solidarité « classique » avec le peuple palestinien mais s’inscrit plutôt dans le cadre d’une démarche artistique innovante, au long court, là où s’initie un processus d’écriture. Un peu sur le modèle de l’événement qui s’est tenu en juin à Montpellier, dans le quartier du Petit bard. L’artiste devient témoin. Il se débarrasse de ses représentations. Il s’imprègne du mode de vie des gens, va à leur rencontre, échange, s’immerge personnellement dans leur environnement et trouve matière à créer.
Depuis 2002, la Cie Sîn s’est rendue à sept reprises en Palestine. Une dimension du temps importante et nécessaire pour fonder une démarche, tisser des liens de confiance, et approfondir des relations dans un monde étranger sous tension. Cette dimension temporelle participe à l’exigence d’un projet qui ne falsifie pas la réalité. » En 2002, lors de notre premier séjour, nous sommes tombés en pleine indique le dramaturge Emilien Urbach à l’initiative de l’aventure. C’était la vraie guerre et en même temps nous nous trouvions au milieu d’un peuple plein d’espoir. Trois ans plus tard, le fatalisme avait gagné et l’espoir disparu. Désillusionnés, les gens s’etaient repliés sur la religion. » Le temps joue également sur l’expérience personnelle : » la première fois tu pars avec des images symboliques, celles des résistants palestiniens. Tu te dis que tu vas rencontrer des enfants héros et puis sur place tu vois des connards, des esprits brillants, des allumés, des touristes militants, des gens qui résistent dans la durée, et l’usure qui gagne. Il y a de tout. C’est une situation extrêmement complexe.On doit toujours déconstruire les images médiatiques qui sont dans nos têtes. Il s’est passé la même chose au Petit Bard. On a concerné 2 000 personnes du quartier mais seulement une cinquantaine de l’extérieur. »
Habiter pleinement le monde
Le cadre de l’action menée par la Cie Sîn en Palestine vise à donner une visibilité à la création et à la culture palestinienne. Il est envisagé comme une participation artistique à la résistance. L’action a notamment permis six séjours d’artistes palestiniens en France et le déplacement d’une quinzaine d’artistes français en Palestine. Cette année la chorégraphe Lisie Phillip et le photographe Olivier Baudouin ont participé au voyage pour préparer une performance artistique prévue en Cisjordanie au printemps prochain. « C’était leur première rencontre avec ce territoire. Ils ont exprimé le désir de travailler avec des artistes israéliens, chose à laquelle nous avions renoncée. Mais on ne voulait pas rester figé et on a tenté l’expérience avec deux artistes israéliens, explique Emilien Urbach. Ca c’est bien passé avec l’un mais pas avec l’autre qui n’a pas pu intégrer la réalité. Plus tard nous en avons discuté avec Abdel Fatha qui s’occupe du centre culturel dans le camp d’Aïda. Il nous a expliqué qu’il trouvait déplacé qu’en Occident, à chaque fois que l’on donne la parole à un Palestinien, il faille qu’un israélien soit présent, comme si le Palestinien n’existait pas par lui-même. C’est un point vu intéressant. Ce n’est pas simple d’habiter pleinement le monde dont on fait partie. «
Des quartiers à la Cisjordanie, la Cie Sîn part à la rencontre des territoires. Tels des ethnologues qui partent sur le terrain pour objectiver leur recherche, eux le font pour les subjectiver. » On n’est pas des casques bleus de l’art, les choses se font si les artistes et la population y trouvent un sens. »