Il y a quelque chose de raciste au royaume du Danemark

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Un jeans, baskets et tee-shirt écarlate, les cheveux faussement ébouriffés, le jeune homme a l’air d’un étudiant échappé de la faculté de médecine, dont il est diplômé depuis cinq ans. Les apparences sont trompeuses. En février 2004, Kamal Qureshi, député de nationalité danoise, d’origine pakistanaise et de confession musulmane, a eu l’audace de se présenter en costume traditionnel penjabi au bal royal des membres du Parlement. «Je voulais montrer qu’il était possible d’être intégré et attaché à sa culture d’origine.» Bien mal lui en a pris. Les populistes du Parti du peuple danois (DF) voient rouge et l’accusent d’«insulter le pays qui lui a donné la nationalité danoise». Sa tenue a suscité un débat national.

Depuis une dizaine de jours, dans son petit bureau au premier étage du palais de Christiansborg, qui abrite le parlement danois, le téléphone sonne sans interruption. Une poignée de volontaires, recrutée dans les rangs de la jeune garde du Parti socialiste populaire (SF, extrême gauche), se relaie pour prendre les messages et noter les rendez-vous. Journalistes, conseillers politiques, militants associatifs… On se dispute Kamal Qureshi, considéré par ses pairs comme ce que l’on fait de mieux en matière d’intégration au Danemark, et son analyse de la crise qui secoue le royaume.

Aujourd’hui, l’élu ose la métaphore : «Le Danemark était comme une forêt après des mois de sécheresse, qu’une seule étincelle suffirait à l’enflammer. Les dessins publiés par Jyllands-Posten ont provoqué l’incendie.» Il précise : «Je n’ai pas besoin d’être musulman pour me rendre compte que, depuis dix ans, le débat public s’est chargé de xénophobie.» Le Danemark ne serait-il donc plus ce petit pays tolérant, champion des droits de l’homme et de la démocratie, dont on aime à raconter que le monarque Christian X arbora l’étoile jaune pour protester contre les lois raciales imposées par les nazis ?

«Tolérés, mais jamais respectés»

Travailleur social et conseiller municipal à Copenhague, Manu Sareen est mal à l’aise face à la question. La trentaine, d’origine indienne, il se méfie des généralisations dont il a souvent été l’objet, en tant que «membre d’une minorité ethnique». Pourtant, il évoque un «racisme structurel». Des cas de discrimination de plus en plus fréquents. «Bien sûr, ce n’est jamais exprimé de la sorte. Mais les jeunes ne décrochent du travail que lorsqu’ils changent de nom. Les collègues qui rencontrent un enfant d’immigrés couvert de bleus affirment qu’il est maltraité par son père, sans même mener d’enquête.» A l’hôpital, l’infirmière coche la case «analphabète», sur le dossier d’une patiente portant le voile, avant de lui avoir adressé la parole.

Au milieu des livres et des coupures de journaux, dans son appartement de Copenhague, Bashy Quraishy, le bonnet vissé sur le crâne et une boucle à l’oreille, assure que le royaume a «toléré les musulmans, mais ne les a jamais respectés». La preuve, selon l’écrivain pakistanais, qui préside le Réseau européen contre le racisme : ils n’ont toujours ni mosquée ni lieu de sépulture. Le pays, dont les immigrés ne représentent que 6,4 % de la population totale, serait donc en train de payer son absence de politique d’intégration par une montée de «l’incompréhension mutuelle».

Fille de réfugiés pakistanais, Uzman est née au Danemark en 1975. Elle habite le quartier de Nörrebro, au nord-ouest de Copenhague, où vit une forte population d’immigrés. Pour elle, tout a changé après les attentats du 11 septembre 2001. «Du jour au lendemain, j’ai fait partie du groupe des musulmans, avec tous les préjugés qui l’accompagnent. Avant, on m’interrogeait sur ma religion. Maintenant, on ne me demande plus rien, car on est convaincu d’avoir toutes les réponses. Et lorsque j’ose m’opposer, on m’accuse de dissimuler la vérité

Le raz-de-marée électoral en faveur du Parti du peuple danois, quelques semaines plus tard, en novembre 2001, a encore aggravé le sentiment d’exclusion des étrangers et Danois issus de l’immigration. En raflant 12 % des voix, ce parti d’extrême droite, qui a mis le thème de l’immigration au centre de sa campagne, est devenu le troisième du pays, mais surtout une force d’appoint nécessaire au gouvernement minoritaire (dirigé par le Parti libéral) pour faire passer ses textes au Parlement. Dès le 1er janvier 2002, la présidente du parti, Pia Kjærsgaard, présentait sa liste de doléances au Premier ministre Anders Fogh Rasmussen.

«Le réveil a été brutal», admet Nils-Erik Hansen, secrétaire général du Centre de documentation et de conseil contre les discriminations racistes (DRC). Le Parti du peuple danois exige en effet la suppression des financements publics accordés depuis des années à une série d’ONG travaillant pour les droits des minorités ethniques. Le DRC est sur la liste. Quatre des cinq salariés doivent être licenciés. Le Conseil pour l’égalité ethnique disparaît. Et le Centre danois des droits de l’homme ne doit sa survie qu’à une directive européenne sur la suppression des traitements inégaux des minorités.

Simultanément, une série de lois est adoptée avec le soutien des sociaux-démocrates, qui viennent d’essuyer un cuisant revers électoral. «C’était brillamment joué, car les ONG étaient KO», remarque Nils-Erik Hansen. Accueil des réfugiés, statut des demandeurs d’asile, droit au regroupement familial… L’arsenal juridique, qui entre en vigueur un an plus tard, fait de la politique d’immigration danoise l’une des plus restrictives de l’Union européenne. Directrice du département national au Centre des droits de l’homme, Birgitte Kofod Olsen résume : «Nous vivons encore avec la perception d’être un peuple très tolérant, mais seulement à l’égard de « ceux qui sont comme nous », comme si nous n’avions pas compris que la multiplicité pouvait être quelque chose de bénéfique.»

Bolette Kornum est danoise, mais elle vient de demander la nationalité suédoise, «en signe de révolte». Etudiante en arabe, elle est partie faire sa maîtrise au Caire en 1999, où elle a rencontré un Egyptien. Ils se sont mariés, ont vécu en Egypte quelques années, puis ont décidé de s’installer à Copenhague. «Notre demande de regroupement familial a été rejetée, au prétexte que notre attachement au Danemark était moins fort qu’à l’Egypte.» Le calcul est simple : «Je parle l’arabe et mon mari ne parle pas le danois, et nous avions vécu quatre ans en Egypte contre seulement six mois au Danemark.» Cette condition de «l’attachement au Danemark» est l’une des restrictions qui a conduit trois mille Danois à l’exil en Suède ou en Allemagne. Ce n’est pas la moindre des contraintes que la loi du royaume impose aux couples mixtes : pour pouvoir convoler avec un(e) étranger(e), le ressortissant danois doit avoir au minimum 24 ans, déposer 50 000 couronnes (6 500 euros) dans une banque du pays, répondre à de drastiques conditions de salaire et de logement.

108 oeuvres «culturellement danoises»

A plusieurs reprises, Alvaro Gil-Robles, le commissaire aux droits de l’homme du Conseil de l’Europe, a critiqué le durcissement des lois danoises. Il estime que certaines dispositions violent les conventions internationales sur le respect des droits de l’homme et constituent une barrière à l’intégration. Ses critiques sont partagées par le Haut Commissariat aux réfugiés et Amnesty International. Mais le gouvernement danois ne veut rien savoir. Le Premier ministre se vante, au contraire, d’avoir réduit de 80 % le nombre de demandes d’asile et de 65 % les candidatures au regroupement familial.

Après sa réélection haut la main, en février 2005, un nouveau tour de vis est donné. L’accès à la nationalité danoise est encore compliqué par des tests de langue et de culture générale plus difficiles. L’exemption dont bénéficiaient les réfugiés ayant enduré des tortures est supprimée. Elsebeth Gerner ielsen, députée de la Gauche radicale, fustige aussi «le canon culturel danois», établi à la demande du ministère de la Culture : une liste de 108 oeuvres qui composent désormais ce qu’il est admis de considérer comme «culturellement danois». Parmi les étalons du culturellement correct, la Petite Sirène, impérissable conte d’Andersen, ou les Idiots, l’un des films de Lars Van Trier.

Dès la fin des années 90, la ministre de l’Intérieur suggère de «parquer les demandeurs d’asile sur une île avant de les trier». Cette rhétorique, habituellement maniée par l’extrême droite, a, depuis, été adoptée par tous les grands partis, y compris les sociaux-démocrates. Le rédacteur en chef du quotidien Politiken, Töger Seidenfaden, évoque «une nouvelle orthodoxie qui s’appuie sur un consensus large des médias, au nom duquel il faudrait parler franchement des problèmes, sans retenue, en refusant le politiquement correct». C’est ainsi que la candidate d’extrême droite à la mairie de Copenhague qualifie les musulmans de «tumeur cancéreuse de la société».

«Déshumanisation de l’étranger»

Fin décembre, une douzaine d’écrivains danois ont publié un texte dans Politiken dénonçant la «légalisation des discours haineux». L’un d’entre eux, Hanne-Vibeke Holst, met en garde contre «la diabolisation d’un groupe par le langage, première étape vers la répression et la violence». Elle parle d’un «virus qui est en train d’infecter la société danoise» et conduit à une «déshumanisation de l’étranger». Plus tôt, une vingtaine d’anciens ambassadeurs danois avaient sommé le chef du gouvernement de prendre conscience du glissement de la société danoise, pour y remédier. A Noël, plus de 200 prêtres de l’Eglise luthérienne danoise ont prêché en faveur du dialogue et de la réconciliation. En réponse, le président du Parti libéral a décidé de quitter l’Eglise, dont il accuse les prêtres de se mêler de politique…

Enfin, un prêtre de campagne raconte comment ses paroissiens, qui ont pourtant voté à droite, se sont mobilisés pour empêcher le renvoi en Serbie d’un réfugié marié à une Kosovare, et père d’une fillette née au Danemark. L’histoire n’aurait rien d’inhabituel dans un pays où, selon l’enquête d’une université danoise, trois quarts des habitants n’ont jamais fréquenté d’étrangers ou de Danois d’origine étrangère. Beaucoup espèrent que dans cette société danoise où la députée de Gauche radicale Elsebeth Gerner Nielsen repère des relents des années 30, la crise des caricatures provoque un électrochoc salutaire. Les sondages, eux, incitent à moins d’optimisme : six Danois sur dix affirment qu’ils ont une vue plus négative sur l’Islam à la suite de ce conflit.

Anne-Françoise Hivert

Source : Libération 13/02/06

Voir aussi : Actualité internationale, Rubrique UE, Danemark , rubrique Politique, Politique de l’immigration, rubrique Société, Citoyenneté, Opinion,

Marx est-il d’actualité ? Entretien avec Jacques Attali

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Dans sa biographie, Jacques Attali s’attelle à la vie du grand penseur et s’intéresse à son apport théorique, qu’il replace dans le cadre de la mondialisation.

D’où provient votre intérêt pour Karl Marx ?

Au départ, c’est une curiosité intellectuelle. C’est évidemment un des plus grand  » monstre  » de l’histoire de la pensée occidentale. Les conséquences politiques de sont œuvre ont été déterminantes.

En vous lisant, on constate votre attachement à la rigueur des faits, quelle a été votre méthode de travail ?

C’est la troisième biographie que j’écris. Pour moi, une biographie doit permettre de resituer le personnage dans son histoire personnelle, le raconter comme un roman, de façon aussi rigoureuse que possible, en le replongeant dans son contexte historique. On ne peut comprendre ni la psychologie ni l’œuvre de quelqu’un, sans connaître le cadre dans lequel il évolue.

Vous soulignez le rapprochement entre le contexte historique du XIX éme et le notre …

En effet, c’est un contexte qui ressemble beaucoup à celui d’aujourd’hui. Le XIX éme voit à la fois la percée de nouvelles techniques et de bouleversements sociaux, l’émergence de nouveaux pays dans l’économie, d’idéaux politiques nouveaux et surtout, c’est la première fois dans l’histoire où l’on commence à parler de mondialité.

En quoi Marx apparaît-il, comme vous le dite, comme le premier penseur de la mondialisation ?

Je me suis penché sur des écrits qui ont été assez occultés. Des textes où Marx parle de l’importance du libre échange et de l’international. Il y décrit notamment le fait que le déploiement du capitalisme n’est pas de nature limitée, mais extrêmement vaste et que le socialisme viendra après le capitalisme mondial et pas à sa place.

Comment peut-on s’expliquer le rejet de cet apport théorique aujourd’hui ?

Il y a eu une formidable captation d’héritage par les socio-démocrates allemands puis, les communistes allemands enfin, les communistes russes, qui a entraîné à la fois, une déviation nazie et une déviation soviétique dont il n’est que partiellement responsable. C’est un peu normal qu’après ces deux caricatures construites en son nom, que son œuvre ait été mise à l’écart. Mais quand on la relit, on s’aperçoit qu’il était lui-même très hostile à cela. Sa conception du socialisme est avant tout fondée sur la liberté, sur la démocratie, et la mondialisation et pas du tout sur le parti unique.

Cela ne relève-t-il pas également, d’une volonté de non débat sur le capitalisme moderne?

Enormément de choses s’écrivent sur le capitalisme moderne. Simplement, cela repose souvent sur une pensée antimondialiste ou sur une pensée euphorique de la mondialisation, pas sur la nécessité d’un capitalisme triomphant pour en finir avec le capitalisme. Ce qui est la posture très intéressante de Marx, qui voyait la mondialisation du capitalisme comme la condition de sa disparition.

Selon-vous le libéralisme serait une idée de gauche et l’individualisme une idée de droite…

Le libéralisme est une idée de gauche dans la mesure où il repose sur une idée beaucoup plus vaste que ce qu’on entend par le libéralisme économique. C’est d’abord la démocratie, la liberté de chacun de s’exprimer et d’avoir les moyens de développer la liberté. Donc c’est une valeur de gauche. Mais naturellement, elle ne peut se réaliser qu’à condition d’avoir des institutions, des infrastructures et en particulier des mécanismes collectifs qui permettent au libéralisme, intellectuel, culturel, et social de se développer. Tandis qu’évidemment, la liberté individuelle fondée sur l’égoïsme du chacun pour soi, est une idée de droite.

On constate cependant, là aussi, deux réalités entre la définition théorique du libéralisme et sa mise en œuvre pratique …

Pour moi, le libéralisme ne doit pas s’entendre dans sa définition économique mais dans une dimension globale. D’autre part, je pense, comme Marx, que l’au-delà du capitalisme n’est pas dans la protection du système antérieur.

Où situez-vous la notion de pouvoir chez Marx ?

Pour Marx, le pouvoir appartient à ceux qui détiennent les équipements de production, c’est-à-dire, la terre et le capital. Les appareils d’Etat ne sont que les représentants ou les acteurs de ces forces. Pour lui, l’enjeu de pouvoir se situe dans l’affrontement entre ceux qui disposent du capital et ceux qui devraient l’avoir. Le seul système politique qui prévaut, c’est la démocratie parlementaire.

Quand il aborde ce sujet vers 1871, vous écrivez :  » la social-démocratie est née « . Où situeriez-vous la social- démocratie actuelle dans la conception du penseur ? Un détournement du socialisme ?

Sans vouloir faire tourner les tables, je pense qu’aujourd’hui Marx trouverait à l’échelle de chaque pays une forme de social-démocratie acceptable en terme d’organisation sociale. Mais il trouverait aussi qu’elle est très très insuffisante, puisqu’elle n’organise pas les conditions de la lutte à l’échelle mondiale. Donc, Marx serait certainement partisan d’une coalition des syndicats et des partis de gauche à l’échelle mondiale, pour créer les conditions d’un gouvernement mondial.

Ce que l’on constate c’est justement, l’inexistence d’organisation d’un pouvoir mondial. Hormis l’argent et les armes, qu’elles alternatives ?

Les idées. Pour développer par exemple le micro crédit, tout ce qui se fait avec les ONG, comme le mouvement de la gratuité… Il faut aussi s’appuyer sur le développement technologique qui aide beaucoup. Les évolutions technologiques cassent les pouvoirs et les remplacent par des options beaucoup plus décentralisées et foncièrement subversives.

Peut-on croire à une hypothétique régulation interne de l’économie ?

On peut l’organiser en tout cas. Je crois qu’un gouvernement mondial est possible. Il passe, en premier lieu par les gouvernements continentaux, d’où l’importance d’une démocratie véritablement politique et sociale en Europe.

Quels sont les héritiers de la pensée de Marx aujourd’hui ?

Il y a quelques grands économistes qui se réfèrent à lui. Il y a dans le mouvement international socialiste et dans une petite partie du mouvement alter mondialiste des courants qui renvoient à son analyse. Ce que Marx aurait voulu aujourd’hui, c’est la construction d’un grand mouvement syndical et politique planétaire.

Recueilli par Jean-Marie DINH

A l’invitation conjointe de la Librairie Sauramps et de l’association Economie, développement et citoyenneté, Jacques Attali était  à Montpellier vendredi 27 janvier où il a  participé à un débat présidé par Jean-Claude Gayssot.

Voir aussi : Rubrique Livre Politique, Rencontre surréaliste entre Marx et le père noël,

Petit-Bard. S’achemine-t-on vers une incroyable indulgence ?

Délinquance en cols blancs au Petit-Bard. Un rapport épluche les graves errements des anciens syndics

Au moment où la copropriété du Petit-Bard vient d’être divisée en neuf, le volet judiciaire mettant en cause les trois syndics sur la période 1999/2001 qui s’empoussiérait sur le bureau du juge d’instruction depuis 31 mois, risque tout bonnement de passer à la trappe.

Un peu tardivement certes, le juge d’instruction Youl-Pailhes a fait entrer au dossier, le rapport d’expertise civil Trabé et celui réalisé par une enquête du SRPJ qui épluchent les graves errements des syndics et évaluent partiellement les préjudices soufferts par la copropriété du Petit Bard. Mais le juge n’envisage pas de donner suite à la plainte des copropriétaires et locataires. Le dossier Trabé révèle pourtant d’étonnantes irrégularités : honoraires prélevés indûment par les administrateurs pouvant être qualifié d’abus de confiance, travaux réalisés par des salariés de la copropriété dans les appartements privés des gestionnaires, nombreux surcoûts constatés dans les charges, comptabilité à trous, forte présomption de détournement financier… La liste des abus émanant des trois syndics qui se sont succédé entre 1999 et 2001 est édifiante. Le préjudice financier constaté sur cette période est estimé à 157 566F

Si la réalité des dépenses effectuées dans un autre intérêt que celui de la copropriété était avérée, de tels agissements seraient d’ailleurs susceptibles de recevoir une qualification pénale » note l’expert mandaté par le TGI. « Le même tribunal a déjà eu à considérer un abus de confiance commis par un des gestionnaires à l’encontre de cette copropriété mais seulement sur 51% des sommes que l’expert considère avoir été perçues indûment. La responsabilité pénale peut donc être encore recherchée » estime l’avocat Stéphane Fernandez qui a fait une demande d’actes au nom de la partie civile afin que l’enquête soit poursuivie. Le temps de la justice étant, comme l’on sait, une arme redoutable, les périodes antécédentes sont tombées sous le coup de la prescription. Le président de la chambre d’instruction de La Cour d’Appel, Georges Moitié, doit rendre maintenant une ordonnance pour dire s’il y a lieu ou non de donner suite à cette demande. S’il la rejette il ne restera plus aux plaignants qu’à deviser et se répéter la phrase de Saint-Just : «  rien ne ressemble à la vertu comme un grand crime. »

Jean-Marie DINH

Voir aussi :  Rubrique Justice Syndic Petit bard Bien loin des comparutions immédiates

Les rois du Petit Bard bien loin des comparutions immédiates

La cité du Petit bard à Montpellier

Affaire des syndics de copropriété du Petit Bard

Le quartier du Petit bard qui bénéficie d’un financement Anru est promis à faire peau neuve. Tout le monde s’en félicite et s’apprête à tourner la page avec satisfaction. Oubliant un peu vite, que pendant vingt ans la gestion des 800 logements de la plus grande copropriété privée de France s’est trouvée aux mains de gestionnaires sans scrupule.

Les 17 ans de règne de la SARL BLV entre 1982 et 1999, gérée par M. Negre avec la complicité de M. Carriere, Président du Conseil Syndical, se sont déroulés dans des conditions très profitables. Durant l’âge d’or de BLV, les honoraires de syndic sont de 500 000F par an. Auxquels s’ajoutent les mandats de gestion et de vente, ainsi que le marché des travaux d’entretien et de rénovation confié en grande partie aux sociétés de M. Negre. Tout au long de cette période, il n’y aura jamais de contrôle de la Caisse de Garantie Socaf qui présente aux professionnels de l’immobilier une garantie financière « sur mesure ». Ce n’est qu’en 1997 que la Socaf se décide à opérer un contrôle de l’activité de BVL qui relève une insuffisance de trésorerie de 609 000 F sur l’exercice annuel. Elle décide alors de retirer sa garantie. Avec 9 milllions de dette à des fournisseurs et 11 millions de créances non recouvrées sur les propriétaires, la situation de la copropriété est depuis longtemps passée sous la ligne de flottaison. Mais malgré ses ennuis, le gérant de BLV, parvient à contourner la nomination d’un administrateur judiciaire et s’entend avec M. Carrière pour préserver leurs intérêts respectifs.

En mars 1999, BVL cède son portefeuille de gestion à Rimbaud immobilier. Détail intéressant, le comptable de BVL fait parti du package et poursuit son activité chez Rimbaud avec procuration sur les comptes. Le contrat de cession prévoit que la situation comptable et financière sera établie. Mais rien de tout cela ne sera fait. Un conflit entre M. Criseo, actionnaire majoritaire de la SARL Rimbaud, et messieurs Carrière et Negre, conduit Rimbaud immobilier à déposer le bilan un an plus tard.

Cette fois encore, on n’est pas trop regardant. Le Président du TGI désigne un administrateur provisoire. Le fond de commerce Rimbaud immobilier est cédé pour la modique somme de 35 000 F. La Société Dupuy Lataste reprend la gestion de la résidence. Alors qu’au sein du Conseil Syndicat certains membres œuvrent toujours en service commandé de M. Negre. Suite à la mobilisation de l’amicale des Copropriétaires et des Locataires du Petit Bard qui dénoncent diverses malversations, M. Dupuy perd la mission du syndic lors de sa dernière AG en 2001. Cette même année, l’état des créances non recouvrées sur des copropriétaires s’élève à 14,5 MF. Ce n’est qu’en 2002 qu’un administrateur judiciaire prendra le relais.

Jean-Marie Dinh

Voir aussi :  Rubrique  Société Médias et banlieue et représentations, Rubrique Justice Délinquance en col Blanc

Agglo budget 2006 : Un îlot de soleil sous un ciel menaçant

L’évolution budgétaire de la communauté d’agglomération de Montpellier se poursuit. Avec 833 M€, le budget primitif 2006 de l’Agglo voté vendredi affiche une forte hausse. Boostée par la seconde ligne du tramway, la section investissement fait un bond de près de 45% par rapport à 2005.

EN dépit du désengagement de l’Etat, l’agglomération de Montpellier poursuit sur sa lancée volontariste. Elle s’appuie sur la stabilité de sa situation financière pour asseoir la politique des grands projets engagés dès 2004. Transport, gestion des déchets, assainissement, lutte contre les inondations et prévention des risques, les enjeux fixés pour l’intercommunalité nécessitent des investissements d’une envergure sans précédent. Cela dans un contexte économique qui conformément aux orientations libérales du gouvernement fait exploser les déficits publics et met l’Etat dans une situation proche du dépôt de bilan.

Toutes tendances politiques confondues, les maires de France n’ont pas manqué de le souligner, 2006 s’annonce comme une année noire pour les collectivités locales. Au désengagement massif des subventions d’Etat qui se répercute indistinctement sur l’ensemble de la société, se greffent les effets de la réforme sur la fiscalité locale qui ajoutent des inégalités aux inégalités territoriales. Avec le plafonnement de la taxe professionnelle à 3,5% de la valeur ajoutée, le gouvernement dote les entreprises d’un bouclier fiscal et se décharge une fois de plus sur les budgets locaux. Il met par ailleurs l’intercommunalité en péril en la privant de sa seule base fiscale dynamique sans aucune compensation.

Dans ce contexte extrêmement inquiétant l’orientation budgétaire de l’Agglo opte pour l’emprunt au détriment de l’impôt. Coté contribuables, la taxe d’enlèvement des ordures ménagères et la redevance assainissement reste inchangées. L’augmentation du taux de taxe professionnelle se limite à 1,03%, très en dessous du niveau de l’inflation. Le budget d’investissement de l’Agglo devient le plus important de toutes les collectivités de la région. Avec 691€ par habitant les dépenses d’équipement sont 5 fois plus élevées que la moyenne nationale. La poursuite de cet ambitieux projet a été votée par l’ensemble des groupes politiques. Le recours à l’emprunt s’élève à 395 M€ sur trente ans. La vice présidente de la commission finance de Montpellier, Eva Beccaria est apparue bien isolée en rappelant à l’assemblée que la pression durable qui pèse sur les collectivités et par ricochet sur les impôts du contribuable, impliquait de gérer l’avenir. Aujourd’hui tout repose sur les larges épaules du capitaine se rassure-t-on dans le grand bateau de l’Agglo.

JMDH

Voir aussi : Rubrique Montpellier, Transport en Flêche, rubrique Actualité Locale Les commerçants et l’os de crapaud, rubrique politique locale Gestion des déchets , Agglo Jusqu’ici ça va