Quand M. Frêche entonne un chant colonial

 

Le conseil régional de Languedoc-Roussillon était en pleine discussion sur son budget, mercredi 30 novembre, lorsque Georges Frêche a pris la parole. Le président socialiste de la région a l’habitude de faire connaître ses avis, iconoclastes ou brutaux, sur à peu près tous les sujets. Cette fois, revenant sur le débat parlementaire de la veille qui avait opposé les socialistes à l’UMP sur  » le rôle positif de la colonisation française  » , M. Frêche a lancé :  » Il est juste de reconnaître le rôle positif de la présence française en Algérie.  » Puis il a développé :  » La colonisation, je veux bien qu’on la condamne. Mais on s’acharne sur rien du tout. Si je suis d’accord pour stigmatiser les gros colons, je salue le très bon boulot des instituteurs en Afrique du Nord.  » Qualifiant de  » gugusses du PS qui font une opération politicienne  » les parlementaires montés au créneau pour faire abroger l’article de loi, M. Frêche a dû faire face au  » grand malaise  » de ses amis socialistes. Et a essuyé une bronca des élus communistes et Verts réclamant une suspension de séance.

Profitant de l’interruption, M. Frêche entonna alors à tue-tête, du haut de son perchoir régional, le chant colonial C’est nous les Africains qui revenons de loin, repris en chœur par quelques élus du Front national. A la fin du couplet, le leader régional du FN, Jean-Claude Martinez, applaudit :  » Bravo Frêche ! Et s’ils te virent, tu sais que tu as toujours une bonne soupe de côté au FN. « 

Au déjeuner, M. Frêche a pris à partie le porte-parole du groupe communiste, Jean-Louis Bousquet :  » Tu as eu raison de réagir comme cela. A ta place, j’aurais fait pareil. Mais moi, tu comprends, je ne suis pas à Nantes [comme le président du groupe PS de l’Assemblée nationale, le député et maire Jean-Marc Ayrault], où il n’y a pas l’ombre d’un rapatrié. Ici, à Montpellier, c’est eux qui font les élections.  » 

François Martin-Ruiz, Le Monde

Voir aussi : Rubrique politique locale Le Musée de la France en Algérie, Pourquoi la gauche doit rompre avec Frêche,

Rénovation urbaine du quartier Petit-Bard Pergola. Se méfier des étincelles

C’est non sans satisfaction qu’Hélène Mandroux a signé hier avec l’Anru, (agence de rénovation urbaine) les bailleurs sociaux, les co-propriétaires, la caisse des Dépôts, l’ANAH et l’Etat un contrat pour la réhabilitation du Petit Bard

L’accord de principe obtenu en mars par le maire de Montpellier avec l’ANRU a été le déclencheur de l’opération qui concerne aussi le quartier Mosson, et le quartier centre. Soit 21% de la population montpelliéraine. Le projet de rénovation urbaine du Petit Bard-Pergola (quartier Cévennes) signé hier a plusieurs objectifs. Il doit notamment améliorer les conditions de logement des habitants, ouvrir le quartier sur la ville, et redresser le fonctionnement et la gestion des copropriétés depuis longtemps laissés en désuétude.

Le contenu du programme prévoit la démolition de 483 logements sur les 864 actuels et leur reconstruction sur le site ainsi que la réhabilitation de 371 logements (99 logements publics et 272 logements privés). Le détail de la mise en œuvre est quant à lui plus complexe. ACM qui a repris en main par la force des choses la gestion sur le Petit Bard a lancé une opération d’acquisition. L’office public dispose aujourd’hui de 200 logements et entend intensifier sa démarche. Mais l’offre faite aux propriétaires selon l’évaluation des domaines paraît peu séduisante. « A l’avenir le Petit bard sera éclaté en neuf petites copropriétés » a annoncé le maire pour se garder de nouvelles dérives.

Dans le climat actuel des zones urbaines les signataires en présence ont lissé leur discours. « La rénovation urbaine est un dossier qui s’impose à nous tous. A nos postes d’élus responsables, nous savons tous qu’une étincelle suffit pour faire repartir le feu, » a introduit Hélène Mandroux. Très à l’aise, le président de L’ANRU Jean Paul Aduy, a su profiter de cette ambiance consensuelle pour vanter les mérites du plan Borloo en glissant sans se voir contredire que « le problème de la rénovation urbaine n’était pas financier. » Plus précis, le Préfet Thénault a souligné que la clef de réussite reposait autant sur le bâti que sur la considération des habitants en rappelant qu’il fallait prendre en compte l’ensemble du problème. « L’offre de relogement ne doit pas nous exonérer d’accroître l’offre de logement a-t-il prévenu en rappelant les besoins, ne pas les prendre en compte nous conduirait à ne plus faire de l’habitat mais de l’hébergement d’urgence

Force est de constater qu’Hélène Mandroux qui a toujours défendu le dossier marque des points avec cette première concrétisation. Le maire a su faire valoir sa détermination en ferraillant contre les réticences du président du conseil d’Agglo qui refusait il y a peu de soutenir le projet. Cette divergence qui met en jeu la question des limites de la responsabilité publique avait marqué la première crise entre Hélène Mandroux et Georges Frêche. C’est sans doute pourquoi le maire a bien pris soin hier de remercier le président de l’Agglo ainsi que celui du Conseil général, mais la part financière des bailleurs sociaux estimée à 63% du budget semble toujours être l’objet de négociations. La mise en œuvre de la réhabilitation et la gestion de la mixité urbaine restent un enjeu majeur pour l’avenir. D’autant que ce premier pas salué comme une grande avancée ne présente pour l’heure aucune visibilité pour les habitants.

Jean-Marie DINH

Voir aussi: Rubrique Rubrique Médias Médias Banlieue et représentations politique locale Georges Frêche fin de règne, Un petit dernier avant les régionales, Un îlot de soleil sous un ciel menaçant

Les détectives en quête d’éthique

Parmi les sujets au cœur des débats  de la profession, les  enquêteurs aspirent à modifier les représentations qui portent sur leur métier. L’adoption d’une charte éthique est à l’ordre du jour avec le concours attentionné de Marc Agi qui a siégé pendant 12 ans à la Commission nationale des droits de l’Homme

« J’agis en citoyen externe à la profession précise Marc Agi (1), mais la profession peut être amener à s’occuper de vous, il faut donc s’occuper d’elle, indique-t-il avec une sagesse dénuée de malignité. « Nous avons le droit de les aider à universaliser leur profession, » plaide l’illustre défenseur des droits de l’Homme qui met volontiers sa compétence au service des professions à éthique (policiers, magistrats, avocats, médecins, enseignants, journalistes…)

Loin des idées communes chères à la littérature et au cinéma, la démarche éthique ne vise pas à corriger les défauts supposés du détective peu scrupuleux se livrant quotidiennement à des activités illégales ou illicites pour le compte de ses clients. D’ailleurs, les entorses au droit concerneraient plutôt la divulgation de renseignements personnels. Mais là encore ce serait faire fausse route car comme l’explique Marc Agi : « L’éthique concerne justement tout ce qui n’est pas encadré par le droit. Dans les pays totalitaires, il y a beaucoup de droits et très peu de liberté. L’éthique ne consiste pas à relever et à corriger les défauts mais à trouver le côté positif dans l’exercice de sa pratique. Ce sont les professionnels eux même qui doivent établir leur charte. Ma mission consiste à les aider à rechercher les éléments qui vont leur redonner une crédibilité et une confiance tout en faisant progresser les droits de l’homme » explique l’auteur de l’Encyclopédie des libertés. Il faut une fois encore aller contre les idées reçues pour constater que dans le cadre du travail de détective, les opportunités d’améliorer les libertés, ne concernent pas les poules de luxes mais plutôt les gens pauvres. En effet, dans la majorité des cas les personnes ayant recours aux enquêteurs, le font parce que la justice n’a pas pu faire valoir leurs droits.

« En approchant les praticiens des droits de l’homme on fait progresser les droits de l’Homme en le faisant respecter par les professionnels, explique Marc Agi dont la méthodologie commence par une clarification des concepts, la déontologie régule les comportements à l’égard des confrères. La morale s’adresse au passé au nom de certaines valeurs, alors que l’éthique c’est qu’est ce que je fais devant ce problème ? »

Exercer sa pratique sur la personne humaine revient pour les enquêteurs à mettre en œuvre certains droits fondamentaux comme l’accès à l’information. Pour Marc Agi, il faut aller plus loin et étendre le débat : « si chacun exerce éthiquement son métier, il peut se rendre universellement utile et, ainsi, contribuer au bien commun. » La démarche repose sur le volontariat, à qui le tour ?

(1) Marc Agi a été, entre 1991 et 2002, membre de la Commission nationale consultative des droits de l’Homme, où il a notamment œuvré pour l’adoption d’une Charte d’éthique commune aux professions s’exerçant directement sur la personne humaine.

La forêt onirique de Yang Fudong

Absorbés par l'environnement forestier, les jeunes acteurs semblent emportés dans une méditation silencieuse sur la paix.. Photo DR

Absorbés par l'environnement forestier, les jeunes acteurs semblent emportés dans une méditation silencieuse sur la paix.. Photo DR

à Pékin en 1971, Yang Fudong vit et travail à Shanghai. C’est un artiste reconnu internationalement. Il présente une installation photo-vidéo captivante transportant le public dans une forêt composée de 60 000 photos. Il a remporté le prix spécial du Jury de la première biennale d’Art Chinois à Montpellier

Yang Fudong essaie de s’adapter au temps qui file mais son rapport à la société reste très largement métabolique. Il évoque le rêve que l’on a vécu en dormant et les morceaux qui en restent quand on se réveille. C’est à partir de cet univers qui nous échappe et ne parvient pas à la conscience tout en étant présent qu’il fonde son travail au centre duquel se trouve le rapport de l’homme et de la photo.

A la Panacée, l’ancienne faculté de pharmacie de Montpellier, Yang Fudong a a investi totalement l’amphithéâtre dans une démarche qui vise à expérimenter de nouvelle formes de présentation de l’image dans l’espace.

L’ensemble de l’espace a été tapissé de 60 000 photos d’hommes, de femmes et d’images de forêts. Une vingtaine de moniteurs parsemés dans la salle diffusent des films de l’artiste où les jeunes acteurs absorbés par cet environnement forestier semblent emportés dans une méditation silencieuse sur la paix. Une musique enchanteresse accentue la densité de cet univers très propice aux voyage intemporel dont on ne ressort pas indemne.

Un stationnement un peu plus prolongé permet de mieux apprécier l’invitation des elfes urbains qu’a mandatés Yang Fudonga  pour nous détourner de nos préoccupations quotidiennes. La magie de cette forêt peuplée opère pleinement avec le temps et les sentiments diffus d’ennui, d’amour et de mélancolie portés par ces agents oniriques nous gagne progressivement.

A travers son œuvre, l’artiste utilise le silence méditatif de la jeunesse chinoise pour dire l’indicible de cette société encore très mystérieuse pour les Français mais peut-être aussi pour ses propres habitants. Le rapport à l’environnement axe fondateur de la pensée chinoise reste le seul repère auquel l’œuvre de l’artiste ne cesse de se confronter. Un travail de maître qui procure une émotion proche de la nature elle même.

Jean-Marie DINH

William Bayer un as du clash psychologique

bayer-interview1Avec son dernier livre « Le rêve des chevaux brisés », l’enfant de Cleveland nous tient en haleine. D’un bout à l’autre le lecteur plonge sur la piste d’un parcours à double détente. Celui d’un couple improbable qui finit en clash. Et celui plus obsessionnel, d’une quête psychologique qui pousse le personnage principal sur les traces troublées de son enfance.William Bayer fait escale à Montpellier à l’occasion du Festival International du Roman noir qui se tient jusqu’à dimanche à Frontignan. Il a déjà commis une quinzaine de romans. Ce n’est pas le genre d’homme à laisser les choses au hasard. Ce qui ne veut pas dire qu’il soit maniaque. Il aime Hemingway, et comme lui, se fait adepte du style maigre, écriture concise, dépouillée… Mais là où l’auteur du Vieil homme et la mer fuit tant qu’il peut la psychologie, Bayer se délecte à tisser dans les méandres de l’inconscient. Dans Le rêve des chevaux brisés, David Weiss le narrateur, est témoin d’un acte criminel sans avoir vu la scène du meurtre, et il ne le réalise qu’à l’âge adulte. Le rythme du livre est assez lent comme celui de l’écriture « Plus j’avance dans l’âge plus je prends mon temps » confie l’auteur. La dimension du temps justement, est maniée avec finesse et dextérité. Bayer l’allie au lieu de l’action en jouant avec les allers-retours entre passé et présent.

Dans le livre tout commence par le retour de David dans sa ville natale Calista  ville fictive et espace physiquement et moralement vécu et parcouru par l’auteur lui-même. En réalité, Calista n’est rien d’autre que sa ville natale, Cleveland. « J’ai choisi un autre nom pour ne pas être prisonnier des détails. Je voulais faire un parallèle entre l’âge d’or de cette ville et ce qu’elle est aujourd’hui après le déclin économique. C’est pourquoi le meurtre a lieu 25 ans plus tôt. Je voulais aussi évoquer le fonctionnement de ces villes pleines de secrets et de non dits. »

reve-chevaux-brisesWilliam Bayer a un parcours plutôt atypique. Diplômé de Harvard et Cambridge en histoire de l’art, le sexagénaire affiche aujourd’hui les traits d’un bon vivant. Sous la présidence de Kennedy, il a travaillé aux affaires culturelles du Département d’Etat américain qu’il dit avoir quitté, même si certains de ses collègues de l’époque sont aujourd’hui nommés à des postes de pouvoir. « Je n’avais pas envie de passer ma vie à lécher des bottes pour ça.» Alors il a basculé dans le roman noir, pour trouver sa vraie place et pour notre plus grand plaisir.

Jean-Marie DINH

William Bayer Le rêve des chevaux brisés, éditions Rivages.

Voir aussi : Rubrique Roman noir,