Berlusconi triomphe d’une faible opposition

regional_berlusconiAprès le décompte des voix, l’alliance de centre-droit du Premier ministre Silvio Berlusconi sort vainqueur des élections régionales italiennes. Elle a pu prendre quatre régions à la gauche. Pour la presse européenne, l’alliance de Berlusconi n’est pas seulement attrayante de par son populisme, mais aussi en raison des faiblesses criantes de l’opposition.


La formule du Cavaliere gagne de nouveau

La gauche n’offre aucune alternative aux électeurs en Italie, estime le quotidien Diário de Notícias, qui explique ainsi la victoire du parti du Premier ministre Silvio Berlusconi : « Les résultats montrent de nouveau que bien que la moitié … des Italiens déteste le Cavaliere, l’autre moitié s’identifie à lui. C’est finalement un homme qui s’est construit une fortune, qui possède le club de football du Milan AC et qui est toujours entouré de belles femmes. A 73 ans, il constitue un véritable symbole de succès. Mais avant toute chose, la victoire de Berlusconi montre une nouvelle fois qu’il n’existe aucune alternative à gauche. Même avec Romano Prodi ou Massimo D’Alema, la gauche n’est jamais parvenue à former une forte coalition à même de conserver le pouvoir. Ce n’est pas un hasard si Berlusconi, qui a déjà été élu trois fois au poste de Premier ministre, soit le seul chef de gouvernement italien qui ait effectué un mandat complet au pouvoir depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. » (31.03.2010)

Diário de Notícias – (Portugal)


L’opposition doit proposer des alternatives

L’alliance de centre-droit du Premier ministre italien Silvio Berlusconi a fait un meilleur résultat qu’escompté lors des élections régionales. Les électeurs punissent ainsi l’opposition de ne pas proposer d’alternative, estime le quotidien progressiste Romano Prodi  : « De ce point de vue, il est inutile que le Parti démocrate s’obstine à vouloir trouver des solutions en changeant de chef de parti. Il est également absurde de croire qu’il pourra se libérer de sa perte d’identité sans une véritable clarification de son rôle. Surtout avec une équipe de dirigeants qui a vieilli au sein d’un déclin étouffant fait de luttes intestines. Il n’y a que deux issues : la première consisterait pour le Parti démocrate à représenter la majorité de l’opposition dans notre pays et à obtenir de temps en temps des victoires provisoires grâce à des erreurs flagrantes des adversaires. La deuxième passe par l’ambition de persuader une partie de l’électorat de Berlusconi et [du chef de la Ligue du Nord Umberto] Bossi que l’on peut aussi gouverner l’Italie autrement. » (31.03.2010)

La Stampa -( Italie)

La question de Palestine

couv-sac2a8d-la-q-palestineEdward W. Said nous offre une analyse documentée et subtile de l’affrontement, à la fin du XIXe siècle et durant la première moitié du XXe siècle, entre la société palestinienne, occultée par l’idéologie dominante en Europe, et le mouvement sioniste, considéré comme une partie intégrante de l’entreprise coloniale européenne. Il dresse ensuite un tableau de la Palestine et des Palestiniens avant et après la guerre de 1967, et souligne la cristallisation, face à la discrimination, à l’occupation et à la dispersion, d’une forte conscience nationale incarnée par l’OLP. La dernière partie du livre est consacrée à une étude attentive des accords de Camp David, conclus sous l’égide des Etats-Unis entre Israël et l’Egypte, et de leurs conséquences au Proche-Orient.

L’édition augmentée de 1992 traduite chez Actes Sud prend en outre en considération les principaux événements survenus jusqu’alors : l’invasion du Liban en 1982, la première intifada en 1987, la guerre du Golfe en 1991 et le déclenchement du « processus de paix » avec la Conférence de Madrid.

Informer l’opinion américaine et occidentale sur la «réalité du traumatisme collectif national» du peuple palestinien. Permettre la compréhension d’une «situation pas très bien connue et certainement incorrectement appréhendée». Faire prendre conscience que la question de Palestine a été ignorée par les Sionistes et les Américains alors qu’elle constitue une «part concrète et importante de l’histoire». Mettre en lumière le fait que la question juive en Europe chrétienne s’est résolue par la colonisation des terres palestiniennes par les Sionistes, contraignant les Palestiniens musulmans et chrétiens à quitter leur patrie pour devenir des réfugiés. Faire de la question de Palestine «un objet de discussion et de compréhension» afin de la sortir du gouffre de l’Histoire et de l’état d’isolement dans laquelle elle a été confinée.

Tels sont quelques uns des objectifs qui ont incité Edward W. Said à publier, en 1979, La Question de Palestine. Réédité en 1992, cet ouvrage vient d’être publié en langue française aux Éditions Actes Sud.

Voir aussi : rubrique Israël Le rapport de l’ONU sur Gaza , Le discours de Netanyahu torpille les initiatives de paix, Documentaire, Mort de Rachel à Rafah, conflit israélo-palestinien Repère sur la guerre de Gaza, Livre rencontre avec Elias Sambar,

«Midi libre» trop friand d’infos Frêche

propagande2Midi libre aurait-il fait campagne pour le président du Languedoc-Roussillon, Georges Frêche, réélu haut la main dimanche ? «Nous avons tenu la ligne de l’indépendance vis-à-vis du président sortant d’un bout à l’autre», assure Philippe Palat, directeur de la rédaction du quotidien régional (édité par le groupe des Journaux du Midi, revendu en 2007 par le groupe Le Monde au groupe Sud-Ouest), dont la diffusion totale en 2009 était de 151 165 exemplaires en moyenne par jour. En interne, pourtant, certains journalistes se plaignent (sous couvert d’anonymat) du tournant frêchiste pris par leur canard et des pressions subies pour maintenir cette ligne.

«Une partie des journalistes est dégoûtée. Nous avons un regard très critique sur la manière dont ces élections ont été couvertes», rapporte un rédacteur du quotidien. L’un de ses confrères pousse plus loin : «Midi libre a participé au discrédit de la gauche anti-Frêche, en la rabaissant plutôt qu’en l’analysant. Les éditorialistes font du « parler Frêche », en reprenant son antiparisianisme ainsi que ce même langage populaire, cette familiarité de comptoir.»

Doléances. Certains évoquent la mise sous surveillance étroite, voire la modification de la ligne éditoriale du quotidien gratuit Direct Montpellier Plus, détenu, comme Midi libre, par le groupe des Journaux du Midi, et dont plusieurs articles ont eu le malheur de déplaire au président de région et d’agglomération. «Jean-Michel Servant [rédacteur en chef du gratuit, ndlr] et son staff font du bon boulot»,» réfute Philippe Palat.

Pourtant, toutes ces critiques trouvent un écho à l’extérieur. Ainsi le journaliste local Jacques-Olivier Teyssier écrivait, le 12 février sur son site Montpellier journal : «Chaque jour, on se dit : là, Midi libre a atteint le sommet. Et le lendemain, le quotidien apporte de nouvelles preuves de sa toujours plus grande révérence envers Georges Frêche.» Du côté des politiques, les perdants ne sont pas tendres non plus. Pour le candidat UMP Raymond Couderc, autant la couverture de la campagne par le quotidien en 2004 (entre Georges Frêche et l’UMP Jacques Blanc) était équilibrée, autant celle-ci ne l’est pas. Il s’est fendu de plusieurs coups de fil à la direction générale. «On me répondait vous avez raison, on s’excuse, on va rééquilibrer. Mais ça tenait deux jours.» Mêmes doléances dans l’équipe de campagne d’Hélène Mandroux, la candidate officielle du PS : «Les candidats de l’équipe Frêche avaient droit à leur article lors de leurs déplacements dans la moindre commune.» Des militants socialistes parlent même de censure sur le site du quotidien, Midilibre.com. «J’ai envoyé trois posts de soutien à Hélène, sans agressivité, en réaction à deux articles, puis un post « pro Frêche ». Seul ce dernier est passé», affirme ainsi David Sauvade, un soutien d’Hélène Mandroux.

Si l’on s’en tient simplement aux faits, la lecture des articles est troublante. «En frappant fort, ici et contre Paris, Georges Frêche a infligé un désaveu à tous ses ennemis. Le fiasco d’Hélène Mandroux est une double victoire. D’abord contre ses détracteurs locaux. Ses vrais faux amis de trente ans», s’enflamme dans un éditorial le rédacteur en chef, François Martin, au lendemain du premier tour. Lorsque Martine Aubry vient à Montpellier soutenir Hélène Mandroux, le 8 mars, aucune trace de son passage en une du quotidien le lendemain. Le reportage est relégué en page 5 du cahier Région. «Il n’y a qu’une chose qui préoccupait les Montpelliérains, c’était la neige. On a ouvert par l’actualité, les problèmes météo, le sujet majeur», justifie Philippe Palat.

Ce dernier a réponse à tout. Il récuse toute censure du site internet, «sauf en cas de diffamation». Il nie aussi être influencé par les coups de fil des communicants mécontents. Même ceux de Laurent Blondiau, directeur de campagne de Georges Frêche et directeur de communication à la région, qui admet l’avoir appelé «trois fois» en un mois ? «J’appelle quand je pense qu’on n’a pas demandé l’avis des intéressés. Montpellier Plus n’a clairement pas fait la campagne de Frêche. J’ai juste appelé pour dire que l’équilibre n’était pas respecté», reconnaît Laurent Blondiau.

Lèse-majesté. Mais cet ancien journaliste de l’Humanité reconverti dans la com de Frêcheest un trop fin politique pour ne pas avoir conscience de son influence. En 2005, Georges Frêche, sire de feu Septimanie, avait déjà fait des siennes en coupant pendant huit mois toute publicité au quotidien pour cause d’articles lèse-majesté. Le manque à gagner a été évalué à trois millions d’euros. Actuellement, la région et l’agglomération de Montpellier, ainsi que leurs organismes satellites, restent pourvoyeurs d’annonces publicitaires et légales à hauteur de «2 millions d’euros sur un budget publicitaire de 49 millions d’euros en 2009», veut relativiser Alain Plombat, président des Journaux du Midi.

Autre épée de Damoclès sur celui-ci, l’arrivée annoncée du gratuit 20 Minutes, concurrent de Direct Montpellier Plus. Ce dernier est distribué principalement sur les lignes de tramway, géré par la TAM, donc l’agglomération. Si Frêche décidait de l’en sortir en faveur de 20 Minutes, la situation serait plus que tendue pour le gratuit de Midi libre.

Carole Rap (Libération)

Voir aussi : Rubrique Médias, Rubrique Politique,

André Orléan: la finance est devenue une pensée de la vie

André Orléan, économiste

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« Le capitalisme n’est plus porteur d’un projet alternatif »
Extraits : « On constate en économie, depuis une vingtaine d’années, une mise à l’écart de toutes les traditions de pensée qui ne sont pas le courant néoclassique, par exemple keynésienne, marxiste, autrichienne ou institutionnaliste. Cette dérive néfaste est due à un système international d’évaluation des chercheurs qui identifie l’excellence aux seules revues néoclassiques états-uniennes ! En conséquence, le chercheur qui publie, par exemple, dans une revue post-keynésienne se trouve mécaniquement pénalisé. Cette situation pose problème car une vie démocratique véritable ne peut exister que si une pluralité de diagnostics et de solutions est offerte au débat civique. (…) Le déclic qui est à l’origine des économistes atterrés date de 2010, à savoir le retour des politiques de rigueur en Europe dans une conjoncture marquée par une croissance du chômage. Comment se pouvait-il que les gouvernements de la zone euro ignorent avec une telle naïveté ce qui fut la grande leçon d’économie du 20ème siècle, la pensée de Keynes ? En période de récession, on ne diminue pas la dette publique en augmentant la pression fiscale. Malgré l’enseignement de Keynes, on a assisté à un remake des années 30. Il nous a paru impossible que les économistes ne réagissent pas. C’est pourquoi Philippe Askénazy, Thomas Coutrot, Henri Sterdyniak et moi-même avons décidé de rédiger ce manifeste de façon à fédérer le plus grand nombre d’économistes, quelles que soient par ailleurs leurs convictions idéologiques. »

Le dépérissement des Etats

Comment en est-on arrivé à ce que ce phénomène recouvre le champ entier de l’économie ?

La financiarisation de nos économies correspond très profondément à une modification des valeurs collectives, des valeurs sociales… Elles ne se sont peut-être pas reflétées directement dans les valeurs financières, mais en définitive elles y participent.  Ce qui m’apparaît très nettement aujourd’hui par exemple c’est le dépérissement des Etats… On parlait tout à l’heure de la question de la régulation et je crois qu’elle est centrale justement parce que les Etats n’ont plus de pouvoir, il y a un dépérissement des Etats…

Le dépérissement des Etats correspond précisément à ces transformations de la valeur. Je m’explique : les valeurs collectives sont de moins en moins identifiées à des territoires et à des Etats qui les protégeraient ou à des projets nationaux… La valeur, au fond, la valeur fondamentale réside aujourd’hui dans le rapport aux biens et aux marchandises… Pour schématiser, nous nous projetons là où nous trouvons de la valeur. Ce qui nous motive, ce que nous cherchons, la source de notre bonheur, notre avenir, nous le voyons à travers le rapport aux objets, aux marchandises…

Donc la valeur est maintenant liée aux objets dans l’inconscient collectif des économies développées. On se projette sur eux et c’est d’eux que l’on attend des solutions. Or, qui produit ces valeurs ? Ce sont les entreprises… Donc le grand dépérissement des valeurs sociales du côté de l’Etat, provient de cette transformation…

Si on schématise les grands mouvements de l’Histoire, nous sommes tous d’accord pour penser que c’est le monde des objets, c’est le rapport aux objets que nous avons privilégié si bien que ces objets sont devenus des valeurs collectives… Or, ce sont les marchés financiers qui, à travers les grands fonds institutionnels sont devenus les gérants du capital mondial en lieu et place du capitalisme industriel.  Donc, on a assisté à une transformation très profonde de ce point de vue-là.

Comme je le disais, ce qui est tout à fait particulier aux valeurs financières, c’est qu’elles se forment de manière totalement instable. Elles ne se forment pas sous un mode délibératif, collectif, raisonné, à la « Habermas ». Elles ne sont pas le résultat d’un processus maîtrisé au cours duquel il serait possible à chacun d’échanger des arguments… Elles se forment de manière financière, c’est-à-dire de manière « autoréférentielle ». Cela signifie que chacun essaye de savoir ce que les autres pensent. Ce n’est au fond pas très différent d’une logique médiatique. Et cette logique de la création des valeurs financières est fondamentalement instable…

Tout mon effort théorique est de montrer que la valeur économique n’est pas extérieure aux valeurs sociales… Toute l’économie s’est constituée, en prétendant que sa valeur, la valeur économique, était objective, qu’elle était différente des valeurs sociales… Je crois qu’il faut revenir en arrière et montrer que ce n’est pas le cas : les valeurs économiques sont comme les autres valeurs, elles sont collectives, produites par des processus stratégiques au cours desquels de nombreux d’acteurs jouent leur partition et se projettent dans l’avenir…

Comment faudrait-il faire pour règlementer de manière efficace le monde de la finance ?

Il me semble qu’il faut sortir de l’idée que les marchés financiers sont le bon système pour allouer le financement … Donc, ce qu’il faudrait définir, c’est le point au-delà duquel ils ne sont plus le bon système pour ce faire. Et mon idée c’est qu’il faut créer des cloisonnements, il faut créer des différenciations dans le système…

Ce qui cause la crise, c’est l’interconnexion de chaque domaine.  Elle produit une homogénéisation instantanée. Ce qui signifie que les acteurs du monde entier, répondent de la même manière en même temps… C’est pourquoi les crises ont des conséquences de plus en plus graves. Elles touchent tous les pays et tous les secteurs simultanément. Il faut donc revenir à des différenciations…

Ces re-cloisonnements nécessaires peuvent-ils être à la base d’un « programme » pour en sortir ?

Je n’ai pas de programme mais j’ai quelques idées. Mon diagnostic conduit à mettre en évidence que la question de l’interconnexion, la question des marchés financiers intégrés au niveau mondial est centrale. Il  faut revenir à des systèmes cloisonnés, c’est-à-dire dans lesquels les acteurs soient investis dans des projets beaucoup plus locaux.

Nous avons connu dans le passé une forme de cloisonnement : la décision prise dans le cadre du New Deal, qui interdisait aux banques de dépôt de s’occuper des marchés financiers… c’est un cloisonnement, parce que dans ce cas-là, quand il y a une crise financière, elle ne devient pas une crise sur les dépôts…

Il faut cloisonner pour essayer qu’existe une série de projets qui soient hétérogènes pour que l’on sorte de cette crise qui est fondamentalement une crise de la corrélation… Tout le monde agit simultanément de la même manière parce que toutes les grandes institutions ont acheté les mêmes actifs. Elles ont les mêmes réflexes et font exactement la même chose… Il faut essayer de re-segmenter… Ce n’est pas du tout de l’ordre de la réglementation, c’est une transformation…

Morales locales

Pourrait-on réaliser ce re-cloisonnement par des mesures qui seraient décidées même au niveau mondial ?

Je crois, en effet, que c’est tout à fait possible mais cela implique un changement radical d’idéologie, de perspective et de vision du monde… donc, ça ne se fera pas en un jour ! Mais il n’y a aucune raison que cela ne puisse pas se faire… Il est clair par ailleurs que cela aura des coûts. Le fait qu’aujourd’hui le capital soit totalement flexible a naturellement des avantages.

En effet, s’il y a une source d’innovation quelque part, immédiatement le capital peut s’en saisir et la faire croître avec une très grande rapidité… on a vu que cela a eu des effets positifs… et donc si l’on interdit cette flexibilité inhérente au décloisonnement, le phénomène de diffusion sera sensiblement ralenti. Mais en même temps, il me semble que c’est la seule manière d’éviter des crises de plus en plus  massives… Je conçois que ce soit un arbitrage compliqué.

Mais c’est un peu comme l’écologie au fond : Triez nos détritus peut apparaître comme une contrainte mais elle peut être acceptée si l’on explique  que le climat pourrait pâtir du fait qu’on ne le fasse pas.  Donc, là vous voyez bien comment ça peut marche. Encore faut-il en prendre conscience et cela prend du temps. Il n’est pas simple en effet de renoncer à faire de la rentabilité un absolu et d’intégrer que l’essentiel réside dans des morales d’activités.

C’est une idée que l’on trouve déjà chez Durkheim qui se posait exactement le même problème de savoir comment faire pour que les sociétés individualistes fonctionnent… Il voyait bien que l’individualisme pur, un peu à la manière financière d’aujourd’hui, ne fonctionnait pas… Il voyait aussi que l’Etat n’était pas une solution efficace.

Ce qu’il proposait c’était d’instaurer des corps intermédiaires qui établissent des morales locales… Durkheim parlait de morales professionnelles… Je crois qu’il y a là un modèle intéressant pour aujourd’hui afin que les acteurs s’investissent dans des projets locaux qui soient aussi collectifs…

Recueilli par Antoine Mercier
Source Marianne France-Culture 20/03/2010
Biographie: André Orléan est économiste, directeur d’études à l’Ehess

La réforme de la santé passe le cap parlementaire aux USA

etats-unis-sante_402Chambre des représentants a adopté dimanche la réforme du système de santé américain dont Barack Obama a fait la première priorité de son mandat en matière de politique intérieure.

Le projet d’une ampleur sans précédent depuis près de 40 ans en matière de santé publique a été approuvé tard dans la soirée par 219 voix contre 212. Déjà adopté par le Sénat, il va maintenant être remis au président des Etats-Unis pour être promulgué.

Le texte a pour objectif d’étendre l’assurance maladie à 32 millions d’Américains qui en sont dépourvus et d’interdire aux compagnies d’assurance de refuser de prendre en charge un client qui ne répondrait pas à des critères médicaux préétablis. Son adoption, qui met fin à une âpre bataille parlementaire coûteuse en terme de popularité pour le président, constitue une victoire d’envergure après l’échec de Bill Clinton, en 1994.

« Ce soir, alors que les experts disaient que ce n’était plus possible, nous avons élevé le niveau de notre politique », s’est félicité Barack Obama, qui a pris la parole tard dans la soirée à la Maison blanche. « Ce dispositif ne réglera pas tout ce qui affecte notre système d’assurance maladie, mais il nous fait avancer dans la bonne direction (…) C’est à cela que le changement ressemble », a-t-il ajouté.

Les élus démocrates ont laissé éclaté leur joie lorsque le seuil fatidique des 216 voix a été dépassé. « Yes we can! », ont lancé certains, toujours inspirés par le slogan de campagne de Barack Obama. « Nous avons aujourd’hui l’opportunité de terminer le grand chantier inachevé de notre société », a déclaré Nancy Pelosi, présidente de la Chambre, reprenant la formule d’Edward Kennedy, ardent promoteur du projet décédé le 25 août d’une tumeur au cerveau.

« Kill the Bill ! »

L’ensemble du groupe républicain a voté contre, tout comme 34 membres de la majorité. Dénonçant une vaste intrusion des pouvoirs publics dans le secteur de la santé, le parti conservateur prédit un creusement du déficit budgétaire et un recul de la liberté des patients. Le débat ne va toutefois pas en rester là, puisque les détracteurs de la réforme promettent de la contester dans leurs Etats respectifs. Le sujet restera en outre l’un des thèmes majeurs de la campagne pour les élections de mi-mandat, en novembre. « Les sénateurs républicains vont désormais faire tout leur possible pour remplacer les hausses d’impôts massives et les baisses de remboursement par les réformes que nos électeurs ont réclamées pendant ce débat », a averti Mitch McConnell, président du groupe à la chambre haute.

Le vote de la Chambre des représentants a été précédé d’intenses négociations dans les rangs démocrates. Les élus de la majorité hostiles à l’avortement, qui menaçaient de voter avec les républicains, ont finalement apporté leur soutien après avoir obtenu des garanties de la Maison blanche. Le président leur a ainsi promis de réaffirmer l’interdiction du recours à des fonds public pour pratiquer l’avortement, une fois le texte adopté.

Les élus ont également approuvé dimanche une série d’ajustements présentés dans la semaine pour rallier les suffrages des indécis. Ces ajustements seront intégrés à un projet de loi séparé dont le Sénat entamera l’examen cette semaine. Le vote, qui aura lieu à la majorité simple, devrait alors sceller la fin définitive du débat parlementaire. Plusieurs centaines de manifestants se sont rassemblés dimanche devant le Capitole pour protester contre la réforme aux cris de « Kill the Bill! » (« Tuez le projet de loi! »). Beaucoup ont pénétré dans l’enceinte parlementaire pour interpeller directement les élus. Les débats ont même dû être brièvement suspendus.

Les compagnies d’assurance ont combattu farouchement le projet, mais leur cote est repartie à la hausse, cette semaine sur les marchés financiers, lorsque les investisseurs ont réalisé que leurs pires craintes n’étaient pas fondées. Les laboratoires pharmaceutiques, les hôpitaux et bien d’autres acteurs du monde de la santé tireront parti de l’augmentation du nombre d’assurés et le texte adopté dimanche n’autorise pas les pouvoir publics à limiter les primes d’assurances ou les tarifs des soins. L’opinion reste, quant à elle, très partagée.

Jean-Philippe Lefief  (Reuter)

Les principaux points de la réforme du président américain Barack Obama.

Objectif

Offrir une couverture maladie à au moins 32 millions d’Américains qui en sont dépourvus et couvrir environ 95% des moins de 65 ans.

«Bourse»

Le texte crée dans chaque Etat une bourse des polices d’assurances pour promouvoir la concurrence et tenter ainsi de faire baisser les prix des primes d’assurance.

Pénalités/Incitations

Chaque personne est tenue d’être assurée ou bien de payer une pénalité qui augmentera progressivement jusqu’à 2,5% de ses revenus en 2016. Les entreprises de plus de 50 salariés qui ne fourniront pas de couverture seront aussi pénalisées à raison de 2.000 dollars par an par salarié non-couvert. En revanche, les petites entreprises et les ménages modestes recevront des crédits d’impôts et des aides pour financer l’assurance santé.

Obligation pour les assureurs

Les assurances se verront interdire de refuser une couverture au prétexte de problèmes de santé pré-existants. En outre, le document prévoit de combattre les hausses de tarifs «déraisonnables ou injustifiées» imposées aux assurés par des compagnies privées.

Taxation des entreprises de santé

Les assureurs, qui vont bénéficier d’un plus grand nombre d’assurés, devront acquitter 67 milliards d’impôts nouveaux sur 10 ans. La facture atteint 23 milliards pour l’industrie pharmaceutique et 20 milliards pour celle des équipements médicaux.

Amélioration pour les personnes âgées

Le document prévoit de combler les failles actuelles, surnommées «trou dans le beignet» («doughnut hole»), de la couverture santé des personnes âgées, qui bénéficient du programme Medicare.

Subventions aux dispensaires de quartier

Le projet investit 11 milliards de dollars sur cinq ans dans ces dispensaires qui soignent actuellement 20 millions d’Américains.

Coût de la réforme

940 milliards de dollars sur 10 ans mais les experts estiment que la réforme doit réduire le déficit de 138 milliards sur les 10 premières années et de 1.200 milliards la décennie suivante.

Pas de caisse publique

La réforme ne crée pas de Caisse publique d’assurance maladie, pourtant souhaitée par l’aile gauche du parti démocrate et promise dans un premier temps par Barack Obama.

(Source AFP)

Voir aussi : Rubrique USA Politique adoption de la réforme santé au sénat, adoption d’un paquet de dépensesRevue de Presse Obama un an après