Le boycott des universités israéliennes qui indigne les Etats-Unis

n « mur d’Apartheid » dressé par les Etudiants pour la justice en Palestine, sur le campus de Berkeley, en Californie, le 9 avril 2004 (Rahimian /SIPA)

n « mur d’Apartheid » dressé par les Etudiants pour la justice en Palestine, sur le campus de Berkeley, en Californie, le 9 avril 2004 (Rahimian /SIPA)

La décision de l’American Studies Association (ASA) de soutenir le boycott contre les institutions académiques israéliennes suscite indignation et polémique dans l’enseignement supérieur américain et chez les politiques, alors que son influence reste très limitée sur les campus.

En décembre dernier, l’association « la plus large et la plus ancienne dévouée aux études interdisciplinaires de la culture et de l’histoire américaine » a répondu favorablement à l’appel de l’USACBI – qui se définit comme une campagne américaine de boycott des institutions académiques et culturelles d’Israel –, en s’associant au mouvement « Boycott, Désinvestissement et Sanctions » (BDS).

Le BDS est un mouvement international qui s’inspire à la fois de la campagne palestinienne pour le boycott académique et culturel d’Israël (PACBI) lancée par des intellectuels et universitaires palestiniens à Ramallah en 2004, et des mouvements de boycott sud-africains contre l’Apartheid.

La résolution de l’ASA, « essentiellement symbolique » – puisque l’organisation n’a pas les compétences pour l’appliquer – vise à « protester contre l’occupation illégale de la Palestine, les violations du droit à l’éducation des étudiants palestiniens, et la liberté des universitaires et des étudiants de la Cisjordanie, de Gaza et des Palestiniens d’Israël. »

Sanctionner les activités académiques et culturelles d’Israël – des institutions et non pas des individus – c’est aussi, selon l’association, mettre en avant le rôle des Etats-Unis dans la facilitation de « l’occupation israélienne de la Palestine ».

Les facs prestigieuses soutiennent Israël

Le BDS a eu jusqu’ici très peu d’échos aux Etats-Unis. Cette prise de position « éthique » et minoritaire dans le champ académique américain (l’association regroupe 5000 professeurs) a suscité dans le pays une vague d’indignation « rapide » et « frappante ». En quelques jours, l’ASA est passée « d’une relative obscurité à la proéminence en tant que paria de l’establishment de l’enseignement supérieur aux Etats-Unis ».

L’association américaine des professeurs d’université (AAUP), forte de 48 000 membres, a réitéré sa condamnation initialement formulée en 2005 contre le boycott des universités israéliennes, suivi par l’Association des universités américaines et du Conseil américain de l’Education.

Au mois de décembre, de nombreuses universités, parmi les plus prestigieuses du pays – Johns Hopkins, Harvard, Yale, Cornell, Princeton, Boston university, ainsi que les Universités de Pennsylvanie, du Connecticut et du Texas – ont officiellement condamné le boycott. Certaines ont d’ailleurs des programmes d’échanges avec des facs israéliennes.

150 présidents d’universités ont également réaffirmé leur soutien à Israël et leur condamnation de l’ASA, allant parfois jusqu’a se retirer de l’association, sans la consultation du corps enseignant ou administratif.

Des « effets antisémites »

Les critiques des universitaires défendent d’abord « la liberté d’enseignement » et critiquent le « double standard » appliqué à Israël. Pourquoi s’attaquer à « l’unique démocratie du Moyen-Orient » quand d’autres pays violent quotidiennement les droits civiques de leurs citoyens ?

Certains citent Mahmoud Abbas, le président de l’autorité palestinienne, qui s’est prononcé en décembre contre le Boycott israélien – mais celui des produits cultivés par les Israéliens dans les territoires occupés.

Les réactions les plus violentes ont été entendues sur les plateaux télés à l’instar de Larry Summers, ancien président de Harvard qui a appelé à la télévision au boycott de l’ASA, à une action punitive contre ses professeurs en évoquant « les effets antisémites voire les intentions » de cette prise de position de l’association.

Abraham Foxman, directeur la ligue antidifamation, a caractérisé ce vote
d’« attaque honteuse, immorale et intellectuellement malhonnête sur la liberté académique ».

Une transgression du premier amendement

La controverse est allée jusqu’à la Chambre des Représentants, qui a proposé en janvier une loi bipartisane – « The Protect Academic Freedom Act » – visant à supprimer toutes les subventions publiques d’une institution qui soutiendrait le boycott d’Israël.

« Cette réponse explicite » à la position prise par l’ASA a suscité un flot de critiques, notamment une transgression du premier amendement, comme l’explique Michelle Goldberg dans le The Nation :

« Mais si le boycott de l’ASA peut enfreindre la liberté d’enseignement, la loi antiboycott l’enfreint pour de bon. C’est l’Etat [de New York] qui punit des professeurs pour leur prise de position. Ce qui est totalement anticonstitutionnel. »

La proposition est passée haut la main devant le Sénat fin janvier, avant d’être retirée du jour au lendemain de l’agenda parlementaire, pour éviter davantage de polémiques.

Un boycott pour faire parler des Palestiniens

L’indignation suscitée par la prise de position de l’ASA a permis aux cercles universitaires, politiques et même médiatiques de réaffirmer leur soutien à l’état juif, via le « principe de liberté d’enseignement ».

Et « sans qu’aucune mention n’ait jamais été faite sur le sort des Palestiniens » souligne Colin Dayan, l’une des rares professeurs juives américaines à s’être publiquement prononcée pour le BDS, soulignait fin décembre dans Aljazeera America :

« Les débats inspirés par le soutien académique du BDS contre les universités israéliennes permettent à toutes sortes de gens de voir ce qui est caché, de parler collectivement et librement, à des jeunes et des plus âgés, titulaires ou non, pour et contre le boycott.

La liberté d’être en accord ou en désaccord, la collision et le conflit nécessaires à la pensée critique, c’est ce qui compte. »

L’ASA, désormais « excommuniée [virtuellement] de la communauté bien-pensante des chercheurs américains », n’aura aucune incidence pratique sur l’évolution des relations entre universités israéliennes et américaines.

Mais d’après Colin Dayan, elle aura eu le mérite de faire parler du BDS dans les médias américains, où « la censure est omniprésente » :

« En Israël et aux Etats-Unis, la menace contre ceux qui débattent, ou même ceux qui posent des questions les droits humains et politiques des Palestiniens reste bien une réalité.

Nulle part dans la vague d’éditoriaux contre l’ASA et le mouvement de boycott palestinien, leur réalité n’a été discutée. Nulle part ailleurs, les effets néfastes de deux générations d’occupation n’ont été mentionnés. »

Construire des « murs d’Apartheid »

Le BDS est un mouvement aujourd’hui encore très limitée parmi la jeunesse américaine, et essentiellement promu par des associations, des professeurs et des départements universitaires.

La principale organisation étudiante de soutien au BDS est « Students for Justice in Palestine » (SJP) qui, depuis le début des années 2000 aurait, selon Aljazeera America, « a gagné un terrain considérable, attirant l’attention et la préoccupation des organisations sionistes et des groupes de défense des droits d’Israël. »

Né à Berkeley en Californie en 2001, le mouvement « travaille en solidarité avec le peuple palestinien et soutient son droit à l’autodétermination ». Les mêmes buts que ceux défendus par le BDS, mais « dans la non-violence » :

  • la fin de l’occupation et de la colonisation par Israël de toutes les terres arabes et le démantèlement du mur ;
  • la reconnaissance des droits fondamentaux des citoyens arabes palestiniens d’Israël ;
  • le respect, la protection et la promotion des droits des Palestiniens réfugiés de retourner dans leurs propriétés comme le stipule la résolution 194 de l’ONU.

Selon la Ligue antidiffamation (ADL) qui le classe dans sa liste des 10 principaux groupes antiIsraël aux Etats-Unis [PDF] le SJP aurait des branches dans près de 80 universités aux Etats-Unis, dont Columbia, NYU, University of Washington, Florida, Boston, Chicago, Rutgers (New Jersey), ou encore Yale.

A côté des conférences et des activités de sensibilisation au conflit israélo-palestinien, leurs méthodes d’action consistent à placarder les couloirs des campus de notices d’éviction, construire des « murs d’Apartheid » devant les universités ou encore des faux checkpoints.

Marie Rousseau

Source Le Nouvel Observateur 11/03/2014

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Au Parc Montcalm restons calmes

Moure lâche les promoteurs pour le contact avec les promeneurs. Photo David Maugendre

Municipales. J-P Moure transforme un buisson d’épines en symbole de paix.

« Oui l’accord PS/ EELV prévoit bel et bien une sanctuarisation du parc Montcalm sur 23 hectares  qui seront inscrits au plan d’urbanisme en espace boisé classé », a réaffirmé samedi Jean-Pierre Moure présent sur le site en début d’après-midi. Entouré de plusieurs députés PS et EELV et de son équipe de campagne, le candidat est apparu déterminé à rétablir la clarté en renonçant au bras de fer que ses adversaires souhaitent maintenir sans raison d’être.

La polémique qui s’était focalisée sur le passage, gourmand en superficie, de la ligne 5 du Tram au coeur du parc, n’est plus d’actualité. Le président de l’Agglo a notamment (r) assuré : « La ligne 5 du tramway passera en lisière du parc pour desservir les quartiers  Ovalie – Estanove – Chamberte. Mais pour tenir compte des remarques et doléances des associations de riverains. Nous avons rectifié le tracé initial de telle sorte qu’il ne passera pas dans le parc comme continuent de la marteler des esprits chagrins mais en lisière ! »

A la trappe également, le projet d’une bande d’habitat initialement prévue par la ville en lisière du parc. Le coût de ces modifications n’a pas été évoqué mais la rectification cimente assurément les relations avec EELV. Au final la démarche s’est conclue samedi par la plantation d’un olivier, symbole de la concorde et de la méditerranée, au coeur de ce nouveau « Montpellier parc » décrit comme le marqueur d’une ville qui sait respirer.

JMDH

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Apple joue à Big Brother

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Un torse de femme nu en couverture et voilà un livre refusé

Au moins ne reprochera-t-on pas à Amazon de fauter par excès de zèle : c’est une fois de plus Apple qui se fait prendre au jeu de la pudibonderie. La couverture d’un ouvrage a été jugée choquante par le revendeur américain, et voilà que le livre de Bénédicte Martin, publié aux Editions des Equateurs se retrouve interdit de séjour dans la librairie numérique.  La couverture présente en effet un buste de femme nue prolongée par une lame de couteau. Tranchant, et d’autant plus que le livre ne doit sortir que le 20 mars : censure par anticipation, sacré cadeau.

L’éditeur a été alerté par son diffuseur numérique, Interforum, du refus d’Apple, strictement motivé par ladite couverture. « Apple ne censure pas le livre en raison de son contenu, par ailleurs un récit littéraire et poétique sur la féminité, mais le censure juste parce qu’il y a une femme aux seins nus sur la couverture. C’est à la fois absurde et grave. Un exemple affligeant des excès de la pudibonderie américaine », enrage Olivier Frebourg, cité par l’AFP.

Et d’ajouter : « Et vous pouvez diffuser les oeuvres les plus hard sur Apple du moment que vous avez une couverture neutre. »

Bien entendu, il refuse catégoriquement de modifier sa couverture, et accuse Apple de jouer « à Big Brother ». Selon lui, la liberté de création, associée à la couverture qu’a réalisée le maquettiste Stéphane Rozencwajg, est menacée par le comportement de la firme. Et d’interpeller dans la foulée pouvoirs publics et instances de l’édition pour qu’elles réagissent. Il demande en effet « à la ministre de la Culture Aurélie Filippetti, ainsi qu’au Syndicat national de l’édition, et à la Commission européenne de réagir et de prendre position sur cette question fondamentale de la liberté d’expression ».

Il y a à boire et à manger, dans cette affaire. Les histoires de censure chez Apple, il suffit de taper dans une poubelle pour en faire sortir une centaine. Bien entendu, la censure n’est pas acceptable, il ne reste malheureusement qu’à pousser des cris d’orfraie pour se faire entendre. Et faire prendre conscience du problème.

Dans la série des célèbres censure d’Apple, on peut évoquer :

Etc., ad nauseam.

Sauf qu’après tout, travailler avec un revendeur implique d’accepter ses conditions de commercialisation. Et la firme est connue pour être particulièrement frileuse : plutôt que de risquer le procès d’un client mécontent, la société a toujours pris le parti de sanctionner en amont, et tant pis pour la liberté d’expression, de création et le reste. De ce point de vue, strictement juridique, on fait la somme des dépenses liées à une procédure, et on conclut chez Apple qu’il est préférable de censurer. Comportement de bêtise crasse, certes, et qui n’est pas sans conséquence.

S’autocensurer, ou lutter contre un moulin à vents ?

Que la firme censure sur le territoire américain, c’est stupide, mais qu’ils interviennent en France, avec les approches américaines, cela vire à l’absurde. Sauf que c’est ainsi. Vincent Montagne, président du Syndicat des éditeurs nous le signalait, à l’époque de la censure Lucky Luke :  «Notre métier, c’est de servir des lecteurs et de provoquer la rencontre avec des auteurs. Par conséquent, le support est toujours second par rapport à la création éditoriale. Pour que cela fonctionne bien, il faut que l’accès à la création éditoriale vers les tablettes ne passe pas par un guichet unique ni un opérateur unique. »

Le problème, donc, c’est que certains opérateurs commencent à anticiper les réactions d’Apple, et à censurer au préalable les éditeurs qu’ils distribuent, voire, pour le créateur, s’autocensurer. Ce fut le cas avec un comics, en avril 2013, où l’on voyait une fellation administrée par un homme. ComiXology, le distributeur de ce titre, avait préféré censurer par avance, plutôt que de soumettre à Apple, et de se faire censurer…

« En tant que partenaire d’Apple, nous avons l’obligation de respecter ses politiques pour les applications et les livres proposés dans les applications. En s’appuyant sur notre compréhension de ces conditions d’utilisations, nous avons considéré que SAGA #12 ne pourrait pas être disponible dans notre application, aussi avons-nous décidé de ne pas la diffuser ce jour », avait clairement expliqué David Steinberg, PDG de comiXology.

Visiblement la lecture de BD sur les écrans d’iPad séduit le lecteur nomade. Seulement, il y a un bémol : ces impitoyables détecteurs de tétons et autres parties dénudées qui condamnent certains titres adultes à être bannis de l’Apple Store sans que la mesure de censure ne soit toujours justifiée. L’an passée, ils n’étaient pas moins de 59 albums à avoir ainsi été écartés de la boutique en ligne d’Apple.

Évoquant la politique d’Apple en novembre dernier, Eric Stephenson, éditeur chez Image Comics, regrettait également : « Leurs normes sont un peu vagues, vraiment. J’ai l’impression qu’ils n’ont pas beaucoup pensé la façon dont ils traitent les contenus pour adultes, ou pire, qu’il y a un ordre du jour visant à positionner Apple comme une forme d’arbitre moral pour des choses comme la bande dessinée. »

L’exercice de la pire des censures : économique

« Ce qui est scandaleux, c’est qu’ils jugent sur la couverture, de prime abord », précise l’éditeur. « Si encore c’était un ouvrage au contenu érotique, on pourrait le comprendre, mais c’est une oeuvre strictement littéraire. Toute forme de censure est condamnable, mais ici, c’est une censure économique qui s’applique. Apple représente 20 % du chiffre d’affaires numérique, et c’est un acteur majeur sur le marché. Son poids économique implique que l’on ne peut pas s’en passer. Mais on ne peut pas laisser faire non plus ! »

Olivier Frébourg a pleinement conscience de n’être pas le premier frappé par cette traque aux éléments qui dérangent. « Mais enfin, sur Facebook, sur internet généralement, les enfants sont bien plus exposés à des choses violentes, ou ayant un contenu sexuel. Et ils ne viennent certainement pas sur l’iBookstore pour voir des couvertures avec une femme à demi nue. »

Le diffuseur-distributeur, Interforum, ne peut que constater : « Apple a une politique éditoriale, et décide de ce qui peut être commercialisé, et ce qui ne peut pas l’être. » Il ne s’agit pas de résignation, simplement, la firme impose ses décisions. « Soit on accepte, soit on fait sans eux : ils ne laissent pas d’alternative », constate-t-on. Et d’ajouter : « Leur regard sur les oeuvres s’exerce d’ailleurs autant sur les couvertures que les contenus, et parfois, sur les deux. »

Au niveau européen, on se souviendra de l’intervention du député danois, Morten Løkkegaard, alors vice-président de la Commission européenne pour la Culture et l’Éducation. « C’est une société qui est entièrement contrôlée depuis la Californie », et à ce titre, aucun représentant dans les différents pays du globe n’est en mesure de négocier quoi que ce soit. Et c’est bien entendu la liberté d’expression qui est mise à mal.

Source ActuaLitté, 16/03/2014

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Jospin et le bonapartisme: l’aveugle et le paralytique.

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 Par Paul Alliès

L’ancien Premier ministre vient de publier un ouvrage au titre prometteur: « Le Mal Napoléonien » (Le Seuil) qui se veut une contribution à la démystification de cette figure tutélaire de l’histoire politique française. Une entreprise ô combien opportune mais hélas complètement ratée sur le double registre du caractère populaire du bonapartisme et de sa reproduction dans l’essence même de la V° République.

D’abord, l’Histoire. Lionel Jospin est comme fasciné par elle au point que son opus est un long récit qui court sur deux siècles, allant jusqu’à des détails parfois inutiles à la démonstration. Mais quelle démonstration ? Chercher « simplement à estimer si une telle épopée a servi les intérêts de la France. La réponse est clairement non » (p.129). Réponse quelque peu tirée par les cheveux pour ce qui est de la « Constitution administrative »  toujours en place pour l’essentiel (les lois de Pluviose et Ventose de l’An VIII précédant de plusieurs mois le coup d’Etat et la Constitution politique « courte et obscure » du 25 décembre 1799). La critique est  plus convaincante pour mesurer les désastres de la guerre en Europe que l’Empire mena au détriment du printemps des peuples. Le problème est que cette question manque l’objectif de la compréhension du bonapartisme comme culture politique installée durablement en France et exportée de par le monde, de l’Egypte de Nasser à l’Argentine de Péron (plus sérieusement que dans les « populismes » actuels qui tracassent l’auteur). Les détails de l’histoire diplomatique sont de peu d’intérêt pour analyser le mystère social du bonapartisme comme genre (une question posée de manière inaugurale par Marx dans « Le 18 Brumaire » que Jospin ne cite même pas dans sa bibliographie par ailleurs assez étrange). Son enracinement populaire est ainsi complètement escamoté.  Exemple:  l’armée comme base du système. L. Jospin ne mentionne les « deux millions d’hommes » mobilisés (bien plus en réalité) que pour mieux dénoncer un « chef peu soucieux de ses hommes (…) le soldat napoléonien étant constamment mal nourri, mal vêtu, mal soigné et même mal armé ».(p. 74). Certes, mais l’essentiel est ailleurs: dans la capacité d’intégration sociale de l’armée la plus moderne de son temps au recrutement plébéien, machine de guerre contre l’aristocratie de la base au sommet. Elle produit 20% de la noblesse d’Empire d’origine populaire; le salaire d’un général est cinq fois plus élevé que celui d’un Préfet; la hiérarchie est basée sur le mérite et on peut facilement devenir sergent-chef si on sait lire les cartes. Lié à l’invention d’un nouvel art de la guerre, cette « organisation totale » permet à Napoléon de lancer au Conseil d’Etat le 4 mai 1802 cette phrase: « Ce n’est pas comme Général que je gouverne, c’est parce que la Nation croit que j’ai les qualités civiles propres au Gouvernement ».  Bon résumé de cette construction de l’homme providentiel (qui aurait pu servir à L. Jospin pour comprendre le gaullisme) qui consacre par les plébiscites à répétition sa « royauté républicaine ».  Car il y a bien dans cette histoire, un bonapartisme populaire que révèleront les Cent Jours (expédiés en quelques pages dans l’ouvrage) quand Napoleon au  retour de l’ile d’Elbe en 1815 reprend le pouvoir en trois semaines contre la totalité du personnel politique et la plupart des généraux qui lui avaient imposé la déchéance. Ce n’est pas une simple opération de communication, oeuvre de « propagateurs efficaces, de colporteurs, de demi-soldes, d’écrivains romantiques » (dixit Jospin p. 148). L’image du défenseur du peuple, des conquêtes de 89, de l’honneur national et de la victime de la double trahison des élites et des cours d’Europe va renforcer durablement le mythe napoléonien parmi les ouvriers et les paysans, ce qu’exploitera parfaitement le petit neveu (Napoleon III) en 1851. Comme le dira justement René Rémond, «  Napoléon est tombé à gauche » , du côté de cet ensemble composite de petits bourgeois et d’hommes du peuple unis dans leur fidélité au patriotisme révolutionnaire, dans la détestation d’une bourgeoisie libérale, conservatrice et défaitiste. Bref,  Guizot, l’homme de la Monarchie de Juillet semble avoir mieux compris Bonaparte que Jospin quand il disait: « C’est beaucoup d’être à la fois une gloire nationale, une garantie révolutionnaire et un principe d’autorité ». Comprendre ce phénomène rare en politique est essentiel pour résoudre la crise démocratique aujourd’hui.

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Or que nous dit Lionel Jospin ? Tout simplement qu’après que  le Maréchal Pétain eut incarné un « bonapartisme de la sénescence » (sic, p. 178), le « mal » aurait tout simplement disparu. De Gaulle ? : il « ne voulait sans doute pas être un nouveau Bonaparte. Il savait aussi qu’il ne le pouvait pas ». Tout le dernier chapitre est ainsi consacré à une révision du rôle du Général dans  la Résistance et l’histoire politique de l’après-guerre: le prophète technique qui défend les blindés contre la ligne Maginot, l’appel du 18 juin, la représentation des partis d’avant 40 dans le CNR, « Barres plus Michelet » (R. Rémond); rien de cela n’importe car « on ne trouve pas chez le général de Gaulle de référence au bonapartisme »  (p. 191). « Les questions institutionnelles, essentielles à ses yeux » , le discours de Bayeux du 16 juin 46 où il annonce les grands traits de la Constitution de 1958, le RPF de 47 « à la fois bourgeois et populaire » (p.201), rien ne peut être retenu contre De Gaulle puisque « éloigné du champ politique en 1953, on ne peut lui reprocher de s’être jamais comporté en imitateur des Bonaparte » (p. 202). Bouquet de ce feu d’artifices au sens premier du terme): la V° République. Si  » les conditions dans lesquelles De Gaulle obtient le pouvoir en mai 1958 s’apparentent sans conteste à la technique bonapartiste du coup de force (…) l’heure n’est pas au césarisme » (p. 205), Ben voyons ! « Ce qu’il y avait de bonapartiste en lui , fut tempéré et transmué par la puissance intégrative de la République » (p. 211). Tant d’approximations et de superficialité servent à justifier la performance d’institutions qui « sont devenues une sorte de patrimoine commun » (p.216) après que les socialistes les aient acceptées. A ce point de ce qui n’est plus ni un récit ni une démonstration, on mesure combien l’absence d’une définition théorique et politique de l’objet (le bonapartisme) autorise toutes les fantaisies. Et on ne peut qu’être atterré par la vision d’un dirigeant socialiste devenu Premier ministre qui  reste fasciné par l’élection du président de la République au suffrage universel  qu’il a si bien raté (après avoir inversé le calendrier des Législatives pour mieux la défendre), convaincu que le Quinquennat qu’il a instauré nous a « ramené à la norme démocratique européenne » (p. 216), persuadé que finalement « la démocratie est nécessairement représentative » (p. 220). Rien sur le présidentialisme ravageur de  ce régime, rien sur la démocratie participative qu’appelle le changement social.

Ce livre de Lionel Jospin est en quelque sorte un revival  de la célèbre fable de Florian, L’aveugle et le paralytique où deux malheureux unissent leur force et leur misère sans que cela suffise à les sauver. Aveugle sur le bonapartisme, Jospin est resté paralysé par ses effets contemporains et son actualité. Pourtant nous ne sortirons pas de la confusion politique où nous sommes tombés sans une juste compréhension de la part qu’y occupe l’assimilation populaire de cette histoire et de cette culture.

Le Mal Napoléonien, Le Seuil éditions

Source : Médiapart : 14/03/ 2014

Voir aussi : Rubrique Histoire, rubrique Science Politique, rubrique Livre,

Culture. Pour une refondation des pratiques politiques

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Hier salle Pétrarque, un débat nourri de témoignages et de réflexions. Photo David Maugendre

Municipales. Un forum participatif du Front de gauche consacré à la politique culturelle sur Montpellier.

La culture à Montpellier quel état des lieux quelles perspectives ? C’est sur ce thème que Muriel Ressiguier candidate pour le Front de gauche et ses colistiers ont organisé hier, un forum salle Pétrarque. Riche de la présence et de la participation d’acteurs culturels, d’artistes et de citoyens, le débat s’est engagé autour de trois grands axes: La culture pour tous, le soutien à la création, et l’orientation d’une responsabilité publique susceptible de créer les conditions de l’épanouissement humain.

La forme même de la rencontre se trouvait en adéquation avec le programme du Front de gauche qui entend mettre la culture au coeur de son projet politique. Un projet où la culture est la condition même de la démocratie doit permettre à tous les citoyens de se confronter aux arts et de développer sa propre réflexion.

Cela suppose souligne  Roger Montcharmont «de rompre avec une pratique où le pouvoir politique fait la danse du ventre  devant le pouvoir financier et applique à la politique culturelle les méthodes du management privé. La véritable attractivité du territoire ne se mesure pas en terme de compétitivité mais à travers son indice de développement humain

Concernant le soutient que la municipalité et l’Agglo doivent apporter aux nombreux artistes dont le travail contribue pleinement à la valeur ajoutée urbaine et manque beaucoup de reconnaissance, – Le débat a donné l’occasion  à plusieurs artistes professionnels, issus de différentes disciplines,  de témoigner des conditions extrêmement précaires dans lesquelles ils exercent leur métier, et des conséquences alarmantes que cela entraîne sur la qualité des créations – le modèle de distribution de subventions, souvent insuffisantes et arbitrairement distribuées, a été l’objet d’un débat.

Certains acteurs se prononçant pour un service public de la culture avec une mise en place de lieux et de personnels mis à la disposition des artistes pour leurs créations,  d’autres pointant la part importante des équipements culturels gérés par l’institution et l’impact économique et politique qui en découle.

Bien que la ville soit particulièrement bien doté en matière d’équipement culturel, l’offre peine à concerner tous les publics.

« La culture à Montpellier est riche en frou-frou. C’est une culture bourgeoise qui laisse peu de place à la culture populaire et aux croisements culturels. Nous avons beaucoup d’offres mais des offres pour qui ? interroge une citoyenne.

Ce problème ne se résoudra pas seulement à travers une politique tarifaire qui considère le public sous l’angle d’un consommateur de culture. Les populations qui ne viennent pas n’ont pas envie de recevoir. Elles souhaites être actrices. Une politique qui les concerne est une politique qui leur offrira des moyens d’agir

Au coeur du politique, la culture ouvre inévitablement sur la question de l’émancipation…

JMDH

Voir aussi : Rubrique Politique Culturelle, Municipales: la culture sur ordonnance, Politique économique, rubrique Société, Citoyenneté, Rubrique Montpellier,