Libre de faire de l’art sans les paillettes

Sylvie  la présidente des Anartistes

Sylvie Roblin  la présidente des Anartistes

Dessin. Yaka, 1er festival de la liberté les 21/22/23 août à Monblanc. La manifestation est organisée par une assos citoyenne pour la culture en milieu rural.

La veille des élections départementales, on se souvient que le comité interministériel à la ruralité avait opportunément réuni 11 ministres sous la présidence de Manuel Valls dans une agglo de 40 000 habitant pour évoquer l’attractivité du monde rural et annoncer une batterie de mesures en faveur des territoires ruraux concernant l’accès à la santé les services publics ou le développement à l’accès au numérique et la connexion au téléphone mobile, rien en revanche sur l’accès à la culture.

Le maillage culturel du le monde rural souffre pourtant d’importantes zones d’ombres qui se sont considérablement élargies cette année, avec la réduction des dotations d’État aux communes et aux intercommunalités. Les élus concernés s’en plaignent mais en bout de course, finissent souvent par tailler dans les budget culturels. Et les citoyens sont en reste.

Sur la petite commune héraultaise de Montblanc la présidente de l’Assos’ Thau Mate les Anartistes, Sylvie Roblin, se bat pour créer un îlot culturel exigeant sur son lieu de vie, à raison d’une proposition de spectacle par semaine. « Ce type de bénévolat demande beaucoup de temps et d’implication, confit-elle, mais je pense que la culture est un droit fondamental comme l’accès à l’eau ou au logement. Un droit oublié qui figurait dans le programme du Conseil National de la Résistance. »

Ironie du sort son association organise ce week-end à Montblanc le premier festival Yaka du dessin de presse, au moment où le village fête la Libération avec le sempiternelle bal du dimanche soir. « L’association vient de poser ses valises à Montblanc, indique Sylvie Roblin, en 2014 nous avons organisé le festival Femme plurielle, à Roujan sans aucune subvention. On a dû éponger 20 000 euros de dette. Cette année nous partons une nouvelle fois sans subvention avec un budget plus modeste mais toujours beaucoup d’exigence. »

Le dessin réalisé par le dessinateur belge Soudron pour l'affiche du festival

Le dessin réalisé par le dessinateur belge Soudron pour l’affiche du festival

Les Anartistes reçoivent notamment la dessinatrice Nadia Khiari, sur la liste noire des salafistes, dont le chat Willis from Tunis est devenus un personnage de la révolution tunisienne.

« L’idée du festival est venue après les attentats de janvier. On connaissait Tignous, on a été très touché. On travaille avec le festival international du dessin de presse de L’Estaque. Le dessinateur algérien Fathy Bourayou, son fondateur sera parmi nous. Après les attentats, beaucoup de festivals de dessin de presse ont été annulé pour des causes de sécurité. C’est un peu la double peine. »

Durant le festival les artistes animeront des ateliers de dessin pour les enfants. Il y aura des expos et des concerts. Comme le disait les membres du CNR le combat citoyen pour un équilibre moral et social ne doit pas prendre fin à la Libération.

JMDH

www.les-anartistes.fr/yaka-festival/

Source : La Marseillaise  19/08/2015

Voir aussi : Actualité Locale, Rubrique Festival, Politique, Politique Culturelle, Bouillon cube dans l’air du temps Faut jeter l’art dans la piscine comme les taureaux , Politique locale, Rubrique Médias,

Ils ont été recalés de la FIAC : mais pourquoi eux ?

Autoportrait de Julien Salaud.  L'outsider français ne sera pas présent à la FIAC.
Cette année encore, l’annonce des exposants retenus pour la prestigieuse Foire parisienne d’art contemporain a fait polémique. Retour sur les critères de sélection de la FIAC, en compagnie des principaux intéressés.

On l’attendait : la sélection des exposants de la FIAC 2015, qui se tiendra du 22 au 25 octobre à Paris, a été récemment dévoilée : 173 galeries, issues de 22 pays, seront exposées cette année sous la nef du Grand Palais. Gagosian, Perrotin, Hauser et Wirth : habituées de la prestigieuse Foire Internationale d’Art Contemporain, les grosses pointures n’avaient pas à s’inquiéter. En revanche, un certain nombre d’enseignes françaises de qualité se retrouvent sur le carreau. De taille intermédiaire, ces galeries n’auraient-elles plus leur place à la FIAC ? On s’interroge sur les critères de choix d’une foire de plus en plus internationale et sélective.

Des refus qui étonnent

 

Econduite depuis 5 ans, Suzanne Tarasieve proposait pourtant le solo-show onirique de Julien Salaud qui, récemment exposé au Musée de la Chasse et de la Nature, avait fait la réouverture du Palais de Tokyo en 2012. Recalée elle aussi, Claudine Papillon présentait une exposition du peintre franco-polonais Roman Opalka. Quant à Laurent Godin et Praz-Delavallade, ils seront également absents cette année. Dans le monde de l’art, beaucoup s’en étonnent.

La dernière fois que Suzanne Tarasieve était à la FIAC, c’était en 2010 : dans la Cour Carrée du Louvre (espace complémentaire de la FIAC à l’époque), ses photographies de Boris Mikhaïlov avaient été particulièrement remarquées : « J’ai l’impression que quand on a trop de succès, on nous vire ! » déplore-t-elle. La galeriste ne sait plus quoi répondre à ses visiteurs : « Beaucoup de gens ne comprennent pas pourquoi je ne suis pas à la FIAC. Ils sont stupéfaits ! », nous confie-t-elle. « Il y a trois ans, j’ai présenté un show magnifique. Quand on leur a demandé pourquoi il était refusé, ils nous ont répondu que c’était parce ce n’était pas un artiste de notre galerie. Mais on le défendait depuis des années ! » s’exclame-t-elle.

Pour les refusés, c’est un coup dur. Car aujourd’hui plus que jamais, il faut en être. « Les instances de validation et de consécration […] passent beaucoup plus de temps à visiter les foires et les biennales, dès lors incontournables, qu’à visiter les galeries », écrivait le sociologue Alain Quemin dans une analyse distribuée par Artprice lors de la FIAC 2008. Ce que confirme Bruno Delavallade, exclu pour la première fois cette année : « L’absence de la FIAC, c’est […] un discrédit sur notre programme » et « un coup bas pour les artistes que nous défendons ». Suzanne Tarasieve va plus loin : « Il faut le dire, certains galeristes crèvent de faim s’ils ne sont pas à la FIAC ! ».

La FIAC assume ses choix

 

Interrogée à ce sujet, Jennifer Flay, Directrice artistique de la FIAC depuis 2003, a d’abord tenu à présenter le comité de sélection, regroupant huit galeristes « tous très respectés dans le milieu de l’art contemporain ». Composé cette année de David Fleiss, Christophe Van de Weghe, Samia Saouma, Gisela Capitain, Simon Lee, Solène Guillier, Jan Mot et Alexander Schroeder, le jury de la FIAC est renouvelé régulièrement et se réunit plusieurs fois dans l’année. « Les membres du comité sont en rotation permanente. Chaque membre peut rester pour deux ans, renouvelables une fois. Cette année, le comité comportait deux nouveaux membres » explique Jennifer Flay.

Réunis en avril durant quatre jours pour la sélection, ils examinent les candidatures « une par une et dans le détail en tenant compte des critères » : l’historique de la galerie, les artistes qu’elle représente, son programme d’expositions, ses activités extra-muros et son projet pour la FIAC. Des « appréciations » entrent aussi en jeu, telles que « la capacité de la galerie à accompagner ses artistes et à les aider à se développer » ou « son rayonnement sur la scène nationale et internationale » ajoute-t-elle.

Mais pourquoi ces refus ? Le manque de place est la principale raison invoquée. « Le Grand Palais, un de nos atouts, n’est pas un espace extensible », rétorque Jennifer Flay. « Il y a toujours plus de candidatures que de places disponibles, et il y a par ailleurs une gamme chronologique et historique à respecter », précise-t-elle. Après une nouvelle étude, le comité retient donc les meilleures propositions. « Nous faisons notre maximum pour optimiser les surfaces d’exposition », assure Jennifer Flay, qui rappelle le lancement l’an dernier d’un second site, à la Cité de la Mode et du Design, pour la foire « OFFICIELLE ».

« S’il n’y a pas de place, pourquoi ne font-ils pas un roulement ? » s’interroge Suzanne Tarasieve. Cette idée, qui permettrait de donner leur chance à des galeries également méritantes, « ne représente pas une solution très satisfaisante » pour Jennifer Flay. « En tant que Directrice de la FIAC, je me dois de viser la plus haute qualité » tranche-t-elle. « Je ne pense donc pas qu’il soit utile d’instaurer un roulement qui nous conduirait à choisir des galeries moins performantes ». Suzanne Tarasieve, Claudine Papillon ou Laurent Godin ne seraient-elles pas à la hauteur ? « Ce sont de bonnes galeries et elles rentrent dans les critères de la FIAC » reconnaît Jennifer Flay. « Ne pas les retenir n’est pas plaisant, mais nous nous devons de rester fidèles aux critères qualitatifs que la FIAC s’est fixé ».

De fausses excuses ?

 

Les choix du comité seraient-ils influencés par d’autres critères non officiels ? C’est en tous cas ce qu’avancent certains. « Ce n’est pas normal que nous soyons jugés par nos pairs », critique Suzanne Tarasieve. « Il arrive que certains membres du jury nous détestent. Quand il y a des rivalités ou du copinage, on n’a pas affaire à un vrai jury. C’est le problème de toutes les foires internationales », déplore-t-elle. Il est vrai que les membres du comité sont galeristes et de surcroît eux-mêmes exposés à la FIAC. Cependant, Jennifer Flay l’assure, « les candidatures sont examinées suivant un processus qui est identique pour tous ». Et selon le site de la FIAC, il serait important que le comité soit composé de galeristes, qui « connaissent parfaitement le marché de l’art […], leurs collègues […] et les spécificités des marchés locaux ».

Autre raison possible : ni très riches ni émergentes, ces galeries de taille intermédiaire intéresseraient moins la FIAC. En effet, cette dernière se donne pour mission d’être à la fois une vitrine pour de puissantes galeries telles que Perrotin ou Gagosian, qui lui confèrent un indispensable cachet, et pour de jeunes enseignes, preuves qu’elle joue un rôle important dans la découverte de nouveaux talents. « Il n’y a pas de place pour des galeries comme nous qui ne brassent pas des milliards et ne sont pas émergentes », constatait amèrement Claudine Papillon. Un avis partagé par Suzanne Tarasieve : « On est entre les deux et je pense que ça les gêne », dit-elle.

Enfin, le règne des « puissantes enseignes internationales » pourrait être en cause. C’est l’avis de Bruno Delavallade, pour qui ces dernières seraient favorisées. « C’est les galeries américaines avant tout, alors que la qualité n’est pas toujours au rendez-vous ! » s’exclame Suzanne Tarasieve.

En vérité, il y a davantage de galeries françaises que de galeries américaines cette année : 24 % de galeries françaises, contre 21% de galeries américaines, tandis que le total des galeries européennes représente 68% des exposants (contre 25% l’an dernier). Néanmoins, le pourcentage des galeries américaines reste élevé. L’an dernier, selon Les Echos (même si là encore le nombre de galeries françaises était plus élevé que celles venant des Etats-Unis), les artistes américains auraient été deux fois plus nombreux que ceux originaires de l’Hexagone, qui se serait placé en troisième position derrière l’Allemagne.

« On ne prête qu’aux riches », explique le sociologue Alain Quemin, auteur de « Les stars de l’art contemporain » (CNRS Editions, 2013). « Plus un pays est aujourd’hui important, plus il a de chances de le rester ensuite. Ainsi, même s’ils le nient, les acteurs de ce milieu ont intégré le fait qu’un artiste américain ou allemand était plus important qu’un artiste français ». Mais ce ne serait pas là le seul problème, puisque le Japon et la Chine sont très peu représentés. En 2013, Guillaume Piens, commissaire général d’Art Paris Art Fair, jugeait d’ailleurs que la FIAC était « une foire très adossée sur le marché anglo-saxon », se concentrant surtout sur l’ouest et pas assez sur l’est.

Quoi qu’il en soit, il reste des solutions pour les refusés de la FIAC 2015. S’ils n’ont pas été repêchés à la dernière minute comme la galerie Continua, il y a toujours les foires « off », qui se développent de plus en plus, telles que Slick Art Fair, YIA, Art Elysées ou encore Outsider Art Fair. Quant à Suzanne Tarasieve, elle présentera le projet de Julien Salaud au Loft 19, pendant la FIAC.

Joséphine Blindé

Source Télérama 15/07/2015

Voir aussi : Actualité France, Rubrique Art, rubrique Exposition,  rubrique Rencontre, Hervé Di Rosa,

L’homme révolté et la non-obéissance civile au quotidien

sisyphe

Devant l’effondrement de l’Empire occidental et face à la dégradation de son environnement social et humain, un seul comportement citoyen responsable : la non-obéissance civile au quotidien.

La non-obéissance est d’abord une attitude individuelle, au quotidien, par lequel un individu entend se conformer rigoureusement à des principes de vie et de moralité, quitte à désobéir aux instructions venues d’en haut quand elles violent ouvertement ces principes.

La non-obéissance civile consiste à faire prévaloir la légitimité sur la légalité, quand cette dernière en transgresse les principes. En clair, le citoyen non-obéissant, en son âme et conscience, est habilité à faire prévaloir les Droits de l’homme sur les lois qui les bafouent (article 2 de la Déclaration universelle des Droits de l’homme version 1948)

Refuser_l_inacceptable_RESF-73b2e

Les Droits de l’homme en guise de viatique

 

La lecture attentive des 30 articles de la Déclaration universelle des Droits de l’Homme 1948, que chacun devrait en permanence posséder par devers lui, permet aisément de déterminer un comportement citoyen responsable, de rappeler quelques évidences et d’en tirer des exemples d’applications pratiques immédiates :

  • Tous les hommes, les femmes, les chrétiens, les juifs, les musulmans, les athées, les blancs, les noirs, les Roms, les avec ou sans papiers, autochtones ou migrants… « sont libres et égaux en dignité et en droits » (article 1).
  • Le devoir de tout citoyen est de porter secours à tout individu victime de « toute discrimination qui violerait la présente Déclaration », ainsi que le firent ceux qui protégèrent les familles juives traquées par les lois de Vichy dans les années quarante, ou le font aujourd’hui les combattants de l’ombre de RESF pour les migrants déracinés (article 7).
  • Chaque citoyen est fondé de chercher à échapper à toutes « immixtions arbitraires dans sa vie privée, sa famille, son domicile ou sa correspondance », fussent-elles autoritairement décrétées par la puissance publique (article 12).
  • Tout individu à le droit d’arborer le signe distinctif qu’il entend, que celui-ci soit d’ordre philosophique, politique, religieux, et tout individu est libre tout autant de n’en point porter si bon lui semble (article 18).
  • Tout citoyen, maintenu arbitrairement en-dessous du seuil de pauvreté, est légitimé à assurer, par quelques moyens que ce soit, « sa santé, son bien-être et ceux de sa famille, notamment pour l’alimentation, l’habillement, le logement, les soins médicaux ainsi que pour les services sociaux nécessaires » (article 25).

Le rire de l’homme révolté

 

Comme « l’homme révolté » de Camus — « homme » entendu bien sûr au sens générique, tous sexes confondus — le citoyen non-obéissant, avec tous les moyens à sa disposition, défend son territoire contre toute violation des principes moraux qui le régissent. Il ne désobéit pas par vocation, il refuse simplement d’obéir quand ses convictions le lui intiment.

En ce sens, l’homme révolté s’oppose au « révolté métaphysique », anti tout par posture, dont le seul et unique but n’est pas de faire valoir un monde d’après acceptable, mais de prétendre vouloir détruire celui qu’il dit exécrer. L’attitude pseudo-révolutionnaire du révolté métaphysique s’assimile au final à une expression vengeresse de rancœur, doublée d’une étonnante soumission, tout juste rageuse pour faire genre, à l’autorité prétendûment détestée.

L’homme révolté ne vise pas à détruire, mais à construire. Il sait qu’en l’état actuel de délabrement social et moral, il ne peut compter ni sur les autorités politiques corrompues, ni sur les pouvoirs judiciaires ou médiatiques qui leur sont totalement acquis. Il n’attend rien de ces derniers et ne leur demande rien.

L’homme révolté sait évaluer les rapports de force. En attendant que ceux-ci lui soient favorables, il cultive patiemment et sans faiblir son jardin, sème avec opiniâtreté ses petites graines sans attendre un Grand soir illusoire ou une intervention divine. La grande force de l’homme révolté, être solitaire par nature, est de savoir se constituer en réseaux avec ses congénères : associations, réseaux sociaux, circuits courts…

L’homme révolté ne se tape pas la tête contre les murs, ne pleurniche, ni ne geint. Il trace son bonhomme de chemin, tisse ses réseaux et sait se montrer patient. Aux côtés de sa colère, il y a son rire.

Par Le Yéti

12/08/2015 sur le site de Politis

Les étangs, la mer et la misère

4349af016b1b2ddd7aad463f264aaceedd94906c_Maquette-diaporama

Les noirs de l’été. « La maudite » de Waldeck aux éditions du Fil a retordre.

Dans le pedigree provisoire de Waldeck, petit fils d’immigré Républicain, figure entre autres faits d’armes une tentative en politique et différents engagements dans des mouvements sociaux pour des luttes foutues d’avance, une activité apparemment licite de plasticien et de constructeur de roulotte, sans vol de poule déclaré, une implication avérée dans la création de la FAR, maison d’édition associative du Fil à retordre, basée à Villeneuve-les-Maguelone et trois bouquins dont le dernier a pour nom La maudite

 L’auteur se fait à nouveau remarquer avec cet ouvrage qui met en scène des gens pas du tout fréquentables autour du village de Floréargues. Un nom fictif, mais qu’il situe tout de même précisément entre Montpellier et la plage des Aresquiers. Il peuple son livre de personnages dénués de valeurs, dopés à mort, ou qui s’accrochent sempiternellement à des commérages idiots, tels Jacqueline la fouineuse, Maryse-couche-toi-là, Jérémie le fumeur de chichon, Franck le fouille-merde…

Tout ce petit monde auquel l’auteur associe un élu local et un patron de pêche sétois qui fait régner la loi du silence, se retrouve mêlé à plusieurs meurtres et une disparition. On suit plusieurs versions de l’intrigue à partir des protagonistes qui éclairent partiellement les mêmes scènes de leurs illusions.

Tout se passe comme un cauchemar glauque dont on ne pourrait sortir. Les personnages subissent et s’agitent dans le vide absolu d’une société centrée sur la vie paisible des propriétaires à crédits. Un beau désenchantement local qui questionne.

JMDH

www.polar-dufilaretordre.com/

Source : La Marseillaise 18/08/2015

Voir aussi : Rubrique LivreRoman noir, Editions,

« Une forme de Roméo et Juliette au féminin »

La belle saison de Catherine Corsini sortie national mercredi 19 août

La belle saison de Catherine Corsini sortie national mercredi 19 août

Cinéma. Catherine Corsini présente en avant première à Montpellier son dernier film  La belle saison. Une histoire d’amour entre deux femmes au début des années 70 en pleine éclosion du féminisme.

Le cinéma français produit des histoires d’amour qui ne finissent pas toujours mal. Ni toujours bien d’ailleurs, ce qui compte, et qui plait, ce sont les hésitations sentimentales qui mettent en péril les êtres et les principes de la raison. Le dernier film de Catherine Corsini, La belle saison, projeté en avant première à Montpellier  jeudi au cinéma Diagonal, est de ceux là.

La réalisatrice porte à l’écran une histoire d’amour entre une jeune parisienne, militante féministe libérée (Cécile de France), et une fille de paysans creusois, qui peine à s’émanciper (Izïa Higelin). Les rapports amoureux et les questionnements sur l’identité sexuel jalonnent l’oeuvre de Catherine Corsini qui s’inscrit discrètement mais pleinement dans le paysage du cinéma français contemporain.

« Le cinéma c’est des hommes qui ont filmé des femmes », disait Jean-Luc Godard dans ses Histoires du cinéma, mais peut on être sensible à l’art cinématographique sans l’être à l’ouverture sur le monde et à la diversité que le cinéma véhicule?

Avec La belle saison Catherine Corsini aborde pour la première fois frontalement l’homosexualité féminine en appréhendant à la fois le contexte politique et le contexte social. Elle situe une grande partie de l’action dans l’environnement rural, loin des avancées idéologiques qui percent dans le monde urbain de l’après soixante-huit. Avancée qui comme l’on sait, ne sont jamais acquises.

ENTRETIEN

« Je reste attentive
au cinéma de mes consoeurs »

Photo Dr

Catherine Corsini  Photo Dr

Le film offre trois entrées, le féminisme des années 70, la vie et les valeurs du monde rurale de l’époque et l’histoire d’amour entre deux femmes, comment avez vous joué et imbriqué ces trois thèmes ?

J’avais depuis longtemps l’envie de faire une grande histoire d’amour entre deux femmes, contrariée par le drame de l’empêchement, une forme de Roméo et Juliette au féminin. Ce qui m’a poussé à raconter cette histoire ce sont les manifestations contre l’adoption du mariage pour tous et l’homophonie latente qu’elles ont véhiculé. J’ai préféré situer l’action au début des années 70 parce que je ne tenais pas à retomber dans les mêmes prismes du débat sociétal et politique. Cet épisode m’a fait réfléchir. J’ai réalisé que beaucoup d’acquis sur lesquels nous vivons, nous les devons aux féministes de cette époque parmi lesquelles il y avait de nombreuse homosexuelles.

Et concernant le choix de tourner dans le Limousin ?

La campagne, c’était le désir de retrouver une partie de ma jeunesse. J’ai choisi le paysage dont émane une sensualité très forte plutôt que les chambres. Cela permettait aussi de faire des allers et venues entre deux mondes. Celui de Delphine qui veut reprendre l’exploitation, – ce qui ne se faisait pas. On est femme d’agriculteur mais pas agricultrice – et celui de Carole, la prof parisienne engagée plus âgée, que la jeune fille va complètement perturber. Il y a une dimension initiatique qui joue dans les deux sens. Delphine initie Carole à l’homosexualité et Carole fait découvrir le combat féministe à Delphine qui s’y engage sans retenue. Elle se libère à Paris mais de retour à la ferme, elle choisit la terre. C’est viscérale.

Comment avez vous abordez les scènes de nu ?

Je voulais éviter le regard voyeur dans les scènes. L’angle est volontairement frontal presque en un seul plan. J’ai travaillé de façon picturale, comme dans les tableaux de Renoir et Manet, avec respect, surtout pour Izïa Higelin qui n’était pas à l’aise. Je ne savais pas si j’allais trouver la justesse et la rigueur de ton.

Vous montrez les hommes sous un beau jour…

Le propos n’est pas de placer les hommes dans un rapport antagoniste, bien au contraire. Ils sont plutôt chevaleresques, attentifs. Manuel le petit ami de Carole se demande s’il s’agit d’une expérience et quand il comprend sa dépendance amoureuse, il l’a met face à ses contradictions. Il est blessé mais ce n’est pas un salaud. Dans le personnage de l’éconduit, Antoine est très attachant. Il berce dans l’ironie dramatique.

Quel regard portez-vous sur le cinéma français en tant que réalisatrice ?

J’ai eu la chance de réaliser tous mes projets. Beaucoup de mes amies ont connu des interruptions de carrière après avoir eu un enfant. Je reste attentive au cinéma de mes consoeurs.

Recueilli par Jean-Marie Dinh

Source : La Marseillaise 15/08/2015

Voir aussi : Rubrique Cinéma Virginie Despentes : « Cherchez une femme dans les films qui lise un journal », Hollywood a la braguette qui coince, rubrique Rencontre, rubrique Société, Mouvements sociaux, Droit des femmes, Livre, Une encyclopédie du nu au cinéma,