C’est très officiel, une étude pour un grand groupe touristique l’affirme. En 2020, bronzer idiot ne suffira plus. Les professionnels devront renouveler leurs offres et proposer des formules qui conviendront aux grands-parents, aux enfants ou aux célibataires. Bref, si on comprend bien, il nous reste 12 ans pour sortir de l’air bovin. A supposer que les vaches soient idiotes, ce que personne n’a encore démontré.
Les touristes de passage dans notre région ont eux plutôt l’impression d’être pris pour des vaches à lait. Pour arranger le tout, depuis le temps qu’on parle de ce rapport qualité prix indigne, les salaires ont sacrément décongelé. Et ça continue, comme si l’effondrement du pouvoir d’achat demeurait absolument sans conséquence. Nos commerçants locaux doivent être d’indécrottables rêveurs. Faire un max de blé en se donnant le moins de mal possible pour la satisfaction du client, semble être une devise sacrée.
On ne se rend pas compte que le monde va beaucoup moins bien. Le prix du cornet de glace augmente. Sans industrie, avec une agriculture qui perd du terrain, l’affirmation d’une identité touristique semble, à priori, une évidence pour tout le monde. Mais avez-vous goûté à la qualité de notre accueil local, pour le moins désopilant, quand l’on prend un peu de temps pour consulter la carte ou quand l’on souhaite dîner en ville après 22h30…
Les commerçants ne sont pas les seuls concernés. On s’affaire beaucoup à donner des cours de civisme aux jeunes pailladins, mais le touriste étranger de passage forcément perdu dans le labyrinthe montpelliérain, trouvera bien peu de bonnes âmes pour le lui indiquer. L’hospitalité et l’amour du travail bien fait sont devenus l’apanage des pauvres qui manquent toujours autant de savoir-vivre…
Sous le titre » La course du dragon et de l’éléphant « , Martine Bulard, rédactrice en chef adjointe du MondeDiplomatique en charge du secteur Asie, revient sur la percée de la Chine et de l’Inde sur la scène internationale en soulignant les enjeux d’une meilleure compréhension. Entretien.
Votre livre est une invitation à prendre une plus juste mesure des changements qui modifient les rapports internationaux. Vu d’ici, le regard porté sur ces deux géants d’Asie reste pourtant assez réducteur…
» En effet, on caricature beaucoup avec une Inde dite contemplative, et une Chine travailleuse, que l’on redoute. Dans les représentations, c’est un peu le retour du péril jaune. Ces pays méritent d’être connus pour leur histoire. D’autant que cela intéresse les gens qui sont plus attentifs et soucieux qu’on ne le croit de savoir ce qui se passe à l’étranger.
Ces deux pays participent aujourd’hui pleinement à la mondialisation avec des modèles de développement économiques différents ?
Le rôle de l’Etat demeure déterminant dans les deux pays. Sous la pression du marché, l’Inde a adopté un modèle économique plus extraverti. Avec un secteur industriel très faible, le pays est passé directement de l’économie rurale à celle des services. Après avoir observé ses voisins, la Chine a préféré attirer les capitaux étrangers plutôt que d’emprunter aux banques et aux institutions monétaires internationales. C’est un modèle plus autocentré tourné vers l’exportation. Mais non sans contrepartie, car les multinationales imposent leurs conditions, notamment l’exploitation de la main-d’œuvre qui ouvre la compétition au moins disant social.
La notion d’atelier du monde a-t-elle des perspectives avec le coût de la main-d’œuvre qui monte ?
Le terme d’atelier du monde est un peu méprisant. La main-d’œuvre chinoise est de plus en plus qualifiée et l’offre des produits monte en gamme. Par ailleurs, avec les effets attendus de la crise économique mondiale, les dirigeants chinois savent qu’il faut développer leur marché intérieur.
La croissance durable de la Chine lui a permis de devenir la seconde puissance financière mondiale et sa résistance au crac de 97 en fait un modèle pour ses voisins comme pour les pays du Sud…
A l’instar de Sarkozy en 2007, les pays occidentaux somment le Premier ministre Hu Jintao d’accélérer l’appréciation du huan mais tout le monde reste silencieux sur le déficit américain et les privilèges exorbitants du dollar. Pékin est devenu le troisième partenaire de l’Afrique. Ce n’est pas, comme le disent certains, une simple diplomatie pétrolière. La Chine n’est pas désintéressée, mais elle cherche aussi à gagner une audience politique et culturelle et à promouvoir son modèle baptisé développement partagé. Les Africains y sont sensibles parce qu’avec les Chinois, les rapports sont un peu moins inégaux qu’avec les autres qui se croient toujours en terrain conquis.
Comment évaluez-vous la stabilité politique du régime chinois ?
Le PCC est fort, omnipotent. Il peut se montrer très répressif, comme on l’a vu pour les J-O. Il est aussi extrêmement mobile. Il a su se moderniser, ses cadres se sont formés en Occident. Ils essayent de faire bouger les choses, leur idéal serait une évolution à la japonaise avec un parti unique qui irait de l’extrême gauche à la droite classique. Aujourd’hui, tout le monde peut s’exprimer, des libéraux aux anciens mao, à la condition de ne pas remettre en cause le régime.
Sur le terrain géopolitique, la politique américaine en Asie s’oppose au rapprochement sino-indien, qui semble pourtant connaître quelques éclaircies…
Les Etats-Unis veulent faire jouer à l’Inde un rôle de contrepoids face à la Chine. L’Inde était au départ assez fière de cette alliance mais pour des raisons diverses comme celle du Pakistan, ou du poids de politique intérieure liée à la coalition au pouvoir. Les choses sont en train de changer. On assiste à un certain rapprochement. La Chine et l’Inde ont évoqué récemment le conflit territorial qui les oppose au Nord-Est de l’Inde.
La clef d’un monde multilatéral passe-t-elle par l’Asie ?
Nous entrons dans le post américanisme. Mais on assiste aussi à un surarmement préoccupant dans cette partie du globe. Les récents changements à Taïwan avec l’arrivée du Kuomintang, favorable à un rapprochement avec Pékin, comme l’arrivée des travaillistes en Australie, ne jouent pas en faveur de la stratégie de l’affrontement. La question est de savoir si les futurs dirigeants américains vont prendre conscience que le monde a changé et remplacer la confrontation archaïque entre puissances pour aller vers une coopération, même conflictuelle, entre pôles de développement qui se respectent. »
Chine Inde : La course du dragon et de l’éléphant, éditions Fayard, 19 euros.
Privé de dalaï-lama, Sarko qui voulait partir en République de Chine en frégate s’est ravisé, à la dernière minute. Il ira faire un saut en Chine tout court et tant pis pour la République. Plus sage et réfléchie, Carla sera présente à la cérémonie religieuse présidée par le dalaï-lama qui marquera l’inauguration le 22 août du temple bouddhique de Roqueredonde, près de Lodève. Quelqu’un lui a dit que le chef spirituel du Tibet était rigolo et qu’il avait de l’oreille. Elle espère l’inviter sur son prochain album.
Georges Frêche, qui révise sa philo en Grèce, ne sera pas non plus de la fête à Lodève. En ex mao qui se respecte, le président n’est pas du genre à aller souffler sur la flamme olympique. Mais faute d’un siège au Sénat, il ne cracherait pas sur un strapontin au nirvana. Qu’on se le dise, la douce époque de la Révolution culturelle où l’on se réchauffait en regardant flamber les monastères est bien révolue.
Aujourd’hui, non seulement on soutient la construction des temples, mais on veille aussi à la bonne gestion des mosquées et des synagogues, sans oublier de contribuer au coûteux entretien du patrimoine chrétien ou à l’ouverture légendaire, et non moins coûteuse, de l’action culturelle franc-maçonne locale. En ces temps de vache maigre et de privatisation, il faut bien que les sphères religieuse et spirituelle contribuent au débat public et, accessoirement, au processus électoral démocratique.
Tout cela avec ou sans l’aval de la justice et ses poussiéreuses considérations sur la séparation de l’Eglise et de l’Etat. Cela fait belle lurette que la République laïque a perdu son statut fédérateur. Aujourd’hui, c’est bien simple, si le principe de laïcité était respecté, la moitié des Français seraient analphabètes. Alors…
L’enivrant et lumineux festival Fiest’A Sète donne un sens au concept un peu fourre-tout de la world music. Colorée, variée et exigeante, la programmation concoctée par José Bel renoue avec les racines culturelles les plus profondes pour offrir des perles rares plus ou moins connues. Il faut saluer le travail primordial de passeur pour sa qualité autant qu’il faut rappeler que ce sont les artistes, par leur ouverture d’esprit, qui nourrissent cette aventure depuis maintenant 12 ans.
Sous les auspices de Francis Falceto, le directeur de la collections CD éthiopiques chez Buda Music, la soirée de mardi consacrée à l’Éthiopie entre directement dans les annales du festival avec un plateau unique associant deux monstres emblématiques de la musique, Alèmayèhu Eshèté et Mahmoud Ahmed venus spécialement d’Ethiopie. Quatre heures durant, on a vu Le Théâtre de la mer subjugué par une prestation bienveillante et enflammée des deux chanteurs magistralement accompagnés par l’orchestre breton Badume’s Band.
En grand spécialiste de la musique éthiopienne, le musicographe Francis Falceto, qui a remonté toutes les filières pour en rencontrer les témoins vivants, ne cache pas sa satisfaction. » Ce concert est un des plus beaux qui s’est fait. C’est drôle parce que je n’ai jamais anticipé sur ce phénomène. Passionnés par l’Ethiopie, les musiciens des Badume’s Band m’ont contacté un jour. Ils voulaient inviter Mahmoud Ahmed en Bretagne. Celui-ci a accepté, et après avoir répété trois heures, m’a demandé : pourquoi on ne jouerait pas avec eux ? « Depuis les liens se sont renforcés. » J’ai invité Badume’s Band à L’Ethiopian Music Festival que je programme depuis 7 ans à Addis Abeba. Je n’étais pas sûr de mon coup. Mais au bout de quelques morceaux, comme à Sète, ils avaient le public avec eux. C’est l’antithèse des musiciens de studio. Ils aiment vraiment ce qu’ils font. C’est un honneur pour eux de partager la scène avec les vétérans de l’âge d’or de l’ethio-groove « .
On a découvert à Sète un chaînon manquant de la musique africaine d’une grande singularité. » Du fait que l’Ethiopie n’ait jamais été colonisée, à l’exception d’une courte période par Mussolini, le pays a vécu en autarcie sans métropole pour faire haut-parleur. C’est une fierté qui participe, au même titre que le nationalisme, à l’identité éthiopienne. On doit la prendre d’un bloc « , indique Francis Falceto. Le public qui a goûté à la musique traditionnelle fortement teintée de soul de Alèmayèhu et aux subtilités de la voix de Mahmoud Ahmed, n’est pas prêt d’oublier la culture musicale éthiopienne.
Jean-Marie Dinh
La collection compte 20 CD à découvrir également les productions de ethioSonic
« L’imaginaire de Rabelais a quelque chose à voir avec la nuit des temps. » Les paroles du directeur du Frac, Emmanuel Latreille, sont de celles qui fédèrent. Elles président aussi, à l’événement artistique de cet été qui rassemble une trentaine de lieux dans la région, de l’Abbaye de Lagrasse dans l’Aude, au Pont du Gard. Environ 150 artistes contemporains sont de ce banquet. On y découvre, un peu partout sur le territoire, des œuvres graphiques étonnantes, faites d’installations, de sculptures d’objets, de photographies, et quelques réalisations picturales. L’objectif affiché est de permettre au plus grand nombre de rencontrer l’art contemporain.
Embourbement des expressions
Il n’est pas question de contester l’exigence artistique de la démarche, au demeurant plus littéraire que plastique. Mais on peut s’interroger sur le concept événementiel de la chose. Car cette chose, n’est pas aussi neutre que les organisateurs d’expositions voudraient le croire, l’histoire de l’art est aussi celle de ses lieux d’inscription et de présentation. Courbet trouve au Musée Fabre, un écrin et une lisibilité qui peut lui convenir. Mais on voit mal comment le public peut se raccrocher à l’art contemporain « en favorisantune approchedes choses du présent avec l’imaginaire du passé ». Le thème fait sans doute écho à l’air conservateur du temps, mais retombe principalement comme un lieu commun d’embourbement pour la multiplicité des expressions.
Nous reviendrons sur les œuvres présentées qui titillent l’imaginaire d’aujourd’hui. Sont-elles vraiment lisibles ? Touché par une œuvre en particulier, on peut parier que le visiteur ne retiendra pas plus le nom de l’artiste que le travail de la structure ayant contribué à son expression. Il se souviendra en revanche certainement de La Dégelée Rabelais et de la richesse du patrimoine régional.
Natacha Lesueur
Glissement du sens
A force d’être manipulées, lestées par les déclarations d’intention, les œuvres exposées, disent de moins en moins ce qu’elles sont censées évoquer et de plus en plus, ce qu’on veut leur faire dire. On assiste à une manipulation d’éléments plus ou moins symboliques renvoyant au thème principal. Le dialogue des œuvres entre elles, leur mise en regard, ne provoquent pas de fusion. S’est-on seulement posé la question de savoir s’il était la peine d’encombrer l’espace d’une sculpture de plus ? Le concept, creuse plus qu’il ne réduit l’écart toujours maintenu entre le public et les artistes vivants. Au Carré St Anne, par exemple, on s’interroge sur l’utilité des sculptures monumentales et gonflables. Elles seraient plus attractives sur les plages qu’aux côtés du travail pénétrant d’un Renaud Auguste Dormeuil ou de celui, plus mystique, de Javier Perez.
La part politique de l’art
Ils sont pourtant 150 artistes à s’être lancés dans cette expérience problématique, semblable à une question lancée par l’institution sur ce que contemporain veut dire, et maintenue en son sein comme une part non résolue. La part politique de l’art ou l’art de la politique…
Cependant, on ne peut pas se refuser de voir, les conditions qui rendent l’œuvre possible. Le budget débloqué permet bien aux artistes de réaliser, en terme de production. On ne peut négliger le côtoiement naturel des recherches artistiques avec la commande qui a toujours existé. On doit enfin entendre les acteurs locaux qui voient dans cette manifestation un engagement en faveur de l’art contemporain. « Je ne suis pas identifié dans le cadre de cette manifestation, mais il n’y a rien d’autre. Cette initiative existe et me permet de poursuivre plus sereinement mon travail durant l’année, » confie l’un deux.
L’espace régional est devenu le théâtre dans lequel les œuvres contemporaines sont censées trouver leur place. Cette évocation des avantages pratiques, pourrait faire croire à une liberté, à une forme de reconnaissance.
Ce serait oublier que l’art lorsqu’il est une aventure significative, ne peut se satisfaire de monolithisme formel aussi convaincant soit-il. Puisque justement l’art est une ouverture, sans figure préétablie. Dépouillé de tout, l’art devrait nous conduire à l’acte le plus juste de l’artiste pour formuler le mouvement, loin des acquis des représentations et des intérêts.
Tout créateur croyant en l’efficacité de son art, se confronte à la question de l’acte premier, de l’intervention révélant la nature de ce qui est, de ce qui nous entoure et nous lie à la magie du monde. La nécessité du sens porte la forme. On pourrait dire qu’avec La Dégelée règne une glaciale confusion. Le dessein de l’opération Rabelais est de se saisir d’un fonds commun de sens pour le perturber et l’obliger à signifier un imaginaire et une langue de travail. Mais si l’on conçoit, comme Duchamp, que toute création doit avoir une efficacité, dérangeante et modificatrice, dans l’espace où elle est placée et sur le sujet qui la contemple, cette approche thématique décalée peine à laisser surgir les figures et les signes d’un art efficient.