Le ridicule ne tue pas. La preuve : fin août, le Congrès paraguayen a voulu traduire en justice l’ancien ministre de la Défense, Luis Bareiro Spaini, pour la disparition de – tenez-vous bien… – trois fusils dans la caserne du Commandement de l’état-major de l’armée ! Avec cette accusation et l’éventuel procès politique qui devait en découler, toutes les conditions étaient réunies pour mettre en place un « coup d’Etat institutionnel » contre le président Fernando Lugo [le premier président de gauche de l’histoire du Paraguay] – semblable à celui qui a chassé du pouvoir Manuel Zelaya au Honduras en juin 2009. Mais, dans leur précipitation, les députés paraguayens ont apparemment oublié un détail. Au Paraguay, le ministre de la Défense n’a pas le commandement des troupes et par conséquent il n’a aucune autorité sur les casernes et les installations militaires. Il n’est donc pas responsable de ce qui s’y est passé.
Cette broutille n’a pas dissuadé les conspirateurs [c’est-à-dire le Sénat acquis à l’opposition] de tenter d’affaiblir le président en le privant d’un de ses plus fidèles collaborateurs, facilitant ainsi sa destitution. Malgré les incohérences et les hésitations de la gestion du président Lugo, sa seule présence – fruit d’une mobilisation populaire inédite contre le système oligarchique hérité de la dictature de Stroessner – constitue un frein inacceptable aux ambitions nord-américaines dans la région. Si Lugo a soigneusement entretenu de cordiales relations avec la Maison-Blanche et a consenti à l’interventionnisme agaçant de l’ambassade américaine, une bonne partie de l’establishment américain continue à le percevoir avec beaucoup de méfiance et à le diaboliser comme un dangereux bienfaiteur qui, malgré lui, pourrait être le catalyseur d’un processus politique bien plus radical, semblable à ceux qui existent déjà en Bolivie ou en Equateur.
Dans les hallucinations enfiévrées des faucons du Pentagone et du département d’Etat, Lugo apparaît comme une sorte de Kerenski tropical qui, comme son prédécesseur russe, finira par ouvrir les vannes d’une insurrection populaire aux conséquences incalculables et dont la gravité viendrait bouleverser l’équilibre géopolitique de la région. Cette défiance est aussi le fruit d’un intérêt stratégique pour le Paraguay. Le Paraguay permet de fermer depuis le sud l’accès aux bases militaires qui entourent le grand bassin amazonien, source de matières premières, de biodiversité, et surtout d’eau. C’est la raison pour laquelle, tirant parti de l’incroyable distraction du ministère des Affaires étrangères local et du haut commandement militaire brésilien [qui fait office de gendarme diplomatique de la région], deux bases ont été installées au Paraguay, à Pedro Juan Caballero et Mariscal Estigarribia. S’il y a une seule chose en surabondance au Paraguay, c’est bien de l’eau, cet or bleu, toujours plus rare, et qui selon les experts sera à l’origine des guerres du XXIe siècle. Cette eau dont le pays dispose à foison en surface se trouve également en quantité incroyable dans le sous-sol avec l’imposante réserve souterraine de l’aquifère Guaraní [le troisième réservoir d’eau souterraine mondial]. Ajoutez à cela les bonnes relations entretenues par Lugo avec Hugo Chávez, Evo Morales et Rafael Correa [les trois présidents représentant la gauche la plus radicale d’Amérique latine], concrétisées par quelques projets conjoints de coopération internationale, qui irritent au plus haut point l’Empire américain ; comme par exemple l’échange “pétrole contre nourriture” conclu entre le Venezuela et le Paraguay, ainsi que le soutien affiché du chef de l’Etat à l’Unasur. On comprend mieux l’urgence qu’il y a pour Washington et ses sbires narco-fascistes paraguayens à se défaire au plus vite de cet indésirable.
L’éviction de Bareiro Spaini est l’antichambre de la destitution de Lugo. C’est pourquoi il est nécessaire d’unir nos forces dans toute l’Amérique latine pour contrecarrer les plans putschistes de l’impérialisme américain et de ses alliés. Si le coup d’Etat mis en place au Honduras se réitère une fois de plus, l’avenir des gouvernements démocratiques et populaires de la région sera sérieusement compromis. La destitution de Lugo est une attaque non seulement contre le peuple paraguayen, qui l’a élu à la présidence, mais contre tous les gouvernements de la région, dont l’active solidarité avec le Paraguay est plus urgente que jamais.
Revue. Les temps nouveaux s’intéresse au mouvement social et à la lutte politique dans la perspective de construire une alternative.
L’idée de croiser les réflexions de responsables syndicaux et associatifs, intellectuels engagés et acteurs du mouvement social, qui enragent de l’atonie du débat sur les alternatives nécessaires, résonne bien avec le sentiment d’urgence qui se repend dans les têtes et dans les rues. Après trois décennies de politique libérale, la libération des forces du marché a développé à l’échelle de la planète des politiques destructrices de progrès social et de liberté, accompagnées d’une normalisation de la pensée et de la culture, constatent les protagonistes. Claude Debons, du Parti de gauche, pose dans l’éditorial l’ambition affichée d’élaborer une réponse associative, syndicale et politique à la hauteur des enjeux, et de construire dans un même temps des rapports de forces nécessaires à leur mise en œuvre.
Ce premier numéro de la revue publié par les éditions Au bord de l’eau, rassemble un bel éventail de pensées critiques. Chacun dans leur domaine, les contributeurs se retrouvent pour dénoncer les règles actuelles du pouvoir financier. De la montée en puissance de la stigmatisation, à l’enjeu social de la réforme des retraites, une cohérence se tisse.
La première partie fait le point sur l’actualité des mouvements, avec un regard sociologique mettant en perspective la grève des travailleurs sans papiers, qui trace les contours d’un droit de grève pour les salariés les plus précaires. Le dossier central aborde l’acuité de la crise en sondant en profondeur les contradictions du capitalisme financier, sans oublier de révéler sa face cachée.
La dégradation salariale et la montée de la souffrance au travail qui vont immanquablement s’intensifier invite ardemment à trouver une nouvelle issue. Après avoir dressé un état des lieux du chantier, l’économiste Michel Husson, membre de la fondation Copernic envisage des réponses progressistes en situant l’enjeu crucial : « quelle est sur l’échelle du radicalisme, la position du curseur qui permet le mieux de mobiliser ?
Une revue à découvrir où l’on ne renonce pas à l’exigence du sens, et où l’on se garde de confondre La gauche radicale de rupture avec le social-libéralisme d’accompagnement.
Jean-Marie Dinh
Les Temps Nouveaux, automne 2010, éd Le Bord de l’Eau, 14 euros.
Sanction contre les agresseurs de policiers, vidéosurveillance, vols avec violence… la Loppsi 2 détaille principalement les moyens techniques que peuvent utiliser policiers, gendarmes et juges. « Manifestez, mais ne soyez pas aveugles. Si beaucoup de bruit est fait autour des retraites, la Loppsi 2 arrive dans l’indifférence générale. Cette loi constitue un véritable carcan pour nos libertés et, pourtant, elle va être votée », s’alarme Artémis, qui liste point par point les mesures les plus contestées de la loi.
Les critiques des blogueurs portent essentiellement sur les mesures qui concernent Internet. « Dans son article 4, la loi tend à mettre en oeuvre un filtrage du Net, mesure inefficace, dangereuse pour les libertés individuelles, et qui ouvre inévitablement la porte à la censure ». Pour la Quadrature du Net, une organisation de défense des droits et libertés des citoyens sur Internet, « le populisme sécuritaire éclabousse le Net ». Un article décidement polémique puisque Xavier Niel, directeur du FAI Free, avait déclaré s’y opposer fermement.
La lutte contre la pédo-pornographique? Un faux prétexte
« Pour limiter l’espace de liberté qu’est Internet, il faut contrôler. Mais comment arriver à réduire à néant un espace de liberté sans avoir de contestation? C’est tout simple, grâce aux pédophiles », explique Loppsi.fr, un site qui suit l’évolution du projet de loi depuis ses débuts. « Les professionnels du Net s’accordent à dire qu’il n’y a pas de sites ou de photos pédophiles sur le Web […] Alors à quoi bon faire une liste noire des sites pédophiles? Pour protéger qui? » s’interroge-t-il. Les anti-Loppsi 2 craignent que, sous prétexte de lutter contre pédopornographie, on ne coupe l’accès à d’autres sites Internets.
« La menace que fait peser le filtrage sur la liberté d’expression est bien sûr réelle, mais ce n’est pas, de mon point de vue, le plus terrible des dn gers qui nous guette avec la Loppsi, et c’est sur tout un agu ment qui ne pèse rien ou presque face à la légi time émotion sus ci tée par le crime pédophile, s’inquiète pour sa part RedWriteWeb France. Le fil trage, en réa lité, est probablement la meilleure chose qui puisse arriver aux pédophiles ». Et d’inviter ses lecteurs à consulter l’étude sur « Le commerce de la pédopornographie de 2000 à 2010 », étude qui l’a amené à cette conclusion.
La captation des données informatiques à distance
L’article 23 permettra d’installer des « mouchards » au sein même des ordinateurs. La mesure prévoit que ces « écoutes » informatiques seront rigoureusement encadrées par les juges d’instruction, mais ces précautions ne rassurent pas les sceptiques, parmi lesquels très sérieuse Commission nationale informatique et libertés (Cnil).
Guillaume Champeau, de Numerama, pointe la contradiction: « Eric Ciotti, député UMP chargé de la sécurité, a demandé à ce que l’on fasse confiance au juge d’instruction pour encadrer les cas où l’installation des mouchards pourra être autorisée. Mais c’est oublier que le gouvernement prévoit justement la suppression du juge d’instruction, ce qui donnera au Procureur de la République seul le pouvoir d’encadrer ces dispositifs! » La Blogueuse Julie Jacob se veut plus nuancée: « Ceci ne pourrait intervenir que dans le cadre d’une information menée pour des délits ou crimes graves (terrorisme, pédophilie, meurtre, torture, trafic d’armes et de stupéfiants, enlèvement, par exemple) relevant de la criminalité organisée. »
D’autres sont plus radicaux. « Grâce à Loppsi 2, un flic pourra bientôt fouiller toutes les données présentes sur votre PC. Toutes. Il pourra lire vos frappes clavier. Et activer le micro, la webcam, pour pouvoir vous regarder, vous écouter », s’indigne SuperNo. Et de grincer: « Les dictateurs en ont rêvé, Sarkozy l’a fait! »
Selon toutes probabilités, la loi va être votée, mais tout n’est pas scellé, comme l’explique Jérémie Zimmermann pour la Quadrature du Net: « Les sénateurs ont encore une chance de se ressaisir et de rejeter l’article 4 de la Loppsi. » Réponse vendredi.
En février dernier, avant les régionales, un certain nombre de mesures directement liées à l’actualité avait déjà été greffées à un texte déjà conséquent. Le couvre-feu pour les mineurs de treize ans entre 23 heures et 6 heures, le renforcement du dispositif de contrat de responsabilité parental, ou encore l’aggravation des peines encourues pour les vols commis à l’encontre de personnes vulnérables, avaenit été intégrés, juste après l’assassinat d’un couple de retraités. Un nouveau délit de distribution d’argent à des fins publicitaires sur la voie publique, en pleine affaire Rentabiliweb, était venu gonfler Loppsi 2 devant les députés.
Dès ce mardi, les sénateurs devaient s’intéresser aux nouveaux amendements proposés par le gouvernement, à savoir :
. Une « période de sûreté de trente ans ou une peine perpétuelle incompressible » pour les assassins de personnes dépositaires de l’autorité (policiers, gendarmes)
. « Donner au procureur la capacité de saisir directement le tribunal, sans passer par le juge des enfants, dans les affaires les plus simples et pour les mineurs déjà connus de la justice
. « Les délinquants auteurs de violences aggravées se verront appliquer des peines planchers dès le premier acte de violence, sans attendre la récidive ». Serge Portelli, vice-président au tribunal de Paris, président de la 12e Chambre correctionnelle, dénonce dans son blog « une atteinte grave aux principes démocratiques et à la nécessaire séparation des pouvoirs ».
. « L’élargissement de la surveillance judiciaire par bracelet électronique » pour les personnes condamnées en état de récidive légale à une peine supérieure ou égale à cinq ans d’emprisonnement.
. La vente aux enchères des biens des délinquants saisis à la suite des interpellations, pour « frapper au portefeuille les caïds des cités en les privant des biens acquis en toute illégalité, explique Brice Hortefeux.
Ces amendements s’ajoutent à une longue série de mesures de renforcement de l’arsenal répressif dont dispose l’autorité publique.
La multiplication des fichiers suivie de près par la CNIL
La CNIL, institution indépendante chargée de contrôler l’utilisation des données personnelles, a formulé des réserves sur certaines dispositions de Loppsi 2. Elle estime que les fiches Judex et Stic des personnes ayant fait l’objet une mise à jour du type classement sans suite, absence d’infraction ou infraction insuffisamment caractérisée, ne soient plus consultables.
La commission nationale de l’informatique et des libertés dénonce également l’utilisation d’outils de captation dans les points publics d’accès à Internet, qui présente selon elle « un caractère particulièrement sensible puisqu’elle conduit à placer sous surveillance l’ensemble des postes informatiques mis à disposition du public. » Elle rappelle qu’une telle pratique doit répondre à des conditions exceptionnelles, et que la loi impose la traçabilité des accès aux outils de captation. La Cnil met également en cause un article de Loppsi 2 prévoyant la mise en place de logiciels de rapprochement judiciaire.
Enfin la Cnil critique les mesures sur la vidéo-surveillance (ou « vidéo-protection » dans le texte), qui donnent la possibilité aux autorités publiques de déléguer l’exploitation de leur système à des opérateurs publics privés, notamment à l’étranger, rendant impossible tout contrôle de l’utilisation des données personnelles..
Internet dans le collimateur de Loppsi 2
La toile n’est pas en reste. Le texte crée un délit d’usurpation d’identité sur internet. Si la mesure paraît légitime, reste à voir comment elle s’applique. Le site spécialisé Numerama pointe d’ailleurs « le risque qu’une telle disposition puisse viser également les caricatures et les faux profils ‘humoristiques’, créés sans véritable intention de nuire, mais qui peuvent ‘porter atteinte à son honneur ou à sa considération’. »
Loppsi 2 prévoit l’installation de dispositifs d’enregistrement de l’activité d’ordinateurs, sorte d’écoute informatique, encadrée par le juge d’instruction (avant sa suppression), et réservée à certains types de crimes et délits, parmi lesquels le « délit de solidarité » ou la « non-justification de ressources correspondant au train de vie », explique Numerama.
Le site spécialisé s’interroge également sur le filtrage des sites pédopornographiques et rappelle que cette mesure fait l’objet de nombreux amendements visant à rétablir l’obligation, pour bloquer un site via un fournisseur d’accès, de passer par un juge. Le site déplore également l’inefficacité d’une telle mesure contre les pédocriminels, « qui ne passent pas par les méthodes traditionnelles d’accès au web », et redoute l’extension à l’avenir de cette procédure à d’autres types de délits.
« Ethylotests anti-démarrages » et « cartons jaunes »
Le projet de loi instaure la confiscation du véhicule en cas de conduite sans permis de récidive de conduite sous l’emprise de l’alcool ou de grand excès de vitesse. Le trafic de points de permis sera puni d’une peine de 6 mois de prison et/ou de 15.000 euros d’amende. Les bars et discothèques auront pour obligation de mettre à disposition de leur client des dispositifs de dépistage de l’imprégnation alcoolique. Des dispositifs d’éthylotests anti-démarrages pourront être imposés dans certains cas. Les peines encourues en cas de délit de fuite sont aggravées.
Au premier incident dans les tribunes des stades et leurs abords, Brice Hortefeux souhaite la délivrance d’un « carton jaune », avec application d’une ou plusieurs mesures individuelles, telle une interdiction administrative de stade dont la durée « est passée de trois à six mois » et pouvant atteindre un an « en cas de réitération dans les trois années » par mesure judiciaire. Outre le « carton jaune », si besoin est, « on n’attendra pas la fin de la saison pour sortir le rouge », a par ailleurs prévenu l’Intérieur. Ainsi, la mesure d’interdiction administrative de stade pourra s’assortir d’un « couvre-feu supporteurs », par arrêté préfectoral prohibant non seulement l’accès au stade où est programmée une rencontre, mais même de s’en approcher dans le cas d’un supporteur du club visiteur, afin d’assurer « l’ordre public également à la périphérie ».
« Carton rouge » encore: la possibilité de « suspendre » les clubs de supporteurs dont les membres se montreraient particulièrement agressifs. Pour les clubs, le « carton rouge » pourra imposer une « billetterie limitée » ou encore un « huis-clos total ou partiel décidé par l’Etat »
Mobilisons nous
Cette loi nous concerne tous dans notre quotidien puisqu’elle risque d’entraîner censure, création de milices civiles… comme nous l’explique Liliane Baie dans son billet:
» soyons clairs, il s’agit d’une loi destinée à rendre plus efficace l’action de la police. Ce projet de loi comprend pas moins de 48 articles, qui vont du développement des drones, et de la possibilité d’une censure sur internet, à l’attribution de missions de police à la police municipale, en passant par celui de la prescription de caméras de vidéo-surveillance, d’utilisation par la police des véhicules réquisitionnés en cas d’infractions graves (avant même le jugement) et par le développement d’une réserve civile de la police et d’un service volontaire citoyen de la police nationale ( qui évoque une milice privée, comme le précise Jean-Pierre Dubois dans l’éditorial de la revue de la LDH « H&L » numéro 150 : « Sécuritaire : ces outils qui vous veulent du bien »). «
Par ailleurs, le temps d’examen et d’amendement de la loi est très court, et on peut s’apercevoir qu’aucun débat public ni médiatique n’a été mené sur ce sujet très alarmant, alors que l’actualité sociale était dominée par la lutte contre la réforme des retraites, autre sujet sensible.
Sans qu’ils s’en rendent compte les français vont se réveiller ligottés… L’affaire Bettencourt nous a déjà montré que l’égalité en France n’était qu’un mythe, la déchéance de nationalité créera des citoyens de seconde zone… LOPSI2 enterre la liberté... Il reste la fraternité celle du peuple, celle qui fait les révolutions, la solidarité… Cette fraternité, le pouvoir cherche à la détruire par les discours de haine et d’exclusion. Pourtant les journées du 4 et 7 septembre ont montré que la fraternité est encore là …
Aucune date n’a encore été fixée pour une éventuelle rencontre entre le pape Benoît XVI et Nicolas Sarkozy, évoquée mercredi par le président français, a indiqué vendredi le Vatican. »S’il y a une demande du président français, elle sera prise en considération, selon la procédure habituelle« , a déclaré à l’AFP le père Federico Lombardi, porte-parole du Vatican.
Mercredi, M. Sarkozy avait confié à des députés UMP qu’il devrait revoir « prochainement » Benoît XVI, dont les récents propos sur l’accueil des « légitimes diversités humaines » ont été interprétés comme une critique des expulsions de Roms par son gouvernement.
« Des contacts sont en cours pour une prochaine rencontre », a confirmé jeudi la présidence française, sans précision de date. Le secrétaire général de la présidence, Claude Guéant, a indiqué jeudi au quotidien La Croix que ce rendez-vous devrait avoir lieu « dans la première quinzaine du mois d’octobre ».
Le père Lombardi n’a pas pu préciser si une demande pour une audience privée avait déjà été présentée « de manière formelle et explicite » à la secrétairerie d’Etat du Vatican.
Le 22 août, quelques jours après le rapatriement par la France de plus de 200 Roms vers la Roumanie et la Bulgarie, Benoît XVI avait publiquement rappelé, en français, la nécessité de « savoir accueillir les légitimes diversités humaines ».
Alors que les démantèlements de camps illégaux et expulsions de Roms par Paris suscitaient de nombreuses réactions indignées en Europe et dans la classe politique française, ces propos avaient été largement considérés comme une critique de plus à l’encontre de la politique du gouvernement français.
Deux jours plus tôt, le responsable du Vatican en charge de l’immigration, Mgr Agostino Marchetto, qui a depuis quitté ses fonctions, avait affirmé que « les expulsions en masse de Roms vont à l’encontre des normes européennes ».
La dernière rencontre entre Benoît XVI et Nicolas Sarkozy remonte à septembre 2008, lors du voyage du pape en France.
Le 10 septembre, sur France-Inter, Bernard Maris affirmait que le report de l’âge légal de date en retraite de 60 à 62 ans était inévitable car la majorité des salariés avait à 60 ans les annuités nécessaires à une retraite à taux plein.Cette affirmation de Bernard Maris rencontrait – qui s’en étonnerait ? – l’entier assentiment du néolibéral Dominique Seux avec lequel il était supposé débattre.
Cette affirmation ne peut pourtant, en aucun cas, prétendre à l’objectivité que revendiquaient les deux compères. Pour le Conseil d’Orientation des Retraites, l’âge moyen de départ en retraite est égal à 61,5 ans et l’âge moyen de sortie définitive du marché du travail est de 58,5 ans.
60 % des salariés du secteur privé qui prennent leur retraite ne sont plus, en effet, au travail. Ils sont au chômage, en maladie ou en invalidité. Avec un report de 2 ans de l’âge légal de départ en retraite, c’est 10 % à 15 % de salariés supplémentaires qui se retrouveraient dans cette situation et partiraient donc avec une retraite minorée, contrairement à toutes les affirmations péremptoires de M. Sarkozy. En effet, les droits acquis pour la retraite sont loin d’être identiques selon que l’on est au travail, au chômage, en invalidité ou en maladie. De surcroît, le problème serait reporté sur les caisses d’assurance maladie ou d’assurance chômage. Quel serait l’intérêt de ce report ?
L’espérance de vie en bonne santé est de 63,1 ans pour les hommes et de 64,2 ans pour les femmes. Pour un ouvrier, l’espérance de vie (calculée à l’âge de 35 ans) est inférieure de 10 ans à celle d’un cadre. Comment, dans ces conditions, peut-on estimer que 2 ans de retraite en moins ne pourraient avoir qu’une importance très relative et n’être qu’un paramètre comme un autre ?
Les salariés qui ont, aujourd’hui, le nombre d’annuités suffisantes pour partir en retraite à 60 ans ont commencé à travailler tôt, parfois très tôt, sans pour autant pouvoir profiter des dispositions de plus en plus restrictives de départ anticipé en retraite pour les carrières longues. S’appuyer sur cette réalité pour vouloir les faire travailler après 60 ans est donc particulièrement cynique.
Reporter de deux ans l’âge de départ en retraite, c’est soit allonger le temps durant lequel des salariés qui ne sont déjà plus travail ne seront pas pour autant en retraite, soit laisser au travail des salariés âgés alors que des centaines de milliers de jeunes ne trouvent pas de travail.
Pour le gouvernement de Nicolas Sarkozy, le passage de l’âge légal de 60 à 62 ans implique le passage de 65 à 67 ans de l’âge auquel un salarié pourrait bénéficier du taux plein (50 %) même s’il n’a pas le nombre de trimestres nécessaires. 25 % des femmes, aujourd’hui, ne bénéficient du taux plein qu’à 65 ans. Faudra-t-il qu’elles attendent deux ans de plus pour bénéficier de ce taux ? Et dans quelle situation attendraient-elles d’avoir 67 ans ? Au chômage (alors que Christine Lagarde a fait savoir sa volonté d’en finir avec la dispense de recherche d’emploi pour les salariés âgés) ou sans aucune ressource autre que le RSA ?
Maris et Seux avancent l’exemple de l’Allemagne pour justifier la régressions des retraites en France. Il faut cependant savoir qu’en Allemagne le report de l’âge légal à 67 ans dont les libéraux nous rebattent les oreilles ne se fera qu’en 2029. Par ailleurs, seulement 21,5 % des salariés allemands de plus de 60 ans ont aujourd’hui un travail (cf.Le Monde de l’économie du 7 septembre) ce qui relance le débat au sein du SPD, lui qui est convaincu d’avoir perdu les élections pour avoir accepté le passage à 67 ans alors que 80 % des allemands y étaient opposés. Si les salariés allemands ont subi, au cours des dernières années, une défaite sociale extrêmement dure, nous n’avons aucune raison d’accepter de subir les conséquences dans notre pays. Il faut, enfin, savoir que la situation démographique française n’a rien à voir avec la situation démographique allemande. En France, selon l’institut Nationale d’Etudes Démographiques (INED), le taux de fécondité des femmes est égal à 2,09 enfants par femmes (assurant ainsi le renouvellement des générations) alors qu’il n’est que de 1,5 en Allemagne. Dans ces conditions, comme le souligne l’économiste Dominique Taddéi, vouloir imposer des règles européennes communes à l’évolution des retraites revient à « fixer la même politique de chauffage pour Helsinki, l’Andalousie ou la Sicile ! »
Pourquoi, enfin, le report de l’âge légal serait-il « inévitable » ? Il n’est « inévitable » que pour ceux qui veulent ignorer qu’il est tout à fait possible de financer nos retraites par répartition sans toucher à l’âge légal ou à la durée de cotisation mais en augmentant les cotisations retraites et en priorité les cotisations retraites patronales. Sarkozy a d’emblée, refusé tout débat sur le montant des cotisations retraites. La contre-réforme qu’il veut nous imposer pèse à 90 % sur les seuls salariés et ne fait qu’égratigner les profits et la rente. Comment Maris peut-il accepter de justifier un tel déni de démocratie ?
En refusant de prendre en considération la situation des salariés âgées, des jeunes, des femmes, en refusant de regarder au-delà des caisses de retraites et de s’intéresser aux caisses d’assurance-maladie et d’assurance chômage, en refusant de chercher une solution au problème de nos retraites du côté des recettes et de l’augmentation des cotisations retraites patronales, Bernard Maris ne fait, hélas, que s’aligner sur Nicolas Sarkozy et le néolibéralisme le plus plat, celui de Dominique Seux.