Les Pays-Bas vers le «Nederxit» ?

 Référendum


Référendum 61% de Non

Plus de 12 millions de Néerlandais votaient mercredi sur l’accord d’association entre l’Union européenne et l’Ukraine. Le «non» massif a des allures de coup de tonnerre…

Après le «Grexit», évité de justesse en juillet 2015, et le possible «Brexit» à venir (le 23 juin), le «Nederxit» ? En effet, selon les sondages de sortie des urnes, les citoyens néerlandais ont voté, ce mercredi, par 64 % contre 36 % contre la ratification de l’accord d’association entre l’Europe et l’Ukraine. Même si la consultation ne portait pas directement sur l’appartenance à l’Union des Pays-Bas, l’un des six membres fondateurs de la construction communautaire, c’était bien la question qui était posée en filigrane. Cette réponse négative pourrait ouvrir une nouvelle crise européenne, une de plus, «à l’échelle continentale», selon l’expression de Jean-Claude Juncker, le président de la Commission, si le taux de participation dépasse les 30 % requis pour que le référendum soit validé (l’estimation à 21 heures se situait entre 29 et 32 %).

Cette consultation d’initiative populaire, une première, ce droit ayant été seulement reconnu en juillet 2015, a été lancée par le collectif GeenPeil («pas de sondage») qui rassemble deux think tanks eurosceptiques et le site GeenStijl.nl, afin d’obtenir l’annulation de la loi néerlandaise autorisant la ratification de l’accord d’association. Il fallait, pour l’organiser, réunir 300?000 signatures, objectif largement atteint avec 428?000 paraphes obtenus en six semaines seulement. L’extrême droite (PVV de Geert Wilders qui est en tête des intentions de vote dans les sondages), la gauche radicale (SP) et le «Parti pour les animaux» (PvdD), en bref tout ce que ce pays compte comme partis europhobes, se sont joints à cette campagne. Car, même si ce référendum est en théorie consultatif, le Parlement néerlandais sera politiquement obligé d’en tenir compte si, au final, la participation dépasse bien les 30 %.

La campagne du «non», comme celle qui a eu lieu en 2005 aux Pays-Bas sur le traité constitutionnel européen (non à 61,5%), a fait feu de tout bois et a été particulièrement virulente dans un pays travaillé par l’euroscepticisme et par la défiance à l’égard des partis politiques de gouvernement, à l’image de ce qui se passe ailleurs en Europe : crainte d’un possible élargissement de l’Union à l’Ukraine, peur d’être envahi par les travailleurs ukrainiens, dénonciation de la corruption endémique de ce pays (le président Petro Porochenko est impliqué dans le scandale des Panama papers), rappel de la catastrophe du Boeing MH-17 de la Malasya Airlines abattu en juillet 2014 au-dessus de l’Ukraine et qui transportait de nombreux Néerlandais, rejet l’euro, des migrants, des réfugiés, peur qu’un super-Etat européen raye de la carte le pays et bien sûr critique du bilan du gouvernement libéral-social-démocrate de Mark Rutte…

Une Union européenne ingouvernable ?

Cette addition des peurs et des mécontentements a finalement, comme on pouvait le craindre, débouché sur un non massif. D’autant que les partisans du «oui», essentiellement les partis de gouvernement, ont eu du mal à faire entendre leurs arguments sur un texte extrêmement technique qui vise à créer une zone de libre-échange entre Kiev et l’Union afin d’aider économiquement ce pays ravagé par la guerre. Surtout, après avoir eux-mêmes pratiqué la critique tous azimuts de l’Europe à des fins électorales, ils ont été pris à leur propre piège… Comment mobiliser un électorat que l’on a consciencieusement éloigné de l’Europe ? Ce n’est donc pas un hasard si les Néerlandais se sont massivement désintéressés de ce scrutin et si ce sont les partisans du «non» qui se sont mobilisés afin de le transformer en un vote de défiance à l’égard de l’Union, un argument autrement plus vendeur que l’accord d’association proprement dit. Un pari gagné.

Quelles seront les conséquences de ce refus populaire, si le seuil des 30 % est finalement atteint ? En bonne logique, le Parlement néerlandais devrait le dénoncer, ce qui rendrait ce texte caduc, puisque l’unanimité des États est requise dans ce domaine. Un «opt out» néerlandais, envisagé par certains responsables néerlandais, serait difficile à appliquer puisque le pays restant dans l’Union, les marchandises, les services, les capitaux et les hommes continueront à circuler librement. Techniquement, rétablir des contrôles aux frontières néerlandaises afin de bloquer tout ce qui provient d’Ukraine est impossible, car cela constituerait une violation des règles du marché intérieur et de Schengen. La seule option semble donc être la dénonciation de l’accord d’association, ce qui risque de déstabiliser davantage l’Ukraine…

En réalité, l’irruption de la démocratie directe dans le champ de la politique commerciale et des relations extérieures de l’Union va réduire à néant toutes ses marges de manœuvre, les traités internationaux pouvant désormais être remis en cause, à tout moment, par un seul pays. Le risque de contagion est énorme : les partis populistes d’autres pays auront beau jeu de réclamer les mêmes droits que les Néerlandais au nom de la démocratie. En clair, l’Union deviendrait imprévisible et partant ingouvernable. En outre, le vote négatif néerlandais va renforcer les partisans d’une sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne, ceux-ci trouvant là à la fois un argument supplémentaire sur le refus des peuples de poursuivre l’aventure européenne et sur sa paralysie annoncée…

Enfin, à plus long terme, c’est la place des Pays-Bas au cœur de la construction communautaire qui est désormais posée : les europhobes néerlandais ne désespèrent pas de pouvoir organiser à terme un référendum sur une sortie de leur pays de l’Union, comme le souhaite le PVV qui caracole actuellement en tête des sondages, tout comme le FN en France, son parti frère. Or, un «Nederxit» serait autrement plus mortel pour l’Union qu’un «Brexit», le Royaume-Uni bénéficiant déjà de nombreuses dérogations à la différence des Pays-Bas. Dire qu’à Bruxelles on est inquiet est un euphémisme.

Jean Quatremer correspondant à Bruxelles

Source : Libération 06/08/2016
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Canada : détenus lors d’un G20, ils pourront poursuivre la police

Des policiers en juin 2010 à Toronto (Canada). Photo Scott Olson. AFP

Des policiers en juin 2010 à Toronto (Canada). Photo Scott Olson. AFP

Plus de 1 000 plaignants dénonçent leur arrestation massive et leur détention dans des conditions déplorables en marge du G20 de Toronto en 2010.

Une cour canadienne a autorisé mercredi deux poursuites en nom collectif contre la police pour violations présumées des droits civiques lors d’émeutes en marge d’un sommet du G20 à Toronto en 2010. Ces recours impliquent plus de 1 000 plaignants qui dénonçaient leur arrestation massive et leur détention dans des conditions déplorables dans un centre improvisé de la plus grande ville canadienne.

Quelque 20 000 policiers de tout le Canada avaient été déployés à Toronto et à Huntsville, au nord de la métropole, en juin 2010 pour assurer la sécurité du G20 réunissant les grands décideurs de la planète. La forces de l’ordre avait reçu l’ordre de «reprendre le contrôle de la rue» à Toronto après que des manifestants eurent brisé des vitrines et incendié une voiture de police.

Les plaignants dans ces recours judiciaires collectifs, dont des manifestants pacifiques, des passants et des journalistes, avaient été encerclés en grand nombre par la police. «Nous avons été arrêtés illégalement, jetés dans des cellules bondées et traités moins bien que des animaux en cage», a indiqué l’un des détenus, Thomas Taylor, à un média local après la décision de la cour. «Nous ne voudrions jamais que cela arrive à d’autres Canadiens», a-t-il ajouté.

Source : AFP  06/04/16

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LES VIOLENCES POLICIERES : MAIS QUI SONT LES VRAIS COUPABLES ?

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Un communiqué de la CGT Police.

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Panama Papers : les Islandais demandent massivement la démission de leur Premier ministre

Des milliers d'Islandais se sont réunis à Reykjavik pour demander la démission du Premier ministre, cité dans les Panama Papers. Photo Stringer. Reuters

Des milliers d’Islandais se sont réunis à Reykjavik pour demander la démission du Premier ministre, cité dans les Panama Papers. Photo Stringer. Reuters

Eclaboussé par les révélations d’un consortium d’investigation sur les avoirs de milliers de personnalités dans les paradis fiscaux, David Sigmundur Gunlaugsson refuse de démissionner malgré une manifestation d’une ampleur jamais vue dans le pays.

Des milliers d’Islandais ont manifesté en fin de journée ce lundi à Reykjavik pour réclamer la démission du Premier ministre David Sigmundur Gunlaugsson, pris dans la tourmente de la révélation de ses avoirs dans des paradis fiscaux.

Selon des documents dévoilés par le Consortium international des journalistes d’investigation (ICIJ), David Sigmundur Gunnlaugsson, 41 ans, a créé en 2007 avec sa future épouse une société dans les îles Vierges britanniques pour y parquer des millions de dollars, jusqu’à ce qu’il lui cède ses parts fin 2009 pour un dollar symbolique. Quand il a été élu député du Parti du progrès (centre-droit) pour la première fois en avril 2009, il a omis cette participation dans sa déclaration de patrimoine, alors que la loi l’y obligeait.

La police a indiqué que la manifestation rassemblait plus de monde que celles qui en 2009, après la révélation des graves manquements des responsables politiques dans la surveillance des banques, avaient poussé le gouvernement de droite à la démission. Mais les forces de l’ordre n’ont pas fourni de décompte.

«Prenez vos responsabilités» ou «Où est la nouvelle Constitution ?», lisait-on sur des pancartes, en référence au projet de nouvelle Constitution né de la crise politique de 2009, resté en rade au Parlement. Sur les réseaux sociaux, des Islandais confirmaient l’impression d’assister à un «séisme politique» d’une ampleur supérieure à celui causé par la crise de 2008.

#panamapapers causing a political earthquake in Iceland. Demand for immediate resignation of PM. Massive protest. pic.twitter.com/ii74KhqiEN

— Huginn Þorsteinsson (@huginnf) 4 avril 2016

David Sigmundur Gunnlaugsson, qui nie toute évasion fiscale, a exclu de démissionner. Pendant que se déroulait cette manifestation devant le Parlement, le Premier ministre était soumis à une séance de questions où seuls les députés d’opposition ont pris la parole. Il a expliqué ne pas avoir révélé plus tôt ces avoirs afin de ne pas faire de la fortune de sa compagne une question politique, a rapporté la chaîne de télévision RUV. Une motion de censure a été déposée par l’opposition, qui sera soumise au vote à une date indéterminée.

Source Libération avec AFP : 04/04/2016

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Suppression de l’intermittence. Appel à la Résistance

Post de Samuel Churin :

4437013_6_ae41_samuel-churin-dans-la-vraie-fiancee-de_c157827fe58be47bfabcbe421eaacdccChers amis, je n’ai pas l’habitude de prédire la suppression de l’intermittence mais je peux vous assurer que si nous ne réagissons pas c’est de fait ce qui arrivera. Ce qui s’est passé hier jeudi 24 mars est l’attaque la plus grave portée à ce régime spécifique d’indemnisation chômage depuis bien longtemps. Ce qui est demandé par le Medef et la Cfdt est bien pire que la convention 2014 et son différé d’indemnisation qui avait mis le feu aux poudres.
Rappel des faits : Suite à la convention 2014, Valls prend en charge le différé d’indemnisations des intermittents pour une somme de 80 millions d’euros et en annule les conséquences. Autrement dit, grâce à la forte mobilisation de 2014, aucun intermittent n’a subi cette mesure injuste. Depuis, il a été décidé une mesure dont le but principal a été d’éteindre un mouvement social et surtout de faire la part belle à la communication du gouvernement à savoir : – Inscrire dans la loi Rebsamen la pérennisation des annexes 8 et 10 ainsi qu’une négociation des futurs accords par les syndicats du secteur Suite à cela Manuel Valls a pu communiquer sur le thème : les intermittents sont sauvés, les socialistes aiment la culture. Et tout le monde l’a cru, sauf nous.
Pour rappel, nous avons dit depuis le début (reprenez toutes mes publications) : – Attention, tout ceci est bidon et cette loi est de la pure communication. Seul le titre « annexes 8 et 10 » est « sauvé » mais pas le contenu. Ainsi on pourrait demander aux intermittents de faire 800h en 10 mois pour ouvrir des droits et ce serait compatible avec la loi. – Les accords négociés par les syndicats du secteur pourront facilement être torpillés pour la raison suivante : c’est le Medef et son partenaire la Cfdt qui fixent le budget !!! Autrement dit Le Medef pourra faire pire qu’en 2014 : supprimer les annexes 8 et 10 sans le dire. Et bien, tout ce que nous avions prévu est arrivé hier. Le Medef a rendu sa feuille de cadrage, elle a été acceptée par la CFDT et la CFTC. Que dit ce document ? Les intermittents devront faire 185 millions d’euros d’économies par an pour la convention signée avant juillet et à horizon 2020, 400 millions d’euros d’économies par an !
Rendez-vous compte : ces économies sont bien supérieures au différé d’indemnisation scandaleux de 2014. Pour rappel encore, Manuel Valls pavanait dans les rues d’Avignon l’été dernier en affirmant (source AFP) : « Aucune nouvelle économie ne sera demandée aux intermittents, ils ne doivent pas servir de variable d’ajustement » Nous avons tant bien que mal essayé de repousser le pire depuis 13 ans grâce à une forte mobilisation dans les moments critiques.
La situation n’a jamais été aussi grave. J’appelle tous les concernés à se réunir partout au plus vite et à venir très nombreux aux AG d’informations. Nous devons nous organiser pour cela et diffuser le plus largement les lieux et dates des futurs rendez-vous. Votre présence est essentielle. Nous devons lutter par tous les moyens possibles pour éviter une disparition programmée. Nous avons fait des propositions, participé aux tables, averti des dangers de la loi Rebsamen, annoncé à l’avance ce qui allait se passer. On nous a menti, on nous a répondu avec une morgue infinie, et maintenant on veut nous faire disparaitre en silence. Ne les laissons pas faire.
Samuel Churin
Publié sur Facebook le 25 mars 2016