Soumaila Koly : « La culture africaine d’aujourd’hui est essentiellement urbaine »

La nuit de la vérité de Fanta Régina Nacro (Burkina Faso 2004)

La nuit de la vérité de Fanta Régina Lacro Burkina Faso 2004

Quilombo regards sur les cinémas d’Afrique et de la diaspora noire. La terre tourne, l’énergie citoyenne aussi, dans les veines du réalisateur Soumaila Koly réalisateur délégué à la manifestation.

Pourquoi ces rencontres ?

« Nous souhaitons mettre l’accent sur des visions différentes en ne proposant pas une seule lecture des choses à nos concitoyens. Ce que permet l’expression cinématographique à la différence du petit écran. Ces rencontres permettent une ouverture, parfois une confrontation dans un nouvel espace. Il m’est arrivé d’être choqué par la vision de certains spectateurs mais il faut accepter les différences de point de vue pour que le dialogue s’établisse. Paradoxalement nous montrons des images mais nous cherchons à libérer la parole.

Les vertus du cinéma facilitent-elles cette circulation ?

Au moment où nous plongeons dans une crise de sens sans précèdent, le cinéma résonne et fait miroir. En tant que cinéphile, j’ai vu beaucoup de films. Certains dont l’action se déroule à l’autre bout de la planète m’ont permis de relativiser ce que je vis ici. Le cinéma est une passerelle formidable.

Comment organiser un tel événement avec un si petit budget ?

Nous sommes soutenus par la Ville de Montpellier et l’Agglomération à travers son réseau de médiathèques. Nous avons également des partenaires pour la diffusion comme le Diagonal et les salles d’art et essai. Le ministère des Affaires étrangères souvent associé à la production de films africains nous cède les droits de certains films. Il y a aussi des producteurs qui jouent le jeu pour faire connaître le cinéma africain.

Comment se porte le cinéma africain ?

La situation du cinéma est catastrophique en Afrique. Parce que le cinéma s’appuie généralement sur une industrie ou c’est un art soutenu par l’Etat, comme en France où il a longtemps été l’étendard de la culture française. Il est difficile de parler d’industrie cinématographique en Afrique et tout aussi compliqué de trouver des Etats qui soutiennent leur culture. Les réalisateurs sont contraints d’entreprendre des aventures individuelles.

En a-t-on fini avec la décolonisation ?

La distribution des films continue d’être assurée par des compagnies étrangères. Il y a aussi des soutiens des Etats du nord. Ce qui permet à quelques films de faire surface. Mais les guichets de financements institutionnels ont certaines attentes. Celles d’un cinéma qui parle de la culture traditionnelle marche ici mais intéresse peu les Africains.

Emerge-t-il des thèmes nouveaux ?

On fantasme beaucoup sur les films ruraux alors que l’Afrique d’aujourd’hui est essentiellement une culture urbaine. En Afrique, la nouvelle donne provient du numérique. Cela permet l’émergence de jeunes réalisateurs qui réalisent des fictions sur la société contemporaine. Ils filment en HD. Les films sortent en vidéo et sont ensuite copiés. Un pays comme le Nigeria produit 1 000 films par an qui circulent sur tout le continent. Le documentaire m’apparaît aussi très porteur. C’est le cinéma du réel qui est en train de trouver son ton. »

Recueilli par Jean-Marie Dinh

La LDH dénonce un « recul des droits et libertés » en France en 2008

La Ligue des droits de l’Homme (LDH) dénonce dans son rapport annuel sur « l’Etat des droits de l’Homme en France » la poursuite d’un « recul des droits et libertés » en 2008, en soulignant la « surveillance » de « tous les citoyens » et le renforcement du « contrôle social ». « Le recul des droits et libertés qu’avait accéléré l’arrivée au sommet du pouvoir politique de Nicolas Sarkozy en mai 2007, a continué sans désemparer tout au long de l’année 2008 », écrit le président de la LDH Jean-Pierre Dubois dans ce rapport, publié jeudi aux éditions La Découverte. La LDH insiste sur l’avènement de ce qu’elle appelle « l’ère des miradors invisibles », quand « puces, caméras, lecteurs d’empreintes, bases de données et fichiers (…) pullulent », soulignant que  la Commission nationale de l’informatique et des libertés (Cnil) a elle-même « alerté sur la mise en place d’une +société de la surveillance+ ».

Selon l’organisation de défense des droits de l’Homme, ce sont « tous les citoyens, partout et toujours » qui sont « surveillés », et « tout particulièrement » (…) les défenseurs des droits et les lanceurs d’alerte ». Plus « l’Etat pénal avance », plus « l’Etat social recule », poursuit-elle, citant l’exemple du « fichage des chômeurs » qui « s’enrichit d’une surveillance de plus en plus inquisitoriale sur leur train de vie ». L’organisation parle également d’un renforcement du « contrôle social », en particulier à travers « des entraves à la liberté d’expression », s’inquiétant de ce que « le nombre de poursuites intentées pour outrage à l’autorité publique et pour injure et diffamation explose ».

Evoquant des « dérives sécuritaires », la LDH cite notamment à ce propos la loi sur la rétention de sûreté, qui « prive de liberté après la prison ». Elle condamne « une gestion de la police génératrice de dérives de plus en plus préoccupantes », particulièrement dans l’affaire de Tarnac où présomption d’innocence et secret de l’instruction ont été selon elle « piétinés »: des sabotages de lignes ferroviaires « qui n’ont mis en danger aucune vie humaine » y ont été « présentés » comme « une menace +terroriste+ de grande ampleur ». L’association parle d’une « dérive xénophobe de plus en plus ouvertement assumée », notamment concernant les sans-papiers, mais se réjouit de l’émergence  en 2008 de « résistances et réveils civiques face aux +contre-réformes+ », au cours de la campagne contre le fichier Edvige ou du mouvement de grèves de sans-papiers salariés.

Selon la LDH, « nul n’échappera au choix entre une société de solidarités durables, de prééminence démocratique du politique sur l’économique, de construction de libertés et d’égalités réelles » et « une société de surveillance dans laquelle des pouvoirs de plus en plus autoritaires chercheront à toujours plus +surveiller et punir+, pour réduire les citoyens à l’état de consommateurs et d’administrés dociles ».

Voir aussi : Rubrique Justice Affaire Villiers-le-Bel,

Festival de Radio France : La 25e édition amorce une transition régionale

festi-radio-france-dm

 » C’est le dernier Festival de Radio France et de Montpellier… l’année prochaine, si je suis reconduit président, ce sera le premier Festival Régional de Radio France.  » A moins d’un an du scrutin régional, Georges Frêche ne pouvait manquer de placer la culture sur le terrain de campagne où il s’apprête à jouer la mère des batailles. C’est ce qu’il a fait, lundi lors de la présentation du Festival en s’appuyant sur la profonde complicité de René Koering.

Après avoir pointé un déficit d’infrastructure musicale adaptée à la musique sur le territoire régional, le président annonce :  » Si je suis réélu, j’aiderai à faire cinq ou six salles de 500 à 1 000 places avec une qualité acoustique digne de ce nom.  A Perpignan, Nîmes Carcassonne, Alès et pourquoi pas Béziers et Sète. S’adressant au maire UMP de Sète François Commeinhes, présent dans la salle, il propose :  » Je suis prêt à vous en prendre 50%.  » Qui dit mieux ?

L’excitation s’émousse

La présentation publique du festival qui réaffirme cette année sa vocation régionale, manque singulièrement de renouveau. Dans le milieu politico-artistique régional, comme ailleurs, on ne s’étonne plus guère des jeux de surenchères surréalistes qui se succèdent à la tribune. On opte généralement pour l’attitude confortable du détachement qui consiste à faire le dos rond en attendant que cela passe. Mais on ignore ainsi les conséquences sur le long terme. L’excitation qui fait la vie des grands festivals s’émousse. Si l’on s’accorde à penser que la culture n’est pas une marchandise comme les autres, on ne peut oublier qu’un projet artistique est toujours porté par le désir. Reste le contenu et la réussite incontestable d’une aventure culturelle qui passe sans célébrations tapageuses son quart de siècle. De ce point de vue, le bilan plaide si bien pour l’entité bicéphale Frêche Koering que l’on peine à imaginer une continuité dans un autre casting. Ceci explique peut-être cela.

La qualité demeure

Le choix de l’exigence et de l’ouverture qui fonde la réussite du Festival de Montpellier seront au rendez-vous de cette 25e édition. A commencer par trois opéras qui devraient réjouir les amateurs d’art lyrique. Zaira, un inédit de Bellini (version concert), Ezio, de Haendel avec une distribution d’exception rassemblant la soprano Verónica Cangemi, Kristina Hammarstroem, le contre-ténor Lawrence Zazzo, l’alto Sonia Prina, Antonio Abet et le ténor Vittorio Prado. Enfin Marie-Antoinette, par l’ensemble italien de musique baroque Europa Galante, mis en scène par Jean-Paul Scarpitta, évoquera les secrets d’une reine ( interprété par Sylvie Testud) et le rôle qu’elle joua en faveur de la musique.

Curiosités

Sous la baguette d’Emrico Delamboye, la soirée du 19 juillet figure au rang des curiosités attractives avec deux créations.  Trois discours politiques pour baryton, chœur d’hommes et orchestre , une œuvre de 1944 où le compositeur allemand Manfred Gurlitt célèbre à sa façon la révolution française à partir des discours de Saint-Just, Danton et Robespierre avec le concours de Fanny Ardant et de Gérard Depardieu. La deuxième partie de la soirée verra la renaissance de La Haine, une œuvre profondément dramatique d’Offenbach, qui dormait dans un tiroir depuis plus d’un siècle.

Le piano sera comme chaque année à l’honneur avec le retour des sœurs Labèque, la fidélité d’Aldo Ciccolini et la virtuosité d’Evgeny Kissin qui interprétera des œuvres de Mendelssohn et Tchaikovski dans des partitions pour trio, piano, violon et violoncelle. A noter enfin, la création Parole perdue d’après un livret de Jean Vermeil, mis en scène par Jean-Claude Fall avec le concours du dispositif électroacoustique GRM de l’INA, de la comédienne Emmanuelle Laborit et de la voix posthume de Guillaume Depardieu.

Jean-Marie Dinh

 

Voir aussi : rubrique Musique , Festival de Radio France, rubrique Politique culturelle, rubrique Rencontre, René Koering,

Obama lance la campagne des européennes

« (…)Il eût été difficile de le prédire, mais c’est Obama qui vient de lancer la campagne électorale pour les élections européennes du 7 juin, en soulevant de manière si nette la question turque. Le geste a pris à contre-pied Nicolas Sarkozy, à peine rentré de Strasbourg. Mais, sachant l’opinion largement hostile à l’entrée de la Turquie, il n’a pas hésité un seul instant à réaffirmer, tout aussi nettement, son opposition. Animant un débat d’autant plus vif, à droite comme à gauche, que les clivages traversent chaque camp. L’adhésion de la Turquie n’est ni décidée ni nécessairement pour demain. Elle fait l’objet d’un processus long, entamé formellement en 2005 et conditionné au succès de la négociation sur trente-cinq chapitres thématiques. Seuls dix ont été ouverts à ce jour. Pourquoi le soutien d’Obama à cette adhésion déclenche-t-il alors tant d’émotions ? Sans doute parce que l’Europe craint presque autant d’ouvrir la porte à 70 millions de Turcs que de la fermer à une puissance montante de la Méditerranée. »

Otage de sang

Marc Pastor et Julien Guill dans Diktat d'Enzo Corman

Marc Pastor et Julien Guill dans Diktat

La pièce débute comme un réveil qui sonne à mauvais escient. Promis à un bel avenir dans un régime totalitaire, un psychiatre dans la force de l’âge, sort soudainement du rêve. Dans un espace perdu, la scène, dépouillée de tout, s’y prête parfaitement, Piet va retrouver son demi-frère porté disparu avec sa mère durant la guerre civile. Vingt-cinq ans plus tard, cette résurrection soudaine, vient interrompre sa vie quotidienne et réviser passablement ses certitudes. Sans plus trop savoir où il en est, il se débat avec lui-même quand arrive le frère oublié qui le braque brusquement avec un revolver pour en faire son otage.

En connaissance de cause, et à renfort de détails sur la tragédie des survivants, Val ranime la culpabilité de son frère que le temps a transformé en naïve innocence. La guerre ressurgit comme des fils barbelés entre les deux frères. Et le choix imposé par la victime rebelle au nationaliste assumé est radical. Le lien de sang propulse l’intensité de la relation. Le cadet piétine la raison filiale que recherche l’aîné d’abord pour sauver sa  peau, puis plus sincèrement.

Interprétation et présence corporelle remarquable de Julien Guill et de Marc Pastor qui maintiennent une intensité dramatique soutenue et nuancée, en tenant le spectateur sur le fil d’un bout à l’autre de la pièce. Le duo fonctionne comme une horloge qui tourne à l’envers en remontant le temps vers les périodes noires du conflit, puis jusqu’à l’enfance retrouvée et finalement fusillée.

La grandeur des vaincus tient une place de choix dans le théâtre de Corman. Avec Diktat, l’auteur aborde l’épineuse question de la responsabilité politique et morale de l’individu. Ni le pays ni les parties en présence ne sont citées. Enzo Corman a cependant écrit ce texte en 1995, ouvrant la porte de la fiction dramatique en pleine guerre de Bosnie pour faire entrer un peu d’air dans les principes aveugles de la réalité.

Diktat par la Cie Provisoire à La Baignoire en mars 2009