Crise de la dette : «Les Brics sont en position de force»

 

Alors que les pays de la zone euro traversent une crise majeure de leurs dettes souveraines, les grands pays émergents (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud) ont fait savoir qu’ils allaient discuter la semaine prochaine de la possibilité de venir en aide à l’Europe. Tout un symbole, nous explique Alexandre Kateb, économiste, directeur de Competence Finance et maître de conférence à Sciences-Po.

En quoi l’annonce des Brics est-elle symbolique ?

C’est un véritable retournement. Un bouleversement du centre de gravité de l’économie financière de la planète. Les pays émergents ont été aidés par les pays développés durant les années 1990 lorsqu’ils étaient traversés par des crises. Aujourd’hui, l’inverse va peut-être se produire.

A l’aune de cette crise, les pays émergents apparaissent désormais comme les plus solides. Ils sont en position de force. Se portent garants de la croissance économique mondiale et de la santé des pays européens en convalescence ou gravement atteints. Et sont prêts à prendre une responsabilité plus grande dans la gouvernance économique et financière mondiale. C’est très fort symboliquement.

Il faut dire que par le passé, les Brics ont longtemps été économiquement inféodés à l’occident.

Parmi les Brics, le seul pays qui a conquis très tôt son autonomie est la Chine. A partir de 1949 et pendant les années de libéralisation sous Deng Xiaoping, elle n’a jamais souscrit une dette importante au niveau international.

La Russie, l’Inde, le Brésil… Tous les autres grands pays émergents ont en revanche eu recours à l’aide internationale via le FMI ou bien à travers les aides du Trésor américain.

L’Inde a eu recours au FMI en 1991 pour éviter une crise de sa balance courante après plusieurs crises économiques. En contrepartie, le Fond monétaire exige alors une libéralisation de son économie et une gestion très prudente au niveau macroéconomique.

Pendant des années, la Russie a été portée à bout de bras par le FMI, mais celui-ci ne parvient pas à éviter le défaut de la dette souveraine russe en 1998. Elle aussi a dû mettre en place des réformes économiques majeures.

Le Brésil a quant à lui connu des crises à répétition pendant les années 1980 et 1990. La dernière, qui date de 1999, a mené à une dévaluation très forte de sa monnaie vis-à-vis du dollar. Le FMI lui est alors venu en aide, et lui a imposé une remise en ordre économique. Il a aussi demandé au Brésil des privatisations et des dégraissages massifs parmi les fonctionnaires. Plusieurs millions d’emplois ont été perdus. Depuis, le pays a pris ses distances vis-à-vis du FMI.

On se doute que les Brics ne proposent pas leur aide à l’Europe par altruisme. Quel intérêt auraient-ils à acheter davantage d’obligations européennes?

En soutenant la zone euro, ils se soutiennent eux-mêmes. Leurs économies sont dépendantes de la croissance de la zone euro. Les Brics ne veulent pas que le moteur de la consommation s’arrête en Europe. C’est particulièrement vrai pour la Chine. Et le Brésil et la Russie seraient très impactés par ricochet en cas de récession mondiale, car ils fournissent les matières premières. L’Europe absorbe les deux tiers des exportations énergétiques russes.

Investir davantage dans les obligations européennes permettrait également aux Brics de réduire leurs dépendance vis-à-vis du dollar. Notamment pour la Chine, qui dispose de 3000 milliards de réserve de change. Elle a toutes les réserves nécessaires pour venir au secours de l’euro tout en diversifiant ses risques et en prenant pied dans la zone euro. Ce faisant, elle permet aussi à ses entreprises d’être accueillies plus positivement dans la zone. C’est donnant-donnant.

Soutenir l’euro, c’est également favoriser la consolidation de cette monnaie, véritable alternative au dollar, et donc sortir de l’hégémonie américaine.

Les Brics pourront-ils observer une coordination politique pour venir en aide à l’Europe ?

C’est surtout le symbole qui est recherché. Après, chaque pays va mettre en oeuvre les mesures qu’il jugera conformes à son intérêt. En terme de diversification des réserves de change, par exemple, la Chine n’a pas la même marge de manoeuvre que l’Inde.

Il y aura en tout cas des signaux forts pour montrer que les Brics vont soutenir l’euro et augmenter leurs achats d’obligation. Pas question pour eux d’acheter de la dette grecque ou portugaise. Mais plutôt de la dette allemande ou française, voire italienne. Les Chinois souhaitent notamment acheter des obligations en Italie. Mais ils sont prudents. Ils sont prêts à prendre des risques en pensant au long terme, mais ils ne veulent pas non plus hypothéquer leur trésor de guerre.

Concrètement, cela pourra rassurer les marchés, montrer que les pays européens ne sont pas les seuls à se préoccuper de la crise de la zone euro. Et qu’une solution internationale peut être mise en place.

Recueilli  par Laura Thouny (Libération)

Alexandre Kateb est économiste, directeur de Competence Finance et maître de conférence à Sciences-Po. Il a écrit «Les nouvelles puissances mondiales : pourquoi les Brics changent le monde» aux éditions Ellipses.

Voir aussi : Rubrique Brics, rubrique UE, rubrique Finance, rubrique Co Developpement,

 

La conférence de Christophe Pellet mise en scène par Stanislas Nordey

Stanislas Nordey, La Conférence. Photo Giovanni Cittadini

Par Jean-Marie Dinh

Ce ne sera pas comme le dit Stanislas Nordey, dans la première phrase de la pièce, « une erreur fatale de donner cette Conférence dans une entreprise culturelle française », mais une exception. Le Théâtre des 13 vents, dirigé par Jean-Marie Besset, est en effet à ce jour le seul CDN à avoir programmé ce texte de Christophe Pellet couronné grand prix de littérature dramatique en 2009. Cette séance inaugurale met en scène un auteur français à bout qui se lâche sur « la médiocrité » de l’institution théâtrale française et l’esprit français qui le détruit.

Dans une scénographie tricolore frontale, type meeting nationaliste, la performance d’acteur de Stanislas Nordey nous emporte dans une dualité hypnotique ou la hardiesse de l’acteur et du spectateur qui accepte de le suivre, s’émancipe de la représentation. Dans la salle à jauge réduite, la fièvre surgit du corps du comédien et les murs du théâtre s’effritent par la force de la parole. Dénonçant notamment les entreprises culturelles comme « lieux de perdition pour l’esprit et la beauté », ce texte, nous arrive comme un coup de poing.

Le monologue époustouflant  dépasse le stade de l’aigreur comme il franchit le périmètre du microcosme théâtral français qui en prend pour son compte. On touche aux questionnements profonds qui fondent l’honneur, le bon goût et l’attachement à la nation française. Le vrai l’emporte sur le faux, (ce qui nous reste inaudible), dans ce voyage lucide proche du point de bascule. On reconnaît la voix de souffrance, celle de la poétique de l’excès qui vous rend « irrécupérablement » génial ou simplement  méprisable.

Ce soir à  à 19h, rens : 04 67 99 25 00

 

Trois questions à Christophe Pellet

Dans quel contexte avez-vous écrit ce texte qui aurait pu être une contribution intéressante au débat sur l’identité nationale ?

Vous pensez ? Je l’ai écrit en 2005. Ce n’est pas un texte contre le théâtre mais contre le travail et la hiérarchie. Je me rends à l’évidence : fondamentalement, l’homme n’est pas fait pour travailler. J’ai écrit du théâtre, sur l’aliénation du travail, parce que c’est mon métier. Une amie hôtesse m’a dit : ce que tu racontes dans La Conférence, je le vis à Air Inter. Chacun devrait écrire sa conférence, les profs, les médecins, les cadres de France Télécom…

Le texte ne se limite pas à l’aliénation professionnelle, il questionne aussi l’esprit français sur lequel la politique culturelle théâtrale rayonne ?

Dans la pièce, le personnage fait feu de tous bois. Il est un peu excessif quand il dit qu’au XXe siècle les Allemand se sont inspirés de l’esprit français pour le conduire au point de non-retour, même si cela étaye le propos de certains historiens. C’est de la provocation. Je me provoque moi-même en écrivant. Mais ce n’est pas gratuit cela correspond à la souffrance que je ressentais à ce moment. Ce que je dis des Centres dramatiques nationaux, je ne l’aurais pas écrit aujourd’hui, parce qu’ils sont en danger et ça m’embête d’apporter de l’eau au moulin.

Le fait d’avoir vécu à Berlin, vous a-t-il permis de prendre la distance qui nourrit votre implacable lucidité sur la domination et la dangerosité des entreprises culturelles d’Etat ?

La mise à distance permet de sortir de l’aveuglement. La France regorge de figures artistiques dont le commerce nous assomme et le conformisme institutionnel nous empoisonne. Berlin offre un espace privilégié pour les artistes. C’est une ville  en mouvement permanent. Il y règne une atmosphère libertaire. La conférence  est une critique terrible. L’appropriation remarquable de Stanislas Nordey l’enrichit. Mes autres pièces sont plus utopiques, La conférence, c’est le texte le plus nihiliste que j’ai écrit. »

Voir aussi :  Rubrique Politique culturelle, rubrique Théâtre,   rubrique Rencontre, Olivier Poivre d’ArvorJérome Clément, rubrique Littérature,

Ce ne sera pas comme le dit Stanislas Nordey, dans la première phrase de la pièce, « une erreur fatale de donner cette Conférence dans une entreprise culturelle française », mais une exception. Le Théâtre des 13 vents, dirigé par Jean-Marie Besset, est en effet à ce jour le seul CDN à avoir programmé ce texte de Christophe Pellet couronné grand prix de littérature dramatique en 2009.

Cette séance inaugurale met en scène un auteur français à bout qui se lâche sur « la médiocrité » de l’institution théâtrale française et l’esprit français qui le détruit.

Dans une scénographie tricolore frontale, type meeting nationaliste, la performance d’acteur de Stanislas Nordey nous emporte dans une dualité hypnotique ou la hardiesse de l’acteur et du spectateur qui accepte de le suivre, s’émancipe de la représentation. Dans la salle à jauge réduite, la fièvre surgit du corps du comédien et les murs du théâtre s’effritent par la force de la parole. Dénonçant notamment les entreprises culturelles comme « lieux de perdition pour l’esprit et la beauté », ce texte, nous arrive comme un coup de poing.

Le monologue époustouflant dépasse le stade de l’aigreur comme il franchit le périmètre du microcosme théâtral français qui en prend pour son compte. On touche aux questionnements profonds qui fondent l’honneur, le bon goût et l’attachement à la nation française. Le vrai l’emporte sur le faux, (ce qui nous reste inaudible), dans ce voyage lucide proche du point de bascule. On reconnaît la voix de souffrance, celle de la poétique de l’excès qui vous rend « irrécupérablement » génial ou simplement méprisable.

JMDH

y Ce soir à 20h30 demain à 19h, rens : 04 67 99 25 00

Quand la diplomatie française louait « la Libye nouvelle » de M. Kadhafi

 

« Je suis heureux d’être dans votre pays pour parler d’avenir ! », avait écrit Nicolas Sarkozy sur le Livre d’or que réservait Mouammar Kadhafi aux hôtes d’honneur de la Grande Jamahiriya libyenne. Le président français avait atterri à Tripoli le 25 juillet 2007, vingt-quatre heures après la libération faisant suite à une spectaculaire médiation française de cinq infirmières bulgares et d’un médecin palestinien, restés huit ans enfermés dans les geôles libyennes. Il avait avec lui une délégation de 140 personnes, dont 70 journalistes et des contrats à signer.

Cette visite est le sujet principal d’un télégramme diplomatique émanant de l’ambassade de France en Libye, que Le Monde a retrouvé à Tripoli, après le sac de la chancellerie survenu au printemps, lorsque la France était en première ligne aux côtés de l’insurrection.

« Une page est tournée, il faut désormais parler d’avenir, avait déclaré en 2007 M. Sarkozy au colonel Kadhafi. La France est disposée à établir un partenariat d’exception avec la Libye, à parler de tous les sujets sans tabou, qu’il s’agisse de la défense, du nucléaire et de l’union méditerranéenne. » « Nous avons fait cela pour vous, pour la France, l’Europe et la paix en Méditerranée », lui avait répondu son interlocuteur. Il avait ajouté que la France et l’Europe devaient tenir leurs engagements, éviter ce qui s’était passé après sa décision de renoncer aux armes de destruction massive, à la fin de l’année 2003.

Le président américain George Bush et le premier ministre britannique Tony Blair lui avaient alors fait des promesses qu’ils n’avaient, selon lui, pas tenues, mais « Dieu Merci, Sarkozy n’est ni Bush, ni Tony Blair. Et la France, c’est différent. »

Un « Pari sur la Lybie nouvelle »

Cette visite, avait estimé quelques jours plus tôt l’ambassadeur de France à Tripoli, Jean-Luc Sibiude, dans un télégramme diplomatique, était en « quelque sorte un pari sur la Libye nouvelle ». Le pari aura tenu un peu moins de quatre ans. Alors que l’avancée des troupes kadhafistes vers la ville insurgée de Benghazi laisse présager un bain de sang, la France prend la tête des pays réclamant une intervention militaire internationale en Libye.

Peu après le début des frappes aériennes, l’ambassade de France de Tripoli est désertée. Le bâtiment, situé dans le quartier résidentiel d’Al-Andalous, est attaqué, partiellement incendié. En août, alors que la capitale libyenne est en train de passer aux mains des rebelles, il est encore mis à sac par des groupes pro-Khadafi. Les lieux ont été laissés à l’abandon, portes battantes, véhicules réduits à l’état de carcasse devant l’entrée, portes, armoires et coffres blindés détruits ou éventrés.

Et dans ce fatras de verre brisés et de tôles froissées, une partie des documents de l’ambassade de France s’éparpillent, en vrac sur le sol. Les habitants du quartier affirment que des hommes sont finalement venus poser des cadenas et verrouiller les issues, jeudi 15 septembre au matin, jour de la visite de M. Sarkozy en Libye, venu encore une fois parler d’avenir avec le pays, mais avec les rebelles.

C’est dans les locaux saccagés de l’ambassade (depuis réinstallée ailleurs) que des visiteurs libyens ont ramassé ces documents. Le mot « Sarkozy » inscrit sur le carton avait attiré leur attention. Y figure la correspondance diplomatique relative à la première visite du président français au « Guide », fin juillet 2007. En préparation, l’ambassadeur décrit la situation nationale : « La Libye est un pays qui change. Depuis 2003 [et le renoncement aux armes de destruction massive], le Guide a fait des révisions déchirantes, surtout aux plans diplomatique et économique, écrit-il dans un télégramme daté du 19 juillet 2007. Ce changement, il l’assume aujourd’hui, mais veille également à le contrôler, surtout s’agissant de la politique intérieure ».

Dans ce dernier domaine, estime-t-il, « c’est la décrispation, mais il n’est pas question de toucher aux ‘fondamentaux’ du régime ou de démanteler ses acquis sociaux. Saïf Al-Islam, chef de file du camp de la réforme, y compris sur le plan politique, bénéficie de l’appui de son père. Il doit cependant savoir jusqu’où ne pas aller trop loin ou trop vite dans le processus de réforme. » La politique de réforme et d’ouverture ne s’est pas étendue au système politique, remarque-t-il : « La ‘détente’ amorcée sous l’égide de Saïf Al-Islam marque le pas. Les arrestations d’hommes d’affaires en mars dernier, les exécutions de peine capitale, le maintien d’un contrôle strict de la presse (…) en témoignent ».

Sur le plan économique, le diplomate note une « modernisation progressive » : « le caractère progressif et limité de cette libéralisation s’explique avant tout par un souci de préservation du régime : éviter les tensions sociales et l’émergence d’acteurs privés libyens susceptibles d’utiliser leur puissance financière à des fins politiques ». « La Libye dispose de ressources financières importantes, note-t-il ailleurs, mais reste fondamentalement un pays sous-développé. » « Deux secteurs me semblent mériter une attention particulière, parce que nous y affrontons une concurrence forte et que notre sort y dépend de décisions personnelles du Guide : le nucléaire civil (…) qui répond à une demande personnelle du Guide. (…) Les équipements militaires : la France est en concurrence dans ce secteur, en particulier avec les Russes et les Anglais. »

Vus de Tripoli, les Britanniques, futurs alliés contre le régime, apparaissent à la fois comme des rivaux et comme un exemple diplomatique à suivre : « Très impliquée dans les dossiers des armes de destruction massive, la Grande-Bretagne a voulu faire de la Libye un exemple de réintégration dans la communauté internationale, note l’ambassadeur. Les résultats obtenus par Tony Blair lors de sa récente visite (contrats dans les domaines pétroliers et militaires) confirment le succès d’une politique qui, à partir de points forts (formation de la majorité des élites libyennes, dialogue politique très soutenu) a fait de la Libye un enjeu stratégique majeur ».

M. Kadhafi « Ne peut pas être un partenaire commode »

Or, « les Libyens sont demandeurs de France », soutient le diplomate français. Ils sont « souvent nostalgiques des années 1970 où la France a été le premier pays à reconnaître la révolution kadhafienne et à engager une coopération d’envergure. Pour ce qui nous concerne, nous sommes ici dans une position très particulière, seuls de tous les pays occidentaux à avoir à la fois une politique maghrébine et africaine, nous n’avons pas, avec la Libye, les relations historiques qui nous lient avec ses voisins (Tunisie, Algérie, Niger, Tchad, Egypte). Nous sommes ainsi sans la position inverse de celle de la Grande-Bretagne, par exemple, pour laquelle la Libye représente la porte de l’Afrique du Nord). »

« Le Guide ne peut pas être un partenaire commode, prévient cependant l’ambassadeur, mais nos intérêts objectifs vont dans le même sens. (…) Les Libyens comprennent le langage direct. Ils savent aussi ‘renvoyer l’ascenseur’. Lors de cette visite, plusieurs accords ont été signés, dont les plus importants portent sur la « coopération en matière de défense et d’industrie de défense » et sur la « coopération dans le domaine des applications pacifiques de l’énergie nucléaire « .

L’union pour la Méditerranée rencontre moins de succès. Quant à l’avenir de cette « Libye nouvelle », « le régime n’apparaît pas menacé à court terme. Il n’existe pas de force d’opposition structurée visible, jugeait à cette époque le diplomate. La manne pétrolière est également de nature à limiter les motifs de mécontentement populaire : subvention aux produits de première nécessité, aide aux plus démunis pour le logement… le Guide veille tout particulièrement à ce que les évolutions en cours ne se fassent pas au détriment des acquis sociaux de la révolution. »

« En dépit des interrogations qui peuvent entourer sa santé, la question de la succession du Guide n’est pas encore posée, note encore l’ambassadeur de France. La nature essentiellement patrimoniale et tribale du pouvoir, ainsi que la culture du consensus et la manne pétrolière sont autant de facteurs qui plaident pour une évolution du régime sans crise ou rupture majeure. »

Cécile Hennion (Le Monde)

Voir aussi : Rubrique Affaires, La France et l’Italie premiers fournisseurs européens d’armes à Kadhafi, rubrique Lybie Les amitiés lybiennes de Patrick Ollier,

Tous au Larzac : Incroyable histoire d’humains qui résistent

Le documentaire de Christian Rouaud présenté hier au cinéma Diagonal met du baume au cœur. Il conte l’histoire tumultueuse et humaine des 103 paysans du Larzac en lutte contre la grande muette pour préserver leur territoire et leur mode de vie. Comme dans son dernier film Lip, l’imagination au pouvoir, Christian Rouaud appuie son propos sur un triptyque historique politique et social. Le film repose sur le témoignage des principaux protagonistes qui relatent avec distance et honnêteté un combat qui a bouleversé leur vie en profondeur. « Avant j’étais normal, je votais à droite et j’allais à la messe. Ca a changer depuis », confie avec un rien  d’ironie Léon Maille, un paysan installé depuis trois générations sur le site.

 

Marizette Targuier

On suit par le menu le combat non violent qui commence le 11 octobre 1970 avec le projet d’extension du camp militaire du Larzac pour se finir avec l’élection de Mitterrand en 1981. Le parcours interpelle par sa nature. Il part de paysans isolés dans leur ferme qui se regardaient en chiens de faïence pour aboutir à une lutte collective qui intègre dans le temps des militants de tous les horizons, syndicats agricoles, gauche ouvrière et paysanne, maoïstes, communauté de l’Arche, anars, militants occitans, prêtres de campagne… Cette union improbable doit beaucoup à la personnalité de l’agriculteur Guy Tarlier dont la veuve Marizette, qui ne ménageait pas la teneur de son engagement, apporte un témoignage lumineux.

Avec ses images, le réalisateur fait également parler la nature qui donne à comprendre, pour ceux qui y sont nés comme pour ceux qui l’on rejointe, à quel point cette terre du Larzac est au centre de l’expérience humaine. Et par extension, à quel point, elle a pu agréger et canaliser le puissant attachement des Français à un certain type de continuité sociale et culturelle.

« Ce qui a caractérisé les luttes de cette période, n’est pas comme on l’a dit parfois, le dogmatisme gauchiste, mais une liberté d’invention et de ton, une fierté, une insolence, une imagination sans borne,» affirme le réalisateur. Christian Rouaud ne veut pas nous proposer un modèle, il nous invite à porter un regard neuf sur les luttes à entreprendre.

Jean-Marie Dinh

Tous au Larzac, sortie le 23 novembre.

Voir aussi : Rubrique Cinéma, Grandpuits et petites victoires, We want sex equality, rubrique Société, Mouvements sociaux,

Bourgi, lumière sur la face noire de la politique


Par Antoine Guiral

Des mallettes pleine d’argent, un chef d’Etat africain appelé «papa» (Omar Bongo), un avocat franco-libanais à la voix sucrée, des accusations dévastatrices, des démentis de principe, la justice saisie… Et puis, Chirac, Villepin, Le Pen et Sarkozy. La confession dimanche de Robert Bourgi, porteur de valises de la françafrique, est proprement stupéfiante. Les plus hauts responsables de l’Etat y palpent des billets comme des malfrats après un casse. Les lois et la morale sont bafouées. Les citoyens abasourdis. C’est du polar, de la politique fiction…

C’est surtout la face la plus noire de la politique. Celle qui apparaît si rarement au grand jour, faute de preuves ou de témoignages crédibles. Les rares à briser le silence auraient souvent préféré continuer à se taire. Qu’ils soient promoteurs, secrétaires, petits élus, chauffeurs ou même policiers, ils décident de parler un jour par rancoeur, pour une trahison de trop, le besoin de se protéger ou de ne pas porter le chapeau pour les autres. Personnages de l’ombre, seconds couteaux, «petites mains» des partis, ils sont les chevilles ouvrières de la vie politique. Jamais des élus de premier plan, encore moins des hommes dits «d’Etat». Chez ceux-là, l’omerta est une règle de vie.

Les méthodes comme les chiffres alignés dimanche par Bourgi sont si extravagants que l’on est tenté de ne pas y croire. Les accusés, comme Dominique de Villepin, récusent en bloc avec des mots choisis pour faire écran: «fariboles». L’enquête – si elle aboutit – prendra des années. Où sont les preuves? Le délai de prescription est-il atteint? Faire parler Bongo fils, pour son père décédé? Selon toute vraisemblance, les paroles de Bourgi resteront inconséquentes.

Les dernières révélations d’une ampleur comparable remontent à plus de 10 ans: la fameuse cassette Méry, du nom de ce promoteur immobilier, membre du RPR et faux facturier pour le compte du parti gaulliste. Où l’on retrouvait déjà Chirac en première ligne, accusé de s’être fait remettre des valises de billets en son hôtel de Ville de Paris. Avec en toile de fond des comptes en Suisse, des sociétés écrans, des entreprises rackettées pour se voir attribuer des marchés et priées de gonfler les factures pour reverser des dessous de table.

«Abracadabrantesque»! «Pschittt…»! Chirac et son souffleur de mots magiques, Villepin, ont survécu. Pas de poursuites, pas de procès. Le premier a été réélu président de la République en 2002 et a maintenu les juges hors de l’Elysée avec son immunité. Et dans une autre affaire (vieille de plus de quinze ans…) jugée ces jours-ci de financement illégal et d’emplois fictifs, l’ancien chef de l’Etat a trouvé la parade avec son «anosognosie». Ce qui ne l’a pas empêché de retrouver un zeste mémoire pour porter plainte contre Bourgi.

Libération

 

Extraits du Discours de Dakar du Président Sarkozy

« Le paysan africain qui depuis des millénaires vit avec les saisons, dont l’idéal de vie est d’être en harmonie avec la nature …. le drame de l’afrique c’est que l’homme africain n’est pas assez rentré dans l’histoire »

Voir aussi : Rubrique Affaires, Angolagate: Pasqua relaxé, Pétrole contre nourriture non-lieu pour Pasqua , rubrique Afrique Françafrique, On Line : J’ai vu Chirac et Villepin compter les billets,