Le mouvement des jeunes gagne l’Europe

La jeunesse espagnole continue à s'indigner

 

Les élections régionales et municipales n’ont pas mis fin aux protestations de dizaines de milliers d’Espagnols, jeunes pour la plupart, contre le chômage massif et les deux grands partis. Pour la presse, les problèmes des manifestants concernent toute la population et des mouvements semblables sont possibles dans d’autres pays européens.

La manifestation de dizaines de milliers d' »indignés » dimanche soir à Athènes et ailleurs en Grèce « montre l’angoisse du peuple devant la situation » de crise traversée par le pays, a jugé lundi le porte-parole du gouvernement, Georges Pétalotis. « Dans la mesure où il s’agit d’un rassemblement spontané (…), je crois que c’est un signe positif d’exprimer notre angoisse devant la situation », a affirmé M. Pétalotis sur la station de radio Flash. Plusieurs dizaines de milliers de personnes, selon la police, se sont rassemblées dimanche soir sur Syntagma, la place centrale d’Athènes, et dans d’autres villes du pays à l’appel paneuropéen des « indignés », qui ont manifesté dans plusieurs villes du continent, à l’instar de ceux réunis à Madrid, sur la place de la Puerta del Sol.
Pour sa part le ministre grec des Finances, Georges Papaconstantinou, a estimé lundi à la chaîne de télévision publique Net que « la majorité écrasante » des manifestants éprouvaient « des angoisses réelles » et « s’inquiétaient de leur avenir et de celui de leurs enfants ». Le vice-président du gouvernement et vétéran socialiste Théodore Pangalos s’en était pris aux « indignés » dans un entretien publié dimanche par un journal grec, qualifiant le mouvement de « mode des nouvelles technologies sans idéologie ».
« Même la mode des nouvelles technologies est une idéologie », a rétorqué M. Pétalotis sur la chaîne TV Antenna, rapportait lundi la presse grecque. M. Pétalotis a toutefois jugé que le seul refus « ne menait nulle part » et mis en garde contre « les mouvements qui ne reposent que sur l’émotion ou la colère ». « Ils offrent soit une sorte de défoulement sans résultat (…) soit ouvrent la voie à une prise du pouvoir par des méthodes antidémocratiques ».
Organisés via les réseaux sociaux, les « indignés » grecs ont installé un campement sur la place Syntagma, devant le Parlement, où depuis une semaine affluent tous les soirs des milliers de personnes protestant contre une vague de privatisations et de nouvelles mesures d’austérité que le gouvernement s’apprête à adopter sous la pression de ses créanciers, l’Union européenne et le Fonds monétaire international.
AFP 30/05/11

 

L’UE pousse les citoyens à protester

Le mouvement de protestation espagnol pourrait s’étendre à d’autres pays européens, estime le quotidien de centre-gauche libération : « La démocratie est née sur des places publiques. C’est-à-dire des espaces où, dans les cités antiques et les villes, les citoyens pouvaient se tenir assemblés pour débattre de questions qui dépassaient les individus et concernaient la communauté dans son ensemble. Les ‘Indignés’ de la Puerta del Sol rejouent à Madrid cette scène fondatrice. … Les ‘Indignés’ de la Puerta del Sol ne se font aucune illusion quant à leur prochaine évacuation par la police. Les tentes des manifestants et leurs cuisines en plein air risquent en effet de disparaître. On fera place nette. Mais la cause de ce mouvement spontané, inédit, elle, restera intacte. Et pourrait rapidement se trouver traduite dans de nombreuses langues européennes si les gouvernements de l’Union, de droite comme de gauche, n’ont à offrir à leurs citoyens que la perspective infinie de la rigueur économique. » (24.05.2011)

» article intégral (lien externe, français)

El Periódico de Catalunya – Espagne 

Des problèmes communs à tous

Le mouvement des indignés qui descendent sur les places d’Espagne pour protester depuis le 15 mai continuera à exister et à s’engager pour les changements sociaux même après les élections de dimanche dernier, estime le quotidien de centre-gauche El Periódico de Catalunya : « Aucun mouvement de jeunes n’a jusqu’à maintenant destitué un gouvernement ou renversé un système économique. Mais ils sont nombreux – à commencer par les Américains qui ont protesté contre la guerre du Vietnam jusqu’aux Islandais dernièrement – à avoir réussi à propager leur rage à une grande partie de la société. Cela a alors provoqué des changements politiques de grande ampleur. Les porte-parole du mouvement du 15 mai en ont fait leur objectif. Pour cette raison, ils ne mentionnent jamais dans leurs revendications les problèmes de la jeunesse mais toujours ceux de tous les citoyens. Leur action pacifique joue probablement également un rôle, car ils ne veulent effrayer personne. » (24.05.2011)



Süddeutsche Zeitung – Allemagne 

Les Espagnols doivent se mettre à la tâche

Les Espagnols mécontents veulent un nouveau système politique, mais ils doivent faire preuve d’initiative et mettre en œuvre chez eux les connaissances souvent acquises à l’étranger, demande le quotidien de centre-gauche Süddeutsche Zeitung : « L’une des principales revendications du mouvement de protestation est d’autoriser pour les élections des listes ouvertes pour les candidats indépendants. De nombreuses banderoles à la Puerta del Sol prennent l’Islande pour modèle car du crash est né un mouvement politique actif. Mais avant d’en arriver là, les personnes insatisfaites préfèrent ne pas se rendre aux urnes ou donner leur voix à des partis régionaux – en période de crise son propre clocher est encore ce qu’il y a de plus proche. C’est une erreur, car c’est bien le régionalisme déviant qui, par sa prodigalité, a provoqué en grande partie le désastre financier espagnol. … Il existe depuis longtemps une nouvelle vague d’émigration vers les entreprises allemandes, italiennes, britanniques et françaises. Seuls ces émigrés ont le pouvoir de recréer leur pays en s’appuyant sur les connaissances acquises à l’étranger. » (24.05.2011)

Politiken – Danemark 

Merkel enterre l’Europe

Les jeunes Espagnols qui manifestent par milliers à Madrid doivent se préparer à de nombreuses années de chômage massif, estime le quotidien de centre-gauche Politiken, qui rend l’UE responsable de cette situation : « Les dirigeants européens ont prescrit une cure complètement inadaptée. Au lieu de mener une politique financière tournée expansive combinée à des réformes structurelles, Merkel et consorts veulent sortir de la crise en infligeant un remède de cheval aux pays en crise, ce qui élargit encore le fossé. La Banque centrale européenne n’a le regard fixé que sur l’inflation alors que c’est actuellement un moindre mal, comparé au développement du chômage massif. De plus, elle encourage l’augmentation des intérêts, ce qui ne fait qu’aggraver la situation de l’Espagne. » (24.05.2011)

Alain Juppé n’est pas le bienvenue au Rwanda

La France a fait part au Rwanda de son courroux après des propos critiques de Paul Kagamé à l’égard du chef de la diplomatie française, Alain Juppé, dont la présence n’est pas la bienvenue au Rwanda, selon le président rwandais, a indiqué lundi le Quai d’Orsay. « La question d’une visite du ministre d’État au Rwanda n’est pas d’actualité », a répondu sèchement le porte-parole du ministère français des Affaires étrangères, Bernard Valero, à une question lors d’un point-presse sur les propos de Paul Kagamé. Dans un entretien publié par l’hebdomadaire Jeune Afrique, ce dernier a jugé qu’Alain Juppé ne serait pas le bienvenu au Rwanda. Il a aussi maintenu une déclaration d’avril dans laquelle il avait estimé que les Rwandais avaient « été insultés » par la position du responsable français qui occupait, lors du génocide de 1994, les mêmes fonctions de chef de la diplomatie qu’actuellement.

Dans son entretien, le chef d’Etat rwandais juge toutefois que le ministre français n’est pas un obstacle à une future visite en France. « La France ne se résume pas à Alain Juppé », a-t-il notamment dit. « Les propos que vous rapportez vont à l’encontre d’une relation bilatérale constructive », a souligné lundi Bernard Valero. « Ce message a été transmis aux autorités rwandaises », a-t-il précisé. Environ 800.000 Tutsi et Hutu modérés ont été tués, selon l’Onu, lors du génocide du printemps 1994. L’ancien ministre des Affaires étrangères Bernard Kouchner avait évoqué en 2008 une « faute politique » de la France lors du génocide. Alain Juppé avait alors très vivement répliqué, dénonçant des « amalgames de la repentance ».

AFP

Voir aussi : Rubrique Afrique Rwanda, Enquête judiciaire au coeur des  relations franco-rwandaises, On Line Génocide: Le Rwanda menace de poursuivre Balladur, Juppé, Védrine et Villepin,

Coup de théâtre à l’Angolagate: Pasqua relaxé, Falcone presque libéré

La cour d’appel de Paris a contredit  le jugement prononcé en première instance dans l’Angolagate, estimant qu’il n’y avait pas eu trafic d’armes, relaxant Charles Pasqua et prononçant contre Pierre Falcone une peine qui lui a permis de sortir de prison. « Aujourd’hui, justice est rendue, je suis soulagé mais cela aura des conséquences à terme », a réagi M. Pasqua, 84 ans, après sa relaxe. L’homme d’affaires français Pierre Falcone, 57 ans, a pour sa part quitté Fleury-Mérogis « à 18H30 », selon un de ses avocats, Me Pierre-François Veil. « Il va maintenant retrouver sa famille », a-t-il ajouté.

Le dossier portait essentiellement sur une vente d’armes à l’Angola dans les années 1990, pour un montant 790 millions de dollars, gagés sur les recettes futures du pétrole de ce pays d’Afrique australe alors en guerre civile. L’enquête, conduite par le juge Philippe Courroye, avait considéré cette vente illicite et débusqué une série de bénéficiaires des énormes bénéfices. Une quarantaine de personnes avaient comparu en première instance, une vingtaine en appel.

Pierre Falcone ainsi que son partenaire, le Franco-israélien d’origine russe Arcadi Gaydamak, 59 ans, avaient été condamnés à six ans ferme le 27 octobre 2009. En fuite, Gaydamak avait échappé à la prison, mais Falcone était immédiatement écroué. L’enquête avait aussi épinglé Charles Pasqua, pour trafic d’influence et recel d’abus de biens sociaux dans un volet connexe: il lui était reproché d’avoir reçu 230.000 euros en échange de l’attribution à Gaydamak de l’ordre du Mérite. Sanction du tribunal pour l’ancien ministre de l’Intérieur: trois ans de prison dont un ferme.

Au procès en appel, du 19 janvier au 3 mars, Pierre Falcone a bataillé pour faire valoir qu’il n’y avait pas eu de commerce « illicite », mais une opération menée sur « mandat » du gouvernement légitime angolais du président Dos Santos, confronté à une rébellion (l’Unita) condamnée par l’ONU.

Le parquet n’avait pas été convaincu, requérant des peines voisines de celles de première instance. Mais pour la cour, « il a été démontré tant par l’Etat (angolais) lui-même que par les actes accomplis, que MM. Falcone et Gaydamak ont agi au nom et pour le compte de l’Angola ». Dès lors, la fourniture d’armes à Luanda « ne relève que du droit international et (est) soustraite à l’appréciation des tribunaux français ».

En revanche, la cour a considéré que Pierre Falcone était bien « l’auteur de nombreux abus de biens sociaux » et l’a condamné à deux ans et demi ferme. Sa peine ayant été purgée, avec deux séjours en prison durant l’instruction et sa détention depuis 2009, la cour a donc constaté qu’il n’y avait plus « lieu à maintien en détention ».

Contre Arcadi Gaydamak, elle n’a retenu que la fraude fiscale et le blanchiment et l’a condamné à trois ans de prison ferme. Des amendes de 375.000 euros ont été infligées aux deux hommes. Quant à Charles Pasqua, il sort blanchi après avoir accusé la classe dirigeante de l’époque, dont Jacques Chirac et Alain Juppé, d’avoir tenté de lui nuire politiquement.

La cour s’est notamment déclarée convaincue, au vu des différents témoignages, du rôle d’Arcadi Gaydamak dans la libération de deux pilotes français otages en Bosnie en 1995. Pour la défense, c’est ce fait d’armes qui lui avait valu d’être décoré de l’ordre du Mérite.

« C’est une belle journée pour la justice française, voilà dix ans que nous disons qu’il n’y a pas eu trafic d’armes, pas de trafic de décoration « , a réagi un des avocats d’Arcadi Gaydamak, Me William Goldnadel. « Mais en même temps quelle amertume, car c’est une justice tardive », a-t-il ajouté.

Parmi les 15 autres prévenus, l’ancien préfet du Var Jean-Charles Marchiani a été condamné à 24 mois dont 8 ferme, n’échappant pas au recel d’abus de biens sociaux et l’avocat Allain Guilloux a écopé de la même peine.

AFP

Voir aussi : Rubrique AffaireLe procès de Angolagate, Pétrole contre nourriture non-lieu pour Pasqua, rubrique Afrique, françafrique

Ben Laden mort, l’Otan estime que sa mission en Afghanistan doit continuer

Le secrétaire général de l’Otan Anders Fogh Rasmussen a salué lundi le « grand succès » que représente selon lui la mort de Ben Laden, tout en estimant que les opérations militaires de l’Alliance en Afghanistan devaient continuer.

« C’est un grand succès pour la sécurité des alliés de l’Otan et de tous les pays qui se sont joints à nous pour combattre le fléau du terrorisme mondial et rendre le monde plus sûr pour nous tous », a déclaré M. Rasmussen en « félicitant le président (américain) Barack Obama et tous ceux qui ont rendu cette opération possible ».

Le secrétaire général de l’Otan a rappelé que l’alliance militaire occidentale s’était engagée en Afghanistan aux côtés des Américains car « elle considérait l’attentat du 11 septembre 2001 contre les Etats-Unis comme une attaque contre tous les alliés », conformémement à l’article 5 de son traité fondateur. Or « le terrorisme continue de menacer directement notre sécurité et la stabilité internationale », a estimé M. Rasmussen. Donc, « les alliés de l’Otan et leurs partenaires continueront de mener leur mission en Afghanistan afin de s’assurer que ce pays ne redevienne jamais un havre pour l’extrémisme », a-t-il souligné. « Nous continuerons de défendre les valeurs de liberté, de démocratie et d’humanité que Oussama Ben Laden voulait détruire », a-t-il ajouté.

L’Isaf, la force internationale sous commandement Otan depuis août 2003 et qui a actuellement 140.000 soldats en Afghanistan, prévoit de ne transférer la responsabilité de toutes les opérations aux troupes afghanes qu’à la fin de 2014, à l’issue d’un processus de transition entamé cette année. Selon la décision prise par le sommet de l’Otan à Lisbonne en novembre dernier, elle ne devrait ensuite à partir de 2015 qu’assumer un rôle de soutien plus limité.

AFP

Voir aussi : Rubrique Afghanistan, L’enlisement total,  L’exemple russe pour la sortie, Rubrique Méditerranée, Al-Quaida totalement dépassée par la lame de fond arabe,

Quand l’Otan tuait des civils en Europe pour lutter contre l’URSS

 

L’attentat de la gare de Bologne, 85 morts et plus de 200 blessés le 2 août 1980. Le 26 septembre suivant, 13 morts et 200 blessés à la fête de la bière de Munich. Les tueries du Brabant, 28 morts dans le sud de la Belgique entre 1982 et 1985.

Derrière ces crimes, se trouveraient l’Otan, les Etats-Unis et de hauts responsables politiques de plusieurs pays d’Europe, désireux de créer une « stratégie de la tension » pour lutter contre l’URSS.

On connaissait l’existence de ces armées secrètes depuis qu’en 1990, le président du conseil italien Giulio Andreotti avait révélé à la Chambre des députés ce qu’était le réseau Gladio. On savait qu’il faisait partie des réseaux Stay-behind, cellules dormantes crées par l’Otan dans plusieurs pays d’Europe, dont certains étaient officiellement neutres, comme la Suisse ou l’Autriche.

Ce qu’on ignorait, ce sont les liens très probables de ces réseaux avec des attentats terroristes. Parfois attribués à l’extrême-droite (dont des militants furent condamnés), parfois à l’extrême-gauche, parfois restés impunis. C’est ce que révèle le film « Le Scandale des armées secrètes de l’Otan », réalisé par le journaliste français Emmanuel Amara, qui s’appuie notamment sur les travaux de l’historien suisse Danièle Ganser.

Un sang-froid et une technique digne des services secrets

Au pic de la guerre froide, des groupes d’extrême-gauche contestent le capitalisme en jouant de la terreur, faisant plusieurs morts. La thèse de Danièle Ganser, qui est formellement invérifiable tant que l’Otan ne s’exprime pas ou que les archives restent classifiées, veut que l’organisation et la CIA aient choisi une « stratégie de la tension », à la fois pour décrédibiliser l’extrême-gauche et favoriser l’élection de majorités plus sécuritaires, donc de droite. En organisant des attentats meurtriers pour la population civile.

Cette thèse est invérifiable, mais elle est fortement étayée par de nombreux témoignages diffusés dans le film. Ainsi, ce policier et cette juge d’instruction belges qui racontent en quoi les tueurs (impunis) du Brabant étaient des gens dotés d’un sang-froid et d’une technique digne des services secrets.

On a aussi la surprise d’entendre le très sulfureux Licio Gelli, grand maître de la fameuse loge maçonnique P2. Mentor de Silvio Berlusconi, ce nonagénaire maintenu en résidence surveillée est la cheville ouvrière de la plupart des scandales des années de plomb italiennes.

Après les révélations d’Andreotti en 1990, trois pays ont décidé de lancer des enquêtes parlementaires sur les réseaux Stay-behind : l’Italie, la Suisse et la Belgique. C’est donc dans ces pays que les informations sont les plus nombreuses, ou plutôt les moins rares, tant le secret continue à voiler ce qu’on pourrait bien qualifier de terrorisme d’Etats.

1950-1990 : le scandale des armées secrètes de l’Otan d’Emmanuel Amara, diffusé dimanche 1er mai , sur France 5.

Voir aussi : Rubrique International, Otan, terrorisme, rubrique Médias,