Egypte : après l’enthousiasme, les doutes. Revue de presse internationale

carte-des-manifestations-moyen-orient

Après les cris de joie et les feux d’artifice, après les images de ces drapeaux égyptiens portés à bout de bras s’étalant à la Une de toute la presse, l’enthousiasme a cédé la place au doute. Partout, les mêmes questions fleurissent à présent dans les colonnes des journaux : L’Egypte a-t-elle été le théâtre d’un coup d’Etat ? Le vrai Printemps arabe est-il en train de commencer ? Quelle lueur d’espoir apporter au monde arabo-musulman, entre la sombre cruauté des dictatures et l’obscurantisme des partis religieux ?

Quelle que soit la suite des événements, écrit L’ORIENT LE JOUR, la crise égyptienne ne fait finalement que souligner, dit-il, une série de paradoxes. Lorsque pour les uns, l’armée n’a fait que servir le peuple et l’a aidé à accomplir une deuxième révolution, pour d’autres, elle vient de commettre un coup d’Etat contre le premier président égyptien élu. ». En clair, pour les «gagnants» du jour c’est une victoire de la démocratie et pour les «perdants» c’est une atteinte à la démocratie.

Imaginez simplement, que toutes les forces qui sont sorties dans la rue, lançant le début des manifestations qui ont précipité le renversement de Morsi, s’étaient rendues dans le même nombre dans les bureaux de vote, pour sanctionner les candidats des Frères musulmans à la députation ? Un tel Parlement, analyse THE FOREIGN POLICY cité par SLATE aurait permis de mettre sur pied, un véritable équilibre des pouvoirs au sein d’institutions démocratiquement élues et empêché le président de confisquer tous les pouvoirs électoraux. La démocratie aurait fonctionné. Sauf qu’une fois de plus, c’est la loi du plus fort qui règne en Egypte se désole son confrère néerlandais LOYAUTE (TROUW), un principe qui menace de réduire à néant la jeune démocratie égyptienne à tous les niveaux.

Car même si l’ex président était sans doute le mauvais homme, à la mauvaise place, au mauvais moment, résume THE FINANCIAL TIMES, pour autant, prévient LE TEMPS de Genève, la neutralisation du président islamiste ne règle rien, elle propulse seulement l’Egypte dans le brouillard. Ainsi, l’Egypte se trouverait à nouveau à un carrefour dangereux, renchérit THE IRISH TIMES, sans la garantie qu’une seconde révolution ne s’avère plus réussie que la première. Car même si le pire a été évité, reconnaît THE FOREIGN POLICY, l’Egypte court désormais le risque réel de se retrouver entraîné dans une spirale sans fin d’échecs gouvernementaux, d’interventions de l’armée et de soulèvements populaires. Et d’en conclure, l’opposition a certes prouvé sa capacité à mobiliser la rue sur les questions de fond, mais elle demeure aussi divisée sur le plan intérieur qu’auparavant et n’a pas le moindre programme politique cohérent. En clair, l’intervention de l’armée est en soi l’admission de l’échec de toute la classe politique égyptienne, à commencer par les Frères Musulmans, lesquels ont laissé passer une chance historique.

Mais ce coup d’Etat ne concerne pas seulement, l’Egypte, ce pays central du monde arabe, non ses effets se répercutent aujourd’hui dans une région en plein bouleversement, prévient encore LE TEMPS de Genève. Et particulièrement dans l’émirat du Qatar, aussi minuscule qu’immensément riche. Il y a deux ans, c’est sur Al-Jazira, la chaîne établie dans l’émirat, qu’une bonne partie du monde s’enthousiasmait devant le courage des révolutionnaires de la place Tahrir du Caire. Or ces derniers jours, sur la même chaîne, il n’y avait pratiquement pas d’images de cette foule, pourtant bien plus considérable encore, réunie pour réclamer le départ du président Morsi.

A l’inverse, autre indice de l’état d’esprit dans la région, la rivale d’Al-Jazira, Al-Arabiya, la chaîne arabe appartenant à des membres de la famille royale saoudienne, cette fois-ci, a suivi avec passion les événements qui ont conduit à la chute du président Morsi. Car le sort du premier chef de l’Etat issu de la mouvance des Frères musulmans était devenu une question pratiquement existentielle pour des pays du Golfe qui ont multiplié les commentaires négatifs sur la manière dont les autorités égyptiennes dirigeaient le pays.

Et l’article de préciser, à la lumière des derniers évènements en Egypte, on voit donc bien comment la guerre est désormais pratiquement déclarée entre le petit émirat et les vrais poids lourds du Golfe que sont l’Arabie saoudite et les Emirats arabes unis. En l’occurrence, la démission de Morsi est un revers considérable pour le Qatar, l’émirat qui s’était profilé comme le parrain éclairé du monde arabe de demain, apportant un soutien d’autant plus appuyé aux mouvements révolutionnaires issus du Printemps arabe, que ceux-ci étaient proches de la mouvance des Frères musulmans.

Même analyse pour son confrère libanais L’ORIENT LE JOUR : En remplissant sa mission, l’armée égyptienne est en même temps en phase avec les derniers développements dans la région.  D’abord en Turquie, où le parti d’Erdogan était en quelque sorte le chef de file des Frères musulmans dans leur image modérée. Brusquement, et à travers les protestations populaires, cette image a été ébranlée. Puis ce fut le tour de l’Égypte d’être le théâtre d’un changement spectaculaire qui n’était même pas envisageable il y a quelques mois encore.

Or le risque prévient le quotidien flamand DER STANDAARD, c’est qu’il peut s’avérer dangereux et contre-productif de chasser les Frères Musulmans de la politique ou de les priver de leurs victoires électorales, deux ans seulement après leur arrivée au pouvoir. Car il y a une forte probabilité que des éléments radicaux au sein des Frères musulmans mais plus encore que des groupes salafistes y voient la preuve qu’il ne sert à rien de respecter les règles démocratiques. Certains pourraient alors faire dissidence et recourir à la violence.

Revue de presse de Thomas Cluzel

Source : France culture 05/07/13

Voir aussi : Rubrique Egypte, L’armé met fin au règne Morsi,

 

Egypte: L’armée met fin à l’ère Morsi. Revue de presse

putsh egypte

 Dans la presse française

   Le Figaro (Pierre Rousselin) La sanction de l’échec des islamistes.

   « Mohammed Morsi s’est révélé encore plus incapable de gérer son pays que ne l’avait été Hosni Moubarak. À la différence de son prédécesseur, qui s’était maintenu à la tête de l’Égypte pendant trente longues années, le président islamiste, élu dans la plus stricte légitimité ilyaunan, aura très vite soulevé la vague de contestation qui est en passe de l’emporter. Les événements auxquels nous venons d’assister place Tahrir ressemblent beaucoup à ceux qui s’y sont déroulés en 2011 et qui avaient conduit à la chute du dictateur. Maintenant comme à l’époque, les contestataires sont le fer de lance du mouvement révolutionnaire. Mais, en coulisse, c’est toujours l’armée qui a le dernier mot. Face au soulèvement de la jeunesse urbaine, les généraux avaient, il y a deux ans, lâché le patriarche en bout de course et son clan d’affairistes. Ainsi ont-ils préservé leurs prébendes et leurs intérêts économiques et industriels considérables, qui font de l’institution militaire un État dans l’État égyptien…Une fois installé au pouvoir, avec 51,7% des voix, Morsi a présidé une parodie de démocratie. Sans rien régler des problèmes économiques, sans tenir compte des intérêts du pays, il a imposé la loi de son propre mouvement, le droit de vote n’étant pour ses partisans, qu’un moyen de faire régner la dictature du plus grand nombre. En un an, l’opposition s’est mieux organisée. L’armée, qui s’était accommodée de Morsi, l’a finalement lâché, à son tour. La partie est délicate : il faut éviter l’apparence d’un putsch qui compromettrait l’aide américaine, éviter aussi que les islamistes se présenter en victimes d’un coup d’État contre une démocratie qu’ils n’ont jamais su, ni voulu, faire fonctionner. »

   Libération (Fabrice Rousselot)

   « Le spectre d’un retour vers le passé. La peur d’une guerre civile et d’un coup d’Etatmilitaire dans la violence comme l’Egypte en a malheureusement déjà connu. En un an de pouvoir, Mohamed Morsi n’a pas su faire la preuve qu’un islam modéré peut évidemment s’inscrire dans un cadre démocratique. Il a, au contraire, suivi sa propre dérive autoritaire, focalisant toutes les frustrations autour de sa réforme controversée de la Constitution, qui porte clairement atteinte aux libertés publiques et aux libertés religieuses. Et ravive les pires inquiétudes. Dans un pays exsangue,Mohamed Morsi n’a pas su répondre non plus aux aspirations économiques d’une population lassée de voir, depuis des décennies, les richesses se concentrer entre les mains de l’élite politique. Aujourd’hui donc, l’armée a repris la main, avec tous les dangers que cela comporte. Les militaires, qui se sont engagés à organiser une nouvelle élection présidentielle, ont la responsabilité de prendre la voie du dialogue et non celle des armes, afin que pouvoir et opposition trouvent une porte de sortie. »

AFP archives/Fred Dufour

    Ouest France (Laurent Marchand)

   « C’était devenu depuis quelques jours la seule issue prévisible. Sous la pression de la rue. Sous le poids de ses échecs économiques et politiques. Mohamed Morsi, le premier président civil élu démocratiquement de l’Égypte moderne, a été renversé. L’armée est à la manoeuvre, par le biais du général al-Sissi, le chef des armées et ministre de la Défense. La foule scandait son nom sur la place Tahrir depuis dimanche. Devant le risque croissant de guerre civile, l’intervention de l’armée était souhaitée par une large part de l’opinion. Officiellement, les militaires n’entendent pas gouverner, autrement dit revenir à la situation qui prévalait sous Moubarak, mais guider une transition. Tenter de la remettre sur les rails où les Frères musulmans n’ont pas su la tenir. Rédiger une nouvelle constitution…Ce qui est encore totalement imprévisible, c’est l’impact que ce retour du pouvoir de l’armée aura sur toutes les composantes de l’islam politique…Au Caire, c’est l’armée qui écoute la rue à présent. Tout en conservant sa position ultradominante sur l’économie, la sécurité et la politique égyptienne. C’est la révolution qui est permanente, ou la contre-révolution ? »

    Le Journal de la Haute Marne (Patrice Chabanet)

   « Un coup d’Etat militaire n’est jamais l’expression d’un bon bilan de santé démocratique. Mais entre deux maux il faut choisir le moindre. C’est du moins l’objectif que s’est assigné l’armée égyptienne en suspendant la Constitution du pays et en destituant le président Morsi. Ce dernier, démocratiquement élu c’est vrai, n’a pas su fédérer les énergies d’un pays exsangue. Il n’a pas été capable non plus d’endiguer la montée de groupes plus radicaux que les Frères musulmans, comme en témoignent les agressions contre les chrétiens coptes. L’armée a promis de retourner dans les casernes après une période de transition. Encore faut-il que la classe politique parvienne à réduire ses divisions et à mieux délimiter les prérogatives de la religion. L’Egypte entre donc dans une période d’incertitude où les extrémistes, les salafistes en particulier, vont pousser leurs pions…C’est le président de la Cour constitutionnelle qui assurera l’intérim à la tête de l’Etat. Et ce sont des experts civils qui formeront le gouvernement provisoire. Reste à savoir ce que fera l’Egypte des campagnes, fortement imprégnée de la propagande islamiste. Jusqu’à présent, c’est l’Egypte des villes qui s’est fait entendre. Un univers sépare les deux. Les nouveaux maîtres du Caire sauront-ils les rapprocher ? Rien n’est moins sûr. »

   L’Est Républicain (Alain Dusart)

   « Comme la société égyptienne, la place Tahrir au Caire, ressemble à un kaléidoscope, inquiétant car en fusion. On y voit des jeunes branchés sur le XXIe siècle, des quadras las d’une dictature chassant l’autre, de troubles larrons en quête de mauvais coups, d’ex-miliciens et autres nervis nostalgiques en quête d’un régime autoritaire. Sur cette place bigarrée, théâtre de tous les espoirs, on y rêve d’un avenir meilleur, on y viole de jeunes femmes en fleur. Ici réside tout le paradoxe de l’Égypte, entre quête de modernité et de démocratie, et bestialité d’une génération de frustrés élevés au biberon des tabous et des interdits. L’ultimatum de la toute puissante armée a expiré hier. L’impopulaire président islamiste Mohamed Morsi a finalement été renversé. Mais les militaires le savent bien: s’ils mènent un coup d’État à leur seul profit, ils perdront le soutien américain. Dans ce tourbillon, les Frères musulmans ont beaucoup à perdre. Certes, ils ont une légitimité démocratique, mais elle a fondu. Les islamistes ont agrégé toutes les colères en un an. Si les généraux déposent Morsi, les Frères musulmans garderont une capacité de nuire. Leurs partisans endoctrinés pourront saboter cette révolution bis, avec le risque jamais loin d’une guerre civile. »

   Les Dernières Nouvelles d’Alsace (Dominique Jung)

   « Parvenue aux commandes de l’Egypte après des décennies de brimades, de répressions et d’incarcérations, la confrérie des Frères musulmans n’a pas su tenir le choc du pouvoir. Cet échec pèsera dans son histoire. C’est parce qu’il a multiplié les promesses sans les appuyer sur une méthode solide que Mohamed Morsi a perdu sa présidence. Son bilan est calamiteux. Élu démocratiquement, il a présidé arbitrairement. Son erreur a été de penser que parce qu’il avait gagné un scrutin, il pouvait ignorer les attentes de la société civile. Or gouverner un pays, c’est comprendre qu’on devient le président de tous les citoyens, et pas juste de la frange qui vous a hissé au pouvoir. Morsi s’est comporté en otage d’un parti plus qu’en chef d’État, il a piétiné le pouvoir législatif, cela lui a été fatal. Pour autant, le déploiement de blindés constaté hier relève du coup d’État militaire. Morsi restera comme le premier civil égyptien porté à la présidence de la République après une succession de soldats, de Nasser à Moubarak. Il était aussi le premier Égyptien élu à travers une élection au suffrage universel direct. Son mandat avait tout juste un an. Quelle que soit la pression de la rue, aucun pays d’Europe n’admettrait que l’on pose un cercle de barbelés autour du chef de l’État pour l’assigner à résidence. Le respect des procédures et des calendriers est aussi une façon de mesurer le niveau démocratique d’un pays. L’armée est maintenant face à ses responsabilités. »

   La République des Pyrénées (Jean-Marcel Bouguereau)

   « C’est un paradoxe comme l’histoire les aime : en Egypte un mouvement démocratique qui a vu ces derniers jours des foules immenses descendre dans la rue en a appelé aux forces armées pour évincer un président démocratiquement élu, au nom de la défense de la révolution qui s’était faite contre l’armée ! C’est cette même armée, à l’origine de plusieurs décennies de régimes autoritaires, qui vient de mettre fin à une présidence jugée trop autoritaire ! Car c’est un coup d’état très en douceur qui a eu lieu hier en Egypte, même si les partisans du Président Morsi ont évidemment dénoncé une +rébellion militaire+ qu’ils sont prêts à combattre en versant leur sang. De quoi préparer un futur très incertain à une Egypte qui souffre économiquement, dont les institutions sont faibles et où aucun leader crédible n’émerge. Dans ce pays où l’armée a conservé un énorme crédit, on trouvait ces derniers jours des pancartes portant l’inscription +l’armée et le peuple, une seule main+, cette transition a été mûrement préparée. L’armée a multiplié les ultimatums. Mais en vain, Morsi ne se décidant à aucune concession. Jusqu’à celui intimant au président de +satisfaire les revendications du peuple+. Morsi a tenté, mais trop tard, une ultime ouverture en proposant la formation d’un gouvernement de consensus. Car ce dont les Frères Musulmans ne se sont pas rendus compte, c’est l’énorme coupure entre eux et le peuple qui voyait de plus en plus dans le régime des Frères la restauration d’un régime autoritaire. »

    La Nouvelle République du Centre Ouest (Bruno Bécard)

    « La charia ne saurait constituer un programme de gouvernement capable de sortir un pays de sa misère sociale et économique. Des dizaines de millions d’Égyptiens ont fait cette douloureuse expérience depuis un an. Et l’armée, forte d’un million d’hommes et dotée d’un matériel moderne imperméable à la crise, a tenu parole hier : fin de l’ultimatum pour obtenir le départ du président Morsi, prise de contrôle de la télévision, les Frères musulmans vissés dans leurs quartiers et les blindés de sortie pour faire bonne mesure. Cet épisode s’appelle un coup d’État militaire. Et maintenant, l’aventure commence ou plutôt continue. L’armée, en appui aux millions d’opposants à Mohamed Morsi, a-t-elle simplement voulu éviter une guerre civile ? Déjà 47 morts depuis trois jours. Son chef Abdel Fattah al-Sissi n’a tenu aucun compte de la proposition présidentielle, celle d’un gouvernement de coalition. Le président élu démocratiquement voici un an est blackboulé par la feuille de route du militaire. L’armée, échaudée par l’année de transition qu’elle a assumée entre 2011 et 2012, annonce déjà des élections anticipées et des avancées démocratiques. Mais montre aussi ses muscles pour que l’ordre règne. +Légitimité+ crie chacun des deux camps opposés. Mais aujourd’hui la place Tahrir manifeste plus de légitimité populaire que finalement celle hier du scrutin présidentiel. Espérons que ne surviendra pas demain l’heure des martyrs de tous bords ».

A l’étranger

L’avertissement égyptien qui fait le tour du Web américain

Le moins que l’on puisse dire, c’est que les États-Unis ont laissé de mauvais souvenirs dans cette région du monde. Face à coup d’Etat « en douceur », le président Obama avait mercredi du mal à se positionner, hésitant entre le soutien au peuple égyptien et l’inquiétude de voir l’armée prendre le pouvoir et destituer un président élu malgré tout démocratiquement..

En fin de soirée mercredi, les Etats-Unis ont d’ailleurs ordonné l’évacuation de leur ambassade au Caire en Egypte quelques heures après le renversement du président Morsi par l’armée, a indiqué un responsable américain sous couvert d’anonymat. Il y a quelques jours, le département d’Etat avait autorisé le personnel diplomatique non essentiel à quitter le pays. Côté officiel, le président Obama ne s’était toujours pas exprimé mercredi à minuit.

Mais les Egyptiens, eux, n’ont pas manqué de faire passer leur message.Une banderole a été déployée écrite en anglais et en arabe. En quelques heures elle est devenue l’un des sujets les plus discutés sur le réseau social Reddit, très utilisé outre-Atlantique:

egypte

De la part du peuple égyptien Aux politiciens américains: sortez vos sales pattes de l’Egypte A l’ensemble du peuple américain: la seule chose que nous ayons pour vous, c’est de l’amour

Un message qui a beaucoup fait parler sur le réseau social. Certains déplorant l’anti-américanisme du scandale, mais la majorité se réjouissant que le peuple égyptien soit capable de faire la part des choses entre le gouvernement américain d’une part, et les Américains d’autre part.

Il faut dire que l’affaire Prism, révélée par Edward Snowden, est en train de créer une rupture entre les Américains et leurs représentants, coupables de les avoir mis sur écoute en toute discrétion.

Source : Le HuffPost 04/07/13

L’armée, colonne vertébrale de la nation égyptienne

Des-soldats-egyptiens-prennent-position

Des soldats egyptiens prennent position. 3/07/13 Reuters /Amr Abdallah

Décidément, Nasser n’est pas mort. Soixante et un ans presque jour pour jour après la révolution de juilet 1952, lorsque les « officiers libres » ont mis fin au règne du roi Farouk, un militaire – le chef d’état-major Abdel Fattah Al-Sissi – écarte le premier président démocratiquement élu de l’histoire de l’Egypte – Mohamed Morsi – sous les applaudissements d’une majorité de la population.

De 1952 à 2013, l’armée égyptienne est restée la colonne vertébrale de la nation égyptienne. Peu importe la paix signée avec Israël dans les années 1970, peu importe l’enrichissement des hauts gradés dans les années 1980-1990 et 2000 ou la répression menée après la révolution de février 2011, une fois Hosni Moubarak tombé et durant la transition sous l’égide du maréchal Tantaoui, à la tête du SCAF, l’acronyme du Conseil suprême des forces armées.

Peu importent les tests de virginité pratiqués de force sur les manifestantes, les 12 000 procès militaires, la complaisance révélée tardivement lors de la mémorable bataille des chameaux place Tahrir, l’armée reste, dans l’imaginaire de la majorité des Egyptiens, la « fille du peuple » et le seul vecteur du changement politique. Le chemin vers la démocratie est encore long en Egypte…

AFP |  04/07/2013

Le gouvernement israélien gardait un silence prudent jeudi après la mise à l’écart par l’armée égyptienne du président islamiste Mohamed Morsi.

Selon les médias, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a donné la consigne à ses ministres de ne pas faire le moindre commentaire officiel pour le moment sur la crise en Egypte, pays avec lequel Israël signé un traité de paix en 1979.

« Le gouvernement suit de très près la situation en Egypte mais ne fait pas de prévisions car les choses sont en train d’être décidées », a déclaré à l’AFP un responsable israélien sous couvert de l’anonymat.

« Il est important que le peuple égyptien puisse accéder à un niveau de liberté et d’auto-gestion (…) mais la situation actuelle envoie des ondes de choc dans tout le monde arabe d’où une certaine inquiétude en Israël », a-t-il ajouté.

« Israël fait attention d’éviter même l’apparence d’une interférence avec les événements en Egypte », soulignait le spécialiste militaire du quotidien Haaretz Amos Harel.

Israël et l’Egypte entretenaient des liens réguliers sous la présidence de l’ancien président Hosni Moubarak, chassé du pouvoir par une révolte populaire en février 2011, notamment dans le domaine sécuritaire.

Alors que certains prédisaient une remise en question du traité de paix avec la chute du régime Moubarak, des sources militaires, citées par les médias israéliens, ont affirmé que le bon fonctionnement de la coopération sécuritaire avait continué sous la présidence Morsi.

Selon ces sources, la proximité du mouvement islamiste palestinien Hamas, au pouvoir à Gaza, avec les Frères musulmans avait notamment permis à M. Morsi de lutter plus efficacement que ne l’avait fait son prédécesseur contre les islamistes radicaux dans la péninsule du Sinaï et contre les tunnels de contrebande entre Israël et la bande de Gaza.

Les commentateurs relevaient que les principales inquiétudes israéliennes portent sur les risques d’instabilité accrue dans le Sinaï.

« L’incertitude sur l’avenir de l’Egypte est très important et il est plus difficile pour l’Egypte, occupé par des problèmes intérieurs, de s’occuper des problèmes sécuritaires, et notamment des groupes terroristes dans le Sinaï », a déclaré un responsable israélien non identifié, cité par la radio militaire.

La sécurité dans le Sinaï s’est fortement dégradée et la péninsule a connu une recrudescence d’activités de la part des mouvement islamistes radicaux, jihadistes et salafistes.

Égypte : l’Allemagne parle d’un « échec majeur pour la démocratie »

Le ministre des Affaires étrangères voit dans ce renversement un « réel danger que le processus de transition démocratique soit sérieusement altéré ».

Le renversement du président islamiste égyptien Mohamed Morsi par l’armée égyptienne mercredi constitue un « échec majeur pour la démocratie », a déclaré jeudi le ministre allemand des Affaires étrangères, Guido Westerwelle. « Il est urgent que l’Égypte retourne aussi vite que possible à un ordre constitutionnel (…), il y a un réel danger que le processus de transition démocratique en Égypte soit sérieusement altéré », a-t-il dit, alors que le président du Conseil constitutionnel égyptien, Adly Mansour, a prêté serment dans la matinée comme président du Conseil par intérim.

« Nous appelons toutes les parties à renoncer à la violence. Nous allons suivre de très près les évolutions en Égypte. Et nous allons prendre nos décisions politiques en tirant nos conclusions », a ajouté M. Westerwelle, qui a rencontré dans la matinée le Premier ministre grec pour le soutenir dans sa politique de réformes. « Les arrestations politiques et une vague de répression doivent être évitées à tout prix. Tout doit être mis en oeuvre pour retourner sur le chemin de l’ordre démocratique » a ajouté le ministre. À Londres, le ministre britannique des Affaires étrangères, William Hague, a indiqué de son côté jeudi matin que le Royaume-Uni allait « travailler » avec le nouveau pouvoir en place en Égypte, tout en réaffirmant que Londres ne soutenait pas « les interventions militaires ».

AFP 14/07/13

Assad: la crise en Egypte incarne « la chute » de « l’islam politique »

 « Quiconque utilise la religion dans un but politique ou pour favoriser certains par rapport à d’autres, est condamné à l’échec »

Le président syrien Bachar al-Assad a assuré que les manifestations  monstres contre son homologue égyptien déchu Mohamed Morsi marquent la fin de  l’islam politique, selon des extraits d’une interview à un journal syrien à  paraître jeudi
« Ce qui se passe en Egypte est la chute de ce que l’on connaît  comme étant l’islam politique », a déclaré le chef de l’Etat syrien au journal  officiel As-Saoura.
« Où que ce soit dans le monde, quiconque utilise la religion dans  un but politique ou pour favoriser certains par rapport à d’autres, est condamné  à l’échec », a ajouté M. Assad, dont les extraits ont été diffusés sur sa page  Facebook.
L’armée égyptienne a annoncé dans un message télévisé mercredi soir  avoir écarté M. Morsi, suspendu la Constitution et annoncé la tenue d’une  élection présidentielle anticipée en Egypte.
Les propos de Bachar al-Assad ont été publiés quelques heures après  une déclaration de son ministre de l’Information, Omrane al-Zohbi, dans laquelle  il avait assuré que le départ de Mohamed Morsi était nécessaire à la résolution  de la crise égyptienne.
L’animosité entre le régime de Damas et les Frères musulmans dure  depuis de longues années et l’appartenance à la confrérie est condamnée de la  peine de mort en Syrie depuis les années 1980.
La branche syrienne des Frères musulmans joue aujourd’hui un rôle  crucial dans le coalition nationale de l’opposition syrienne en exil, qui est  reconnue comme représentante légitime du peuple syrien par plus d’une centaine  d’Etats et organisations.
L’Egypte est un pays sunnite, de même que la plupart des rebelles  syriens hostiles au régime de Bachar al-Assad tenue par la communauté alaouite,  une branche de l’islam chiite, dont est issue le président syrien.
Mohamed Morsi de son côté a, comme de nombreux dirigeant arabes,  appelé Bachar al-Assad à démissionner.
Depuis le début en mars 2011 du conflit en Syrie, qui a débuté par  un soulèvement populaire pacifique et s’est militarisé face à la répression  menée par le régime, plus de 100.000 personnes ont péri selon une ONG  syrienne.
AFP 04/07/13

Neutralité chinoise

L’agence de presse officielle chinoise Xinhua se contente d’un communiqué  annonçant l’entrée en fonction d’Adli Mansour, le nouveau président égyptien par intérim.
Le juge égyptien Adli Mansour a prêté serment jeudi en tant que président par intérim de l’Egypte après l’évincement de Mohamed Morsi. Il avait prêté serment plus tôt dans la journée en tant que chef de la Cour constitutionnelle suprême (CCS).

« Je prête serment devant Dieu tout-puissant de protéger sincèrement l’ordre républicain et de respecter pleinement la Constitution et l’état de droit, de prendre soin des intérêts du peuple, de préserver l’indépendance du pays et la sécurité de ses territoires », a proclamé M. Adli lors de la cérémonie.

Il a également promis de diriger « un pays moderne, constitutionnel, national et civil ».

Au moins 11 personnes ont été tuées et plus de 500 autres blessées mercredi soir dans des affrontements entre partisans et opposants du président évincé Mohamed Morsi.

Source ; Xinhua 04/07/13

Antoine Sfeir :  » On est loin du plan Marshall pour le Sahel « 

antoine sfeir pays_sipa

Le politologue franco-libanais Antoine Sfeir, est le directeur fondateur des Cahiers de l’Orient. Il est l’auteur de  » L’islam contre l’islam L’interminable guerre des sunnites et des chiites « .

Dans votre dernier essai, vous décryptez le monde arabe à travers la fracture chiites/ sunnites. Qu’apporte cet éclairage et pourquoi est-il si peu mis en avant ?

C’est un prisme de lecture qui devient incontournable parce qu’il donne des clés essentielles de compréhension. La question de la désinformation est liée au recul de la culture générale. Tout commence à l’école dans le rapport que nous avons avec les autres.

Comment masque-t-on son ignorance ?

En mettant en exergue les lieux communs. Nous sommes actuellement en guerre au Mali. Sommes-nous informés ? On nous inonde d’images martiales et d’interventions diverses
mais on ne dit rien sur les véritables enjeux, sur la culture des populations concernées, sur leurs composantes politiques économiques, sociologiques…

Au-delà de la dimension historique que vous abordez dans l’ouvrage, quelles sont les traits philosophiques à distinguer entre ces deux grands courants de l’islam ?

Dans le sunnisme, l’effort d’interprétation des textes sacrés s’est arrêté depuis le XI e siècle. Ce courant considère que la révélation est close avec la parole du prophète Mahomet. Tandis que les chiites poursuivent l’interprétation de manière permanente à travers les imams en attendant le retour de Mahdi, l’imam caché.

Le sunnisme se considère comme un aboutissement. Tout recul est impossible. Le changement d’apostolat peut être sanctionné par la peine de mort. Je tire mon chapeau aux musulmans sunnites qui font leur propres interprétations. Autrement dit l’alliance de l’Occident avec les sunnites wahhabites depuis 1945 est une erreur stratégique.

En 1979, la révolution iranienne réveille la fracture entre chiites et sunnites que vous qualifiez aujourd’hui de guerre mondiale…

Avec l’émergence de la République islamique iranienne, les chiites trouvent leur «Vatican». Après avoir été longuement opprimés, ils relèvent la tête. Afghanistan,Pakistan, Turquie, Inde, Irak, Syrie, Koweît, Bahreïn, Iran, Chine… sont autant de pays où s’affrontent
les sunnites et les chiites, sans parler des luttes entre les quatre grands courants sunnites.

L’antagonisme s’est rallumé en Afghanistan, berceau de la montée en puissance de Ben Laden. Dans ce conflit mondial l’Occident à du mal à donner des leçons. Il a toujours instrumentalisé les parties à son profit, et l’histoire se répète.

Quelle alternative voyez-vous à Bachar El-Assad ?

Tout le monde prédit la chute du régime syrien mais cette optique n’est pas vraiment d’actualité. Ayant été enlevé et torturé sur ordre de son père, je suis le premier à la souhaiter mais deux ans après l’ouverture des combats, on constate une relative passivité de la communauté internationale. Assad conserve des partisans au sein de la population et des alliés de poids comme la Russie, la Chine et l’Iran.

La reconnaissance de la Palestine en tant qu’Etat observateur de l’ONU n’empêche pas l’étouffement économique de Gaza…

C’est vrai, Israël poursuit la colonisation et fait blocus sur l’économie. Mais aujourd’hui, la stratégie palestinienne est de dire : Si nous ne parvenons pas à développer notre Etat, nous demandons la nationalité israélienne et les projections de Gaza et de la Cijordanie
indiquent que les Palestiniens seront les plus nombreux.

Vous ne donnez aucun crédit à la thèse d’une intervention armée en Iran…

C’est une affabulation. Il n’y a que Netanyhaou pour y penser. Avez-vous déjà vu Israël annoncer à l’avance qu’elle allait frapper ? J’ai croisé il y a peu un dirigeant israélien dans l’antichambre du président Ahmadinejad. Alors que je m’étonnais de sa présence, il m’a répondu: que croyez-vous, il n’y a pas une journée depuis 1979 où le contact ait été rompu…

Netanyhaou est isolé et Israël n’est plus dans le cours de l’histoire. Appuyé par Bagdad, Damas, Tyr, l’Iran est devenu pour la première fois, une vraie puissance méditerranéenne.
C’est un cadeau du ciel et des Etats-Unis. L’indépendance énergétique des Etats-Unis liée au gaz de schistes modifie en profondeur la stratégie américaine au Proche-Orient.

L’alliance historique avec les sunnites pourrait-elle s’inverser au profit des Chiites ?
Difficile de le dire, ce retrait prévisible à l’horizon 2015/2016 pourrait aboutir au démantèlement de l’Arabie Saoudite comme cela s’est passé en Syrie ou au Liban. Cette indépendance pourrait amener les Américains à mettre en place une stratégie reposant sur de petites entités alliées comme Israël, l’Iran, la Turquie…

Le retrait américain laisse la France et L’UE face à la problématique ?

Vue des pays arabes l’UE n’existe pas au-delà du guichet de subventions. C’est une vrai question, saura- t-elle bâtir une architecture de diplomatie et de sécurité ou continuera-t-elle à utiliser la diplomatie du chéquier ?

Où va la France au Mali ?

Au départ, François Holande faisait entendre à tout le monde qu’il n’irait pas. Il a attendu que l’ensemble de ses alliés se déclarent favorables à l’intervention française pour prendre sa décision. Il a même réussi à convaincre Bouteflika qui a suivi face à l’unanimité.

L’objectif déclaré est de libérer le Nord du Mali. Y arrivera-t-il ?

Cela reste une question. Car il ne s’agit pas de répéter ce qui s’est passé en Lybie : libérer, tuer, s’en aller. Il faut accompagner le Mali qui doit parvenir à la sédentarisation
des Touaregs et leur donner les moyens de se défendre.

Nous sommes encore loin du cahier des charges qui suppose la mise en oeuvre d’un plan Marshall pour tous les pays du Sahel.

Recueilli par Jean-Marie Dinh

L’islam contre l’islam, éditions Grasset 17,90

Source : La Marseillaise 26/01/2013

Voir aussi : Rubrique Moyen-Orient, rubrique Géopolitique, rubrique Rencontre, rubrique Afrique, Mali, rubrique Livre,

Syrie entre propagande et désinformation

L’impasse syrienne

Alors que les bombes tombent toujours sur certains quartiers de Homs et que la répression devient de plus en plus violente face une opposition de plus en plus armée et déterminée, plus de soixante pays sont représentés à Tunis, vendredi 24 février, pour une réunion des « amis de la Syrie » qui souhaite définir un plan d’aide humanitaire international au peuple syrien et accentuer la pression sur Damas. La réunion va sans doute appeler le régime au pouvoir à Damas à mettre en œuvre un cessez-le-feu immédiat et permettre l’accès des agences humanitaires aux populations en détresse, notamment à Homs. Elle exhortera également l’opposition, fragmentée, à s’unir et à se rassembler.

La prochaine réponse de la communauté internationale sera sans doute la reconnaissance du Conseil national syrien (CNS) comme représentant légitime de la Syrie. Pourtant, le CNS ne représente qu’une partie de l’opposition, et aucun alaouite ou kurde n’y est représenté. Il n’est à l’heure actuelle aucunement en mesure de garantir la sécurité de ces minorités dans une Syrie post-Assad. Ce dernier est de plus encore soutenu par une partie de la majorité sunnite, notamment dans le milieu des affaires, qui bénéficient depuis 30 ans d’un environnement économique favorable.

Une telle réponse ne devrait donc se faire qu’après avoir eu l’assurance que le CNS représente une alternative crédible et que toute la diversité de la Syrie soit représentée en son sein. En d’autres termes, il est primordial de savoir si il capable d’assurer une transition démocratique qui garantissent tant l’exercice des libertés individuelles que la sécurité de chaque citoyen syrien. Pour l’instant la réponse à cette question semble négative.

Cette réunion des « Amis de la Syrie » est présentée par le régime de Bachar El Assad  comme un complot americano-sioniste, le (CNS) pousse lui pour une intervention étrangère. Bien que cette solution semble à l’heure actuelle pour certains la « meilleure » pour sortir de la crise, les exemples Irakiens et Libyens tendent à prouver que cette solution n’est pas la panacée. La chute précipitée d’Assad déboucherait soit sur une guerre civile qui contraindrait les troupes occidentales à rester des années sur place soit sur la prise de pouvoir de sunnites islamistes, alternative  guère alléchante. De plus, cette intervention devra se faire hors du cadre des Nations Unies – La Chine et la Russie s’y opposeront -, ce qui la rendra très très vite impopulaire aux yeux des opinions publiques des pays qui y participent.

« Les Amis de la Syrie » se borneront certainement donc à soutenir le plan de la Ligue Arabe qui prévoit les étapes d’une transition démocratique en Syrie. Bien que ce plan a le mérite de proposer une issue pacifique à la crise actuelle, celui-ci reste l’œuvre de l’Arabie Saoudite et du Qatar, deux régimes plus intéressés par l’élimination de l’un des alliés de l’Iran, leur ennemi juré, que par la promotion de la démocratie et de justice sociale, qu’ils n’offrent même pas à leurs populations respectives.

La situation en Syrie est donc dans une impasse complète. L’opposition — ou plutôt les oppositions — est incapable de renverser le régime, et le régime est incapable de venir à bout de l’opposition. La communauté internationale, elle-même divisée sur la réponse à donner à la crise, se retrouve également dans cette impasse et ne peut  à l’heure actuelle que proposer de l’aide humanitaire. Pendant ce temps la répression continue, les combattants étrangers et les armes affluent en Syrie de part et d’autres et le spectre de la guerre civile se rapproche à grand pas.

Geoffroy d’Aspremont Medea 24/02/12

Syrie/ sommet de Tunis: les décisions

 

La conférence de Tunis 24 février 2012.

Beaucoup d’idées et très peu de concret : tel est le bilan de cette conférence internationale sur la Syrie, organisée à Tunis et qui réunissait des représentants de l’opposition syrienne et plus de soixante pays. A l’exception de la Russie et de la Chine, qui s’opposent depuis le début du conflit à toute idée d’ingérence en Syrie, la Russie étant de surcroît un allié traditionnel de la Syrie.

Vers un renforcement des sanctions

Le groupe de 60 pays présents à la conférence des amis du peuple syrien s’est engagé, dans la déclaration finale de la réunion vendredi 24 février « à prendre des mesures pour appliquer et renforcer les sanctions sur le régime ». La conférence a également appelé à l’arrêt immédiat des violences afin de permettre l’accès de l’aide humanitaire.

« Il est temps pour tout le monde ici d’infliger des interdictions de voyages sur les hauts responsables du régime (…) de geler leurs avoirs, de boycotter le pétrole syrien, de suspendre tout nouvel investissement (dans le pays) et d’envisager de fermer ambassades et consulats », a déclaré la secrétaire d’État Hillary Clinton lors de la conférence.

La conférence va lancer « un appel à renforcer les sanctions de nature à faire plier le régime » syrien, avait pour sa part indiqué pour sa part Alain Juppé, en évoquant notamment un gel des avoirs de la banque centrale syrienne.

Le Conseil national syrien, « un représentant légitime »

Le groupe reconnaît le Conseil national syrien comme  » un représentant légitime des Syriens qui cherchent un changement démocratique pacifique » et l’encourage à former un groupe « représentatif » et incluant toutes les sensibilités. Il s’engage à fournir « un soutien effectif » à l’opposition, sans plus de précisions.

Proposition de création d’une « force arabe »

Le président tunisien Moncef Marzouki ainsi que le ministre qatari des Affaires étrangères Cheikh Hamad bin Jassim al-Thani ont appelé de leurs vœux la création d’une force arabe. « La situation actuelle exige une intervention arabe dans le cadre de la Ligue arabe, une force arabe pour préserver la paix et la sécurité, et pour accompagner les efforts diplomatiques pour convaincre Bachar de partir », a déclaré Moncef Marzouki.

« Nous voulons que cette réunion soit le début de l’arrêt de la violence en Syrie et cela ne peut être fait que par la formation d’une force arabe internationale de maintien de la sécurité, l’ouverture de corridors humanitaires de sécurité pour apporter de l’aide au peuple syrien et à la mise en oeuvre des décisions de la Ligue Arabe », a ajouté le Cheikh Hamad bin Jassim al-Thani lors de la conférence.

La proposition est pour l’instant accueillie avec précaution par les Occidentaux, et notamment par le ministre des Affaires étrangères, Alain Juppé. Sans exclure cette idée, le ministre des affaires étrangères français a indiqué que cette force devrait obtenir « le feu vert » du Conseil de sécurité de l’ONU. « Certains évoquent cette hypothèse. C’est au Conseil de sécurité de donner le feu vert à une telle opération », a déclaré Alain Juppé à la presse, indiquant que le sujet n’avait pas été évoqué lors des travaux à huis clos de la conférence internationale sur la Syrie.

Le communiqué final rendu public à l’issue de la réunion indique quant à lui que le groupe des 60 pays « prend note de la demande faite par la Ligue arabe au Conseil de sécurité de l’Onu de former une force conjointe arabe et des Nations unies de maintien de la paix (…) et a décidé de poursuivre les discussions sur les conditions du déploiement d’une telle force », selon le texte.

Le groupe des amis « réaffirme son attachement à la souveraineté, l’indépendance et l’intégrité territoriale de la Syrie » et souligne la nécessité d’une « solution politique » à la crise.

« Accès libre et sans entraves des agences humanitaires »

Le groupe de 60 pays demande par ailleurs au gouvernement syrien de « permettre l’accès libre et sans entraves des agences humanitaires » dans les régions les plus touchées par la répression, notamment dans la ville de Homs, pilonnée depuis trois semaines par l’armée syrienne.


Immunité judiciaire pour Assad ?

Le président tunisien Moncef Marzouki a demandé vendredi que soit accordée « l’immunité judiciaire » au président syrien Bachar al-Assad et sa famille, et évqué un éventuel refuge en Russie pour le dirigeant syrien. « Il faut chercher une solution politique », a fait valoir Moncef Marzouki à l’ouverture de la conférence sur la Syrie en Tunis.

Aude Laurriaux 25/02/12 (Le HuffPost et AFP)

Le sitcom syrien Just freedom remet en question la propagande officielle

Deux jeunes syriens sirotent leur thé en regardant dans le vague, assis dans un garage.

“Tu sais quoi ? J’aimerais y aller.”

“Aller où ?”

“Là bas, avec les manifestants, chanter avec eux” répond le premier.

“Tu es fou. Ils ne peuvent pas sortir juste comme ça, c’est impossible. Ils prennent sûrement un truc…”

“Ils prennent quoi ?”

À ce moment là, un vendeur de rue passe avec son charriot en criant:
“Des hallucinogènes ! Des pilules ! J’ai de tout ! Al Arabiya, Al Jazeera, France 24, BBC… Hallucinogènes !”

“Tu vois !” dit le second, alors qu’il jette un coup d’oeil au vendeur.

Owni

Sur la Syrie de la propagande à longueur de commentaires

Sous ce titre, le Monde.fr souhaite prévenir ses lecteurs d’une menace en s’extrayant étrangement d’un processus dont il participe à sa manière. Comment expliquer sinon qu’un journal réputé de référence ne donne pas les clés pour comprendre les enjeux d’un conflit majeur assimilé un peu vite à une guerre civile ?

« Après les attaques lancées par les robots spammeurs de « l’armée électronique syrienne », nos réseaux sociaux sont désormais la cible d’autres commentaires de lecteurs. Les nuances sont plus difficiles à cerner que lorsqu’il s’agissait de textes automatiquement postés une vingtaine de fois, à la gloire de Bachar Al-Assad. S’alarme le Monde.fr.

En Une, le site renvoie sur le blog du social média editor et du community manager  qui montent sur le plus beau pied d’estale  de la déontologie journalistique  pour ramener le lecteur furtif à la bergerie : « L’objectif est le même : verser à nouveau dans la propagande, en semant la confusion quant à la réalité des faits et des enjeux dans la guerre larvée en cours depuis des mois, à Homs et dans tout le pays.« 

Evidemment la réalité des faits évoqués ici, ne décolle pas d’une approche strictement factuelle et qui plus est inaccessible : « Le Monde, de même que tous les autres médias, éprouve certes des difficultés à couvrir la situation sur place. »  En somme, on nous dit : nous ne parvenons pas à faire notre travail mais ne prenez pas en compte les autres sources. Comme si la minorité de citoyens qui lit encore Le Monde, ne pouvait se prémunir d’une propagande aussi grossière.

La supplique du community manager, qui arbitre l’opinion des lecteurs de son bureau tourne à la parano  » De nombreuses réactions à nos articles affirment avec force que, quoi que nous disions sur le sujet, nous avons tout faux. Elles abondent notamment dans les théories du complot et accusations de manipulation » Et le community manager de dénoncer les instigateurs de cette manipulation comme le fondateur de Réseau Voltaire Thierry Meyssan dont la personnalité controversée et certaines de ses relations incitent à  faire le tri dans ses propos  (voir Mensonges et vérités sur la Syrie).

On objectera cependant que dans un contexte où la manipulation de l’opinion est omniprésente, le libre citoyens n’a pas à choisir un camp pour se forger son opinion. S’informer sur ce qui se passe en Syrie n’est pas aisé. Cela suppose d’avoir recours à des sources qui traitent le sujet en profondeur et à croiser de nombreux aspects liés à la problématique syrienne : politiques, géopolitique,  religieux, économique…  Seul un tel examen permet un regard averti sur la propagande, subtile ou grossière, émanant des nombreux protagonistes impliqués  dans ce conflit. La vision répandue dans les médias français d’une guerre civile entre un peuple opprimé et les partisans d’un dictateur sanguinaire apparaît particulièrement simpliste.

Reçamment, les services syriens spécialisés ont affirmé avoir arrêté un bataillon français de transmission composée de 120 militaires, à Zabadani en ajoutant que « cette nouvelle explique le changement de ton de Paris, qui fait désormais profil bas, de peur que cette affaire n’affecte la campagne de Nicolas Sarkozy. Alain Juppé a été chargé de négocier avec son homologue russe Sergueï Lavrov pour trouver une solution et libérer les 120 militaires Français ».

Cette information a été démentie par Le Réseau Voltaire : Nous n’avons pas trouvé d’éléments permettant de confirmer les imputations selon lesquelles 120 Français auraient été faits prisonniers à Zabadani. Cette rumeur semble être une exagération de nos informations et paraît sans fondement. Lors de la prise du bastion insurgé dans le quartier de Bab Amr, à Homs, l’armée syrienne a fait plus de 1 500 prisonniers, dont une majorité d’étrangers. Parmi ceux-ci, une douzaine de Français ont requis le statut de prisonnier de guerre en déclinant leur identité, leur grade et leur unité d’affectation. L’un d’entre eux est colonel du service de transmission de la DGSE. »

En revanche, les envoyés spéciaux des grands médias occidentaux sur place ont préféré mettre le couvercle sur cette info*, laissant ainsi à Alain Juppé la possibilité de négocier en secret. La France aurait sollicité l’aide de la Fédération de Russie pour négocier avec la Syrie la libération des prisonniers de guerre.

En cette période de grande confusion, il importe de se rappeler que l’info factuelle doit être mise en perspective. Les Syriens, les Russes et les Chinois n’ont pas le monopole de la propagande. On se souvient de cette jeune femme, témoignant en 1990, les larmes aux yeux, devant le Congrès américain, qu’elle a assisté à des atrocités au Koweit, et notamment qu’elle a vu les soldats irakiens tirer sur des bébés et leur enlever les couveuses. L’identité de la femme est gardée secrète au motif de sa protection. On donna un nombre de centaines de bébés. En fait, l’histoire fut inventée. Mais elle fut répétée par George H. W. Bush et servit à justifier l’entrée en guerre contre l’Irak. La jeune femme était la fille de l’ambassadeur du Koweit à Washington.

Jean-Marie Dinh

*Capturer des ennemis avant qu’une guerre soit déclarée facilite la démonstration qu’il s’agit d’une guerre offensive.

Voir aussi : Rubrique Syrie, rubrique Iran, rubrique Irak, rubrique Afghanistan, rubrique Israël, rubrique Médias, Tunisie les éditocrates repartent en guerre, Le postulat de la presse libre revue et corrigé, On Line, A. Gresh à propos de la Syrie,

Du séisme américain au printemps arabe

Deux mille douze ans avant et après

Une rétro géopolitique de Robert Bibeau publiée par le Centre de recherche sur la Mondialisation

 

LE SÉISME AMÉRICAIN

Requiem pour les États-Unis d’Amérique tels que vous les avez connus depuis la guerre. Après moins de soixante-dix ans de règne sans partage – si ce n’est quelques velléités du social impérialisme soviétique (1955-1989) – l’empereur d’Occident poursuivra sa descente aux enfers encore cette année.

L’agonie de l’empire amorcée en 2008 – crise des subprimes – prolongée en 2011 – crise de la dette souveraine – se poursuivra en 2012 et s’étiolera sur quelques années. Au cours de cette période les États-Unis seront simultanément insolvables et ingouvernables, transformant en «bateau-ivre» ce qui fut le «navire-amiral» de la flotte impérialiste occidentale (1).

Le dollar devrait perdre plus du quart de sa valeur par rapport à l’Euro – la future devise de réserve dirigée par la baguette d’Angela qui n’entend pas à rire pour ces choses là –.  Cette dévaluation du dollar signifie que le peuple américain perdra plus du quart de son pouvoir d’achat déjà mal en point étant donné que ce pays importe la plus grande partie des produits qu’il consomme (inflation galopante, dévaluation du dollar, faillites bancaires, 20 % de chômage, un américain sur six reçoit des bons alimentaires, un enfant sur cinq connaît des épisodes de vie sans abri, le taux de mortinatalité est au niveau des pays sous-développés, les municipalités abolissent les services, les États font défaut de paiement, etc.) – feu la superpuissance américaine. Un économiste de renom n’avait-il pas distribué les rôles entre les puissances économiques mondiales – la Chine était l’atelier de fabrication et les États-Unis le marché de consommation, comme si dans votre logement votre voisin de palier était celui qui travaille plus pour gagner plus comme le proposait Sarkozy (interdit de rigoler) et vous, celui qui dépense sans compter sans jamais rien gagner, croyez-vous que votre copropriété pourrait prospérer ? Dans l’histoire, l’empire espagnol puis l’empire britannique ont déjà tenu ce rôle de pôle de consommation et l’on sait ce qu’il advint de ces empires moribonds !

Le déclin de l’empire américain est bien certain. Les émissions de dollars (Quantitative Easing) de 2009 et 2010 n’auront servi qu’à plomber le navire à la dérive.  Les agences de notation anglo-saxonnes et les banquiers de Wall Street le savent pertinemment, en 2012 ne soyez pas étonné d’apprendre qu’ils convertissent une partie de leurs avoirs – dollars – en euros, en yuan, en franc suisse, en or…Les rats ont commencé l’an dernier à abandonner le navire-ivre. Le nationalisme de pacotille est réservé aux soldats qui meurs dans les champs de mines anti-personnelles d’Afghanistan et aux bozos paniqués des résidences pour retraités (2).

 

L’EMPIRE CHINOIS

En 2012, l’approfondissement de la dépression et l’effondrement du marché américain dévoré par l’inflation et la dépréciation du dollar – premier client de l’empire industriel chinois – entraineront ralentissement économique et fermetures d’usines en Chine (3).

La reconversion industrielle et commerciale de la Chine en direction de son marché domestique en expansion et en direction de l’Euroland, de l’Asie et de l’Afrique (investissement de 1 000 milliards de yuans d’ici dix ans nous dit-on) n’étant pas complétés, la défaillance du client américain ne pourra être amortie. L’espoir de Pékin était vraiment que l’effondrement américain tarderait de deux ans au moins et le «Céleste empire» a tout fait pour retarder l’échéance fatale en achetant en pure perte les obligations américaines au rendement décevant (4).

Il est trop tôt pour que la reconversion chinoise soit complétée. Aussi cette année les secousses sismiques économiques de l’Amérique ébranleront l’empire du milieu – industriel.

Dans le monde occidental, l’impérialisme états-unien aux abois – l’ennemi irréductible de l’impérialisme chinois – essaiera de soulever une vague de protectionnisme et de nationalisme fanatique et les États-Unis tenteront d’impulser une désastreuse « Guerre Froide » contre la Chine. Au cours de 2011 Obama a fourni le cadre et la justification d’une confrontation à grande échelle et de longue durée avec la Chine. Ce sera un effort désespéré pour maintenir l’influence étatsunienne et conserver ses positions stratégiques en Asie et partout dans le monde.  « Le « quadrilatère de pouvoir » de l’armée étasunienne — les États-Unis, le Japon, l’Australie et la Corée — avec le soutien des satellites philippins, essaieront de détruire les liens commerciaux de la Chine au moyen de la puissance militaire de Washington.» (5). Nous doutons cependant que le Pentagone y parvienne. Il n’est pas certain que ce que Petras appelle les satellites militaires états-unien se laissent entraîner dans la déroute en compagnie du canard boiteux américain.

 

EUROLAND

Suite à la session de briefing et de réorientation stratégique de décembre dernier à Bruxelles où le couple Merkozy a tenu tête aux hydres anglo-saxons de la City –  les pays de l’Euroland sont en ordre de marche sous le joug du major d’homme Merkel – le seul homme politique bourgeois d’envergure en Europe – . La ‘Diva’ de l’économie européenne bat la marche – fait rentrer les récalcitrants dans le rang – fixe la cadence de la reconversion des finances européennes en prévision du séisme états-unien qui tel un deus ex machina constata en décembre dernier le peu d’influence que les USA ont conservé chez son allié outre Atlantique (6).

L’Euroland a changé de direction à Bruxelles l’an dernier et 2012 devrait confirmer la reprise en main par les nouveaux maîtres de la BCE (Banque centrale européenne) avant l’émission des Eurobonds,  fin 2012. « Quand on est l’Euroland et qu’on est le premier bloc commercial mondial, le détenteur de la plus grosse épargne mondiale on se moque des agences de notation. On les ignore ou on leur casse les reins, deux choses qui seront au programme de 2012» (7).

Révoltes populaires et grèves ouvrières devraient marquer l’année européenne, mais faute d’une direction révolutionnaire influente et unifiée, tous ces sacrifices seront gaspillés.

 

L’AFRIQUE MONÉTAIRE

Quelques mots sur un morceau d’Afrique à propos des quatorze pays soumis au diktat néo-colonialiste français via l’entente d’adhésion au Franc CFA. Un protocole d’union monétaire qui cède à la France le contrôle du développement financier de ces quatorze pays dominés, néo-colonisés. Comment imaginer qu’en 2012 des pays où les présidents et chefs d’État d’opérettes s’entretuent à chaque élection bidon frauduleuse pour s’emparer d’un pouvoir qu’il ne contrôleront jamais de toute façon puisqu’un levier essentiel – le pouvoir financier – est accaparé quelque part à Paris aux bureaux du Trésor public français ou chacun des pays soumis doit déposer en garantie une partie de ses avoirs (ce qui en soit n’est pas une mauvaise pratique financière – ce qui est mauvais c’est que le dépôt et la gestion se fasse au Trésor de France et que cette devise soit totalement dépendante et à parité avec l’Euro)… Hallucinant n’est-ce pas ?

J’ai le sentiment qu’à la faveur de la dépression monétaire mondiale, 2012 sera une année de grande friction autour de la question de créer une monnaie africaine commune à partir d’un regroupement de quelques états courageux – projets que caressait à la fois Kadhafi et Laurent Gbagbo… allez comprendre après cela pourquoi ils ont été détrônés, puis déporté ou  assassiné (8)?

 

LA DIPLOMATIE DE LA CANONNIÈRE

Il est étrange que très peu d’observateurs de la scène internationale aient remarqué un changement important survenu sur le théâtre militaire mondial depuis 2010 environ. Jusque-là, toute agression militaire impérialiste occidentale était initiée puis dirigée par le chef de meute américain avec ou sans la complicité de l’OTAN – Bush le cowboy texan étant l’archétype de ces capots Yankee –. Or, en 2010-2011 trois des principales interventions de la «diplomatie de la canonnière» ont été initiés par la France sarkosiste avec le soutien de Londres, de Berlin et d’autres capitales de l’Euroland et parfois l’intervention tardive de Washington (Côte d’Ivoire, Libye, Syrie). Il en sera de même en 2012.

 

L’AGRESSION CONTRE LA SYRIE

Dites-moi ce que Sarkozy cherche en Syrie ? Ce pays n’a pas de pétrole, peu de minerais, son marché est exsangue, sa population est pauvre. La Syrie est encombrée de réfugiés palestiniens, irakiens, kurdes, son peuple est irascible, nationaliste et il s’empressera de chasser tout envahisseur étranger. De plus, on retrouve à sa frontière Nord la Turquie amère et rancunière (d’avoir été refusée dans l’UE) ; à sa frontière Sud la Jordanie insipide; à l’Ouest le Liban intrépide et le Hezbollah invincible ; aux limites Est on retrouve l’Irak – deuxième réserve  pétrolière du monde – Voilà la réponse que nous cherchions.

Sarkozy, plus malin que certains ne le subodorent, pendant qu’Obama manigance de lui couper l’or noir par bateau (Détroit iranien d’Ormuz) tout en se retirant d’Irak – laissée à la garde des mollahs Chiites qui couperont le pétrole irakien à la première bombe jetée sur l’Iran – l’Europe tente donc de se rapprocher des puits irakiens afin de les envahir le moment venu et faire passer le précieux carburant par le pipeline syrien jusqu’à la Méditerranée.

Une question se pose cependant. Pourquoi ne pas avoir comploté avec Bachar al Assad pour accéder au pipeline syrien ? Parce que Bachar est l’allié de l’Iran et que l’attaque américano-israélienne contre l’Iran coupera les ponts de la collaboration avec la Syrie. L’Europe devrait alors se dissocier de son allié américain et de l’agression contre l’Iran – ça viendra – mais l’Euroland nouvelle – post états-unienne – n’en n’est pas encore là.

Dernier problème qui se posera en 2012 relativement à l’attaque contre la Syrie. Comment contourner la puissance Russe qui possède une base navale en Syrie (Tartous)? Qui plus est, la Russie ‘poutinienne’ fournit du gaz naturel de l’Europe (9). Attaquer la base militaire du Kremlin au Levant c’est se couper de l’approvisionnement en gaz russe. Sarkozy et Merkel y ont-ils pensés et quelle est l’alternative ?

Le soutien européen aux milliardaires voleurs d’élections de l’opposition russe contre les voleurs d’élections du parti Russie Unie n’ira pas très loin. La Russie n’est pas une «République de bananes» ni une «législature du café» et l’armée Rouge est bien en laisse sous la poigne de Vladimir… J’en conclue que l’Euroland devra réviser sa stratégie syro-iranienne en 2012.

Comme l’année en cours sera année d’élections présidentielles on ne verra pas les États-Unis s’engager dans cette guerre ouverte qu’elle prépare fébrilement contre l’Iran d’autant que la Syrie n’est pas encore tombée dans l’escarcelle européenne ni américaine et c’est bien là l’enjeu de cette guerre qui ne dit pas son nom. Dans cette affaire Sarkozy n’est pas le «Proxy» des États-Unis il mène la politique de l’impérialisme français et européen et pour cette raison il devrait sauvegarder son perchoir présidentiel en 2012.

Le conflit entre alliés de l’OTAN porte bien sur cette alternative, si la Syrie devient protectorat européen – le pétrole Irakien sera à portée de main – si la Syrie devient protectorat américain, l’Irak de al- Maliki gardera le verrou Ouest du dispositif d’étranglement pétrolier européen pendant que l’Iran à son corps défendant gardera le verrou Sud par le détroit d’Ormuz, le Pakistan et l’Afghanistan les verrous Nord et Est.

L’OTAN AU LEVANT

Cette année électorale américaine les États-Unis et leur organisation militaire assujettie – l’OTAN – poursuivront leur pression contre le Liban via leur satellite israélien, leur occupation passive de l’Afghanistan (préparant leur retrait pour 2014 quand toutes les manœuvres qu’ils anticipent contre l’approvisionnement en pétrole chinois auront été menées à bien). Par ses drones l’OTAN  poursuivra son harcèlement du Nord Pakistan de façon à contrer tout rapprochement du Pakistan avec les talibans afghans.

Retenez cependant qu’un fauve blessé comme le drapeau étoilé demeure un danger et l’État-major américain s’il ne lance pas immédiatement l’attaque contre l’Iran la préparera toute l’année en sous-main et la déclenchera probablement l’an prochain, après l’élection quel que soit le vainqueur de la course à la présidence. La déconfiture économique et sociale de l’Amérique commande cette action «audacieuse et périlleuse» pensent un certain nombre de stratèges du Pentagone et de Wall Street. La déstabilisation des approvisionnements en hydrocarbure de la Chine, du Japon et de l’Euroland permettra aux États-Unis (qui ne s’approvisionnent pas au Proche-Orient) de se refaire une autorité sur les marchés boursiers – folle équipée de financiers désespérés.

 

PRINTEMPS ARABE

En Égypte les ‘Facebookeurs’ des réseaux sociaux pseudos révolutionnaires sont retournés chez papa après la mise à la retraite de Moubarak enveloppé dans son parachute doré (10). En 2011 les vrais révoltés sont retournés sur le pavé et ils  sont tombés sous les balles d’aciers de l’armée dans la plus grande impunité et sous les hourras des médias étrangers – qui ont même suggérés qu’ils étaient des «contre-révolutionnaires»… d’une révolution avortée.

Ces véritables révolutionnaires méprisés par la bourgeoisie internationale n’ont pas voté – qu’ils en soient félicités – ils ont renvoyés leurs «leaders» patentés – des fils à papa ‘indignés’ – bon vent les Twitters formés aux «révolutions colorées», qui sait si 2012 ne verra pas les révoltes arabes devenirs de vraies révolutions populaires pour la conquête du pouvoir d’État !?

En Tunisie identique à l’Égypte avec cette différence que cette ancienne colonie française a héritée des habitudes de verbiage balaise et outrecuidant de l’ex-mère patrie. L’intelligentsia maghrébine aime à mimer les débats oiseux des cafés parisiens et les tiers partis égo-centripète sont pléthores sur la scène tunisienne où ils bouchent la vue des jeunes révoltés et ces groupuscules d’opérettes pourraient bien faire avorter la seconde édition de la vraie révolution. De toute façon l’élection bidon fut un échec et dans de nombreuses cités; les révoltés n’ont pas désarmé, en 2012 ils vont se radicaliser (11).

Pour la Libye cessez de pavoiser petits démagogues planqués à Paris ou à Londres. En 2012 BHL et ses petits amis pluriels pourraient déchanter – Kadhafi est mort mais pas l’esprit de révolte et d’indépendance des tribus de Tripolitaine, du Fezzan et de Cyrénaïque. Le CNT est hors-jeu et si la production pétrolière a repris; le peuple est contrit et réalise petit à petit qu’il a été dupé par de faux amis. Rien n’est écrit, rien n’est fini en Libye, ceux qui ne l’ont pas compris en seront bientôt conchies (12).

 

__________________________________________

(1)   Crise systémique globale – USA 2012/2016. GEAB no. 60. In l’Étoile du Nord vol. 9, no. 6 novembre-décembre 2011, pages 6-11.

(2)   La guerre des monnaies (Dollar contre Yuan). Robert Bibeau. 24.11.2011.
http://www.agoravox.fr/actualites/economie/article/la-guerre-des-monnaies-dollar-104886

(3)   Vincent Gouysse. 2010-2011 : Le réveil du dragon s’accélère ! Septembre 2011.
http://www.communisme-bolchevisme.net/download/Le_reveil_du_dragon_s_accelere.pdf

(4)   La Chine impérialiste. Robert Bibeau. 29.06.2011. http://www.centpapiers.com/la-chine-imperialiste/74924

(5)   C’est le seul point sur lequel nous nous entendons avec Petras, le reste de son écrit présente une vision conspirationniste surfaite à notre avis. http://www.centpapiers.com/2012-une-vision-d%e2%80%99apocalypse/91055

(6)   La crise de l’Union Européenne : le Dollar contre l’Euro. Robert Bibeau. 15.12.2011.
http://www.mondialisation.ca/index.php?context=va&aid=28229

(7)   USA Crise systémique globale 2012/2016. GEAB no. 60. In l’Étoile du Nord vol. 9, no. 6 novembre-décembre 2011, pages 6-11.

(8)   La Libye sous les bombes ‘humanitaires’ de l’ONU. Robert Bibeau. 23.03.2011.
http://www.mondialisation.ca/index.php?context=va&aid=23889 et L’extradition illégale de Gbagbo de son pays natal ! Robert Bibeau. 7.12.2011. http://www.alterinfo.net/L-EXTRADITION-ILLEGALE-DE-GBAGBO-DE-SON-PAYS-NATAL-_a67600.html et http://fr.wikipedia.org/wiki/Franc_CFA

(9)   La Russie lâcherait-elle la Syrie ? Robert Bibeau. 29.12.2011.
http://www.legrandsoir.info/la-russie-lacherait-elle-la-syrie-comment-naviguer-entre-deux-mers.html

(10)  Révoltes arabes et répression néocoloniale. Robert Bibeau. 16.05.2011. http://www.oulala.net/Portail/spip.php?article5127

(11)  Il n’y a pas de projet de démembrement du monde arabe. Il n’y a que des projets à courte vues d’une puissance impérialiste puis d’une autre pour s’emparer d’un marché arabe ou d’un autre, des ressources arabes, pétrolières surtout et pour annihiler tout mouvement de révolte. De nombreux pays arabes agressés depuis nombre d’années n’ont pas été démembrés.   http://www.lnr-dz.com/index.php?page=details&id=8501

(12)  «la deuxième et la troisième puissance économique du monde la Chine et le Japon vont désormais utiliser la monnaie chinoise pour leurs échanges…»  Libye, Côte d’Ivoire, ouvriront la voie à un nouvel Ordre mondial Jean-Paul Pougala. 31.12.2011.
http://www.youtube.com/watch?v=owY2weXp7Dc&context=C351979eADOEgsToPDskI_AXylaGXOv0Y9DV96I9vL

 

Robert Bibeau est un collaborateur régulier de Mondialisation.ca.  Articles de Robert Bibeau publiés par Mondialisation.ca