Sète livre le paysage aux artistes d’aujourd’hui

Au CRAC

Dans la vallée des Merveilles

Dans la vallée des Merveilles

Les passeurs artistiques Philippe Durand, Philippe Ramette, Olga Kisseleva et Emma Dusong partagent l’espace du centre d’art régional jusqu’au 29 mai 2016

La pertinence de la notion de passeur d’art, pourrait bien être celle de la délimitation de ses contours, des liens de passage où circulent les hommes et leurs émotions…  L’artiste Philippe Durand développe une pratique photographique sur le mode de la déambulation, à la recherche de traces visibles dans l’espace public. En 2014, il décide d’explorer la vallée des Merveilles, situé dans le Parc National du Mercantour. Fasciné par cet espace naturel, il y découvre un patrimoine archéologique exceptionnel qui, selon lui, constitue «un autre espace public, évidemment non urbain mais balisé, marqué, transmis d’une personne à l’autre.» Considérant ce site comme un proto-musée en plein air, sans auteur, sans commissaire, sans public ni communication, l’artiste en fait un lieu de travail, dans une nouvelle dimension spatiale et temporelle.

Aire  initiatique archaïque
A la différence du monde de l’art contemporain, les aires culturelles sont rarement des champs clos. Elles subissent, le plus souvent au fil du temps des influences multiples. Influences restituées par les photographies de Philippe Durant qui documentent l’exposition. Les clichés de l’artiste mettent en scène le dialogue des échanges à première vue très inégaux qui s’instaurent entre les cultures à travers le temps. Des gravures anciennes telles les bêtes à cornes préhistoriques que nos lointains ancêtres gravaient dans la roche pour se mettre en contact avec la puissance chamanique de l’animal, côtoient des graffitis plus récents. Un type qui fume dessiné par un berger au début du XXe siècle, un Mickey déifié dans les années 80 ou un graff des twin towers localisé et daté au canif New York 2001. «C’est intéressant de voir que les premiers et les derniers dessins de l’histoire de l’humanité se ressemblent» souligne justement le critique Pacôme Tiellement.

Signes  de l’engagement
Le travail de l’artiste se rapporte à l’histoire de l’art, à l’histoire d’un continent disparu, retrouvé et déplacé. L’exposition tente de recomposer une topographie du lieu. Comme une mise en abîme du gigantesque musée à ciel ouvert de la vallée des merveilles reconstitué au sein du Crac de Sète. Une immense photo murale du site sert de structure à l’exposition. Dans la première salle quelques éléments gonflables évoquent le chaos rocheux du paysage, leur dimension ludique emprunte au parc d’attraction en parfait contraste avec les vidéos qui invitent à une lecture méditative du site. On passe le mur de roche comme l’on traverse un miroir pour se retrouver dans la seconde salle en présence des photographies. A la croisée entre individu et société, l’installation La Vallée des Merveilles pose les signes de l’engagement dans la collectivité. Cette proposition artistique peut être perçue sous une forme individuelle et singulière ou/et comme une forme sociale et donc socialement partagée.

La  force et l’émotion
Avec Suivre sa voix, la jeune Emma Dusong se situe sur le front des pionniers de l’émotion. Son installation Classe évoque les limites et les risques du système éducatif et l’espoir déchu face au désir d’apprendre librement. L’artiste suit les traces de l’intime dans la durée et la profondeur. La conversation avec sa grand-mère espagnole sétoise renvoie à la disparition, aux craintes qu’elle suscite, mais également à tout ou partie de l’histoire de l’enfance, de la famille, de l’amour. Elle transcende largement l’état affectif des individus pour les inscrire dans le paysage de l’art.

Solo exhibition
Emma Dusong Suivre sa voix

24456_1453372230_Emma-Dusong-IMG_7724-600pxEmma Dusong travaille avec la voix et le silence à travers divers médiums. Souvent déclenchées par des performances chantées (écrites et composées par l’artiste) ses pièces sonores proposent un univers  de doute et de métamorphose.
Elle présente son travail en France et à l’étranger depuis les années 2000. En 2008, elle a reçu le prix agnes b. En 2008-2009, elle fut résidente au Pavillon de Tokyo et en 2010, elle est nominée au prix Audi Talents Awards à la FIAC.

«Je m’intéresse à la voix humaine, sa dimension vivante et évanescente, tellement présente, expressive et tactile. Je viens au départ de l’image et j’ai eu besoin à un moment donné d’un médium qui soit le plus vivant possible dans le prolongement de la respiration. Chanter était aussi ce qui me faisait le plus peur et me permettait donc de donner un renouveau à ma pratique. Ce qui me trouble dans la voie chantée est le côté vertigineux de la voix. La voix a cappella émise sans amplification lui permet d’être le plus suspendue possible, la plus vulnérable

Monographie
Philippe Ramette  questionne le réel

11_philippe-ramette-10-6444bA l’occasion de cette exposition l’artiste Philippe Ramette réactive son travail photographique mis en sommeil depuis neuf ans et propose un portrait de l’artiste au fil de l’eau. « Ma démarche est une attitude contemplative. L’idée récurrente consiste à représenter un personnage qui porte un regard décalé sur le monde , sur la vie quotidienne. Dans mes photos, je ne vois pas d’attirance pour le vide, mais la possibilité d’acquérir un nouveau point de vue.»

JMDH

Source La Marseillaise 16/03/2015

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Un cadre d’idées vivantes en grand format

3e volet de La France vue d’ici pour la 8e édition du festival sétois qui se tiendra 4 au 22 mai. Photo Patrice Terraz

3e volet de La France vue d’ici pour la 8e édition du festival sétois . Photo Patrice Terraz

Image-Singulières. Le festival poursuit sa vocation autour de la photographie. De l’aristocratie à la classe ouvrière il aiguise notre regard et notre esprit. A Sète du 4 au 22 mai 2016.

L’affiche de la 8e édition d’imageSingulières signée Patrice Terraz est extraite du projet collaboratif La France Vue d’Ici que le festival mène en partenariat avec Médiapart depuis 2014. On y voit une jeune apprentie en bleu de travail dont le visage laisse entrer la lumière. Une de ses mains est occupée par un soda tandis que l’autre dresse un doigt oblique. Malgré toute l’énergie qui émane de cette jeune fille, il est fort improbable qu’elle soit un jour décorée de la Légion d’honneur. Ce projet conduit par 24 photographes et 4 journalistes s’est fixé la mission d’explorer la France d’aujourd’hui afin de produire un état des lieux d’ici 2017. Cette année le troisième volet de la série prendra d’assaut la Gare de Sète. Pour l’intégralité des reportages rendez-vous en 2017…

Particules artistiques

On ne connaît précisément les vertus de la poussière d’eau qui couvre les habitants des villes portuaires mais l’on sait que les ports brassent les populations qui entrent, circulent, et sortent et que cela influe sur la vie quotidienne. Le festival associe ses embruns depuis 2015 avec la Festival international de photographie de Valparaiso, première ancre d’une idée panoramique qui pourrait tracer ses escales dans les grands ports du monde. Pour cette édition quatre photographes chiliens tireront le portrait de Sète. ImageSingulières invite par la même occasion deux géants de la photographie en résidence dans le port du bout du monde à rejoindre l’île singulière. La confrontation inédite des regards entre l’espagnol Alberto Garcia-Alix et Le Suèdois Anders Petersen donne lieu à la production d’une exposition dont la première se tiendra à Sète avant qu’elle ne parcoure l’Europe.

Au Crac on pourra suivre l’évolution du travail photographique de Guillaume Herbaut dans un parcours ukrainien qui débute par une approche contemporaine de photojournaliste pour passer à celle du documentaire d’auteur. La Maison de l’image Documentaire met le cap sur la Belgique du bas avec les prisons vues et vécues par Sébastien Van Malleghem, et la Belgique du haut que donne à voir l’anglais Rip Hopkins à travers ses portraits d’aristocrates.

La classe ouvrière n’est pas oubliée avec l’exposition collective Working Class Heroes, au Boulodrome. Les photographes Flavio Tarquinio, Mehdi Ahoudig, Samuel Bollendorff évoquent la joyeuse déliquescence du Nord de la France, tandis que Kirill Golovchenko s’attache au profond désordre ukrainien. Enfin, aux Chais des Moulins, seront fêtés les 30 ans de l’agence VU à travers un coup de projecteurs sur 7 grands photographes espagnols qui ont trouvé à travers l’agence un soutien pour signifier leur travail à l’étranger. En bref, le festival conserve une détermination qui l’honore.

JMDH

Source La Marseillaise14/03/2016

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Attendue, la 31e édition du Festival Radio-France se tourne vers l’Orient

Tugan Sokhiev et l'Orchestre National du Capitole de Toulouse

Le Festival de Radio-France qui se tiendra du 11 au 26 juillet prochain s’élargit progressivement à la grande Région. Son Directeur Jean-Pierre Rousseau en a reçu l’assurance.

 

Le Festival de Radio France qui fêtait l’an dernier sa 30e édition avec incertitudes envisage désormais l’avenir de manière plus sereine. Jean-Pierre Rousseau son nouveau directeur, travail depuis deux ans sur le socle du festival en conservant son identité. Il a dévoilé vendredi 4 mars l’alléchante programmation de la 31e édition sous le signe de l’Orient, en présence de la présidente de Région Carole Delga, de Philippe Saurel pour la Métropole, Renaud Calvat pour le département de l’Hérault et du PDG de Radio-France, Mathieu Gallet himself.

L’événement musical régional se voit ainsi confirmé dans sa double vocation. Celle de s’ancrer dans le paysage régional en faisant partager au plus grand nombre la richesse et la diversité musicale des radios de service public et celle de devenir un rendez vous incontournable des grands festivals d’Europe à travers la qualité et l’originalité de sa programmation.

 

Cohérence d’action

Le festival conserve les bases de sa fondation à Montpellier en s’appuyant sur les six colonnes robustes que sont l’Orchestre National Montpellier LR , l’Orchestre National de Toulouse, l’ONF, l’Orchestre philharmonique de Radio-France et le choeur et la Maîtrise de Radio France. La crainte d’un éparpillement lié à une décentralisation clientéliste semble écarté.

«La présence en Région n’est pas une obligation, a précisé Jean-Pierre Rousseau, mais elle demeure un objectif au coeur de notre préoccupation qui fait le succès populaire. A travers les concerts décentralisés dans la Métropole de Montpellier et la Région, le festival est à l’origine de rencontres miraculeuses avec des gens qui n’ont pas l’occasion d’assister à des concerts et s’y confrontent souvent pour la première fois.» 90% des 140 concerts donnés durant la manifestation sont gratuits.

«Le maillage de l’ensemble du territoire régional se fera progressivement», a indiqué Carole Delga. Accompagné de Michel Orier, le tout nouveau directeur de la musique et de la création culturelle, Mathieu Gallet voit dans cette 31 édition «un tournant». Il a assuré ses partenaires de son entier soutien : « Vous pourrez compter sur moi et la maison pour faire vivre et rayonner le festival.» Les 30e Rencontres de Pétrarque devraient revisiter les questions posées lors de la toute première édition a indiqué la directrice de France culture,  Sandrine Treiner : Existe-t-il une nouvelle religiosité ? La France quelle identité ?

Musique pour tous

Le domaine D’O accueillera le volet Jazz, ainsi qu’un Carmina Burana. Tohu Bohu campera sur le parvis de l’Hôtel de ville pour trois soirées electro. Et Fip amènera son savoir-faire pour la programmation Musiques du Monde. Côté classique et lyrique, le coup d’envoi sera donné le 11 juillet à 18h par la jeune et talentueuse pianiste Béatrice Rana qui interprétera les Variations Goldberg de Bach. Sous la direction de Michael Schonwandt, l’ONMLR assurera l’ouverture avec Mille et Une Nuits composé d’extraits de Aladin de Nielsen, Shéhérazade de Ravel et Rimski Korsakov avec Lambert Wilson, récitant, et la mezzo-soprano Karine Deshayes. L’Orient, inépuisable source d’inspiration des arts sera exploré avec des oeuvres comme l’Opéra d’Isabelle Aboulker Marco Polo et la princesse de Chine, Pagode de Debussy, le concerto Egyptien de Saint Saëns ou Ba-Ta-Clan d’Offenbach, à l’origine du nom de la salle parisienne.

Dans un contexte tendu cette édition propose une ouverture vers la paix et le plaisir des sens.

JMDH

Source La Marseillaise 06/03/2016

 

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Tropisme. Lectures musicales multi-sensorielles à Montpellier

Une exposition du collectif Scale produite par la Gaieté lyrique. Photo teddy morellec

La troisième édition de Tropisme fait lien entre musique et numérique et s’installe à la Panacée du 22 mars au 8 avril.

Le centre de culture contemporaine la Panacée tiendra lieu de QG pour la troisième édition du festival Tropisme. Cette manifestation dédiée aux possibilités « sans limites » de l’art musical, et du numérique, est soutenue par la ville de Montpellier, la Région et la Drac. Elle se propose d’explorer les multiples effets de la mutation technologique dans un climat de franche convivialité. L’évolution du festival 100% poursuit l’air du temps au point de s’y confondre passant d’une programmation rock à un festival de musiques actuelles puis d’art numérique, dont le terme générique est aujourd’hui remis en question par le directeur artistique Vincent Cavaroc qui prédit sa mort à court terme. Dans cette fuite en avant incontrôlable, les promoteurs du festival tentent de faire émerger de nouvelles écritures et surtout d’offrir des expériences inédites à faire partager au public.

Ici comme ailleurs, la question de la transition appelle celle de nouveaux modèles économiques qui profitent, on le sait, bien davantage aux gérants des contenants qu’aux producteurs de contenu que sont accessoirement les artistes. « Face aux gros opérateurs, les acteurs culturels sont faibles et fragmentés dans des myriades de structures de petites tailles, confirme le président de Tropisme, Sébastien Paule, également gérant de la Scic Illusion & Macadam, entreprise de production et de conseil auprès des acteurs culturels. Ils doivent se regrouper pour peser économiquement et politiquement. On retrouve la même problématique dans le débat sur l’économie solidaire. » Le festival permettra d’aborder de nombreuses questions sur l’avenir, à travers des conférences, ateliers et débats.

Expérience totale

Côté ludique et découvertes, l’offre s’avère qualitative et foisonnante. Le socle de la manifestation se base à la Panacée où sévira le collectif Scale avec cinq oeuvres originales ayant pour dénominateur commun l’augmentation de la perception musicale par l’image. Dans ce cadre, « le public est proclamé acteur puis hissé au coeur du dispositif ». Toujours à la Panacée, on pourra se familiariser avec des projets transmédias qui consistent à décliner une narration sur différents supports. Ce sera le cas avec le projet Je suis super, porté par Christophe Blanc et Jean-François Olivier, qui évolue à la fois dans le monde virtuel avec une websérie, un site internet, des jeux, et dans le monde réel avec une installation interactive et un concert. Le festival comporte aussi un volet concert conséquent à la Panacée et dans d’autres lieux emblématiques de Montpellier. Chassol sera au Jam le 22 mars. On pourra voir Eric Still au Black Sheep, les Toulousains de Mondkopf au Rockstore. Cette troisième édition se clôturera par une Nuit Electro en présence de Arnaud Rebotini, Pilooski et DJ Toffee, le 8 avril au Rockstore.

D’ici là, une petite cure de repos s’impose avant le lancement de Tropisme le 22 mars qui ouvre sur un périple de 18 jours de nouvelles expériences, sensorielles, visuelles, sonores, intellectuelles et même mentale !

JMDH

Source La Marseillaise 03/03/2016

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L’intime héberge l’alien libéral

Le système qui jouit de la crise vit en chacun de nous photo dr

Le système qui jouit de la crise vit en chacun de nous photo dr

Théâtre. Jean-Claude Fall met en scène Ivresse(s) de Falk Richter enrichi d’extraits de Protec me et  Play loud.

Deux pièces de Falk Richter sont à l’affiche cette semaine à Montpellier. Cela tombe bien parce que ce jeune dramaturge allemand a des choses à nous dire sur notre monde et la manière dont il entre dans nos vies.

Jean-Claude Fall et sa compagnie, La Manufacture ont intégré quelques extraits de Protect me et Play loud à la pièce Ivresse(s). Dans ce spectacle donné au Théâtre d’O, il est question des forces incontrôlables du néolibéralisme qui dérégulent les marchés, spéculent sur la faillite des Etats, et anéantissent les fondements de la politique. Au-delà de ces crises qui nourrissent une poignée de profiteurs jamais repus, l’auteur explore l’impact de ce modèle social sur les individus. La pièce met en lumière la puissance du conditionnement généralisé à l’origine de nos peurs, ambitions et états d’âme, ainsi que l’isolement auquel il conduit.

Les personnages qui peuplent la pièce renvoient le reflet d’une crise existentielle et d’une altérité empêchée, générées pour nourrir le système. Crises aussitôt pris en charge par les coachs, et autres gourous à tous les étages de la société. Jean-Claude Fall jubile dans son rôle de psychothérapeute de couple qui produit la crise dont il tire profit.

Nichée au coeur de la psyché contemporaine Ivresse(s) reflète la bataille que livre l’homme post-moderne aux images, et aux ombres qui l’entourent, redonnant un coup de jeune à la célèbre citation de Huis clos « L’enfer c’est les autres ». La mise en scène joue sur le mouvement général et permanent des personnages absorbés par les flux qui les redistribuent dans l’espace via des smartphones.

Tout n’est pas noir chez Richter on rit, et on espère dans l’effroi, trouver les moyens de résistance, d’ébranlement du système.

JMDH

Source La Marseillaise 10/03/2016

Voir aussi : Rubrique  Théâtre, Une parole urgente et sans concession, rubrique Allemagne, Une jeunesse allemande, rubrique Montpellier, rubrique Politique, Le néolibéralisme est un fascisme,