La photographe palestinienne Nidaa Badwan s’enferme pour ne plus voir Gaza

Nidaa-Badwan-Artist-Gaza-mFace à un quotidien de guerre, de désolation et d’oppression religieuse, l’artiste et photographe palestinienne Nidaa Bawaan a fait le choix de la beauté, quitte à vivre recluse dans sa chambre à Gaza depuis plus d’un an.

L’enfermement est devenu sa liberté. Face à l’hostilité du quotidien dans la bande de Gaza, Nidaa Badwan a fait le choix de la beauté, quitte à vivre recluse. Préférant un isolement choisi au blocus israélien et à la domination du Hamas subis, cette artiste palestinienne de 28 ans vit enfermée dans sa chambre de l’appartement familial du quartier Deir al-Balah, dans le sud de Gaza, depuis décembre 2013.

« L’isolement est le seul moyen que j’ai trouvé pour échapper au joug de la société. Il n’y a que cela qui me permette d’avoir un espace d’expression et de liberté. Ma chambre est devenue mon unique oxygène », explique-t-elle à France 24 par email, répondant avec la rapidité de ceux qui vivent sous connexion continue.

Du monde extérieur, elle ne voit que ce qu’elle veut, à travers son écran d’ordinateur et la petite meurtrière qui éclaire sa chambre de 9 m2, tapissée de boîtes d’œufs pour l’isolation phonique. Son monde intérieur, lui, est sans limite.

Ombre, lumière et jeux de rôle

Armée de son seul mais « vital » appareil photo, cette diplômée de la faculté des Beaux-Arts de l’université Al-Aqsa de Gaza a fait de son isolement un projet photographique intitulé « Cent jours de solitude », en hommage à la fresque familiale de Gabriel Garcia Marquez, qu’elle a relue dans les premières semaines de son confinement.

Unique héroïne de son œuvre, Nidaa Badwan se met en scène en train de coudre, pleurer, dormir, danser, rêver, méditer, livrant quatorze autoportraits, exposés actuellement au centre culturel de Ramallah, en Cisjordanie. Certaines photos ont demandé plusieurs semaines de travail et surtout d’attente avant que sa meurtrière laisse enfin filtrer le juste éclairage pour cette sculptrice des ombres et des couleurs.

« Tout ce que me parvient à travers mes sens influence mon travail de manière indirecte. Les rayons du soleil qui entrent dans la pièce, les objets simples de mon quotidien, la musique que j’écoute ou mes les longues heures de lecture », explique cette artiste qui construit ces photographies comme des natures mortes aux couleurs soutenues, qui ne sont pas sans rappeler la peinture flamande des XVIe et XVIIe siècles.

Une enfant de la guerre

La guerre et la violence, en revanche, n’y sont pas représentées frontalement. Ce ne fut pas toujours le cas dans le travail de cette enfant de la guerre. Née à Abou Dhabi en 1987 de parents palestiniens, Nidaa vit à Gaza depuis ses 11 ans. En 2000, moins de deux ans après le retour de la famille Badwan, la seconde Intifada éclate. Dans cette enclave perpétuellement en guerre et dominée par les islamistes, la jeune artiste tente de sauvegarder un espace de liberté.

Durant l’hiver 2008 – 2009, alors que Tsahal mène l’opération « Plomb durci« , qui a fait plus de 1300 morts à Gaza, Nidaa inaugure sa première exposition dans les décombres du théâtre du Croissant-Rouge, l’un des rares lieux de culture de Gaza, détruit pendant l’offensive. Ses tableaux – des volutes rouges et bleues – faisaient alors référence aux couleurs de l’UNRWA, l’office de l’ONU pour les réfugiés palestiniens. « Le bleu est la couleur des réfugiés. Ma famille et moi sommes des réfugiés, j’ai tout le temps conscience de ça », déclarait-elle à l’époque dans la presse.

En 2012, Nidwa participe à l’exposition « This is also Gaza » (C’est ça aussi Gaza), qui met à l’honneur une quarantaine d’artistes gazaouis contemporains. Elle y avait présenté les clichés d’une femme, la tête enserrée dans un sac en plastique, métaphore de son propre étouffement qui ne tarde pas à arriver.

nidaa-badwan-01

Une artiste incomprise

Le 18 décembre 2013, Nidaa Badwan se fait arrêter par la police des mœurs du Hamas, alors qu’elle participe à un happening dans la rue. Quand elle tente de leur expliquer sa démarche artistique, elle est battue. Le lendemain, elle s’enferme dans sa chambre pour ne plus en ressortir.

Les deux premiers mois de son isolement sont un calvaire. La jeune femme raconte être restée prostrée, s’alimentant à peine et dormant à même le sol, secouée de crises de larmes et d’angoisse. Mais après une tentative de suicide manquée, elle apprend peu à peu à apprivoiser son isolement et décide de trouver « le sens de l’amour et de la beauté ».

Mises en ligne, ses photos interpellent Anthony Bruno, directeur de l’Institut Français de Gaza – fermé après les attentats contre « Charlie Hebdo ». Il décide d’organiser une exposition à la galerie al-Hoash, à Jérusalem-est. Pour l’occasion, la jeune femme – qui n’avait même pas quitté sa chambre lorsque les bombes de l’opération israélienne « Bordure protectrice » inondaient son quartier durant l’été 2014 – est prête à rompre son isolement. Mais les autorités israéliennes ne lui octroient pas le visa nécessaire. Nidaa doit visionner son propre vernissage via Skype depuis un hôtel de Gaza.

En attendant la beauté

La photographe quittera à nouveau sa chambre quelques jours plus tard pour aller chez le médecin, chez qui elle se rend voilée, écouteurs dans les oreilles, yeux baissés : « Je ne voulais pas rompre mon isolement, je ne voulais pas voir Gaza », confie-t-elle au « New York Times« , dont Nidaa Bawaan a fait la une le 27 février.

ourtant, si elle refuse de regarder sa terre, elle refuse également de la quitter. Alors qu’on la sollicite pour exposer « Cent jours de solitude » à Paris, New York ou Berlin, quand les lieux de culture gazaouis ferment les uns après les autres, cette esthète idéaliste n’est pas encore prête à sortir de son confinement.

« Quand j’étais petite, je rêvais d’avoir ma propre ville. Je dessinais des plans, des bâtiments, des rues. Je lui donnais les couleurs de mon imagination. Je choisissais les habitants avec soin. Ma chambre est devenue ma ville », explique-t-elle avec poésie. « J’en sortirai le jour où ma ville sera devenue aussi belle que ma chambre. »

Sarah LEDUC

Source : France 24 10/05/2015

Voir aussi : Actualité Internationale, Rubrique Art, Photo, rubrique Palestine, On Line,   webdocumentaire : Gaza confidentiel ,

Combien de temps Netanyahu tiendra-t-il avec des Ayelet Shaked à ses côtés ?

La nouvelle ministre de la Justice, Ayelet Shaked

La nouvelle ministre de la Justice, Ayelet Shaked

La nouvelle ministre de la Justice cristallise à elle seule toutes les peurs et les colères de la communauté internationale, des Palestiniens et de la gauche.

Jamais un gouvernement israélien n’aura été autant de droite. Quelques jours à peine après la formation in extremis de son cabinet, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu semble déjà en bien mauvaise posture. Non seulement il ne dispose, pour l’instant, que d’un siège supplémentaire nécessaire à la majorité requise pour gouverner (61 sièges sur 120), mais il l’aura en plus chèrement payé.

En effet, il a dû offrir plus de portefeuilles que prévu aux partis ultraorthodoxes et de droite, qui lui ont pour ainsi dire tiré le tapis de sous les pieds. Le Likoud aura donc moins de sièges, sauf en cas d’un éventuel et de plus en plus probable amendement constitutionnel, censé intervenir dans les prochains jours (lire ici).

Il n’en reste pas moins que les grands gagnants des élections du 17 mars resteront les ultraorthodoxes (le Shass, la Liste unifiée de la Thora), le parti de centre droit (Koulanou) et le parti nationaliste religieux (le Foyer juif) de Naftali Bennett, qui a accepté de lui apporter le soutien de ses huit députés, quelques heures avant l’échéance qui aurait valu au président Reuven Rivlin de charger quelqu’un d’autre de former une coalition. Il faut dire les choses clairement : c’est bel et bien le chantage qui a permis au Foyer juif de se tailler la part du lion et de se retrouver avec les portefeuilles principaux, notamment celui de la Justice et de la présidence de la commission des Lois de la Knesset, un ministère de la plus haute importance et qui a été offert à… Ayelet Shaked.

« Petits serpents » palestiniens

Cette députée cristallise à elle seule toutes les peurs, toutes les appréhensions et toutes les colères de la communauté internationale, des Palestiniens et de la gauche israélienne. Résolument opposée à une solution à deux États, Ayelet Shaked s’est déjà fait remarquer à l’été 2014, quelques jours avant le début de l’opération « Protective Edge » à Gaza, qui a fait des milliers de victimes, en relayant sur sa page Facebook un article écrit en 2002 par l’ancien journaliste d’extrême-droite Uri Elitzur. Avant d’être retiré, l’article, qui a pour sujet les Palestiniens, avait entre-temps été lu et « liké » par des milliers d’internautes. En voici un extrait : « Ce sont tous des combattants ennemis, et leur sang devrait leur retomber sur la tête. Cela inclut également les mères de martyrs, qui les envoient en enfer avec des fleurs et des baisers. Elles devraient suivre leurs fils, rien ne serait plus juste. Elles devraient partir, tout comme les maisons dans lesquelles elles ont élevé les serpents. Sinon, d’autres petits serpents y seront éduqués. » Des mots glaçants, qui se passent littéralement de commentaires, et que Mme Shaked juge « encore d’actualité » quelque douze ans plus tard – une position qui donne le la d’un mandat qui s’annonce pour le moins tumultueux.

Au passage, le personnage n’est pas sans rappeler, même de très loin, une autre femme qui a, elle, profondément marqué la politique israélienne : Golda Meïr. L’ancienne Première ministre, la Thatcher avant l’heure du Proche-Orient, avait publiquement affirmé en 1969 : « Comment pourrions-nous rendre les territoires occupés ? Il n’y a personne à qui les rendre. » Sauf que, naturellement, n’est pas Golda Meïr qui veut.

Encore plus isolé

Ces dernières années, Israël a vu ses relations avec le reste de la communauté internationale, notamment avec les États-Unis, se dégrader progressivement, au fur et à mesure que les négociations sur le nucléaire iranien avançaient. Parallèlement, les Palestiniens ont marqué quelques victoires symboliques, dont une reconnaissance en novembre 2012 par l’Onu en tant qu’État observateur non membre, et le 1er avril 2015 par la Cour pénale internationale (CPI). Une droitisation progressive d’Israël s’avérait donc inéluctable, bien que certains observateurs ne donnent pas cher du gouvernement actuel, à la majorité trop minime, et donc trop précaire. S’il se maintient en l’état, le gouvernement de M. Netanyahu pourra-t-il durer, rester à l’abri de la plus petite crise interne ? Les pourparlers de paix avec les Palestiniens sont, semble-t-il, un projet mort-né, du fait du refus total des deux camps d’un compromis quel qu’il soit. Tout cela avec, en toile de fond, l’apathie presque absolue d’une grande partie de la communauté internationale, encore minée par la culpabilité d’une Shoah vieille de 70 ans et dépassée par des crises à répétition dans le monde, qui touchent désormais l’Europe.

Avec des ministres comme Ayelet Shaked à ses côtés, Benjamin Netanyahu ne devrait avoir aucun problème à se retrouver encore plus isolé qu’il ne l’est déjà sur la scène diplomatique. Même Avigdor Lieberman n’avait pas été aussi loin. Cela ne devrait toutefois pas avoir d’impact considérable sur la place de l’État hébreu dans le monde. Quelles que soient les composantes du nouveau gouvernement Netanyahu, Israël continuera de jouer dans la cour des grands. Mais à quel prix…

Samia MEDAWAR

Source L’Orient du Jour : 11/05/2015

Voir aussi : Actualité Internationale Rubrique Moyen Orient, Israël, Israël. Le coup de poker réussi de Nétanyahou, On line , (Lire aussi : La coalition de Netanyahu va au-devant de la défiance internationale, Israël s’engage à reverser aux Palestiniens près d’un demi-milliard de dollars),

Processus de Khartoum : quand l’Europe sous-traite ses migrants

europaratPour les associations des droits de l’homme, les décisions prises par l’Union européenne, suite aux naufrages de migrants en Méditerranée, ne font que renforcer des logiques déjà existantes. Notamment celle à l’oeuvre dans le processus de Khartoum, qui permet à l’Europe de sous-traiter les demandes d’asile directement en Afrique, dans les pays de départ. L’Europe forteresse se boucle à double tour, et laisse des pays comme l’Erythrée, le Soudan ou la Libye, jouer les vigies.

Résoudre le problème à la source. C’est un peu l’esprit du processus de Khartoum, signé le 28 novembre 2014 entre l’Union européenne et une vingtaine de pays africains, du Soudan à la Libye. Un partenariat conclu pour lutter contre le trafic d’êtres humains dans la Corne de l’Afrique, mais aussi, et surtout, pour empêcher les migrants de rejoindre l’Europe par la mer, en les incitant à rester dans leur pays d’origine. D’un côté, l’UE finance des formations de surveillance, comme en encadrant des policiers marocains, et des projets de développement, en investissant par exemple en Tunisie. De l’autre, ces pays d’Afrique renforcent leurs patrouilles aux frontières et établissent des camps d’accueil pour les demandeurs d’asile. De nombreuses ONG, à l’image de l’Association européenne des droits de l’homme, y voient une tentative de l’Europe de sous-traiter les demandes des migrants, avant qu’ils ne prennent la mer. Sa vice-présidente, Catherine Teule, dénonce surtout des accords noués avec des pays peu scrupuleux des droits de l’homme.

 

Quelle est la position de l’Association européenne des droits de l’homme sur le processus de Khartoum ?

C’est un processus d’externalisation poussée à son maximum, qui vise à interrompre les flux de transit, à contrôler les frontières, et à installer des centres d’accueil pour les demandeurs d’asile dans les pays d’Afrique et du Maghreb-Machrek. Auparavant, on transmettait aux pays tiers des missions de contrôle des frontières et des flux de migration, en amont. Là, il est aussi question de traiter les demandes d’asile, qui concernent, à 90 %, des Erythréens et des Soudanais.

 

C’est scandaleux que des pays européens se défaussent sur des pays qui n’ont pas les mêmes standards en matière de protection des droits de l’homme.

 

Une demande d’asile traitée dans ces pays tiers a-t-elle les mêmes chances d’aboutir que lorsqu’elle est formulée en Europe ?

Non, soyons clairs. Une grande partie de ces personnes restent parquées dans les camps. Il n’y a pas de demande d’asile avec une possibilité d’installation dans les pays européens, par exemple. Au Kenya, ce type de centre existe depuis longtemps : on en est à la troisième génération de personnes qui naissent dans le camp.  Ce ne sera donc jamais le même traitement des demandes. En outre, c’est scandaleux que des pays européens se défaussent sur des pays qui n’ont pas les mêmes standards en matière de protection des droits de l’homme, ou qui n’ont pas ratifié la Convention de Genève sur le statut des réfugiés. Des partenariats sont noués avec l’Egypte, un pays intermédiaire dans les flux de migrations, mais qui ne propose pas les mêmes garanties. C’est la même  chose en Tunisie, un pays qui n’est pas équipé pour traiter ces demandes spécifiques. A l’origine, l’UE souhaitait également établir ce type de camp en Libye. Mais aujourd’hui, une telle décision provoquerait un tollé.

 

L’Europe peut-elle nouer des partenariats sur ces questions avec les pays tiers, comme l’Eryhtrée ou le Soudan ?

Absolument pas. On ne peut pas nouer de partenariats avec de tels pays. Ce qui se passe en Erythrée et au Soudan montre qu’ils ne sont pas fiables. C’est une véritable boucherie. Coopérer avec eux sur ces questions serait même indigne.

 

La grande majorité des migrants qui viennent en Europe ne sont pas « pauvres ».
L’Union européenne a beau déclarer qu’elle ne peut pas accueillir toute la misère humaine : de fait, ce n’est pas le cas. »

 

La politique migratoire européenne s’oriente-t-elle vers un modèle australien ?

Oui, d’une certaine façon, sauf que l’Australie vend ses réfugiés à d’autres pays. Là nous ne payons pas pour retenir ces migrants dans les pays tiers, mais indirectement, c’est un peu le cas : c’est du donnant-donnant. Dans tous les partenariats avec les pays tiers, on leur donne quelques visas, en échange de renforcement des frontières. Mais les personnes qui obtiennent ces visas l’auraient obtenu de toute manière, ce sont surtout des cadres, qui se déplacent en Europe pour leur travail, jamais des familles, qui n’ont donc d’autre choix que de passer par des voies clandestines. Pour le reste, Frontex a par exemple formé des policiers marocains. L’UE déploie également des personnels européens dans les ports et les aéroports étrangers pour empêcher toute immigration illégale. Donc, au final, on utilise leurs locaux, on fait le boulot avec eux, on les forme. En Tunisie, après 2011, l’Europe a passé un partenariat pour la mobilité, en échange d’investissements européens. On tente de participer au développement de ces pays, en y voyant une façon de tarir l’immigration. C’est une grande erreur : la grande majorité des migrants qui viennent en Europe ne sont pas « pauvres », car il faut bien payer les passeurs qui, eux, sont très chers. L’Union européenne a beau déclarer qu’elle ne peut pas accueillir toute la misère humaine : de fait, ce n’est pas le cas, cette misère-là ne parvient même pas jusqu’aux portes de l’Europe. La vision de l’immigration est  totalement faussée. Il s’agit d’assurer notre rôle international.

 

Les décisions prises à l’issue de ce sommet extraordinaire de l’Union européenne s’inscrivent-elles dans la droite ligne du processus de Khartoum ?

Oui, ce processus est d’ailleurs cité nommément dans le plan dévoilé par le Conseil européen cette semaine. Il réaffirme  sa volonté de développer des rapports avec les pays tiers. Les conclusions du Conseil européen vont même plus loin que celles du Conseil des ministres : il préconise un doublement des sommes attribuées à Frontex, précise le nombre de réinstallations – 5 000 pour les réfugiés syriens, ce qui est ridicule par rapport aux besoins. Dans notre appel, nous citons le processus de Tampere. C’est un engagement du Conseil européen pris il y a 15 ans, et qui n’est plus suivi aujourd’hui.

 

Entendez-vous des voix dissonantes au sein des institutions, face à cette volonté de renforcer « l’Europe forteresse » ?

Le Parlement européen a été quasiment taisant et a accepté ce processus dans sa majorité, mais certains protestent un peu, même s’ils sont très peu nombreux. Le Comité économique et social européen a, lui, toujours marqué des réserves sur ce type de politique. Il s’était élevé contre l’utilisation des accords de Dublin. Cependant, dans le contexte actuel, à la suite des attentats de janvier, il y a une certaine frilosité sur la question. Personne ne veut être accusé d’avoir contribué à laisser entrer des terroristes sur le territoire européen.

 

Les possibilités existent, c’est une question de volonté.

 

Quelles alternatives préconisez-vous ?

Pour nous, la solution, c’est de transférer les moyens de Frontex à des missions de sauvetage, et de relancer l’opération Mare Nostrum, mais avec une plus grande envergure. Il faut également ouvrir des voies d’immigration légale. Le Haut-Commissariat des Nations Unis pour les réfugiés, ou le Comité économique et social européen sont pour cette option qui permettrait de donner des visas d’asiles, des visas humanitaires pour aider ces personnes à venir en Europe sans prendre le risque de recourir à des passeurs. Les possibilités existent, c’est une question de volonté. Et la presse a un grand rôle à jouer : ce n’est pas ces quelques centaines de milliers de personnes qui vont nous envahir et nous ruiner. Certes, les images de migrants débarquant sur les plages italiennes peuvent être inquiétantes, mais il faut bien préciser que ce n’est rien, que ce nombre d’étrangers ne représente absolument aucun risque pour l’Europe. D’ailleurs, on a les moyens de les accueillir ! Au lieu de financer des armadas qui font la guerre à l’immigration, nous ferions mieux de financer des centres d’accueil.

 

En octobre 1999, une réunion du Conseil européen, réunissant les chefs d’Etats et de gouvernement, aboutit à un programme d’action sur cinq ans, sur le thème de la coopération politique et judiciaire des Etats membres, nommé « processus de Tampere ». Cet accord met l’accent sur les politiques d’asile et de migration, et porte l’idée que, pour réduire les tentations aux départs, il faut améliorer les conditions de vie des habitants dans leurs pays d’origine: lutter contre la pauvreté, favoriser la création d’emplois, soutenir les structures démocratiques. Un système d’asile commun, sur la base de la Convention de Genève, est également initié. De même, « le Conseil de Tampere souligne que la liberté, la sécurité et la justice dont jouissent les citoyens de l’UE doivent être accessibles à ceux qui, poussés par les circonstances, demandent légitimement accès au territoire de l’Union« . Des objectifs qui n’ont été que partiellement mis en œuvre.

Anika Maldacker, Anne Charlotte Waryn
Source Arte 25/04/2015

 

L’Arabie doit enquêter sur les bavures présumées de la guerre au Yémen (HRW)

4bhbe4cdb09f7f76s_620C350L’annonce par l’Arabie saoudite de l’arrêt de ses frappes aériennes intensives au Yémen « ne met pas fin à ses obligations d’enquêter sur les violations présumées des lois de la guerre », a affirmé jeudi l’organisation Human Rights Watch (HRW).

Dans un communiqué, HRW, dont le siège est à New York, est revenue sur un raid qui a détruit une installation de l’organisation humanitaire Oxfam, faisant un mort non identifié, le 18 avril à Saada, fief de la rébellion chiite des Houthis dans le nord du Yémen. « Les gouvernements qui ont participé à l’attaque devraient enquêter de manière impartiale sur le raid aérien qui a frappé des marchandises civiles et une structure qui ne semble pas avoir été utilisée à des fins militaires », écrit l’organisation de défense des droits de l’Homme.

« Détruire un entrepôt d’un groupe humanitaire affecte de nombreux civils, pas seulement près du lieu de la frappe », souligne Joe Stork, directeur adjoint de HRW pour le Moyen-Orient et l’Afrique du nord.

Le 26 mars dernier, l’Arabie saoudite a pris la tête d’une coalition comprenant au total neuf pays arabes, qui a mené des raids aériens pendant quatre semaines pour stopper les avancées de rebelles chiites Houthis, soutenus par l’Iran. Mardi, le gouvernement saoudien a annoncé que la phase intensive des frappes était « terminée », mais qu’il se réservait la possibilité d’intervenir de nouveau ponctuellement si des mouvements rebelles se faisaient menaçants.

Les bombardements de la coalition ont fait des centaines de morts et des milliers de blessés parmi les rebelles mais aussi parmi les civils. HRW a notamment rappelé que des frappes aériennes avaient touché un camp de personnes déplacées le 30 mars dans le nord du Yémen (29 civils tués), ainsi qu’une laiterie le lendemain dans l’ouest (31 civils tués).

Source AFP 23/04/2015

Voir aussi :  Actualité Internationale :  Rubrique Moyen Orient, Arabie Saoudite, Yemen,

 

Israël. Le coup de poker réussi de Nétanyahou

1803-netanyahouvictoireAu lendemain des élections législatives, la presse israélienne s’interroge sur la victoire historique de l’inamovible Benyamin Nétanyahou et les mauvais pronostics des enquêtes d’opinion qui le donnaient toutes perdant.

À chaque élection, les clivages communautaires, culturels et économiques qui caractérisent la société israélienne permettent de donner sens aux résultats. « Si l’on résume, Jérusalem s’est donnée tout entière à Nétanyahou et Tel-Aviv s’est livrée à Yitzhak Herzog [tête de liste travailliste]« , expliquent dans le Yediot Aharonot Yaron Druckman et Ron Notkin.

« Plus intéressant encore, en Samarie [moitié nord de la Cisjordanie occupée], le parti de Nétanyahou, le Likoud, a littéralement ‘pompé’ les voix recueillies en 2013 par Naftali Bennett [Ha-Bayit Ha-Yehudi, ‘Foyer juif’, extrême droite nationaliste-religieuse] auprès des colons. Dans les collectivités rurales, le Camp sioniste a de son côté attiré des voix qui, traditionnellement, allaient au Meretz [Parti progressiste]. En somme, les Israéliens ont voté ‘utile’ et privilégié la coalition dite travailliste-centre le Likoud, ce dernier raflant la mise d’un « électorat désenchanté et angoissé », explique encare le Yediot Aharonot.

Quelles leçons tirer ? L’éditorialiste de Maariv, Doron Cohen, revient sur la stratégie menée par Nétanyahou dans la dernière ligne droite qui a permis ce retour historique d’un Likoud qu’on disait moribond. Pour lui, une seule question se pose : quelle est l’unique leçon que nous devrions tirer des résultats de ces élections et plus encore de la campagne électorale ?

 » Et d’appeler chaque Israélien à faire son examen de conscience. « A gauche : comment espériez-vous vendre une politique sociale dans un pays aux inégalités croissantes sans affronter la question des colons et du financement de leur déplacement ? A droite : comment espérez-vous vivre dans un pays où une large partie de la population vit sans droits, qu’il s’agisse des travailleurs étrangers ou, évidemment, des Palestiniens ? Aux haredim [ultra-orthodoxes] : comment imaginez-vous vivre dans un pays renonçant à des valeurs aussi fondamentales que la liberté de conscience et d’expression ? Aux laïcs : comment vous faites-vous les avocats d’un pays juif où il n’y aurait ni rabbins, ni synagogues, ni yeshivot ? Aux Juifs en général : comptez-vous réellement vivre dans un pays qui aurait déporté la plupart de ses citoyens arabes et/ou qui leur interdirait toute représentation au Parlement ? Aux citoyens arabes : pensez-vous réellement pouvoir vivre en Israël tout en prônant un Etat palestinien vidé de ses Juifs ? La réponse est désormais connue et tient en deux mots : haine gratuite.

 » Selon Doron Cohen, les menaces existentielles qui pèsent sur Israël ne sont ni l’Iran, ni Daech, ni le Hamas, mais bien « une haine gratuite jamais autant mise en scène qu’en cet hiver 2015 : entre religieux et laïques, entre la droite et la gauche, entre Orientaux et Ashkénazes, entre Juifs et Arabes, entre Tel Aviv et les colons ». C’est, selon lui, « cette haine dévorante qui a gagné les élections ».

Nétanyahou brûle les vaisseaux

Dans Ha’Aretz, le chroniqueur Hemi Shalev attribue la victoire de « Bibi » et du Likoud à « l’une des campagnes les plus nauséabondes de la vie polique israélienne« . « L’expression ‘brûler les vaisseaux’ vient de l’époque des conquêtes de Jules César dont la tactique consistait à incendier les ponts et les bateaux pour ôter toute envie de retraite à ses légionnaires », écrit-il. C’est exactement cette tactique que Nétanyahou a employée. Et, le moindre qu’on puisse dire c’est qu’elle s’est révélée payante. Comment Nétanyahou a-t-il brûlé les vaisseaux ? il a agité le mythe de la cinquième colonne représentée par la Liste commune arabe et lancé une campagne quasi raciste à leur égard, poursuit le quotidien israélien. Il a également décrit le peuple israélien comme « encerclé par une campagne ‘antisémite’ financée de l’étranger et censée ‘acheter’ les ONG israéliennes, le Parti travailliste ». Enfin, « il a brûlé les vaisseaux en semant la peur, la haine et la paranoïa dans une opinion publique angoisée par les conflits qui ravagent le Moyen-Orient, la montée en puissance du Daesc et la menace iranienne. » La question que se posent désormais tous les observateurs, c’est : quelle coalition va-t-il mettre sur pied. « S’associer aux perdants Ha’Bayit ha-Yehudi [extrême droite nationaliste-religieuse], Israël Beiteinou [Israël Notre Foyer, extrême droite laïque russophone] et aux partis ultra-orthodoxes, c’est se rendre infréquentable auprès des chancelleries occidentales, estime Ha’Aretz. « Constituer un gouvernement d’union nationale avec le Camp sioniste, c’est se rendre davantage fréquentable mais s’exposer à des crises gouvernementales à répétition. »

Source : Le Courrier International 18/03/2015

Voir aussi : Actualité Internationale, Rubrique Moyen Orient, Israël, On Line, L’aveu de Netanyahou,