Le Pentagone aurait dépensé 540 millions de dollars pour produire de fausses vidéos djihadistes

Le Pentagone

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Selon une enquête menée par un collectif britannique de journalistes d’investigation, le Pentagone aurait dépensé plus d’un demi-milliard de dollars, afin de réaliser de fausse vidéos d’Al-Qaïda. Tout cela dans le cadre d’une campagne de propagande entre 2006 et 2011 lors de la guerre en Irak.

Le scandale des fausses vidéos d’Al-Qaïda va-t-il surgir dans la dernière ligne droite de la présidentielle américaine ? C’est le Bureau of Investigative Journalism, un collectif britannique de journalistes d’investigation, qui a révélé dimanche 2 octobre que le Pentagone aurait dépensé plus de 540 millions de dollars afin de produire une campagne de propagande dans le cadre de la guerre en Irak entre 2006 et 2011.

C’est la société britannique de communication et de relations publiques Bell Pottinger qui aurait bénéficié de ce juteux contrat estimé à 120 millions par an. Leur mission ? Produire les contenus d’un programme de propagande classé « top secret ».

De fausses vidéos d’Al-Qaïda

Un ancien salarié de cette entreprise habituée à travailler avec les régimes les plus contestés (Syrie, Sri Lanka, Biélorussie…) a révélé l’envers du décor au Bureau of Investigative Journalism qui ont été relayés par le Daily Beast et le Sunday Times le 2 octobre.

Le réalisateur Martin Wells explique ainsi que la société Bell Pottinger -qui a employé jusqu’à 300 personnes en Irak- avait produit plusieurs vidéos tout en étant supervisé par des militaires du Pentagone. Au delà des films publicitaires anti-Al-Qaïda, qui étaient bien officiels, d’autres, beaucoup plus secrets, étaient fabriqués.

Selon son témoignage, des reportages vidéos étaient réalisés et produits de manière à faire croire qu’il s’agissait de « productions de télévisions arabes ». Ils étaient ensuite vendus, puis diffusés sur les chaînes locales, en omettant de signaler que le Pentagone en était le commanditaire.

Des appâts numériques

La révélation la plus fracassante de cet ancien employé réside dans le pistage des fausses vidéos. Toujours selon cet ancien employé de la firme britannique, de fausses vidéos de propagande signées Al-Qaïda aurait été crées par l’entreprise Bell Pottinger. Leur but ? Piéger et traquer les personnes qui les auraient visionnées.

Lord Bell said he was « proud » of Bell Pottinger’s secret propaganda work for the Pentagon in #Iraq https://t.co/IIvHhME8BT

— The Bureau (@TBIJ) 2 octobre 2016

Les vidéos, gravées sur CD, se transformaient ainsi en appâts numériques. La CIA pouvait localiser l’ordinateur « grâce à son adresse IP », précise L’Obs, car elles étaient encodées afin de se connecter automatiquement à internet lors du visionnage. Selon Martin Wells, certains de ces CD se seraient retrouvés en Iran, en Syrie, voir même aux Etats-Unis. La société aurait rendu des comptes au Pentagone, à la CIA, et au Conseil de sécurité national américain.

Un étrange écho

Le Pentagone, bien loin de réfuter les dires de Martin Wells ou l’article du BIJ, a confirmé avoir eu recours aux services de la société Bell Pottinger. Aussi, Tim Bell, l’ancien directeur de l’entreprise a confirmé au Sunday Times, que sa société avait signé un contrat en relation avec des opérations militaires, « protégé par plusieurs clauses de confidentialité ».

Comme l’écrivent nos confrères de France 24, « ces révélations trouvent un écho particulier aujourd’hui ». Nombreux spécialistes de la mouvance djihadistes estiment que le processus de radicalisation se fait aussi à travers le visionnage de vidéos de propagande. Indirectement, le Pentagone a peut-être contribué à promouvoir Al-Qaïda et à inspirer d’apprentis réalisateurs djihadistes de l’organisation EI.

 Brice Laemle

Source : I télé 05/10/2016

Voir aussi : Actualité Internationale, Rubrique Etats-Unis, rubrique Politique«Radicalisations» et «islamophobie» : le roi est nu, Politique Internationale, rubrique Société, Propagande, La première victime de guerre c’est la vérité, Radicalisation, On LineLien vidéo,

Embarassant soutien de la «brigade Krasucki» aux salariés d’Air France

Depuis la Syrie, le soutien de la «brigade Krasucki» aux salariés d’Air France

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«Liberté pour les 16 d’Air France ! Victoire pour la CGT !» ont écrit sur un muret de la ville de Manbij les membres de ce groupe, qui ont rejoint un bataillon de syndicalistes britanniques luttant contre l’Etat islamique.«Syndicalistes, pas voyous ! Antifascistes, pas terroristes !» Ainsi se conclut le message de combattants français en Syrie, posté mardi sur la page Facebook de la CGT Cheminots Versailles. Sur la photo accompagnant le message, cinq hommes en tenue militaire, armés de fusils d’assaut, prennent la pose sur le toit d’un immeuble délabré, avec derrière eux ces mots écrits sur un muret : «Liberté pour les 16 d’Air France ! Victoire pour la CGT ! Brigade Henri Krasucki.» La date de la publication n’est pas anodine : mardi s’ouvrait le procès de quinze salariés (et non seize, mais l’un d’eux est mis en cause deux fois) d’Air France dans le cadre de l’affaire dite «de la chemise arrachée».

Source Libération :

Procès Air France : le soutien inattendu de la « brigade Krasucki » en Syrie

15511617Cest un soutien pour le moins inattendu. Les 15 salariés d’Air France, qui comparaissaient mardi et mercredi devant la justice dans l’affaire des « chemises arrachées », ont reçu un message de solidarité de la part de combattants alliés aux milices kurdes en Syrie.

Sur une photographie, on voit cinq hommes cagoulés, Kalachnikov au poignet. Les combattants posent devant un mur marqué de ce slogan :

« Liberté pour les 15 d’Air France. Victoire pour la CGT. »

Les inscriptions sont signées « Brigade Henri Krasucki ».

La photo peut paraître surréaliste, ou anachronique. Pourquoi ce message en français sur un mur de Syrie ? Et pourquoi une brigade de combattants porte-t-elle le nom d’un ex-dirigeant du syndicat français CGT ?

Est-ce un photomontage ? Non, le reporter Nicolas Hénin, spécialisé dans les conflits, assure qu’il n’y a aucun doute sur l’authenticité de la scène. « On avait déjà vu des photos et vidéos de ce groupe par le passé », explique-t-il à « l’Obs ».

D’où vient la photo ?

La photo est d’abord diffusée sur le compte Facebook de la CGT cheminot Versailles, qui a obtenu l’image via leurs homologues d’outre-Manche : « Nous sommes liés au syndicat cheminot britannique RMT. Au sein des Bataillons Internationalistes de Libération, s’est constituée la brigade ‘Bob Crow’, contenant des membres du syndicat anglais », explique à « l’Obs » le secrétaire de la CGT Cheminot Versailles qui a reçu la photo mardi, « c’est un responsable du RMT qui m’a envoyé la photo. »

Un message accompagne la photo et révèle les revendications de ce bataillon :

« Nous, combattants français, de la Brigade Henri Krasucki, du Bataillon Internationaliste de Libération, soutenons la journée de mobilisation contre la répression du 27 septembre à l’initiative de notre syndicat, la Confédération Générale du Travail ; et apportons notre soutien aux syndicalistes d’Air France et à toutes celles et ceux qui luttent. »

A la fin du communiqué, la brigade fait la corrélation entre leur lutte en Syrie et celle de la CGT en France :

« Si nous luttons ici, loin de chez nous, pour le peuple syrien opprimé par les années de guerre et successivement par les régimes dictatoriaux et fascistes djihadistes, si nous luttons aux côtés du peuple kurde pour sa libération et son indépendance, si nous luttons contre l’organisation terroriste fasciste DAECH, notre but n’est pas différent du vôtre : LIBERTE ET JUSTICE ! »

Enfin, le message conclut par :

« VIVE LA CGT ! SYNDICALISTES, PAS VOYOUS ! Antifascistes, pas terroristes ! »

Krasucki et l’esprit brigadiste

Les brigades internationalistes viennent de participer à la bataille de Manbij. Ils ont libéré la ville de Daech, d’où les inscriptions qui apparaissent sur le bâtiment de la photo. Ils combattent au Rojava, la région kurde du nord de la Syrie, auprès du YPG, émanation syrienne du Parti des Travailleurs du Kurdistan (PKK) en Turquie. L’idéologie du PKK est issue du marxisme-léninisme et la région du Rojava s’est tournée vers un système confédéral, une gestion décentralisée de la politique et de l’économie. En théorie, une approche peu éloignée du syndicalisme.

Le secrétaire de la CGT cheminot de Versailles estime pour sa part:

« Ils honorent la CGT en ayant cet esprit brigadiste, progressiste et en prenant le nom d’Henri Krasucki. Ce qui n’est pas un hasard. »

Henri Krasucki était une grande figure du syndicalisme français et secrétaire général de la CGT. Résistant pendant la Seconde guerre mondiale, il fut membre actif de la section juive des FTP-MOI et membre du Parti communiste. Ses actes de bravoures face à l’occupation allemande, sabotages, lancement de tracts depuis le métro aérien, actions militaires ou encore recrutement, explique pourquoi la brigade internationaliste française a choisi un tel nom pour la représenter.

Bob Crow, lui, était un responsable syndical anglais, ancien secrétaire général du syndicat RMT. La brigade « Bob Crow » est composée d’Anglais, d’Irlandais et de Canadiens. Elle a, tout comme le bataillon français, choisi de se ranger derrière une bannière internationaliste, à l’instar de la guerre d’Espagne. Ces combattants prennent part au conflit syrien pour lutter contre Daech, qui incarne « le fascisme ».

Charles Thiefaine

Source l’Obs 28/09/16

la CGT publie un « démenti« , en fin d’après-midi sur son site internet.

cgt-confederationC’est avec stupeur et consternation que la Confédération Générale du Travail et ses militants ont découvert sur les réseaux sociaux une publication d’une brigade, membre du bataillon international de libération, faisant référence à la CGT et à son ancien premier dirigeant Henri KRASUCKI.

La CGT tient à affirmer que ces individus agissent en leur nom propre et sans aucun mandat d’une organisation de la CGT.

Non seulement nous réfutons tout lien avec ce groupuscule mais surtout nous condamnons l’utilisation des valeurs de fraternité et de paix entre les peuples qui ont guidé notre ami et camarade Henri KRASUCKI tout au long de sa vie notamment au cours des heures les plus difficiles de sa jeunesse.

Montreuil, le 28 septembre 2016

 

Réponse de la brigade Henri-Krasucki à la confédération CGT, publié le 29 septembre 2016 sur la page Facebook du Bataillon international de libération du Rojava :

Camarades et amis,

Nous sommes étonnés du démenti qu’a dû fournir la direction de la CGT suite à notre message de soutien aux syndicalistes d’Air France en procès. La photo prise de la ville de Manbij et notre déclaration n’étaient destinés qu’aux camarades en procès pour leur assurer que, même a l’autre bout du monde, ils avaient du soutien, et aucun cas entraîner la CGT dans une quelconque polemique.

Non ce n’est absolument pas le syndicat qui nous a envoyés combattre en Syrie et ce n’est pas lui qui nous a organisés. Ce n’est pas le but de la CGT. C’est de notre propre chef que nous nous sommes rendu en Syrie pour combattre l’organisation fasciste Daech au côté du peuple kurde.

C’est ici même que nous nous sommes rendus compte que nous étions plusieurs à être syndiqués à la CGT, ce qui a renforcé notre lien, et c’est simplement de camarades à camarades que nous avon voulu apporter notre soutien aux syndicalistes en procès.

Même d’ici nous pouvons suivre l’actualité de notre pays et nous sommes fiers du travail effectué par la CGT, particulièrement lors des dernières grèves contre la loi Travail. Cependant nous n’avons aucun droit à nous exprimer au nom de la CGT. Nous nous excusons auprès de nos camarades si cela les a entraînés dans une polémique.

Cependant nous souhaitons répondre ceci à la direction de la CGT :

  • tout d’abord nous ne pouvons être considérés comme un « groupuscule » car nous ne sommes pas une organisation politique,
  • ensuite nous avons choisi le nom du camarade Henri Krasucki pour notre Brigade (ou takim ici) car nous pensons notre combat dans la continuité du sien. Internationaliste il a combatu l’occupant nazi en France dans les rangs des FTP-MOI, puis a continué son combat au sein du Parti communiste et à la direction de la CGT pour défendre les droit des tavailleuses et des travailleurs. Ses valeurs de fraternité et de paix, nous les portons ici contre l’organisation fasciste Daech et pour la liberté des peuples de Syrie écrasés par tant d’années de guerre.

Durant la guerre d’Espagne ce sont par centaines que l’on pouvait compter les membres de la CGT partis combattre le franquisme aux côtés des républicains espagnols.

Nous continuons leur combat.

 

brigade Henri-Krasucki

 

Notes

Henri Krasucki jeune     Lors de son arrestation, en mars 1943. © coll. Préfecture de Police de Paris

Henri Krasucki jeune
Lors de son arrestation, en mars 1943. © coll. Préfecture de Police de Paris

Henri Krasucki a combattu le fascisme les armes à la main. Résistant sous l’Occupation, membre de la FTP-MOI, arrêté par la gestapo, torturé, déporté en camp de concentration, puis partie prenante de l’insurrection de Buchenwald, le 11 avril 1945.

* « Brigade Henri-Krasucki » est le nom que se s’est donné un groupe de cégétistes français engagés au sein du Bataillon international de libération du Rojava, qui accueille les volontaires venu.es de l’étranger pour participer à la lutte révolutionnaire au Kurdistan. Le bataillon est intégré aux Forces démocratiques syriennes (FDS), alliance arabo-kurde se battant pour l’instauration du confédéralisme démocratique en Syrie.

Voir aussiActualité Internationale, Rubrique Société, Travail, Arcelor Mittal : 2 intérimaires ont chuté dans la fonte en fusion. La presse préfère parler de 2 chemises déchirées, Justice, rubrique Livre, Orwell un cran à gauche, Badiou Organiser une critique de la démocratie,

Au Yémen, un hôpital de Médecins sans frontières visé par des frappes aériennes

Des raids menés par l’aviation de la coalition arabe alliée du pouvoir au Yémen ont touché un hôpital soutenu par MSF à Abs, dans la province de Hajjah. STRINGER / REUTERS

Des raids menés par l’aviation de la coalition arabe alliée du pouvoir au Yémen ont touché un hôpital soutenu par MSF à Abs, dans la province de Hajjah. STRINGER / REUTERS

Onze personnes ont été tuées et dix-neuf blessées dans un raid aérien ayant touché, lundi 15 août, un hôpital de la ville d’Abs, dans le nord du Yémen, a annoncé Médecins sans frontières (MSF). Neuf sont mortes sur le coup et deux ont succombé des suites de leurs blessures lors de leur transfert vers un autre établissement, a détaillé l’organisation humanitaire dans un communiqué.

BREAKING: #Yemen MSF-supported hospital was hit by airstrikes at 15:45. We are assessing the situation. Number of casualties still unknown.

— MSF (@MSF International)

Un électricien de MSF figure parmi les personnes tuées, tandis qu’un médecin et un infirmier travaillant pour l’ONG ont été gravement touchés. Les autres victimes sont des patients. « Tous [les blessés] ont été stabilisés sur place avant d’être transférés, pour les plus graves, dans un autre hôpital situé à deux heures de distance », a précisé Teresa Sancristobal, responsable opérationnelle des opérations d’urgence pour MSF dans le pays.

« Il s’agit d’un hôpital rural qui était très rempli au moment de la frappe, même s’il est difficile de dire combien de patients s’y trouvaient. On comptait vingt-cinq femmes dans le service d’obstétrique et dix-huit nouveau-nés. Le service de pédiatrie était plein. Mais dans la partie des urgences, qui était assez remplie, on ne peut pas chiffrer le nombre de patients. »

L’établissement a été partiellement détruit et n’est plus opérationnel dans l’attente d’importantes réparations, a insisté l’humanitaire. La rébellion yéménite avait auparavant fait état d’un bilan de six morts et de vingt blessés dans cette zone du nord du pays sous leur contrôle.

Lire aussi :   Toujours pas d’espoir de paix au Yémen

Quatrième attaque contre un site de MSF

Abs est située à la lisière de la ville de Harad, à la frontière avec l’Arabie saoudite. C’est à partir de cette localité que les rebelles yéménites ont souvent bombardé des régions saoudiennes proches de la frontière, faisant des victimes civiles et militaires.

MSF accuse la coalition arabe, menée par Riyad et alliée du pouvoir en place, d’être responsable du bombardement de lundi. La localisation exacte de l’hôpital, où l’ONG est présente depuis juillet 2015, était bien connue des belligérants, a souligné l’organisation dans son communiqué.

Selon Mme Sancristobal, c’est « la quatrième attaque » contre un site de MSF « en moins de douze mois » dans ce pays dévasté par la guerre. L’attaque de lundi a eu lieu 48 heures après des frappes, là encore menée par la coalition, qui ont causé la mort de dix jeunes. Selon MSF, celles-ci avaient touché une école, ce que nient les alliés, qui ont affirmé avoir visé un camp d’entraînement où les rebelles formaient des enfants soldats.

Lire aussi :   L’ONU accuse la coalition arabe de bombarder des enfants au Yémen

Originaires du nord du Yémen, les Houthis se sont soulevés contre le président Abd Rabbo Mansour Hadi en 2014. Soutiens de l’ex-chef de l’Etat Ali Abdallah Saleh, poussé au départ en 2012 après une révolte populaire, ils ont conquis de vastes portions de territoire, dont la capitale Sanaa.

En mars 2015, l’Arabie saoudite sunnite voisine, qui accuse les Houthis de liens avec le rival iranien chiite, a pris la tête d’une coalition militaire arabe pour freiner la progression des rebelles en menant des bombardements aériens et des combats au sol. Depuis, cette guerre a fait plus de 6 400 morts et 30 000 blessés, dont de nombreux civils.

Source Le Monde et AFP 15/08/2016

Hala Mohammad « la vérité et la liberté sont l’oxygène de la paix »

Hala Mohamad .Photo JMDH

Hala Mohammad, poète et réalisatrice syrienne exilée à Paris depuis juin 2011, est également engagée dans les échanges culturels entre la Syrie et l’Europe. Elle était invitée au Festival Voix Vives à Sète.

Comment viviez-vous en tant que poète en Syrie ?

A Damas, je n’ai jamais été invitée à une soirée ou à une lecture de poésie parce que je faisais partie de ceux qui sont avec la justice contre le régime de dictature avant qu’il y ait des tueries et des massacres. Nous les Syriens, n’avons pas démarré notre révolution en 2011. Nous avons entamé une lutte douce et pacifique contre l’injustice depuis bien plus longtemps. Nous avons établi notre paradis, ce que j’appelle l’art de vivre. Mais cela reposait sur un équilibre fragile parce que nous savions que si nous demandions plus, nous les intellectuels et les artistes, il y aurait des tragédies.

La situation a changé  depuis 2011, vue d’ici, le mouvement du peuple syrien semble tombé dans l’oubli…

En 2011, c’est le peuple qui réclamait un changement, pas les élites dont je faisais partie. A ce moment, nous sommes tous entrés dans cette marée d’espoir. En appelant de nos vœux un avenir meilleur pour la Syrie. Nous espérions que notre civilisation puisse accéder à la paix. Les dictatures comme les régimes totalitaires empêchent les civilisations d’exister. Nous avons lutté avec tout notre bonheur, toute notre force pour vivre heureux dans un pays que nous aimons beaucoup comme chaque peuple du monde aime son pays. Quand je suis arrivée en France, tout le monde parlait de Daesh. Tout le monde parlait des extrémistes arrivés en Syrie à la fin 2012, mais personne ne parlait des actes du régime face au peuple pacifique sorti réclamer la liberté dans la rue en chantant, en dansant en espérant rejoindre l’autre bout du monde ou la démocratie en Europe. Nous faisons partie de cette humanité. Nous ne sommes pas coupés du monde. On ne parlait que des extrémistes islamistes et cela m’a frappé énormément.

Pour quelle raison ?

Pour être juste, il faut voir toute la vérité. Si on ne peux pas voir toute la réalité, on ne pourra jamais être juste. On ne pourra jamais établir la paix. La liberté, c’est l’oxygène de la paix. Si on ne peux pas être libre dans sa pensée, libre pour voir et dire, libre pour entreprendre une recherche afin de trouver la liberté, pour avoir son approche personnelle, on ne pourra jamais établir la paix. On a besoin de beaucoup de courage pour cela. Nous les Syriens avons fait preuve de beaucoup de courage. Nous sommes un peuple pacifique issu d’une civilisation piétinée par la guerre, par la négation de nos droit, piétiné par la violence, par l’absence, par l’oubli.

Avez-vous été victime de la censure du régime ?

A un moment, j’ai fait un film sur la littérature et la prison et j’ai été convoquée par le service de sécurité en Syrie. Durant un quart d’heure, on m’a fait marcher dans des labyrinthes souterrains pour arriver à un interrogatoire dans le bureau du général. J’étais escorté par un homme qui était comme un mur à côté de moi. Bien sûr je tremblais de peur. Nous étions silencieux. Nous passions devant des cellules où des familles criaient et suppliaient qu’on leur permette de voir leurs proches. Je voyais tout cela, puis nous sommes arrivés devant la porte du général. Elle s’est ouverte sur une salle immense. Le général était assis au fond, derrière un bureau gigantesque, comme un bâtiment. Il m’a regardé. Il y avait un tapis énorme dans cette salle et moi j’étais tellement terrorisée que j’ai trébuché sur le bout du tapis qui arrivait jusqu’à la porte. J’ai regardé le tapis et je lui ai demandé pardon. J’ai demandé pardon au bout de tapis pour l’avoir piétiné. A ce moment précis, je suis de nouveau devenu poète. Je me suis dit que si je me laissais fondre par cette peur, je deviendrai esclave toute ma vie.

Que s’est-il passé ?

J’ai récupéré mon âme de poète, j’ai regardé le général et je lui ai dit. Je ne dirais pas un mot sans mon avocat tout en sachant que je n’avais nul droit d’avoir un avocat. Je pense que cet exemple est minime par rapport à tout ce que le peuple syrien a réclamé. Il a réclamé d’être son propre avocat de participer et de contribuer à l’écriture de l’histoire de la Syrie. Il a été tué à balles réelles. Le peuple syrien est pris en otage entre deux extrémistes. Il n’y a pas pour les Syriens de différence entre celui qui tue les civils et celui qui tue les civiles.

Qu’avez-vous ressenti lorsque votre âme de poète vous a fait relever la tête ?

J’étais démolie, brisée comme une feuille sèche dans la nature. Et j’ai réalisé que je pouvais reverdir. On se découvre souvent dans les moments les plus atroces, rien n’est plus fort que la vie. Le courage appelle le courage. J’ai ressenti beaucoup de joie. Comme un amour fou qui me protégeait, l’amour profond de la mémoire de l’humanité. Tout à coup, j’ai senti que j’appartenais au monde. Cela se situe au-delà de la citoyenneté. C’est un grain de beauté qui laisse des traces. La vie n’est rien d’autre que quelques traces. Je voulais dire au bourreau : tu peux être bon. Tu n’es pas obligé d’être un monstre. J’ai saisi le moment qui s’offrait pour lui faire sentir que nous étions égaux. Il a dit : traitez la bien. Ce qui pouvait tout vouloir dire mais moi j’étais certaine que j’allais sortir pour raconter ça. Si je n’avais pas senti qu’il allait me relâcher, je n’aurais pas trouvé ce courage. C’était en 2005, le peuple syrien l’a fait en 2011. Nous ne défendons pas la Syrie mais la dignité de l’être humain qui n’est ni un principe, ni une géographie ou une histoire. Il faut être profondément soi-même pour s’inscrire dans cette volonté. Nous ne sommes pas syriens pour être nationaliste.

A vous écouter, on mesure le degré de maturité et de courage de votre peuple. Quelle altérité est-il possible de concevoir avec les peuples européens dont la liberté demeure contrainte par les modes de vie et de consommation ?

J’ai beaucoup appris depuis que je suis en France. Ici, et partout en Europe, les gens sont très sensibles à la poésie . Ils sont fidèles à l’écoute. On vous place là où votre poésie se place. J’avais besoin de cela. Je me suis fondue dans la société, libérée du ciment de protection. Je parle comme je veux. Je ris et pleure comme je veux. C’est grâce à la liberté. Mais ce n’est pas parce que l’on vit dans un monde libre que l’on est libre. En Occident, on fait vivre les gens sous la peur économique. L’art existe, pour explorer ces zones occultées. L’être humain a la capacité d’être un artiste comme il a la capacité d’être libre.

L’engagement se distingue-t-il à vos yeux entre les hommes et les femmes ?

Les hommes et les femmes se complètent dans l’amour et le combat pour la vie. J’aime le fait d’être une femme. Je n’ai jamais eu la sensation d’être inférieure. Je suis mère, femme, épouse, aimée pour celle que je suis. Nous avons perdu tous nos biens et des êtres très chers comme tous les Syriens, mais j’ai beaucoup de chance. L’homme oriental sait aimer les femmes. Elle joue un rôle décisif sans que l’homme soit dépossédé. Chacun donne à l’autre.

Comment réagissez-vous face aux attentats commis en France ?

J’ai ressenti une grande tristesse. Nous avons vécu cela et je ne voulais pas que les gens le vivent ici. Comment en finir avec ces formes de pouvoir qui touchent la profondeur criminelle ? La Syrie était mûre pour la démocratie. On a écrit Baudelaire dans les rues , et le pouvoir a tordu la vérité avec sa violence et ses mensonges. Le système despotique mondial a coopéré. Ce n’est pas les Syriens qui ont implanté Daesh dans leur pays. Cela on ne peut pas le dire tout seul, on doit le dire ensemble pour défendre la liberté.

Entretien réalisé par Jean-Marie Dinh


l A l’occasion du Festival Voix Vives en Méditerranée les Editions Al Manar viennent d’éditer le dernier recueil de Hala Mohammad «Ce peu de vie».

Source La Marseillaise 06/08/2016

Voir aussi : Rubrique Festival, Voix Vives 2016, 100 poètes dans la ville, Voix vives 2016 Les yeux brillants d’un monde vrai !Voix vives 2015, site officiel, Sans frontières les poèmes disent l’essentiel, rubrique MéditerranéeLybie, Liban, Tunisie, rubrique Livre, Poésie, rubrique /Méditerranée, rubrique Moyen Orient, Syrie, rubrique Rencontre, Isabelle Munoz : « La photo c’est une façon d’aimer », Patti Smith livre la carte de son existence,

Voix Vives 2016. Les yeux brillants d’un monde vrai

Voix Vives en mer face au cimetière de Paul Valéry. Photo dr

Voix Vives en mer face au cimetière de Paul Valéry. Photo dr

La paix comme un souffle qui monte avec Voix Vives et ses invités…

Comment le port de Sète qui a 350 ans cette année  n’aurait-il pas vibré aux ondes de la poésie  portées par les cents poètes invités au festival Voix Vives ? Celui-ci vient de s’achever. Ils sont venus de toutes les rives, pas pour faire des ronds de jambe à l’attention des élites cultivées qu’il leur arrive de fréquenter. Juste pour échanger avec les gens dans la rue, les parcs, les petites places du quartier haut, pour parler avec simplicité, profondeur et apaisement.

En écho paradoxal au monde qui semble se déchaîner autour de cette petite mer que l’on nomme grande bleue. « La Méditerranée, c’est la quiétude face à l’avalanche de l’Atlantique mais actuellement ce n’est pas la mer de la baleine blanche, a souligné  la poétesse madrilène Maria Antonia Ortéga. Les tragédies de la Méditerranée sont les conséquences de l’égoïsme des hommes qui n’ont pas la capacité de surpasser  leurs contradictions. »

Vision de la tragédie, au sens classique des héros abandonnés par leurs dieux qui  ne parviennent plus à affronter leur destin. « La poésie a cette capacité de saisir  la vie  dans ce qu’elle a d’immédiat et d’universel », rappelle la directrice du festival Maïthé Vallès-Bled.

Ainsi est-il toujours possible d’interpréter le présent à travers le prisme de la tragédie grecque. Mais le questionnement permanent qui aiguise l’interrogation du poète comme son désir de dire et d’écrire ne se limite pas à la tragédie. Durant neuf jours, Voix Vives l’a une nouvelle fois démontré.

Le festival  a ouvert grand les vannes, libérant les poèmes par milliers sous toutes les formes, en provenance des horizons proches et lointains de la culture méditerranéenne. Pour la première fois depuis sa création, le festival s’est affublé d’un sous titre : La poésie chemin de paix. A l’évidence, ces chemins ont été pluriels, comme le sont, les douleurs et expériences que peuvent traverser les membres d’une même famille face à un déchirement.

Au-delà de ce sous-titre, qui n’a contraint aucun des poètes invités, le ciel de cette 7e édition sétoise du festival  fut chargé d’implication, de présence, et d’écoute tant de la part des poètes que de celle de l’équipe et du public et même d’une ministre de la Culture. Comme si l’espace du festival s’ouvrait plus que de coutume aux relations directes avec le monde et au bonheur d’une altérité affûtée.

Avant que les mots qui nous ont traversé ne s’égarent aux confins mystérieux de nos pensées ou de nos sens, les éditions Bruno Doucey proposent une anthologie 2016 qui porte traces des mots de chaque poète présent. A nous de  savoir encore les faire danser dans nos bouches. Et de saisir ceux de Maria Antonia Ortéga : « On ne réussit à s’approcher des êtres humains que par le chemin de la liberté et il ne peut y avoir de paix sans liberté. »

JMDH

Source La Marseillaise 03/08/2016

Voir aussi : Rubrique Festival, Voix Vives 2016, 100 poètes dans la ville, Voix vives 2015, site officiel, Sans frontières les poèmes disent l’essentiel, rubrique MéditerranéeLybie, Liban, Tunisie, rubrique Livre, Poésie, rubrique /Méditerranée,

Voix Vives se décentralise en Méditerranée, après Gènes en Italie, les 17 et 18 juin et Sète  du 22 au 30 juillet, l’édition de Tolède en Espagne se tiendra du 2 au 4 septembre. Et le projet d’une édition à Ramallah, Naplouse, et Bethléem , devrait voir le jour au printemps  2017.