Niger : Enlèvement des Français, à qui profite le crime ?

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A long terme, le coup d’éclat d’Al-Qaida Maghreb islamique dans le Nord du pays pourrait bien servir l’intérêt de la France. Elle pourra ainsi légitimer sa volonté de contrôler militairement la région, estime Aïr Info, titre influent d’Agadez.

Au secours ! Un grand complot se trame sur le dos du Niger. Ce qui s’est passé à Arlit dans la nuit du mercredi au jeudi 16 septembre [Cinq Français, un Malgache et un Togolais ont été enlevés. Une action revendiquée par AQMI (Al-Qaida Maghreb islamisé)] prend une sale tournure pour le Niger et les Nigériens, pour leur amour-propre et leur souveraineté. C’est comme si une machine de diabolisation de l’image du Niger et celle d’une frange de sa population était en branle pour servir et légaliser des intérêts impérialistes qui ne disent pas leur nom. Depuis l’enlèvement spectaculaire de cinq Français et de leurs deux collaborateurs africains à Arlit, des médias occidentaux et autres oiseaux de mauvais augure ne cessent de jeter l’opprobre sur notre vaillante armée ; sur nos frères touaregs et, le comble, sur notre système de sécurité. Même les sociétés de gardiennage appartenant à des ex-chefs rebelles ne sont pas épargnées !

Le Niger subit de plein fouet les conséquences d’une guerre qui ne le regarde point ! Une guerre d’intérêts inavoués entre les « fous de Dieu » et « les gourmands d’uranate ». Parce que la France de Sarkozy et AQMI ont un problème à régler entre eux, ils choisissent curieusement le terrain Niger pour s’affronter, portant de ce fait un rude coup à la stabilité de notre cher pays et surtout à la survie d’une région alanguie par des années d’insécurité. Qui en veut réellement aux intérêts de la France au Niger ? Qui a intérêt à ce qu’il y ait désordre dans la partie septentrionale de notre pays ? Est-ce que réellement la France et ses alliés veulent en finir avec le phénomène AQMI au Sahel ?

Au lieu de critiquer la négligence et l’imprudence de la société française AREVA, des personnalités françaises n’ont pas hésité à jeter leur fiel sur la défense sécuritaire au Niger et sur les ex-combattants touaregs, qu’ils qualifient à tort de « complicités locales » ! Les Touaregs ne sont pas des terroristes. Non ! Ils ne sont pas non plus complices des terroristes ! Il faut absolument que l’amalgame qui se fait sur cette affaire s’arrête. Pourquoi veut-on absolument faire croire que la région d’Agadez est invivable maintenant alors qu’elle a servie pendant plus de quarante ans d’espace libre et tranquille à une France prédatrice de notre uranium ? Pourquoi l’impossibilité de cette exploitation commence curieusement au moment où le Niger souverain diversifie ses partenaires ? Qui a intérêt aujourd’hui à ce que l’ordre défaille au nord Niger ? En tous cas, pas les autorités de notre pays et encore moins ces populations meurtries !

Ceux qui veulent aujourd’hui que le désordre s’installe sont ailleurs ! Ils ne sont ni Nigériens ni amis des Nigériens ! Voilà pourquoi, une dynamique est en marche : celle de ternir l’image de ce beau pays qu’est le Niger. En jetant l’opprobre sur les touaregs d’Agadez en particulier et le Niger en général, un lobby sans foi ni loi veut rendre notre pays infréquentable aux autres amis du Niger pour protéger ses arrières, c’est-à-dire ses intérêts tapis sous le sol d’Agadez. Des indicateurs sont là pour le prouver : Agadez est passée de la zone orange à la zone rouge. Tous les Français qui travaillent à Arlit ont quitté la région. Presque tous les pays occidentaux interdisent la destination Agadez par crainte de représailles terroristes.

Qui nous dit aujourd’hui que certaines sociétés minières œuvrant au Niger et Aqmi n’ont pas le même objectif ? Celui de déstabiliser notre région pour empêcher que des nouvelles sociétés exploitent un périmètre légalement acquis ? Après cette phase de diabolisation de la région d’Agadez, qui s’opposera demain à ce que des militaires étrangers au nom de la prétendue sécurité de leurs concitoyens installent leur base quelque part dans l’Aïr ou le Ténéré ? Qui trouvera à redire au Niger si, au nom de la lutte contre les terroristes d’Aqmi, des services de renseignement extérieurs violent jusqu’à l’intimité des campements nomades ? On comprendra trop tard que cette présence, outre qu’elle ait aliéné notre souveraineté, a sapé aussi ce beau projet d’intégration sous-régionale si cher à nos pays qui se matérialise par le biais de la route transsaharienne !

En un mot, il serait bien de se demander si la lutte contre AQMI et sa nébuleuse n’est pas un bon prétexte pour faire d’Agadez une nouvelle base militaire étrangère ? Tous ces kidnappings, toutes ces frappes des grottes d’AQMI, le tapage médiatique autour de ces enlèvements ne militent-ils pas pour une seule chose : le contrôle de nos ressources minières par des pays étrangers ? En diabolisant notre pays, on en fera très facilement ensuite une nouvelle colonie où régnera un seul ou deux maîtres, avides de pétrole et d’uranate ! Nigériens de tous bords, disons non à ce complot qui n’est que le résultat de manipulations et d’ingérences voulant aliéner à jamais notre droit à la souveraineté nationale.

Salif Bah

Voir aussi : Rubrique Niger, Coup d’Etat contre Tandja, Rubrique Afrique, La Françafrique se porte bien,

Les Européens protestent contre les mesures d’austérité

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Des dizaines de milliers de personnes ont manifesté mercredi dans plusieurs pays de l’UE contre les mesures d’austérité de leurs gouvernements. La peur du démantèlement du système social et du chômage renforcera l’influence des syndicats européens, estiment les commentateurs.

Le Quotidien – Luxembourg

Une solidarité sans frontières

Face aux protestations dans toute l’Europe des dizaines de milliers de travailleurs contre les mesures d’austérité de leurs gouvernements, le journal Le Quotidien parle d’une Europe des syndicats : « Parallèlement à la construction de l’Union européenne, celle de la Commission européenne de Barroso et du traité de Lisbonne, on voit donc également émerger depuis quelques années une autre Europe, celle de la lutte syndicale et de la défense des intérêts des salariés. … Les syndicats ont d’ailleurs déjà pris une longueur d’avance sur les Etats-nations qui composent aujourd’hui l’UE. La Confédération des syndicats européens compte ainsi déjà parmi ses membres les grands syndicats turcs et suisse. Cette solidarité syndicale transfrontalière constitue un phénomène nouveau avec lequel les politiques devront donc désormais composer à l’avenir. Et si le ‘diviser pour mieux régner’ a un sens, les syndicats européens ont certainement trouvé là une nouvelle force de frappe face à cette Europe libérale qui se construit sous leurs yeux. » (29.09.2010)

Delo – Slovénie

La peur du chômage

Les propositions de la Commission européenne concernant la réforme du pacte de stabilité européen sont préoccupantes pour les populations européennes, estime le quotidien Delo suite à la manifestation de mercredi à Bruxelles : « Le rassemblement dans la capitale de l’eurocratie s’explique par la crainte des syndicats que les mesures d’austérité entraînent également une diminution de l’emploi dans l’UE. … La Confédération européenne des syndicats (CES) considère toutefois que la panique est exagérée. Plutôt que de se serrer encore la ceinture, celle-ci propose aux gouvernements des pays membres d’orienter les dépenses publiques vers l’investissement, l’emploi des jeunes, des stratégies industrielles et l’économie verte. Les dernières mesures prises sont loin d’être un signal positif pour la foule réunie à Bruxelles, laquelle a attiré l’attention sur les inconvénients de cette politique pour l’emploi et sur ses graves conséquences sociales. » (30.09.2010)

Rzeczpospolita – Pologne

Les demandes insensées des syndicats

Les mouvements de protestation des syndicats dans plusieurs pays de l’UE sont insensés, écrit Marek Magierowski dans le quotidien conservateur Rzeczpospolita : « La volonté du peuple, c’est de travailler le moins possible pour gagner le plus possible, et ce de préférence dans la fonction publique. Il faudrait en outre que le même Etat finance les commodités quotidiennes : du rendez-vous chez le dentiste à l’école des enfants. Il n’y a pas d’argent ? Quoi ? Pas d’argent ? Prenons-le aux banquiers, aux Conseils d’administration et autres ! Déficit budgétaire ? … Ce genre de choses existe-t-il ? Les héros du travail ont adressé des messages clairs aux dirigeants européens. Il est encore temps de ne pas se serrer davantage la ceinture, … a déclaré hier le secrétaire général des syndicats européens John Monks … à Bruxelles. J’ai l’impression que l’un de ses ancêtres devait jouer dans l’orchestre du Titanic. » (30.09.2010)

ABC – Espagne

La mauvaise conscience de Zapatero

La grève générale qui a eu lieu en Espagne hier, mercredi, pourrait amener le Premier ministre socialiste José Luis Rodríguez Zapatero a retirer une partie de ces réformes en raison de sa mauvaise conscience, redoute le quotidien conservateur ABC : « Dans des conditions normales, le gouvernement poursuivrait ses réformes sans se soucier de la pression sociale et les syndicats devraient s’asseoir à la table des négociations en faisant profil bas. Toutefois, il existe une réelle possibilité que Zapatero leur accorde de nouvelles concessions qu’ils n’ont pas obtenues, parce qu’il est effrayé à l’idée de s’éloigner de sa base. … Sa célèbre carte de membre du syndicat UGT … lui sert de miroir moral, dans lequel il se regarde sans se reconnaître. » (30.09.2010)

Exposition Raoul Dufy à Sète : une vision personnelle de la grande bleue

Le grand arbre à Sainte Maxime, 1942

Dites à ceux qui se sont levés du pied gauche, qui se liquéfient dans les bouchons ou qui en ont simplement marre du sable, que l’on trouve avec l’exposition du musée Paul Valéry Dufy en Méditerranée une heureuse occasion de dissiper leur maussade humeur. D’abord fuir les plages bondées et les fruits jamais mûrs de la grande distribution, puis sortir des embouteillages en prenant de la hauteur. L’escale cimetière marin n’est pas obligatoire, mais nous la conseillons. En été ce sas de décompression n’a rien à envier aux activités réputées relaxantes des complexes nautiques, érotiques et ludico-commerciaux. Perché sur le Mont St Clair, le musée vient de rouvrir après une réorganisation muséographique, apprend-on sur place. L’architecture extérieure style Le Corbusier n’est pas une perle d’esthétisme, mais l’espace intérieur offre de beaux volumes.

Evidemment, par ces temps où les œuvres sont asservies partout pour valoriser la richesse patrimoniale locale, la vigilance légitime des amateurs s’éveille. Quelle est la pertinence thématique des expositions qui leur sont proposées à grand renfort de communication institutionnelle. Sans aller jusqu’à s’interroger sur celle des investissements publics en matière de création, rien n’empêche les néophytes de fonder leur jugement en se détournant des présentations expertes. Après tout, pourquoi se laisser bercer par les discours insensés d’une époque où tout et son contraire sont justifiables ?

Ce qui est génial chez Dufy, c’est la spontanéité de son expression. Cet artiste a le don de rendre sa peinture accessible sans jamais céder à la facilité. Il doit peut-être cela à ses origines modestes. C’est un type qui a fait les beaux-arts en suivant les cours du soir. Après avoir acquis une certaine reconnaissance, il crée une petite entreprise d’imagerie. Un artiste engagé aussi. En 1915, il diffuse des gravures de propagande patriotique et réalise des dessins pour la revue Le mot dirigé par Jean Cocteau. Mais cela ne l’empêche pas de s’engager comme volontaire.

Vénus à la coquille, 1925-1930

Vénus à la coquille, 1925-1930

L’expo réunit une soixantaine de ses œuvres, peintures, aquarelles et gouaches provenant de nombreuses collections publiques et privées. Il fait frais dans le musée. Les œuvres s’étalent dans un vaste espace. On se demande toujours en quoi la Méditerranée a bien pu influer cet artiste normand jusqu’à ce qu’on tombe sur ses toiles du marché de Marseille. Là, l’interrogation s’estompe assez vite. Face aux légumes, aux étoffes des robes, à la foule qui s’anime. On ressent le poids des personnages, le monde populaire qui se protègent de la chaleur sous les parasols des commerçants et les stores des terrasses. En début d’après-midi, après la fermeture, une senteur poissonnière passe dans la fraîcheur du marché couvert. Dufy a peint ces toiles en 1903. L’année où il présenta pour la première fois ses œuvres au Salon des Indépendants et où il découvre le Sud de la France, lors d’un séjour à Martigues. Il est resté fasciné par la lumière du Midi.

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Dufy dans son atelier de Forcalquier, 1952

Cet artiste devait être un type bien. Il a poursuivi toute sa vie (1877-1953) une recherche avant-gardiste et personnelle. Sur l’autoportrait qu’il fait en 1904, il a les traits tirés. Il doit manquer de sommeil. Il est dans son temps et en même temps dans l’avenir. D’abord impressionniste, il passe au fauvisme sous l’influence de Matisse qui libère un peu plus son expression. Comme tous ses contemporains, il se prend un flash Cézanne. On discerne l’influence cézannienne dans plusieurs de ses toiles. Mais l’attention que Dufy porte à l’architecture spatiale, conserve un je-ne-sais-quoi du déséquilibre qui lui est propre. Son exigence le conduira à définir son propre langage plastique. Un langage aérien qui s’est nourri de la lumière méditerranéenne. A travers les œuvres présentées, réalisées en Italie, en Espagne, au Maroc, en Algérie, l’expo montre qu’il a beaucoup voyagé. Dufy recherche et capte l’éphémère. En regardant une petite fille qui court sur le quai de Honfleur, il comprend que l’esprit enregistre plus vite la couleur que les contours. A partir de ce moment, il va dissocier les couleurs et le dessin. Ce qui participe à son style avec le mouvement, les superpositions, la multiplicité des sollicitations. Dufy est un poète du trait et de la lumière. Allez-y les yeux ouverts !

Jean-Marie Dinh

Dufy en Méditerranée Musée Paul Valéry A Sète jusqu’au 31 octobre 2010.

Voir aussi : Rubrique Exposition

Du brassage social et politique

Revue. Les temps nouveaux s’intéresse au mouvement social et à la lutte politique dans la perspective de construire une alternative.

les-temps-nouveauxL’idée de croiser les réflexions de responsables syndicaux et associatifs, intellectuels engagés et acteurs du mouvement social, qui enragent de l’atonie du débat sur les alternatives nécessaires, résonne bien avec le sentiment d’urgence qui se repend dans les têtes et dans les rues. Après trois décennies de politique libérale, la libération des forces du marché a développé à l’échelle de la planète des politiques destructrices de progrès social et de liberté, accompagnées d’une normalisation de la pensée et de la culture, constatent les protagonistes. Claude Debons, du Parti de gauche, pose dans l’éditorial l’ambition affichée d’élaborer une réponse associative, syndicale et politique à la hauteur des enjeux, et de construire dans un même temps des rapports de forces nécessaires à leur mise en œuvre.

Ce premier numéro de la revue publié par les éditions Au bord de l’eau, rassemble un bel éventail de pensées critiques. Chacun dans leur domaine, les contributeurs se retrouvent pour dénoncer les règles actuelles du pouvoir financier. De la montée en puissance de la stigmatisation, à l’enjeu social de la réforme des retraites, une cohérence se tisse.

La première partie fait le point sur l’actualité des mouvements, avec un regard sociologique mettant en perspective la grève des travailleurs sans papiers, qui trace les contours d’un droit de grève pour les salariés les plus précaires. Le dossier central aborde l’acuité de la crise en sondant en profondeur les contradictions du capitalisme financier, sans oublier de révéler sa face cachée.

La dégradation salariale et la montée de la souffrance au travail qui vont immanquablement s’intensifier invite ardemment à trouver une nouvelle issue. Après avoir dressé un état des lieux du chantier, l’économiste Michel Husson, membre de la fondation Copernic envisage des réponses progressistes en situant l’enjeu crucial : « quelle est sur l’échelle du radicalisme, la position du curseur qui permet le mieux de mobiliser ?

Une revue à découvrir où l’on ne renonce pas à l’exigence du sens, et où l’on se garde de confondre La gauche radicale de rupture avec le social-libéralisme d’accompagnement.

Jean-Marie Dinh

Les Temps Nouveaux, automne 2010, éd Le Bord de l’Eau, 14 euros.

Loppsi 2 : Les dictateurs en ont rêvé Sarkozy l’a fait.

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Lopsi 2 : L'Histoire sans parole

Sanction contre les agresseurs de policiers, vidéosurveillance, vols avec violence… la Loppsi 2 détaille principalement les moyens techniques que peuvent utiliser policiers, gendarmes et juges. « Manifestez, mais ne soyez pas aveugles. Si beaucoup de bruit est fait autour des retraites, la Loppsi 2 arrive dans l’indifférence générale. Cette loi constitue un véritable carcan pour nos libertés et, pourtant, elle va être votée », s’alarme Artémis, qui liste point par point les mesures les plus contestées de la loi.

Les critiques des blogueurs portent essentiellement sur les mesures qui concernent Internet. « Dans son article 4, la loi tend à mettre en oeuvre un filtrage du Net, mesure inefficace, dangereuse pour les libertés individuelles, et qui ouvre inévitablement la porte à la censure ». Pour la Quadrature du Net, une organisation de défense des droits et libertés des citoyens sur Internet, « le populisme sécuritaire éclabousse le Net ». Un article décidement polémique puisque Xavier Niel, directeur du FAI Free, avait déclaré s’y opposer fermement.

La lutte contre la pédo-pornographique? Un faux prétexte

« Pour limiter l’espace de liberté qu’est Internet, il faut contrôler. Mais comment arriver à réduire à néant un espace de liberté sans avoir de contestation? C’est tout simple, grâce aux pédophiles », explique Loppsi.fr, un site qui suit l’évolution du projet de loi depuis ses débuts. « Les professionnels du Net s’accordent à dire qu’il n’y a pas de sites ou de photos pédophiles sur le Web […] Alors à quoi bon faire une liste noire des sites pédophiles? Pour protéger qui? » s’interroge-t-il. Les anti-Loppsi 2 craignent que, sous prétexte de lutter contre pédopornographie, on ne coupe l’accès à d’autres sites Internets.

« La menace que fait peser le fil­trage sur la liberté d’expression est bien sûr réelle, mais ce n’est pas, de mon point de vue, le plus ter­rible des dn gers qui nous guette avec la Loppsi, et c’est sur tout un agu ment qui ne pèse rien ou presque face à la légi time émotion sus ci tée par le crime pédophile, s’inquiète pour sa part RedWriteWeb France. Le fil trage, en réa lité, est probablement la meilleure chose qui puisse arriver aux pédophiles ». Et d’inviter ses lecteurs à consulter l’étude sur « Le commerce de la pédopornographie de 2000 à 2010 », étude qui l’a amené à cette conclusion.

La captation des données informatiques à distance

L’article 23 permettra d’installer des « mouchards » au sein même des ordinateurs. La mesure prévoit que ces « écoutes » informatiques seront rigoureusement encadrées par les juges d’instruction, mais ces précautions ne rassurent pas les sceptiques, parmi lesquels très sérieuse Commission nationale informatique et libertés (Cnil).

Guillaume Champeau, de Numerama, pointe la contradiction: « Eric Ciotti, député UMP chargé de la sécurité, a demandé à ce que l’on fasse confiance au juge d’instruction pour encadrer les cas où l’installation des mouchards pourra être autorisée. Mais c’est oublier que le gouvernement prévoit justement la suppression du juge d’instruction, ce qui donnera au Procureur de la République seul le pouvoir d’encadrer ces dispositifs! » La Blogueuse Julie Jacob se veut plus nuancée: « Ceci ne pourrait intervenir que dans le cadre d’une information menée pour des délits ou crimes graves (terrorisme, pédophilie, meurtre, torture, trafic d’armes et de stupéfiants, enlèvement, par exemple) relevant de la criminalité organisée. »

D’autres sont plus radicaux. « Grâce à Loppsi 2, un flic pourra bientôt fouiller toutes les données présentes sur votre PC. Toutes. Il pourra lire vos frappes clavier. Et activer le micro, la webcam, pour pouvoir vous regarder, vous écouter », s’indigne SuperNo. Et de grincer: « Les dictateurs en ont rêvé, Sarkozy l’a fait! »

Selon toutes probabilités, la loi va être votée, mais tout n’est pas scellé, comme l’explique Jérémie Zimmermann pour la Quadrature du Net: « Les sénateurs ont encore une chance de se ressaisir et de rejeter l’article 4 de la Loppsi. » Réponse vendredi.

COMMENT FAIRE PASSER LE FOURRE TOUT SÉCURITAIRE

Nouvel Observateur

En février dernier, avant les régionales, un certain nombre de mesures directement liées à l’actualité avait déjà été greffées à un texte déjà conséquent. Le couvre-feu pour les mineurs de treize ans entre 23 heures et 6 heures, le renforcement du dispositif de contrat de responsabilité parental, ou encore l’aggravation des peines encourues pour les vols commis à l’encontre de personnes vulnérables, avaenit été intégrés, juste après l’assassinat d’un couple de retraités. Un nouveau délit de distribution d’argent à des fins publicitaires sur la voie publique, en pleine affaire Rentabiliweb, était venu gonfler Loppsi 2 devant les députés.

Dès ce mardi, les sénateurs devaient s’intéresser aux nouveaux amendements proposés par le gouvernement, à savoir :

. Une « période de sûreté de trente ans ou une peine perpétuelle incompressible » pour les assassins de personnes dépositaires de l’autorité (policiers, gendarmes)

. « Donner au procureur la capacité de saisir directement le tribunal, sans passer par le juge des enfants, dans les affaires les plus simples et pour les mineurs déjà connus de la justice

. « Les délinquants auteurs de violences aggravées se verront appliquer des peines planchers dès le premier acte de violence, sans attendre la récidive ». Serge Portelli, vice-président au tribunal de Paris, président de la 12e Chambre correctionnelle, dénonce dans son blog « une atteinte grave aux principes démocratiques et à la nécessaire séparation des pouvoirs ».

. « L’élargissement de la surveillance judiciaire par bracelet électronique » pour les personnes condamnées en état de récidive légale à une peine supérieure ou égale à cinq ans d’emprisonnement.

. La vente aux enchères des biens des délinquants saisis à la suite des interpellations, pour « frapper au portefeuille les caïds des cités en les privant des biens acquis en toute illégalité, explique Brice Hortefeux.

Ces amendements s’ajoutent à une longue série de mesures de renforcement de l’arsenal répressif dont dispose l’autorité publique.

La multiplication des fichiers suivie de près par la CNIL

La CNIL, institution indépendante chargée de contrôler l’utilisation des données personnelles, a formulé des réserves sur certaines dispositions de Loppsi 2. Elle estime que les fiches Judex et Stic des personnes ayant fait l’objet une mise à jour du type classement sans suite, absence d’infraction ou infraction insuffisamment caractérisée, ne soient plus consultables.

La commission nationale de l’informatique et des libertés dénonce également l’utilisation d’outils de captation dans les points publics d’accès à Internet, qui présente selon elle « un caractère particulièrement sensible puisqu’elle conduit à placer sous surveillance l’ensemble des postes informatiques mis à disposition du public. » Elle rappelle qu’une telle pratique doit répondre à des conditions exceptionnelles, et que la loi impose la traçabilité des accès aux outils de captation. La Cnil met également en cause un article de Loppsi 2 prévoyant la mise en place de logiciels de rapprochement judiciaire.

Enfin la Cnil critique les mesures sur la vidéo-surveillance (ou « vidéo-protection » dans le texte), qui donnent la possibilité aux autorités publiques de déléguer l’exploitation de leur système à des opérateurs publics privés, notamment à l’étranger, rendant impossible tout contrôle de l’utilisation des données personnelles..

Internet dans le collimateur de Loppsi 2

La toile n’est pas en reste. Le texte crée un délit d’usurpation d’identité sur internet. Si la mesure paraît légitime, reste à voir comment elle s’applique. Le site spécialisé Numerama pointe d’ailleurs « le risque qu’une telle disposition puisse viser également les caricatures et les faux profils ‘humoristiques’, créés sans véritable intention de nuire, mais qui peuvent ‘porter atteinte à son honneur ou à sa considération’. »

Loppsi 2 prévoit l’installation de dispositifs d’enregistrement de l’activité d’ordinateurs, sorte d’écoute informatique, encadrée par le juge d’instruction (avant sa suppression), et réservée à certains types de crimes et délits, parmi lesquels le « délit de solidarité » ou la « non-justification de ressources correspondant au train de vie », explique Numerama.

Le site spécialisé s’interroge également sur le filtrage des sites pédopornographiques et rappelle que cette mesure fait l’objet de nombreux amendements visant à rétablir l’obligation, pour bloquer un site via un fournisseur d’accès, de passer par un juge. Le site déplore également l’inefficacité d’une telle mesure contre les pédocriminels, « qui ne passent pas par les méthodes traditionnelles d’accès au web », et redoute l’extension à l’avenir de cette procédure à d’autres types de délits.

« Ethylotests anti-démarrages » et « cartons jaunes »

Le projet de loi instaure la confiscation du véhicule en cas de conduite sans permis de récidive de conduite sous l’emprise de l’alcool ou de grand excès de vitesse. Le trafic de points de permis sera puni d’une peine de 6 mois de prison et/ou de 15.000 euros d’amende. Les bars et discothèques auront pour obligation de mettre à disposition de leur client des dispositifs de dépistage de l’imprégnation alcoolique. Des dispositifs d’éthylotests anti-démarrages pourront être imposés dans certains cas. Les peines encourues en cas de délit de fuite sont aggravées.

Au premier incident dans les tribunes des stades et leurs abords, Brice Hortefeux souhaite la délivrance d’un « carton jaune », avec application d’une ou plusieurs mesures individuelles, telle une interdiction administrative de stade dont la durée « est passée de trois à six mois » et pouvant atteindre un an « en cas de réitération dans les trois années » par mesure judiciaire. Outre le « carton jaune », si besoin est, « on n’attendra pas la fin de la saison pour sortir le rouge », a par ailleurs prévenu l’Intérieur. Ainsi, la mesure d’interdiction administrative de stade pourra s’assortir d’un « couvre-feu supporteurs », par arrêté préfectoral prohibant non seulement l’accès au stade où est programmée une rencontre, mais même de s’en approcher dans le cas d’un supporteur du club visiteur, afin d’assurer « l’ordre public également à la périphérie ».

« Carton rouge » encore: la possibilité de « suspendre » les clubs de supporteurs dont les membres se montreraient particulièrement agressifs. Pour les clubs, le « carton rouge » pourra imposer une « billetterie limitée » ou encore un « huis-clos total ou partiel décidé par l’Etat »

Mobilisons nous

Cette loi nous concerne tous dans notre quotidien puisqu’elle risque d’entraîner censure, création de milices civiles… comme nous l’explique Liliane Baie dans son billet:

 » soyons clairs, il s’agit d’une loi destinée à rendre plus efficace l’action de la police. Ce projet de loi comprend pas moins de 48 articles, qui vont du développement des drones, et de la possibilité d’une censure sur internet, à l’attribution de missions de police à la police municipale, en passant par celui de la prescription de caméras de vidéo-surveillance, d’utilisation par la police des véhicules réquisitionnés en cas d’infractions graves (avant même le jugement) et par le développement d’une réserve civile de la police et d’un service volontaire citoyen de la police nationale ( qui évoque une milice privée, comme le précise Jean-Pierre Dubois dans l’éditorial de la revue de la LDH « H&L » numéro 150 : « Sécuritaire : ces outils qui vous veulent du bien »). « 

Par ailleurs, le temps d’examen et d’amendement de la loi est très court, et on peut s’apercevoir qu’aucun débat public ni médiatique n’a été mené sur ce sujet très alarmant, alors que l’actualité sociale était dominée par la lutte contre la réforme des retraites, autre sujet sensible.

Club Media Part

Commentaire

Sans qu’ils s’en rendent compte les français vont se réveiller ligottés… L’affaire Bettencourt nous a déjà montré que l’égalité en France n’était qu’un mythe, la déchéance de nationalité créera des citoyens de seconde zone… LOPSI2 enterre la liberté... Il reste la fraternité celle du peuple, celle qui fait les révolutions, la solidarité… Cette fraternité, le pouvoir cherche à la détruire par les discours de haine et d’exclusion. Pourtant les journées du 4 et 7 septembre ont montré que la fraternité est encore là …

Maryvonne Leray

Voir aussi : Rubrique Société Montée de la violence policière, rubrique  Justice Le SM dénonce un fourre tout législatif, Médias, Médias banlieue et représentations, Une piètre image de la France,