L’Assemblée vote le projet sur les jurés en correctionnelle

L’Assemblée nationale a adopté mardi, en première lecture, par 298 voix contre 198 le projet de loi sur l’entrée de jurés populaires en correctionnelle et la refonte de la justice des mineurs. Le projet de loi, présenté en urgence (une lecture par assemblée) et déjà adopté par le Sénat en mai, devrait être définitivement adopté d’ici au 14 juillet, après une réunion de la commission mixte paritaire (CMP, 7 députés et 7 sénateurs) chargée d’élaborer un texte de compromis entre les deux chambres.

Pour le groupe socialiste, George Pau-Langevin a dénoncé un texte qui «vient d’une lubie du président de la République» et qui comprend «deux volets qui ne répondent en rien aux besoins de réforme de notre justice». Ce texte, a-t-elle encore accusé, «va créer de la confusion dans les instances judiciaires», «va allonger les délais» et «coûter cher – 30 millions d’euros – au lieu d’apporter des moyens à une justice affaiblie».

Marc Dolez (Parti de gauche) a stigmatisé «un texte inutile, dangereux, qui vient à un mauvais moment». «Il répond à des considérations électoralistes» et est «empreint de défiance à l’égard des magistrats», a-t-il ajouté, soulignant même qu’il «risquait de faire exploser notre système judiciaire».

En revanche, Michel Hunault, pour le Nouveau centre, a salué un texte «qui n’est pas contre les magistrats et va même réconcilier les citoyens avec leur justice». «Nous votons ce projet avec confiance, une confiance pas subordonnée puisque vous nous avez assuré que des moyens seraient mis dans cette réforme», a-t-il lancé en direction du garde des Sceaux Michel Mercier.

Enfin, Bernard Gérard (UMP) s’est félicité de ce «texte extrêmement important, en phase avec ce qu’attendent nos concitoyens notamment en luttant contre la correctionnalisation et en répondant à la hausse de la délinquance des mineurs.»

AFP

 

Des mineurs jugés en mode majeur

On parle beaucoup de l’arrivée des jurés populaires dans les tribunaux correctionnels, moins de la réforme de la justice des mineurs qui sera discutée au même moment, dès mardi à l’Assemblée nationale, via la procédure d’urgence.

Le texte, passé au Sénat en mai et qui est présenté aujourd’hui en commission des lois à l’Assemblée, prévoit la création d’un tribunal correctionnel pour mineurs. Les récidivistes de plus de 16 ans, qui risquent une peine d’emprisonnement égale ou supérieure à trois ans, ne passeront plus devant un tribunal pour enfants, mais une juridiction de trois juges : deux magistrats non spécialisés et un juge des enfants. Ils bénéficieront toujours de l’excuse de minorité ou de la primauté de l’éducatif sur le répressif, comme le prévoit l’ordonnance de 1945 (et les textes internationaux sur les droits de l’enfant). Mais «la solennité sera plus grande», arguait Michel Mercier, le ministre de la Justice, la semaine dernière, devant les députés de la commission des lois. Un peu plus de 600 mineurs seront concernés, selon l’étude d’impact réalisée par la chancellerie, qui assure ne pas espérer de jugements plus sévères de la part de deux juges non spécialisés. Mais alors, «quelle urgence y a-t-il à désorganiser profondément la justice des mineurs pour juger ces 636 mineurs ?», note le socialiste Dominique Raimbourg.

Profondeur. Selon Michel Mercier, le but de cette loi est avant tout «d’améliorer la célérité de la justice des mineurs» : «Il se passe dix-huit mois entre la commission des faits et la décision de justice. C’est trop long pour avoir un effet pédagogique.» Ce que réfutent les juges des enfants, pour qui le temps jusqu’au jugement, justement, permet de travailler en profondeur avec l’enfant (lire page ci-contre le témoignage de Marie-Pierre Hourcade). Le gouvernement prévoit de permettre au parquet de faire passer un mineur directement devant le tribunal pour enfants – sans passer par le cabinet du juge. Il instaure un «dossier unique de personnalité», qui réunira tous les éléments ayant trait au mineur : ses précédentes infractions comme les éléments plus personnels recueillis au titre de l’assistance éducative (sur sa famille, les maltraitances subies…), et pourra être consulté par le parquet, le juge et les avocats. «Il s’agit de permettre aux acteurs d’avoir le même niveau d’information», explique la chancellerie. Les acteurs de la justice des mineurs s’inquiètent (lire ci-contre le témoignage de Dominique Attias). Enfin le texte prévoit de faciliter le placement sous surveillance électronique pour assignation à résidence des mineurs dès 13 ans et le placement en centre éducatif fermé : «Ils ont montré leur efficacité, selon le ministre de la Justice. Les deux tiers des mineurs qui en sortent ne récidivent pas dans l’année.»

Urgence. En février, dans l’émission Paroles de Français sur TF1, Nicolas Sarkozy avait été interpellé par une pharmacienne niçoise, cambriolée quatre fois. Le Président avait expliqué que sur la délinquance des mineurs, la majorité n’avait «pas réussi» et promis «d’apporter avant l’été une réponse». La réforme a été préparée dans l’urgence, sans même consulter l’Association française des magistrats de la jeunesse (AFMJF), qui réunit les juges des enfants.

Pourtant, en 2010, la chancellerie – époque Michèle Alliot-Marie – avait mis en place un large comité de réflexion… pour l’élaboration d’un nouveau code pénal des mineurs. Il s’agissait alors d’en finir avec l’empilement successif des mesures. L’avocate Dominique Attias en faisait partie : «De septembre à décembre, une réunion par semaine… Mais en mars, on nous a réunis pour nous dire qu’il n’y aurait finalement pas de code des mineurs… Qu’il faudrait attendre après les élections de 2012. Quelques semaines plus tard est apparu ce projet gouvernemental : tout notre travail a été mis au panier parce que dieu le père Sarkozy avait parlé.»

Sonya Faure (Libération)

L’ordonnance de 1945

Signée le 2 février 1945, elle est le fondement de la justice des mineurs en France. Elle pose la priorité de l’éducatif sur le répressif, la spécialisation des professionnels autour du jeune (comme le juge des enfants), le suivi personnalisé du jeune, notamment grâce au travail des éducateurs de la PJJ, ainsi que le recours exceptionnel à la détention.

35
C’est la 35e réforme de l’ordonnance sur la justice des mineurs du 2 février 1945. Elle a été réformée 34 fois en soixante-trois ans, dont 12 fois les dix dernières années.

«Un mineur d’aujourd’hui n’a rien à voir avec ceux des années 50. […] Imaginez : 17 ans, 1,85 mètre et on le met devant un tribunal pour enfants ?»
Nicolas Sarkozy le 23 février, sur TF1

«Le projet reprend, avec un toilettage superficiel, certaines des dispositions censurées [lors du vote de la loi la Loppsi 2] par le Conseil constitutionnel.»
L’Association française des magistrats de la jeunesse

Demain, le Conseil national des barreaux organise une conférence de presse sur la réforme, réunissant le juge des enfants Jean-Pierre Rosenzweig, la pédopsychiatre Catherine Dolto, etc. L’Association française des magistrats de la jeunesse et de la famille avait déjà lancé une «cyber action» contre la réforme de la justice des mineurs : une pétition en ligne (Cnb.avocat.fr) à envoyer au ministère de la Justice.

Voir aussi : Rubrique Justice, Laurent Mucchielli infirme la montée supposée de la délinquance, droits de l’enfant en France, Affaire Villiers-le-Bel,

Primaire écologiste : « L’écologie de combat » d’Eva Joly porte ses fruits

D’un rien. C’est à 69 voix qu’Eva Joly a raté sa désignation au premier tour de la primaire écologiste. L’ancienne magistrate a atteint 49,75 % des voix contre 40,22 % à l’ex-animateur de télévision, Nicolas Hulot. Les deux petits candidats, étaient loin derrière (Stéphane Lhomme 4,44 % et Henri Stoll 5,02 %).

C’est bien à un duel entre les deux écolos venus de l’extérieur du mouvement que la primaire a donné lieu. Mais la surprise est venue de l’écart qui s’est dessiné entre les deux challengers. Le score de Mme Joly a ainsi contredit tous les pronostics qui donnaient M. Hulot largement vainqueur. Les proches du père du Pacte écologique pensaient même réussir à emporter le vote dès le premier tour.

En devançant largement son adversaire, la députée européenne démontre sa capacité à mener une campagne rythmée et qui a réussi à convaincre le peuple écolo. L’ex-juge avait adopté dès le début de la campagne interne une ligne plus radicale – insistant sur son « écologie de combat » – et cela a plu tant aux militants qu’aux sympathisants qui mesurent, dans leurs combats quotidiens, que les combats écologiques sont longs et âpres.

Hulot desservi par son positionnement « ni droite ni gauche »

Nicolas Hulot, lui, n’est jamais vraiment entré dans sa campagne. Réticent d’abord à se déclarer, puis à accepter les conditions du mouvement, il a sans cesse donné l’impression qu’il tablait d’abord sur sa popularité extérieure avant de comprendre qu’il lui fallait convaincre en interne. Il semblait oublier que popularité ne veut pas dire automatiquement intentions de vote : les derniers sondages le donnaient coude à coude avec Mme Joly.

Son positionnement « ni droite ni gauche » et son souci d’être toujours consensuel l’ont desservi. Enfin sa gaffe sur son souhait initial de faire un ticket avec Jean-Louis Borloo a brouillé un peu plus son image déjà floue et pas assez à gauche. Eva Joly, elle, avait dès le départ affirmé être à gauche et dit sa volonté de passer une alliance avec les socialistes pour 2012. Un positionnement qu’Europe Ecologie-Les Verts avait largement confirmé lors de son premier congrès en juin. Les militants ont donc joué la cohérence entre leur projet et leur candidate.

Sylvia Zappi

Philippe Poutou élu candidat du NPA pour 2012

Philippe Poutou, ouvrier dans l’automobile, a été élu samedi soir candidat du Nouveau parti anticapitaliste (NPA) pour la présidentielle de 2012, par 53% des délégués réunis à Nanterre en conférence nationale, succédant ainsi à Olivier Besancenot.

Selon le décompte final, 122 délégués ont voté pour sa candidature, 50 contre, il y a eu 11 abstentions et 47 personnes n’ont pas pris part au vote, donnant un score de 53% sur le total des délégués et de 66,67% des exprimés.

Ouvrier de l’usine automobile Ford de Blanquefort (Gironde), où il est syndicaliste CGT, M. Poutou a déjà été tête de liste du NPA aux élections régionales en Aquitaine (2,52%) mais aussi aux législatives de 2007 (2,7%) en Gironde sous l’étiquette de la Ligue communiste révolutionnaire (devenue NPA).

En début de semaine, la commission de candidatures du NPA s’était « majoritairement prononcée » pour Philippe Poutou pour remplacer Olivier Besancenot qui s’est retiré début mai après avoir représenté deux fois la LCR, en 2002 (4,25%) et 2007 (4,08%).

Réunis à l’université de Nanterre en conférence nationale, sorte de mini-congrès, les délégués ont donc confirmé, après des débats longs et parfois tendus, la candidature de M. Poutou.

A la tribune, plusieurs militants se sont toutefois demandé pourquoi aucune des deux femmes porte-parole, Christine Poupin ou Myriam Martin, n’avait été désignée.

Un vote serré dans une ambiance de division. Les délégués ont en effet confirmé le vote des congrès locaux, coupant quasiment en deux le NPA : 50,4% des militants soutenant la ligne « identitaire », contre 40,1% favorables à des discussions avec le reste de la gauche radicale dont le Front de gauche (FG), pour l’après-2012.

Le premier texte était soutenu notamment par Mme Poupin, MM. Besancenot et Poutou, le deuxième étant porté par Myriam Martin et Pierre-François Grond.

AFP

Aharon Appelfeld : Un rapport libre à l’écriture

 

 

On garde le souffle court à la lecture de « Le garçon qui voulait dormir *». Aharon Appelfeld y décrit avec une grande pudeur une existence arrachée au cours normal des choses. Celle d’Erwin, jeune garçon qui ne peut retourner dans le jardin de son enfance que par les songes. Au sortir de la guerre, il se retrouve près de Naples, au cœur d’un groupe de réfugiés apatrides. Il a tout perdu : père, mère, langue, environnement familier, et émerge peu à peu du sommeil auquel il a recours pour faire revivre tout un pan de sa vie désormais anéanti. Enrôlé avec d’autres jeunes gens de son âge par un émissaire de l’Agence juive, il se prête à l’apprentissage intensif de l’hébreu et à l’entraînement physique, quasi militaire, que celui-ci leur impose chaque jour pour les préparer à une nouvelle vie dans l’État d’Israël sur le point de naître.

Cette histoire est un peu celle de l’auteur. Né en Roumanie, il a huit ans quand éclate la guerre. Sa famille est enfermée dans un ghetto. Sa mère est assassinée, et il est déporté avec son père dans un camp de Transnistrie. Le jeune garçon s’en évadera, seul, en 1942. L’œuvre Aharon Appelfeld est riche d’une quarantaine de livres tous relatifs à sa vie mais l’écrivain de la Shoah comme on l’a surnommé, s’est toujours gardé de mettre en avant son moi. Fait plutôt étonnant pour un auteur qui reçu le Prix Médicis Etranger en 2004 pour « Histoire d’une vie ». Cette distance est consubstantielle à son travail qui aborde sa vie en prenant le temps et en s’attachant au concept d’objectivité affective.

« Pourquoi le prince Félix a-t-il été exilé ? » demande l’enfant à Mlle Christina  qui lui apprend à lire et à écrire. « Pour qu’il devienne plus fort et soit capable d’affronter les méchants ». « On ne peut pas devenir plus fort chez soi ? » « Il faut croire que non », dit Christina dans un sourire qui dévoile ses belles dents ». Avec justesse, Appelfeld porte la voie de l’intelligence universelle pour que les gens apprennent à vivre ensemble.

Jean-Marie Dinh

* Le garçon qui voulait dormir, éditions de l’Olivier, 21 euros.

Voir aussi : Rubrique Littérature, rencontre Yishaï Sarid, rubrique Israël,

Roman noir : les vrais héros sont-ils morts ?

Festival international du roman noir de Frontignan

Chaque année, Frontignan vit une semaine dans le noir… et la bonne humeur. Cette éclipse correspond au Festival international de roman noir, rendez-vous prisé qui permet aux amateurs de polar de rencontrer des écrivains confirmés (une cinquantaine) et de repérer des auteurs d’avenir dans un domaine où 1 200 titres sont publiés chaque année.

Cette année, la thématique choisie est celle des « métamorphoses du héros ». On constate en effet une évolution du héros récurant avec l’apparition de nouvelles figures. « On est passé du détective dilettante, à la Agatha Christie, au héros de polar à la Humphrey Bogart, mais aujourd’hui le flic ou le détective n’est plus du tout un mec macho et de moins en moins un homme, indique Michel Gueorguieff, le Président de Soleil Noir à l’origine du festival. Les héros ont des failles, les minorités ethniques ou sexuelles sont très présentes. Cette évolution est un miroir de nos sociétés ».

Ce thème réunit des auteurs venus de tous horizons. Parmi lesquels on peut citer : Yishaï Sarid, un Israélien, jamais venu en France, qui situe son roman Le poète de Gaza au cœur du conflit israélo-palestinien ; le Suédois Inger Frimansson, plutôt connu dans la littérature « blanche », qui a obtenu le prix du meilleur roman noir suédois pour Bonne nuit mon amour ; l’Américain David Vann dont le livre au suspens insoutenable Sukkwan Island a été couronné du prix Médicis étranger 2010.

A noter que l’invitée d’honneur du FIRN n’est autre que Fred Vargas, particulièrement rare sur la scène littéraire, qui vient de publier L’Armée furieuse, où l’on retrouve le mémorable commissaire Adamsberg en prise avec un seigneur d’un autre âge.

Jean-Marie Dinh

Voir aussi : Rubrique Livre, David Vann Désolation   rubrique, Roman noir,  rubrique Rencontre, Fred Vargas, Yishaï Sarid , rubrique Festival, FIRN