Le boycott des universités israéliennes qui indigne les Etats-Unis

n « mur d’Apartheid » dressé par les Etudiants pour la justice en Palestine, sur le campus de Berkeley, en Californie, le 9 avril 2004 (Rahimian /SIPA)

n « mur d’Apartheid » dressé par les Etudiants pour la justice en Palestine, sur le campus de Berkeley, en Californie, le 9 avril 2004 (Rahimian /SIPA)

La décision de l’American Studies Association (ASA) de soutenir le boycott contre les institutions académiques israéliennes suscite indignation et polémique dans l’enseignement supérieur américain et chez les politiques, alors que son influence reste très limitée sur les campus.

En décembre dernier, l’association « la plus large et la plus ancienne dévouée aux études interdisciplinaires de la culture et de l’histoire américaine » a répondu favorablement à l’appel de l’USACBI – qui se définit comme une campagne américaine de boycott des institutions académiques et culturelles d’Israel –, en s’associant au mouvement « Boycott, Désinvestissement et Sanctions » (BDS).

Le BDS est un mouvement international qui s’inspire à la fois de la campagne palestinienne pour le boycott académique et culturel d’Israël (PACBI) lancée par des intellectuels et universitaires palestiniens à Ramallah en 2004, et des mouvements de boycott sud-africains contre l’Apartheid.

La résolution de l’ASA, « essentiellement symbolique » – puisque l’organisation n’a pas les compétences pour l’appliquer – vise à « protester contre l’occupation illégale de la Palestine, les violations du droit à l’éducation des étudiants palestiniens, et la liberté des universitaires et des étudiants de la Cisjordanie, de Gaza et des Palestiniens d’Israël. »

Sanctionner les activités académiques et culturelles d’Israël – des institutions et non pas des individus – c’est aussi, selon l’association, mettre en avant le rôle des Etats-Unis dans la facilitation de « l’occupation israélienne de la Palestine ».

Les facs prestigieuses soutiennent Israël

Le BDS a eu jusqu’ici très peu d’échos aux Etats-Unis. Cette prise de position « éthique » et minoritaire dans le champ académique américain (l’association regroupe 5000 professeurs) a suscité dans le pays une vague d’indignation « rapide » et « frappante ». En quelques jours, l’ASA est passée « d’une relative obscurité à la proéminence en tant que paria de l’establishment de l’enseignement supérieur aux Etats-Unis ».

L’association américaine des professeurs d’université (AAUP), forte de 48 000 membres, a réitéré sa condamnation initialement formulée en 2005 contre le boycott des universités israéliennes, suivi par l’Association des universités américaines et du Conseil américain de l’Education.

Au mois de décembre, de nombreuses universités, parmi les plus prestigieuses du pays – Johns Hopkins, Harvard, Yale, Cornell, Princeton, Boston university, ainsi que les Universités de Pennsylvanie, du Connecticut et du Texas – ont officiellement condamné le boycott. Certaines ont d’ailleurs des programmes d’échanges avec des facs israéliennes.

150 présidents d’universités ont également réaffirmé leur soutien à Israël et leur condamnation de l’ASA, allant parfois jusqu’a se retirer de l’association, sans la consultation du corps enseignant ou administratif.

Des « effets antisémites »

Les critiques des universitaires défendent d’abord « la liberté d’enseignement » et critiquent le « double standard » appliqué à Israël. Pourquoi s’attaquer à « l’unique démocratie du Moyen-Orient » quand d’autres pays violent quotidiennement les droits civiques de leurs citoyens ?

Certains citent Mahmoud Abbas, le président de l’autorité palestinienne, qui s’est prononcé en décembre contre le Boycott israélien – mais celui des produits cultivés par les Israéliens dans les territoires occupés.

Les réactions les plus violentes ont été entendues sur les plateaux télés à l’instar de Larry Summers, ancien président de Harvard qui a appelé à la télévision au boycott de l’ASA, à une action punitive contre ses professeurs en évoquant « les effets antisémites voire les intentions » de cette prise de position de l’association.

Abraham Foxman, directeur la ligue antidifamation, a caractérisé ce vote
d’« attaque honteuse, immorale et intellectuellement malhonnête sur la liberté académique ».

Une transgression du premier amendement

La controverse est allée jusqu’à la Chambre des Représentants, qui a proposé en janvier une loi bipartisane – « The Protect Academic Freedom Act » – visant à supprimer toutes les subventions publiques d’une institution qui soutiendrait le boycott d’Israël.

« Cette réponse explicite » à la position prise par l’ASA a suscité un flot de critiques, notamment une transgression du premier amendement, comme l’explique Michelle Goldberg dans le The Nation :

« Mais si le boycott de l’ASA peut enfreindre la liberté d’enseignement, la loi antiboycott l’enfreint pour de bon. C’est l’Etat [de New York] qui punit des professeurs pour leur prise de position. Ce qui est totalement anticonstitutionnel. »

La proposition est passée haut la main devant le Sénat fin janvier, avant d’être retirée du jour au lendemain de l’agenda parlementaire, pour éviter davantage de polémiques.

Un boycott pour faire parler des Palestiniens

L’indignation suscitée par la prise de position de l’ASA a permis aux cercles universitaires, politiques et même médiatiques de réaffirmer leur soutien à l’état juif, via le « principe de liberté d’enseignement ».

Et « sans qu’aucune mention n’ait jamais été faite sur le sort des Palestiniens » souligne Colin Dayan, l’une des rares professeurs juives américaines à s’être publiquement prononcée pour le BDS, soulignait fin décembre dans Aljazeera America :

« Les débats inspirés par le soutien académique du BDS contre les universités israéliennes permettent à toutes sortes de gens de voir ce qui est caché, de parler collectivement et librement, à des jeunes et des plus âgés, titulaires ou non, pour et contre le boycott.

La liberté d’être en accord ou en désaccord, la collision et le conflit nécessaires à la pensée critique, c’est ce qui compte. »

L’ASA, désormais « excommuniée [virtuellement] de la communauté bien-pensante des chercheurs américains », n’aura aucune incidence pratique sur l’évolution des relations entre universités israéliennes et américaines.

Mais d’après Colin Dayan, elle aura eu le mérite de faire parler du BDS dans les médias américains, où « la censure est omniprésente » :

« En Israël et aux Etats-Unis, la menace contre ceux qui débattent, ou même ceux qui posent des questions les droits humains et politiques des Palestiniens reste bien une réalité.

Nulle part dans la vague d’éditoriaux contre l’ASA et le mouvement de boycott palestinien, leur réalité n’a été discutée. Nulle part ailleurs, les effets néfastes de deux générations d’occupation n’ont été mentionnés. »

Construire des « murs d’Apartheid »

Le BDS est un mouvement aujourd’hui encore très limitée parmi la jeunesse américaine, et essentiellement promu par des associations, des professeurs et des départements universitaires.

La principale organisation étudiante de soutien au BDS est « Students for Justice in Palestine » (SJP) qui, depuis le début des années 2000 aurait, selon Aljazeera America, « a gagné un terrain considérable, attirant l’attention et la préoccupation des organisations sionistes et des groupes de défense des droits d’Israël. »

Né à Berkeley en Californie en 2001, le mouvement « travaille en solidarité avec le peuple palestinien et soutient son droit à l’autodétermination ». Les mêmes buts que ceux défendus par le BDS, mais « dans la non-violence » :

  • la fin de l’occupation et de la colonisation par Israël de toutes les terres arabes et le démantèlement du mur ;
  • la reconnaissance des droits fondamentaux des citoyens arabes palestiniens d’Israël ;
  • le respect, la protection et la promotion des droits des Palestiniens réfugiés de retourner dans leurs propriétés comme le stipule la résolution 194 de l’ONU.

Selon la Ligue antidiffamation (ADL) qui le classe dans sa liste des 10 principaux groupes antiIsraël aux Etats-Unis [PDF] le SJP aurait des branches dans près de 80 universités aux Etats-Unis, dont Columbia, NYU, University of Washington, Florida, Boston, Chicago, Rutgers (New Jersey), ou encore Yale.

A côté des conférences et des activités de sensibilisation au conflit israélo-palestinien, leurs méthodes d’action consistent à placarder les couloirs des campus de notices d’éviction, construire des « murs d’Apartheid » devant les universités ou encore des faux checkpoints.

Marie Rousseau

Source Le Nouvel Observateur 11/03/2014

Voir aussi : Rubrique Israël, rubrique Palestine, rubrique USA, rubrique Education,

Philippe Meirieu :  » il est inutile de crier ou de malmener une tomate pour qu’elle pousse plus vite »

imagesDans le cadre des Chapiteaux du livre, à Béziers, le spécialiste en sciences de l’éducation donnait une conférence sur le thème : « De l’enfant consommateur à l’enfant citoyen ». Un enjeu majeur pour notre démocratie.

Gardois d’origine, Philippe Meirieu est un chercheur spécialiste des sciences de l’éducation et de la pédagogie. Engagé aux côtés du PS, puis d’Europe Écologie, il se définit lui-même comme militant et homme de gauche.

« De l’enfant consommateur à l’enfant-citoyen : quelle éducation ? » L’intitulé de votre intervention recoupe un sujet vaste. Sous quel angle aborderez-vous cette problématique ?

Celui de l’éducation qui n’est pas seulement l’affaire de l’école parce que l’éducation implique aussi la famille, le tissu associatif, la ville et le territoire, les médias et appelle la collaboration de tous ces acteurs, face à un enjeu de taille, la démocratie. Il s’agit de permettre à des enfants de devenir des sujets qui pensent.

Un enjeu effectivement de taille qui suppose du temps et de l’implication, défendez-vous…

Dans une société comme la nôtre, l’éducation doit permettre de décélérer pour retrouver le temps de la parole et apprendre à penser. Je trouve qu’aujourd’hui les jeunes sont instrumentalisés par la publicité et la multiplicité des prothèses technologiques dont ils sont friands, ce qui ne leur laisse pas le temps de s’interroger. Bien souvent les adultes mettent cette réalité à la trappe.

A leur corps défendant, les parents sont souvent pris dans la spirale de la concurrence permanente qu’alimente fortement l’Education nationale…

En effet, on assiste à une course effrénée aux résultats. On subit le poids de l’évaluation permanente, des programmes trop chargés qui se multiplient au détriment des fondements de l’éducation qu’évoque Montaigne à propos des têtes qu’il préfère bien faites que bien pleines. Tout ne relève pas du quantifiable. Une institution qui travaille sur l’humain ne peut être soumise à l’obligation de résultat. Elle doit faire émerger la capacité de penser sans nourrir l’anxiété des familles pour trouver la bonne école. La question du citoyen ne peut réduire l’école à l’employabilité des sujets dans le système économique.

Tout le monde est d’accord là dessus mais quelles mesures concrètes peut-on envisager pour aller dans votre sens ?

Si tout le monde était d’accord, il n’y aurait pas d’évaluations chiffrées, de livrets de compétence imposés aux enseignants dès la primaire, de classement des lycées publiés en fonction des résultats au Bac… Concrètement l’école doit prendre le temps de parler avec l’enfant comme le fait mon ami Michel Tozzi à Montpellier avec les Ateliers Philo dès la primaire. Nous devons retrouver le temps de nous parler, y compris dans les familles. Les sociologues mettent en évidence que les activités intergénérationelles sont en nette diminution au sein des familles. Dans la plupart des cas le temps partagé entre les enfants et leurs parents, l’est pour aller faire des courses. Consacrer son temps à autre chose qu’une activité commerciale, comme partager avec ses enfants ou ses petits enfants une activité de jardinage se révèle beaucoup plus enrichissant. On apprend par exemple qu’il est inutile de crier ou de malmener une tomate pour qu’elle pousse plus vite.

Quand les parents souhaitent collaborer, ils se heurtent souvent à la résistance des enseignants, aux citadelles des associations de parents d’élèves ou à l’institution comme le confirme la décision du Conseil supérieur de l’éducation qui leur laisse une portion congrue dans les conseils d’école…

Il existe une certaine méfiance de la part des enseignants inquiets des parents qui feraient de l’entrisme. De l’autre côté les parents suspectent les enseignants de faire du corporatisme, d’être plus attachés à leurs conditions de travail qu’au devenir de leur enfant. Cette méfiance a été entretenue par les gouvernements de droite pour en faire un outil de pilotage de l’école. Il faut dissiper les incompréhensions et sortir de cela.

De quelle manière ?

Il faut que les parents soient plus reconnus. Si on ne leur répond pas, ils quitteront le système public pour devenir des consommateurs d’école et l’institution sera mal avisée de le leur reprocher.

Quelle est votre position sur la réforme des rythmes scolaires dans le primaire ?

Je ne suis pas favorable à cette réforme maladroite et injuste financièrement pour les municipalités les moins bien loties mais l’on peut profiter de cette réforme mal faite pour faire se rencontrer des acteurs qui n’en avaient pas l’occasion.

Êtes-vous partisan d’une réforme de l’éducation prioritaire ?

Il est impératif de relancer des actions dans ce domaine. Les inégalités se sont creusées. On ne peut pas laisser ainsi des zones à l’abandon.

L’assouplissement de la carte scolaire n’y est pas étrangère.

Il faut repenser la carte scolaire. Si l’on concentre 30% d’un public en grande difficulté dans un établissement on peut agir. Au-delà ce n’est plus gérable. La plupart des enseignants qui interviennent ne sont pas formés. On doit réduire les effectifs et doter les établissements de budgets adaptés.

Le lien avec la politique de la ville vous semble-t-il adapté ?

Il est pertinent, mais pas suffisant. On fonctionne par tuyaux d’orgue. Le véritable enjeu c’est de reconstruire l’égalité des territoires. L’abandon de territoires ruraux ou urbains est générateur de replis vers les idéaux extrémiste de la droite dure.

En tant que conseiller régional en Rhône-Alpes, quel regard portez-vous sur le rôle des régions et des métropoles, qui se retrouvent en concurrence à l’échelle européenne, dans l’éducation ?

La compétence de la formation initiale et professionnelle relève de l’Etat. Les régions revendiquent d’être coordinatrices de la formation professionnelle. Elles demandent d’en avoir l’autorité et les moyens correspondants. Nous attendons une loi de décentralisation qui a été vidée de son sens, ainsi qu’une loi sur la formation professionnelle. Le projet de loi de finances qui vient d’être rendu public et propose une réduction des dotations ne va pas dans le bon sens. Je suis vice-président en charge de la formation professionnelle, je peux vous dire que j’ai davantage de pression pour développer les écoles d’ingénieurs que pour favoriser les conditions d’enseignement des CAP. Avec la montée en puissance des métropoles ça va devenir très compliqué. Le risque en terme d’éducation est que celles-ci reproduisent le schéma « Paris ville phare » et le désert en île de France. La région n’est pas là pour mettre de l’argent où il y en a déjà mais pour s’occuper des territoires abandonnés. Elle doit garantir l’équilibre et l’harmonie. Il faut réidentifier le fondamental

Recueilli par Jean-Marie Dinh

Source : La Marseillaise 28/09/2013

Voir aussi : Rubrique Société, Education,  rubrique Rencontre, rubrique Sciences humaines, rubrique Politique Politique de l’éducation,

Education :Universités les premiers effets de l’autonomie budgétaire

Manifestation à Londres contre l'augmentation des droits d'inscriptions afin de juguler le déficit

Les universités françaises rencontrent des difficultés budgétaires grandissantes, au point que plus d’une sur deux pourrait présenter un déficit en 2011, ce qui met en péril la réforme de l’autonomie selon des responsables universitaires.

Pour avoir présenté deux déficits successifs (2009 et 2010), sept établissements d’enseignement supérieur, parmi lesquels des universités comme Paris-6 Jussieu, viennent d’être placés sous la surveillance des recteurs.

S’il ne s’agit que de cinq universités sur 83, plusieurs ont été étonnées de ne pas figurer sur la liste, parue à l’approche du renouvellement des présidences d’universités début 2012.

« Très sincèrement, on était persuadés d’être ciblés car on devrait voter en décembre un budget 2011 en déficit », dit-on dans l’entourage d’un président d’université autonome: « Cette liste de sept, c’est un peu l’arbre qui cache la forêt. Les chiffres qui courent, c’est plutôt que la moitié des universités auraient du mal à boucler leur budget, et 2012 risque d’être plus compliquée ».

De fait, des présidents comme Olivier Sire (Bretagne-Sud), Yves Lecointe (Nantes) ou Jean-Louis Gout (Pau) tirent la sonnette d’alarme depuis des mois et Louis Vogel (Paris-2 Assas) a été élu fin 2010 à la tête de la Conférence des présidents d’universités (CPU) en s’inquiétant d’années à venir « difficiles ».

Les conséquences sont des gels de postes, des formations remises en cause, et la non reconduction de nombreux contractuels pour que les universités n’aient pas à les titulariser dans quelques mois, comme le prévoit la future loi sur la résorption de la précarité dans la fonction publique.

Si des problèmes divers se posent (y compris des changements de règles comptables), les plus courants sont un mauvais calcul des coûts lors du passage à l’autonomie, de nouvelles dépenses, et une masse salariale qui évolue avec des critères échappant aux universités (ancienneté, primes…).

Alerté depuis plusieurs mois sur les problèmes salariaux liés à l’ancienneté, le ministre Laurent Wauquiez vient de dégager 14,5 millions d’euros pour 2011.

Mais les principaux acteurs de la communauté universitaire (CPU, enseignants du Snesup, étudiants de l’Unef) ont jugé ce geste « insuffisant ».

« Il manque de l’argent. Il faut affronter les nouvelles dépenses de l’autonomie ou alors il ne fallait pas commencer », a déclaré mardi M. Vogel. Le Sgen-CFDT réclame même une « rallonge » de 150 millions d’euros pour 2011.

« A l’évidence, les moyens de l’Etat promis à l’occasion de cette réforme ne sont pas au rendez-vous » et « cette situation extrêmement grave (…) signe l’échec d’une politique », a réagi Alain Claeys, député-maire de Poitiers, responsable de l’enseignement supérieur dans l’équipe de François Hollande.

Si le PS est dans son rôle d’opposant, les critiques viennent aussi de présidents d’universités pro-autonomie.

« L’argent n’est pas arrivé comme on nous l’avait promis, le ministère n’a pas assez accompagné et la question des universités sous-dotées n’a pas été réglée », dit un président francilien qui a requis l’anonymat.

« C’est grave, car il n’est pas seulement question des finances mais de la survie même de la réforme », ajoute-t-il: « Les oppositions aux présidents actuels vont pouvoir dire +Vous voyez, cette réforme était un leurre+ et il risque d’y avoir un raz-de-marée anti-autonomie en mars-avril, au moment du renouvellement de nombreux présidents ».

« Jamais un gouvernement n’avait consacré autant de moyens à l’enseignement supérieur et la recherche », a répondu mardi M. Wauquiez, lors d’un séminaire sur la Révision générale des politiques publiques (RGPP).

Emmanuel Defouloy (AFP)

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London Calling

incidents-lors-de-la-manifestation-etudiants-a-londres

De violents incidents — filmés en direct par les télévisions en continu — ont éclaté jeudi en milieu d’après-midi à Londres entre policiers et manifestants mobilisés contre la hausse des droits d’entrée à l’université, faisant plusieurs blessés de part et d’autres, selon les reporters de l’AFP et la police. Scotland Yard a annoncé dans un communiqué que deux officiers avaient été blessés, dont un grièvement au niveau de la nuque après avoir été frappé. Le deuxième homme appartenant à la police montée a été hospitalisé avec des blessures aux jambes. Selon des témoins, il est tombé de sa monture qui l’a piétiné, après une charge. Par ailleurs, plusieurs étudiants sont sortis d’échauffourées le visage ensanglanté, après une intervention des policiers armés de matraques qui tentaient d’empêcher les manifestants de gagner le Parlement où les députés débattaient d’un projet de loi sur les frais d’inscription à l’université.

« Fuck the police »

Avant d’être évacué pour subir des soins, Julyan Phillips, 23 ans, étudiant au Goldsmiths College de Londres, a déclaré à l’AFP, le crâne en sang: «J’étais sur la ligne de front, j’ai marché jusqu’au cordon de police, mains derrière le dos, pour leur expliquer que leur encerclement était amoral et inhumain». «Des types poussaient des barrières métalliques tout à côté, mais un policier a préféré me taper sur la tête», a-t-il ajouté. Des manifestants ont tenté en vain de renverser des barrières placées autour du Parlement. D’autres ont peint des slogans «policiers enc….» et «éducation pour les masses» sur la statue de l’ancien Premier ministre conservateur et chef de guerre Winston Churchill, située en face de la Chambre des Communes. Plusieurs fumigènes ont été lancés depuis les rangs des manifestants en direction de la police, qui avait du mal à contenir la foule. De nombreux étudiants brandissaient des pancartes demandant: «Supprimez les frais universitaires et les coupes budgétaires».

Mise en garde

londres-parlementDes milliers de personnes participaient à cette manifestation estudiantine, la quatrième organisée à Londres en un peu plus d’un mois. Les forces de l’ordre avaient mis en garde contre une répétition des violences survenues en marge de précédentes mobilisations estudiantines. Les députés doivent voter en fin d’après-midi le projet gouvernemental visant à relever le plafonnement des droits d’entrée à l’université, qui seraient portés d’ici 2012 de 3.290 livres (près de 4.000 euros) à 9.000 livres par an, «dans des circonstances exceptionnelles».

Les débats parlementaires étaient houleux, les libéraux-démocrates, partenaires clefs de la coalition gouvernementale aux côtés des conservateurs, faisant face à une rébellion de leur base.

AFP

Voir aussi : Rubrique Grande-Bretagne, les Britanniques à l’heure du travail forcé, les libéraux imposent une sévère cure d’austérité, rubrique UE, L’Europe doit écouter la rue, Les contribuables européens vont payer pour les banques irlandaises, rubrique Finance, la spéculation attaque l’Europe par le Sud,

Sarkozy annonce des dépenses massives et s’engage à résorber les déficits

Tout en annonçant de nouvelles dépenses massives dans le cadre du grand emprunt, Nicolas Sarkozy s’est efforcé lundi de donner des gages de sa volonté d’assainir les finances de la France, au moment où l’inquiétude monte en Europe face à l’explosion des dettes publiques. ‘Etat va débloquer 35 milliards d’euros pour investir dans ses « priorités d’avenir ». Vingt-deux milliards seront empruntés sur les marchés financiers, le reste provenant des aides remboursées par les banques.

Cette opération, très médiatisée depuis son annonce en juin, va alourdir le déficit public, déjà attendu l’an prochain – hors emprunt – au niveau inédit de 8,5% du produit intérieur brut (PIB), ainsi que la dette publique, qui devrait atteindre 84% du PIB en 2010. Avec les 22 milliards levés sur les marchés, la dette va à terme automatiquement grimper d’autant, ce qui représente un point de PIB. L’impact sur le déficit est, lui, plus difficile à évaluer, car cela dépendra du moment où les fonds seront décaissés et de la façon dont ils seront utilisés.

Quoi qu’il en soit, le grand emprunt va compliquer encore la tâche de la France, qui s’est finalement engagée, sous la pression de Bruxelles, à ramener dès 2013 son déficit public sous la limite de 3% du PIB.
Le lancement de cet emprunt intervient de surcroît au moment où les marchés s’alarment de la dérive de la dette d’autres pays européens, Grèce en tête, dont les finances publiques ont été dévastées par la crise.

Dès novembre, l’agence Moody’s avait jugé que l’emprunt jetterait une ombre sur la bonne note dont bénéficie la France comme emprunteur. Du coup, Nicolas Sarkozy s’est longuement apesanti sur sa « stratégie globale de rétablissement » des finances publiques et sur les caractéristiques de cet emprunt qui se veut peu gourmand en déficit.

Ainsi, l’appel aux marchés permettra selon lui d’économiser un milliard par rapport à une opération partiellement lancée auprès des particuliers. De plus, les modalités choisies (prêts participatifs, avances remboursables, fondations dotées en capital) se traduiront par la constitution d’actifs dans le bilan de l’Etat. Enfin, « cet emprunt ne financera aucune dépense courante » et les intérêts qu’il générera « vont être immédiatement gagés par des économies supplémentaires sur les dépenses courantes de l’Etat », a plaidé Nicolas Sarkozy.

Cette dernière mesure devrait permettre de réduire les dépenses de fonctionnement d’environ 800 millions d’euros par an, selon une source à Bercy. Sur le plus long terme, le président Sarkozy a promis d’organiser en janvier « une conférence sur le déficit de la France qui réunira des représentants de l’Etat, de la sécurité sociale et des associations d’élus locaux ». Le gouvernement tirera ensuite, au printemps, les conclusions des différentes « propositions pour sortir de la spirale des déficits et de l’endettement ». Mais le chef de l’Etat a déjà promis un nouveau tour de vis sur les dépenses, assurant, une fois de plus, que « la stratégie de l’augmentation des impôts est impossible en France ».

« Il va falloir dépenser moins, dépenser mieux », a-t-il martelé, comparant la dépense publique française (52,3% du PIB) à celle de l’Allemagne (43%). Dans cette optique, alors que la majorité accuse les collectivités de gauche de jouer les cigales, les régions, départements et mairies seront incitées à participer à l’effort collectif. Enfin, le président Sarkozy n’a pas exclu d’inscrire dans la Constitution, à l’instar de l’Allemagne, l’obligation de revenir à l’équilibre budgétaire, avec une date-butoir.

  Sarkozy: « nous voulons les meilleures universités du monde »

Nicolas Sarkozy a affirmé lundi que la France entendait avoir « les meilleures universités du monde » en y consacrant 8 des 35 milliards d’euros du Grand emprunt. « Notre objectif est très simple: nous voulons les meilleures universités du monde », a déclaré le chef de l’Etat en préambule à une conférence de presse à l’Elysée. Selon lui, la France va « se doter de moyens jamais mobilisés » à cette fin pour « gagner le combat de la compétitivité ».

M. Sarkozy a indiqué qu’il s’agissait de « faire émerger une dizaine de campus d’excellence avec les moyens, la taille critique, les liens avec les entreprises qui leur permettront de rivaliser avec les meilleures universités mondiales ». « Huit milliards d’euros y seront consacrés selon des critères stricts définis par un jury international », a-t-il enchaîné.

« Ces universités recevront après un processus de sélection rigoureux et peut-être même une période probatoire, des dotations aux alentours (…) d’un milliard d’euros chacune en pleine propriété », a-t-il détaillé. « Ces sommes seront consacrées à l’achat d’équipements de pointe mais l’essentiel permettra de doter les universités bénéficiaires d’un capital générateur de revenu », a poursuivi le chef de l’Etat.
Cette mesure, selon lui, est « à l’image de ce qui se fait dans les pays dont les universités sont au premier rang de la performance mondiale » et permettront à ces universités d’être dotée « pour la première fois » de fonds propres.

 Sarkozy: l’emprunt générera 60 mds EUR d’investissements publics et privés

 Le grand emprunt que va lancer la France permettra de générer « 60 milliards d’euros d’investissements publics et privés », a déclaré lundi le président Nicolas Sarkozy lors d’une conférence de presse. « Ce sont 60 milliards d’euros d’investissements publics et privés que nous allons déclencher dans cinq domaines prioritaires », a-t-il affirmé. La part de l’investissement public sera de 35 milliards. « Depuis 1974, la part des investissements dans la dépense publique est passée de 12,5% à 7,5% (…) Nous avons constamment sacrifié l’investissement », a ajouté le chef de l’Etat.