Théâtre La Vignette. Petit Eyolf d’Ibsen mis en scène par Jonathan Châtel.
Voilà, il n’y a rien qui puisse nous faire rire où nous divertir avec ce Petit Eyolf. Comme souvent chez Ibsen, il est question de l’individualité en quête d’idéal dans un environnement à bout de souffle.
Ici, il s’agit d’un couple que l’auteur norvégien dépouille de tous les petits arrangements facilitant la vie commune. Alfred philosophe, laisse en chantier l’ouvrage de sa vie sur la responsabilité pour s’occuper de son fils handicapé au désespoir de sa femme Rita jalouse et possessive. Mais Eyolf se noie les yeux grands ouverts dans les eaux froides du Fjord.
Dans ce drame familial, il y a aussi Asta, la demi-soeur d’Alfred avec qui il entretient une relation quasi incestueuse. L’approche de Jonathan Châtel fait disparaître Eyolf mais insuffle de la jeunesse et du doute dans les zones troubles du nihilisme qui s’instaure. Le jeune metteur en scène travaille sur le naturel, les impulsions, la relation entre les êtres et la perception qu’a chacun de sa propre réalité. Que pèse l’hypocrisie sociale face à cette lutte individuelle ?
Châtel a retraduit le texte pour s’imprégner de la langue du drame. Il creuse le travail avec les acteurs pour saisir l’émotion en situation. Ibsen n’exclut pas totalement la fuite, Asta cède à cet appel en toute conscience. Mais pour le couple déchiré, c’est l’honnêteté qui doit s’imposer devant la mort. Ce qui compte, ce sont les restes, ce en quoi on croit encore, ce qui rend la vie digne d’être vécue.
F-A Vincent, étude pour Zeuxis choisissant un modèle. Photo D.Maugendre
Musée Fabre. « François-André Vincent un artiste entre Fragonard et David ». Jusqu’au 11 mai 2014.
Après l’exposition Le Goût de Diderot qui a réuni 33 000 visiteurs, Le Musée Fabre poursuit sa placide exploration du néoclassicisme en consacrant son exposition temporaire d’hiver à François-André Vincent (1746-1816). L’intitulé de l’exposition François-André Vincent un artiste entre Fragonard et David suggère le peu de place laissé par cet artiste officiel dans l’histoire de l’art. Cette rétrospective commune avec le musée des Beaux-Arts de Tours labellisée d’intérêt national par le ministère de la Culture, n’est cependant pas dénuée d’intérêt, notamment pour les spécialistes.
L’artiste royaliste a mobilisé Jean-Pierre Cuzin, l’ancien conservateur en chef du département des peintures du Louvre – invité à Montpellier pour le vernissage – pendant plus de quatre décennies. Entre autre avantage, l’exposition présente l’opportunité de valoriser le fond du Musée Fabre qui compte six œuvres de Vincent.
L’étape montpelliéraine donne l’occasion de découvrir 14 dessins prêtés par le musée Atger de l’Université de médecine, dont quatre d’entre eux apportent une bouffée de fraîcheur. Dans la première section, consacrée aux années romaines de l’artiste, on découvre les dessins de Vincent, alors élève de l’Académie de peinture de Rome, qui dépeignent avec « une amicale ironie » ses condisciples. Ces portraits précis et amusants sont étonnants de modernité. Il ouvrent avant l’heure, sur leurs inévitables corollaires ; les caricatures.
L’exposition s’ouvrira samedi. Elle ambitionne de faire lien entre l’intérêt des historiens de l’art et le grand public. On pourra observer le cheminement entre l’œuvre préparatoire, dessin ou esquisse et l’œuvre définitive.
La volonté d’offrir une expression nouvelle, à grand renfort de multimédia pour rallier les jeunes à un style ancien, se traduira par des visites scolaires didactiques. Pas sûr que cela suscite de l’émotion.
Lors d’un référendum, les Suisses ont voté à 50,3% pour la limitation de «l’immigration massive d’étrangers et de requérants d’asile» dans leur pays. Un résultat aux conséquences économiques difficiles à prévoir.
La droite populiste helvétique a, de nouveau, réussi son coup. Dimanche, la majorité des cantons ont voté en faveur de la «fin de l’immigration de masse». Pour que ce référendum suisse passe, il fallait obtenir une double majorité : celle des cantons et celle des votants (50,3 %). Ainsi, après avoir interdit la construction de nouveaux minarets et obtenu l’expulsion de criminels d’origine étrangère, l’Union démocrate du centre (UDC) est parvenue à imposer un changement dans la régulation de l’immigration.
Cette votation va contraindre la Suisse à rétablir un système de contingent et de quotas alors que la libre circulation des Européens est en vigueur depuis douze ans?– et à revoir les accords bilatéraux avec l’Union européenne qui y sont liés (transports, accès aux marchés publics). Elle a trois ans pour le faire. Le scrutin accentue aussi les clivages entre une Suisse romande (opposée à cette réforme) et une Suisse alémanique associée au Tessin qui y est favorable.
Dans un commentaire acerbe, le quotidien «Le Temps» explique que ce vote remet «en cause l’un des piliers les plus importants de notre prospérité». Environ 80.000 personnes nouvelles viennent travailler en Suisse chaque année, dans ce pays de 8?millions d’habitants, sans oublier les travailleurs transfrontaliers. Si la Suisse est prospère avec une croissance à 2% et un chômage à 3,5%, elle connaît néanmoins des problèmes de logements et d’infrastructures.
Conséquences économiques difficiles à prévoir
Les milieux économiques et le gouvernement étaient très opposés à ce référendum qui peut nuire à ses grands groupes chimiques, pharmaceutiques ou de biotechnologies qui trouvent dans le reste de l’Europe la main-d’œuvre extrêmement qualifiée dont ils ont besoin. Reste que les conséquences économiques sont très difficiles à prévoir puisque le texte soumis au vote ne donnait aucun chiffres en termes de quotas.
La défaite n’en reste pas moins lourde pour le gouvernement. Elle remet en cause le fonctionnement institutionnel suisse qui s’avère périlleux pour l’économie du pays. Elle pose aussi la question de l’alliance avec un parti anti-libéral comme l’UDC. Enfin, elle est lourde de conséquences pour les relations avec l’Union européenne qui «redevient une ennemie», observe le rédacteur en chef du «Temps».
Elle promet aussi un cauchemar bureaucratique. Première victime collatérale : l’extension des accords de l’Union européenne avec la Croatie, paraphés par les Suisses l’été dernier, deviendront difficiles à appliquer.
La Marche pour la culture. Paris et une quinzaine de villes se préparent. En LR le rendez-vous à Montpellier est fixé lundi 10 février à 12 h au Parc Rimbaud à proximité de la fédération départementale du PS.
Pour sortir du piège infernal d’un démantèlement programmé vers lequel notre pays avance pas à pas, il était urgent d’obtenir la sanctuarisation du budget de la culture. Le candidat Hollande l’avait promis. Cette promesse n’a pas été tenue, comme d’autres, diront certains, sans vraiment mesurer les enjeux politiques et économiques de ce manquement. La culture ne se réduit pas à une offre de pratiques et de services culturels. C’est pourquoi l’étude réalisée par les ministères de l’économie et de la culture est à double tranchant. Justement, parce qu’en surfant sur ces chiffres enthousiasmants, – la culture a généré 58 Mds d’euros de valeur ajoutée en 2012- on aurait tôt fait de réduire la richesse de la culture à son poids économique en oubliant le reste.
Avancée de la vision libérale
L’apport de la culture n’est pas soluble dans les points de PIB. La culture relève de l’acquis et non de l’inné, elle distingue l’humanité du monde animal, elle est aussi ce qui soude les individus entre eux et par conséquent une cible prioritaire des idéologues libéraux. On se souvient de la violence des propos du président, José Manuel Barroso à l’encontre de l’exception culturelle «un programme antimondialisation que je considère comme totalement réactionnaire» et du commentaire faussement outré du Président Hollande. Aujourd’hui, la France se dit toujours prête à défendre cette ligne dans le cadre des négociations de la zone de libre-échange transatlantique, mais de la parole aux actes, les fissures dans la digue de l’exception culturelle suscitent de grandes inquiétudes.
«L’ambition culturelle s’est effacée des discours politiques», constatent les signataires de l’appel Je marche pour la Culture. Le mouvement s’élancera lundi 10 février à Paris à 13H place de la République et dans une quinzaine de villes en France. La diversité des organisations syndicales signataires et le phénomène de propagation par tâche d’huile, (seules 5 villes de provinces étaient concernées initialement) laisse penser que le mouvement s’inscrira dans la durée. Une fois encore, il importe de sortir de la logique des chiffres (le nombre de marcheurs recensés). Par la concentration inédite d’enjeux législatifs, sociaux et financiers le secteur culturel prend conscience du désengagement de l’Etat et de ses mortifères conséquences. Il y a péril en la demeure. Après les diminutions déjà constatées ces dernières années, de nouvelles baisses, plus drastiques encore, s’annoncent pour les trois prochaines années.
Non au renoncement politique.
Dans la région La Marche de Montpellier fera halte devant la fédération PS de l’Hérault. « Le parti socialiste gouverne. Il détient les deux chambres et une très large majorité des collectivités territoriales, nous nous attendions à une politique lisible, commente Eva Loyer de la CGT spectacle LR, et on assiste à une démultiplication de coupes budgétaires sans aucune coordination. Combien il y a-t-il de PS ?» Une absence de vision confirmée par Yves Bommenel délégué du SMA : «On est dans ce qui se voit avec des équipements dignes de La vallée des rois mais une fois posés les grands mausolées que fait-on ? » «La question des compétences culturelles reste impensée», ajoute Emmanuel Latreille pour le Syndeac et le Cipac. «La loi d’orientation est un grand fourre tout », affirme Eva Loyer On vide les caisses et on vide le sens.» Autant de réflexions et questionnements de fond qui poussent les acteurs culturels à interpeller leurs élus locaux.
Jean-Marie Dinh
La culture participe à plusieurs niveaux d’exigences défendent les acteurs du secteur en crise.
Des conséquences régionales alarmantes
Toutes les organisations sont sur le pont. «On avait jamais connu ça. 90% du personnel de la Drac est mobilisé, constate Myriam Marchadier de la CGT Culture, la réduction des effectifs se poursuit chaque année et on nous enlève des missions. Après que l’Etat se soit désengagé de ses compétences patrimoniales, c’est maintenant la maîtrise d’oeuvre en archéologie qui file vers le privé.» Au sein de la CGT, les préoccupations du porte-parole du SNJ-CGT de France 3, Philippe Menu, illustrent le rapprochement opéré entre journalistes et acteurs culturels. Le budget de France Télévision amputé de 150 M par le ministère de la culture et de la communication s’ajoute au manque à gagner résultant de la réduction publicitaire imposée par Sarkozy et laissée en l’état par son successeur avec de criantes répercutions régionales. « Localement, France 3 n’assure plus qu’une heure de programme par jour. Essentiellement de l’actu qui concentre 88% de la production avec un peu de culture en bout de programme. Les production autour des spectacles, de la vie en région, de ses habitants, ont disparu. La télé en tant qu’élément de liens social et culturel est clairement menacée.»
Même constat pour le Synavi LR : «Avec le financement direct impacté par les baisses et l’effet domino lié à réduction des budgets de lieu de diffusion, c’est la double peine pour les artistes observe Catherine Levasseur. L’arrière pays est abandonné. Les inégalités territoriales se creusent. Même dans les agences départementales où il devient très compliqué de faire tourner les dispositifs qui ont fait leurs preuves. Les cies qui subsistent font du théâtre à minima pour ne pas se fragiliser. On ne prend plus de risques notamment artistiques. Dans cinq ans ce sera un désert.»
«Le ministère se replie sur les gros équipements. Dans la musique, le transfert de valeurs se fait sur les gros opérateurs qui doivent participer au financement de la création. Souligne Yves Bommenel. «C’est la fin de l’équité territoriale. Les région riches comme Paca ou Rhône-Alpes vont étendre leurs offres et les régions pauvres comme la nôtre le seront de plus en plus. Il est primordial que l’Etat pense la décentralisation avec les collectivités territoriales » indique Emannuel Latreille. « Lundi on ne va pas seulement marcher pour défendre des budgets et des compétences mais aussi contre l’exclusion. La culture c’est universel. C’est la pensée de l’autre.»
Cinéma. La manifestation Regards sur le cinéma algérien. débute ce soir à Montpellier avant de partir en région.
L’association Regards sur le cinéma algérien s’apprête à reprendre la route pour sillonner le territoire régional et irriguer les salles de cinéma pour faire vivre et découvrir la production cinématographique algérienne. Le coup d’envoi de ce passionnant périple à lieu ce soir à la Maison des relations internationales à 18h. L’inauguration sera suivie de la projection du dernier film de Karim Moussaoui Les jours d’avant au Diagonal à Montpellier à 20h. Le réalisateur algérien qui ouvrira le débat après la projection, aborde la question de la jeunesse à l’aube de la décennie noire des années 90, période terroriste qualifiée par Benjamin Stora de « guerre invisible ». Toujours à Montpellier, on pourra découvrir La Traversée, lundi 10 février en présence de la jeune réalisatrice Elisabeth Leuvrey qui vit entre Alger et Marseille et aborde le rapport entre ces deux villes en transcendant la douleur de l’exil.
Regards sur le cinéma algérien sera également accueilli à l’Utopia et au cinéma municipale Nestor Burma, mais la manifestation qui se refuse à devenir un festival, dépasse largement les frontières de la capitale régionale pour faire découvrir l’actualité des films algériens au gré des partenariats tissés dans la région.
« Nous voulons passer dans les salles de cinéma sans dénier les propositions des médiathèques, indique l’historien du cinéma Jacques Choukroun, cette année nous avons décidé de tenir une ligne de promotion du cinéma algérien toute l’année. » Le 60e anniversaire de l’insurrection algérienne qui sera célébré en novembre trouvera un prolongement avec la sortie de Lalla Fadhma n’Soumer de Belkacem Hadjadj sur l’héroïne berbère ayant animé le combat contre l’envahisseur. « Notre objectif est de trouver les films et de les montrer, pas de tomber dans des manifestations folkloriques amicales », affirme Jacques Choukroun.
Reste que les cinq à six films algériens produits chaque année ont conduit la manifestation à élargir son activité à l’organisation de rencontres autour de la musique, la littérature et l’histoire algérienne. Une occasion d’enrichir nos connaissances sur nos voisins méditerranéens pour les allier au plaisir cinématographique.