Paul de Roux juste distance d’un bel endormi

AVT_Paul-de-Roux_5685Poésie. Les éditions Gallimard rendent hommage au poète d’origine nîmoise en publiant un volume réunissant trois de ses recueils.

« Si je n’écris pas, je me défais. Je me fais d’autant plus en écrivant que j’écris contre le désert, l’impuissance, l’ennui, le dégoût : une horde de bêtes hideuses dont le mufle est plat, le plus banal, le plus terne, le plus impalpable qui soit : cette même puissance qui alourdit et ferme mes paupières, fait dodeliner ma tête — jette sur moi l’envie de dormir comme un filet. »

Paul de Roux est né à Nîmes en 1937. Il a travaillé toute sa vie dans l’édition, à Paris, tout en soustrayant à son métier, autant qu’il le pouvait, tôt le matin, un peu de temps pour écrire. En 1969, il fonde avec Henri Thomas, Georges Perros et Bernard Noël la revue La Traverse. La plupart de ses livres de poèmes ont été publiés par Gallimard, qui lui rend hommage en réunissant en un volume trois de ses recueils* ainsi que Au jour le jour 5.

Dire de la poésie de Paul de Roux que c’est une poésie du quotidien consiste à souligner l’aspect le plus évident de son travail. Mais pour ce qui le concerne, il ne faut pas entendre quotidien dans le sens des répétitions qui font le lit des habitudes. C’est bien la vigilance du poète, témoin quasi perpétuel du monde. – Monde souvent lointain – qui le tient à distance pour capter le fugitif.

Un rapport particulier rythme son écriture entre la présence et l’absence des choses de la nature et des hommes. De Roux saisit la lumière, ce qui apparaît un instant avant de disparaître et nous emporte vers un ailleurs de l’ici et maintenant.

La lecture de Au jour le jour 5 est émouvante et cependant, comme l’écrit Gilles Ortlieb dans son avant-propos : « On a l’impression de le voir prendre congé de lui-même, avec effroi parfois, et dans la compagnie devenue constante, pour ne pas dire obsédante, d’une fatigue et d’une anxiété protéiforme – au point que les instants qui parviennent à lui échapper sont ici consignés comme miraculés. » Rejoint par une maladie implacable, Paul de Roux, bien que toujours en vie, est hélas, en dehors de ses livres, c’est désormais là que nous pouvons l’y retrouver.

JMDH

Poésie /Gallimard Paul de Roux Entrevoir, suivi de Le front contre la vitre et de La halte obscure.

Source : L’Hérault du Jour 24 02 14

Voir aussi : Rubrique Livre, Littérature française, rubrique Culture d’Oc, rubrique Poésie, rubrique Rencontre, entretien avec Bernard Noël,

« Bruits et couleurs» une union pour chasser les idées brunes

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« L’heure est venue de redescendre dans la rue pour travailler sur les consciences. » Photo Rédouane Anfoussi

Mobilisation. A Montpellier un rassemblement festif unit associations, syndicats et partis politiques, à la gauche du PS, contre le racisme.

Le cercle s’est élargi progressivement samedi en début d’après-midi autour des artistes du Cirque Baltazar. A l’initiative de la Ligue des Droits de l’Homme, 200 personnes étaient réunies pour se rassemblement «Bruits et couleurs» contre le racisme, et pour l’égalité des droits. AFPS34, ATMF, DIDF, FCPE, FSU 34, Habiter enfin, LDH, Mala Kurda, MDPL, MRAP, RESF34, CFDT, SAF Montpellier, Sud Solidaires, ULCGT Montpellier, Front de Gauche, NPA, PRG, PCF Montpellier,…  les associations syndicats et partis politiques ont donné à cet appel une diversité de couleurs, de circonstance, devant l’accroissement spectaculaire des inégalités qui frappent notre pays et se concentrent comme l’on sait sur les population issues de l’immigration et étrangères.

« A la LDH, cela fait des années que nous luttons contre le racisme et toutes les formes de ségrégations avec d’autres mouvements , confie Sophie Mazas, mais on voit ressurgir dans le débat public hexagonal des choses d’un autre âge. Je pensais qu’on en avait fini avec le racisme de peau comme on l’a vu dans l’affaire Taubira. Les déclarations de Valls sur les Roms démontrent non seulement qu’il a un problème avec la politique mais aussi avec la loi car la Roumanie fait partie de l’UE. La LDH est solide sur ses  positions mais l’heure est venue de redescendre dans la rue pour travailler sur les consciences et ne pas laisser le terrain au FN.»

Les choix politiques faits à l’échelon local sont aussi d’une importance capitale pour lutter contre les inégalités. « L’extrême droite ce n’est pas seulement le FN rappelle le secrétaire général de l’ULCGT, Julien Colet, on la retrouve dans les composantes de La Manif pour Tous et différents groupuscules.  Lutter contre ce fléau c’est promouvoir une certaine conception du vivre ensemble. Ce n’est pas déployer de manière spectaculaire 190 policiers comme jeudi dernier au plan Cabanes. Pour financer les cadeaux fiscaux faits au MEDEF le gouvernement taille dans les dépenses publiques notamment dans  les effectifs de la police de proximité et veut se rattraper à bon compte en organisant des opérations coup de point qui n’ont jamais rien résolu. C’est de la «com» qui surf sur l’insécurité. Nous n’acceptons pas  la banalisation de l’état de siège ni la stigmatisation médiatique de quartiers populaires

Egalement présent, Le collectif non à l’expulsion des familles Roms s’insurge contre les expulsions de camps de Roms prévues par la préfecture « Cela va réduire à zéro le travail de scolarisation et d’intégration par l’emploi que nous menons avec les familles, sans rien régler. »

Depuis la Marche pour l’égalité minée par la récupération politique et les déceptions consécutives, le monde associatif peine à développer des mouvements organisés et massifs de combat contre le racismes, l’exclusion et les discriminations. Les acteurs présents hier ont bien conscience qu’ils doivent se retrouver pour élargir et construire.

JMDH

Source : L’Hérault du Jour 22 février 2014

Voir aussi : Rubrique Société, Citoyenneté, Mouvement sociaux, rubrique Politique Locale, Dans le Gard la société civile s’engage contre la discrimination, Politique de l’Immigration, rubrique Montpellier,

Brésil : les rolezinhos ou quand les jeunes des banlieues investissent les temples de la marchandise

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Des groupes de jeunes de 15-20 ans se donnent des rendez-vous de masse dans les centres commerciaux du Brésil, surtout à São Paulo, mais la pratique est en train de se diffuser à travers tout le pays, pour se promener, s’amuser et chanter/danser sur des rythmes de funk ostentação, un genre dérivé du funk carioca [de Rio de Janeiro, NdT] qui exalte la consommation, les marques de luxe, l’argent et le plaisir. Ces jeunes viennent des banlieues de São Paulo, ils sont pauvres, donc, souvent, noirs.
Le 7 décembre 6 000 jeunes ont convergé au Shopping Metro Itaquera, généralement fréquenté par des familles de banlieue. Le 14 plusieurs centaines d’entre eux sont entrés en dansant et criant au Shopping International de Guarulhos, et bien qu’il n’y ait eu ni dégâts ni vols ni consommation de drogues,  la police a réprimé et en a arrêté 23 sans motifs.
En revanche, quand il s’agit de jeunes de banlieues, les propriétaires de centres commerciaux procèdent à des filtrages sous couvert de décisions judiciaires, les vendeurs ferment leurs boutiques et les clients les insultent et les traitent comme des criminels. Cela crée un climat favorable à la répression par la Police militaire, l’une des plus meurtrières du monde.
 La journaliste Eliane Brum demande : “Pourquoi la jeunesse noire de la banlieue du Grand São Paulo est-elle criminalisée ? ” (El País – Brésil 23 décembre 2013). Dans l’imaginaire national, soutient-elle, pour les jeunes pauvres, s’amuser hors des limites du ghetto et désirer des objets de consommation est quelque chose de transgressif, parce que “les centres commerciaux ont été construits pour les garder en dehors.” Pas seulement lesshopping : toute la société les laisse en dehors.
Chaque fois que ceux d’en bas bougent, se montrent, que ce soit seulement pour sortir de la périphérie en utilisant les codes mêmes de la société capitaliste, ils sont discriminés et frappés, parce qu’ils occupent des espaces qui ne sont pas les leurs. Dans ce cas, ils commettent un crime majeur : leur défi  ne consiste pas seulement à arborer sur leurs corps bruns les mêmes objets que les riches, mais aussi à vouloir occuper des espaces-temples sacrés pour les classes moyennes et supérieures .
Lorsque les périphéries bougent, elles dévoilent les relations de pouvoir qui dans la vie quotidienne sont voilées par les inerties, les croyances, les influences médiatiques, religieuses et idéologiques. La première chose qu’elles ont donné à voir, c’est la texture du pouvoir : le rôle de l’appareil répressif et de la justice comme serviteurs du capital, la manière dont le racisme et le classisme sont entrelacés et sont des axes d’oppression et d’exploitation, le rôle de la ville comme un espace de spéculation immobilière, autrement dit l’extractivisme urbain.
La deuxième chose est l’intransigeance des classes moyennes, en particulier le secteur de nouveaux consommateurs qui sont sortis de la pauvreté au cours des dernières années grâce à la croissance économique induite par les prix élevés des matières premières et les politiques de protection sociale. Il y a là un problème de génération : les jeunes qui font des rolezinhos sont les enfants de ceux qui les traitent de voleurs et les matraquent. Ils appartiennent au même secteur social, mais les uns sont reconnaissants alors que les autres veulent plus.
Nuno Guimares/Reuters

Nuno Guimares/Reuters

La troisième question nous concerne nous-mêmes. J’ai consulté un ami militant du Movimento Passe Livre [mouvement pour la gratuité des transports, NdT], qui a joué un rôle important dans les manifestations de juin dernier, pour lui demander son opinion sur ce qui se passe. Il m’a répondu agacé qu’ils sont fatigués d’être interprétés par d’autres, en particulier par des gens qui n’ont aucun lien avec les luttes mais s’érigent en analystes, établissant une relation de pouvoir coloniale, sujet-objet, dans laquelle ceux d’en bas sont toujours ravalés au second rang.

En quelques jours on a vu et entendu une rafale d’analyses prétendant expliquer ce que font les jeunes, et tombant généralement à côté de la plaque. Les discours les plus nocifs viennent de personnes et de groupes de gauche. Lors des manifestations de juin dernier, durant la Coupe confédérale, ils avaient taxé les manifestations de provocations pouvant favoriser la droite. Un calcul absurde mais efficace pour isoler et démobiliser.
En ce qui concerne les rolezinhos, ces mêmes voix prétendent que ce sont des « actions non engagées », «dépolitisées “, qu’en fin de compte ces jeunes ne cherchent qu’à s’intégrer à travers la consommation. Ici aussi joue un préjugé âgiste : l’ancienne génération (à laquelle j’appartiens) a coutume de faire des sermons aux jeunes sur ce qui est correct et ce qui ne l’est pas, avec le même air de supériorité que prenaient les cadres de partis qui nous faisaient la leçon dans les années 69 et 70.
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Liberté de déplacement dans le Brésil esclavagiste (XVIè-XIXè siècle). Liberté de déplacement dans le Brésil démocratique : “rolezinhos” au XXIè siècle

Mais ce qui semble plus grave, c’est la mythification des luttes sociales. Les ouvriers de Saint- Pétersbourg qui ont mené la révolution de 1905 et créé les premiers soviets n’étaient pas politisés par les discours et les écrits de Lénine et de Trotski, mais par des balles du tsar quand ils ont défilé vers le Palais d’Hiver pour remettre une liste de revendications, sous la direction du prêtre Gapone, qui travaillait pour la police secrète. C’est le Dimanche sanglant qui a politisé les travailleurs russes. Quelque chose de similaire s’est produit suite à la marche des femmes vers Versailles en octobre 1789, qui a marqué la fin de la monarchie.

Il règne une profonde confusion sur le rôle des idéologies et des dirigeants dans les révolutions et les processus de changement. La spontanéité pure, qui selon Gramsci n’existe pas, ne mène pas très loin, et souvent à de sanglantes défaites. Mais la “direction consciente” et externe ne garantit pas de bons résultats. Nous pouvons essayer d’apprendre ensemble, surtout quand les banlieues se mettent en mouvement et remettent en question nos vieux savoirs.

Raul Zibechi

Source : Article original en espagnol : Brasil: Cuando las periferias se mueven, La Jornada, le 24 janvier 2014. mondialisation.ca

Voir aussi : Rubrique Amérique Latine Brésil,  rubrique International, rubrique SociétéMouvement sociaux On line Banlieue en 10 questions,

Faire voler les pages des libraires

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Librairie L’Ivraie. Photo Rédouane Anfousi

On le sait déjà, pour choisir un livre, notre ordi ne sert pas à grand chose. Rien ne remplace une petite visite chez le libraire du coin qui est au fait de la vie littéraire et peut nous conseiller. Ce libraire donne une valeur à nos critères de choix et finalement à nos lectures. C’est un travail  important que celui de libraire. Le problème c’est qu’on en prend conscience au fur et à mesure qu’ils disparaissent.

A force d’acheter des livres en fonction du coût et de la facilité, on finira par lire n’importe quoi. A vouloir économiser quelques euros, gagner du temps, rester chez soi sans entrer en relation,  on ne sait même plus ce qu’on perd. Et l’on oublie ce que nous offre ce métier prodigieux de libraire : des informations non commerciales sur un auteur, une forme de langue particulière, des pistes de lecture pour entrer dans un bouquin, tous ces facteurs de découverte qui contribuent au plaisir de lire. Il se pourrait même qu’on oublie l’existence des librairies… A ce sujet, on pourrait dire que l’association Cœur de Livres joue un rôle de berger…

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Librairie Nemo. Photo R.A

Des passeurs de livres
La manifestation Escapades en Librairie nous réveille la mémoire depuis hier et durant tout le week-end, elle rafraîchit la signalétique sur l’ensemble de la ville pour nous ramener vers les passeurs de livres. L’idée originale s’articule autour d’une programmation faite de concert, performance, théâtre, lecture, art en tout genre qui se tiennent dans toutes les librairies indépendantes de Montpellier. Comme il fallait s’y attendre, tous ont accepté de sortir la tête de leurs cartons pour ouvrir leur portes à la création et s’y impliquer.

Entre autres propositions, on peut se rendre ce matin à la librairie Nemo à 10h30 pour combattre les stéréotypes sur le rôle des filles et des garçons. « A l’instar des cafés philo, on organise un chocolat philo autour des idées reçues du genre : les filles pleurent tout le temps, les garçons n’ont peur de rien ! Idées qui trouvent écho dans la littérature jeunesse, explique une représentante de la librairie,  l’auteur et prof de philo  Isabelle Wlodarczyk fera circuler la parole. On a aussi proposé l’idée à notre comité de lecture ado qui s’est s’impliqué avec enthousiasme en préparant des petites saynètes d’impro. »

Librairie Okoku photo R.A

Librairie Ioku photo R.A

Pas très loin, toujours au centre-ville, la librairie Ikoku spécialisée dans le Manga propose demain à 14h des ateliers de calligraphie, confection de maki ou encore d’ikebana. A noter, que le graveur typographe Marc Granier débarque cette après-midi avec ses presses à la librairie l’Ivraie pour un atelier création. L’objectif est de repartir avec son livre. « Les gens peuvent venir avec leurs écrits mais nous mettrons aussi des textes à disposition » explique le gérant.

Bien d’autres propositions alléchantes sont proposées en ville pour nous rappeler que les librairies ne sont pas seulement des espaces où l’on range les livres.

JMDH

Info programme : Cœur de livres

Source : L’Hérault du Jour 22/02/14

Voir aussi : Rubrique Livre, Littérature, rubrique Lecture, rubrique Politique Culturelle, rubrique Montpellier,

L’oeuvre de Fréderic Jacques Temple prend racine

Photo DR

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Le poète Frédéric Jacques Temple sera à l’honneur aujourd’hui dans le cadre d’une rencontre à 17h, à la médiathèque Emile-Zola. Frédéric Jacques Temple a reçu en octobre dernier, le prix Apollinaire 2013 pour l’ensemble de son œuvre. L’occasion permettra également de célébrer la parution des Univers de Frédéric Jacques Temple aux Presses universitaires de la Méditerranée (Pulm). La rencontre se déroulera sous la forme d’un entretien entre le poète, Pierre-Marie Héron, Claude Leroy et Gérard Lieber.

De Seul à bord édité à compte d’auteur en 1945 à Périples en 2012, en passant par l’Anthologie personnelle (1989), Poèmes américains (1993), ou Phares, balises & feux brefs (2005), le prix Apollinaire, ce « prix Goncourt de la poésie », couronne une œuvre riche d’une trentaine de recueils, d’une quarantaine de livres d’artistes, de plusieurs essais biographiques et d’une dizaine de romans et récits.

La médiathèque centrale d’Agglomération dispose d’un fonds Temple, suite à la donation par le poète de ses archives personnelles (manuscrits, livres, correspondances, documents, photographies et enregistrements…). Cette donation a suscité il y a deux ans un ensemble de manifestations autour de son œuvre, parmi lesquelles un colloque international organisé par l’université Paul-Valéry Montpellier 3 sous le titre « Les Univers de Frédéric Jacques Temple » : Colloque dont l’ouvrage aux Pulm réunit les actes. La parution de ce volume donne l’occasion de découvrir ou redécouvrir les nombreux visages d’une œuvre et d’une vie placées sous le double signe du voyage et de l’attachement aux racines.

Les lecteurs sont invités à poster des réactions de lecture, sur le blog « Les univers de Frédéric Jacques Temple » : lesuniversdetemple.wordpress.com

Voir aussi : Rubrique Littérature française, Poésie, rubrique Rencontre, FJ Temple : Les poèmes sont des notes marginales , Vincent Bioulès, rubrique Culture d’Oc,