Les Etats-Unis dévoilent leur nouvelle stratégie nucléaire

bombe-hLes Etats-Unis ont dévoilé  leur nouvelle stratégie nucléaire, promettant de réduire le rôle des armes nucléaires dans la stratégie de sécurité nationale tout en réaffirmant les engagements de dissuasion en faveur de leurs alliés. Le document, qui établit la politique, la stratégie et la capacité nucléaire des Etats-Unis dans les cinq à dix années à venir, constitue une interruption de la doctrine nucléaire de l’ère Bush qui abaisse le seuil d’utiliser les armes nucléaires et affaiblit le régime international de non-prolifération nucléaire.

 

Non-utilisation conditionnelle des armes nucléaires

 

Les Etats-Unis ne vont pas utiliser ni menacer d’utiliser les armes nucléaires contre les Etats qui n’ont pas d’armes nucléaires, sont signataires du Traité de non-prolifération nucléaire (NPT) et remplissent leurs obligations de non-prolifération nucléaire, a affirmé le secrétaire américain à la défense, Robert Gates, au cours d’un point de presse conjoint avec la secrétaire d’Etat Hillary Clinton et le secrétaire à l’Energie Steven Chu, portant sur le Rapport sur la position nucléaire (NPR).

 

 

 

Washington a ainsi laissé entendre que les pays comme l’Iran et la République populaire démocratique de Corée (RPDC) restent sur la liste des cibles potenielles des forces nucléaires américaines. M. Gates a déclaré que tout pays utilise des armes chimiques ou biologiques contre les Etats-Unis ou leurs alliés ou partenaires, il sera face à « une réponse militaire conventionnelle dévastatrice « . Cette politique de non-utilisation est non seulement limitée par des conditions mais peut aussi être révisée dans certaines circonstances, selon le document.

 

 

soumarin-nuc« En raison du potentiel catastrophique des armes biologiques et le développement rapide de la technologie biologique, les Etats- Unis garde le droit à entreprendre tout changement dans cette assurance, qui pourrait être justifié par l’évolution et la prolifération de la menace d’armes biologiques, et à maintenir la capacité des Etats-Unis à contrer la menace », dit le document. Par rapport à l’ère Bush qui insistait sur les représailles nucléaires en cas d’attaques biologiques ou chimiques, la déclaration de l’administration Obama – non-utilisation conditionnelle des forces nucléaires – peut être considérée comme un progrès significatif dans la sauvegarde du régime de non- prolifération nucléaire.

Le désarmement continuera

« Après le nouveau traité START, les Etats-Unis vont poursuivre le contrôle des armées avec la Russie en ce qui concerne non seulement les armes stratégiques, mais aussi les armes nucléaires non stratégiques et non déployées », indique la nouvelle stratégie nucléaire de Washington. Le mois dernier, les Etats-Unis et la Russie avaient finalisé le nouveau traité START et convenu de réduire leurs ogives nucléaires à 1.550, soit une baisse de 30%.

Le président Obama et son homologue russe Dmitri Medvedev devraient signer le traité le 8 avril à Prague, capitale de la République tchèque, où Obama avait dévoilé, en avril 2009, une feuille de route pour un monde sans armes atomiques. Réduire l’arsenal nucléaire ne signifie pas que les Etats-Unis retirent leur engagement vis-à-vis de leurs alliés quand à la dissuasion élargie, appelée aussi « parapluie nucléaire ».

La nouvelle stratégie nucléaire réflète l’engagement du gouvernement américain à « renforcer la dissuasion contre les menaces du 21e siècle aux Etats-Unis, nos alliés et partenaires », dit le document. Les Etats-Unis vont adopter « une approche globale qui élargit les architectures de sécurité régionales, y compris les systèmes antimissiles et les forces conventionnelles améliorées ».

Pas de nouvelles têtes nucléaires

L’administration Obama a promis dans la nouvelle stratégie de ne pas développer de nouelles têtes nucléaires, d’utiliser seulement les pièces nucléaires basées sur les conceptions antérieurement testées, et de ne pas soutenir de nouvelles missions militaires. Le document indique en outre que les Etats-Unis n’entreprendraient pas de nouveaux essais nucléaires et chercheraient la ratification et la mise en vigueur du Traité d’interdiction complète des essais nucléaires (CTBT).

Le CTBT interdit les explosions nucléaires, qu’elles soient pour fins militaires ou civiles. Il a été adopté par l’Assemblée générale des Nations Unies en septembre 1996, mais n’est toujours pas en vigueur, du fait qu’il n’est pas ratifié par des pays signataires, dont les Etats-Unis.

Source Xinjua

Plaidoyer de députés pour une défense antimissile française et européenne

bouclier-antimissile-236x300La France et l’Union européenne ont le devoir de se doter d’une défense antimissile autonome face à la prolifération d’armes de destruction massive et de missiles balistiques, estiment en substance des députés dans une étude rendue publique mercredi. « Il serait irresponsable pour la France de (…) négliger, par souci immédiat des coûts financiers, cette prolifération balistique », écrivent les auteurs de ce document publié par les Cercles interparlementaires d’étude air-espace et naval de défense.

Christophe Guilloteau (UMP), Francis Hillmeyer (NC) et Gilbert Le Bris (PS) pointent une situation géopolitique brouillée par « de nombreuses organisations telles qu’al-Qaïda, des Etats instables aux pouvoirs illégitimes, une course aux armements et aux capacités NBC (nucléaires, biologiques et chimiques, ndlr), une recherche de moyens balistiques ».
« Inde, Chine, Pakistan, Etats-Unis, Grande-Bretagne, Israël, Russie détiennent l’arme nucléaire ; peut-être la Corée du Nord, mais plus encore demain, dans des horizons de temps différents : l’Iran, l’Arabie Saoudite, l’Egypte, la Turquie, l’Algérie, le Brésil, voire le Japon », font-ils valoir.

Si « la dissuasion nucléaire demeure le meilleur outil pour prévenir l’utilisation de certaines menaces provenant d’Etats clairement identifiés », estiment les députés, la « défense antimissile prend tout son sens » dans ce contexte. Pour eux, il s’agit d’un « complément de la dissuasion » et non d’un nouveau « risque de course aux armements ». Il en va, ajoutent-ils, de « l’autonomie stratégique » de la France et de l’UE face aux Etats-Unis engagés dans une politique de « couverture globale ».
La France, relèvent-ils également, s’apprête à se doter d’une « capacité initiale de défense antimissile balistique de théâtre » et pourrait s’appuyer sur le missilier européen MBDA « concepteur et développeur des capacités françaises et européennes actuelles ». Si toutefois Paris et l’UE décidaient d’une politique « a minima », ajoutent-ils, il faudrait « veiller à maintenir (une) maîtrise technologique afin (…) d’éviter une vassalisation complète de notre pays et des Européens ».

Pour Gilbert Le Bris, interrogé par l’AFP, « il faudra bien que les Européens et les Français qui ont le leadership dans ce domaine aient quelque chose à dire » lors du prochain sommet de l’Otan, prévu fin 2010 ou début 2011 à Lisbonne, sauf à laisser « les Américains décider pour eux et leur demander de participer financièrement à leur programme ». « Il ne faut pas croire que ça coûte des milliards », assure-t-il aussi, parlant d’une « adaptation progressive de notre outil de défense d’un coût annuel de l’ordre de 200 à 250 millions d’euros sur dix ans qui pourrait être partagé avec des partenaires européens ».

AFP

Voir aussi Rubrique politique internationale Washington renforce son arsenal autours de l’Iran

Axel Odelberg : le 11 septembre début d’une nouvelle ère

 

Axel Odelberg

Les attaques terroriste du 11 septembre 2001 supplantent de plus en plus des évènements historiques majeurs comme la fin de la Seconde Guerre mondiale ou la chute du mur de Berlin, estime l’écrivain Axel Odelberg dans le quotidien Svenska Dagbladet : « Le 11 septembre marque de plus en plus nettement le début d’une nouvelle ère. En Afghanistan et en Irak ont lieu actuellement deux guerres qui ont un lien direct avec l’attaque terroriste. Le conflit entre Israël et les Palestiniens, où il a toujours été question de terre et de biens, a pris dans les deux camps les traits de l’extrémisme religieux. … Le 11 septembre a empoisonné l’atmosphère et créé un sentiment de défiance générale à l’égard des musulmans, et ce non seulement parmi les xénophobes notoires, mais aussi parmi des individus tout à fait normaux, ouverts et xénophiles. … Dans les années 1970, les Brigades rouges et Baader-Meinhof ont tenté de créer une situation révolutionnaire en instillant la défiance envers l’Etat démocratique. Ils ont échoué. Osama Ben Laden a connu un succès bien plus important. La défiance envers le monde musulman croît, et par la même, celle des musulmans envers le reste du monde. L’effondrement des tours du World Trade Center fait de plus en plus d’ombre à la chute du mur de Berlin. »

Svenska Dagbladet – ( Suède)

Un premier pas vers le génocide

nuit-cristalLa galerie Saint Ravy accueille une exposition consacrée à La Nuit de Cristal. Réalisée en 2008 par le Mémorial de la Shoah, cette exposition décrypte la genèse et l’impact de cet événement, point de départ des violences faites aux Juifs par les nazis dans la nuit du 9 au 10 novembre 1938. Vers l’horreur du génocide.

En amont du vernissage, le délégué à la culture, Mickaël Delafosse, a souligné l’axe développé par la ville autour de la notion de mémoire en tant qu’enjeu sociétal, « permettant l’accès à la compréhension des événements du monde ». C’est la 3e exposition de la galerie allant dans ce sens, après celle consacrée aux Brigades internationales, et le travail photographique de Michel Aguilera sur les vêtements des victimes d’Hiroshima. Force est de constater que cette politique interagit sur la programmation naguère plus variée et protéiforme de la galerie municipale, au risque d’atténuer la dynamique du renouvellement artistique qui doit déjà faire face au marché et à l’incontournable sacralisation du patrimoine.

Idéologie et antisémitisme

Le parcours de l’exposition établit clairement que La Nuit de Cristal est une suite logique aux mesures antisémites qui débutent dès 1933 par l’exclusion des Juifs de certains milieux professionnels. Les mesures se poursuivent avec les lois de Nuremberg en 1935 qui interdisent les relations sexuelles entre Juif et non Juifs. En mars 1938, la communauté internationale signifie son indifférence en refusant de soutenir le peuple juif lors de la Conférence d’Evian. Six mois plus tard, l’assassinat d’un secrétaire d’ambassade allemand par un Juif polonais sert de prétexte au déclenchement de La Nuit de Cristal, baptisée ainsi en raison des éclats de verres des 7 500 magasins détruits. Cette nuit là, on dénombre également des milliers de blessés et une centaines de synagogues brûlées. La communauté juive est condamnée à payer une amende de 1 milliard de marks pour avoir causé ces dommages « en provoquant la juste colère du peuple allemand ». Les pays occidentaux protestent mais gardent leurs frontières fermées…

Jean-marie Dinh


Voir aussi : Rubrique Allemagne Merkel : notre modèle multiculturel  a « totalement échoué »

Amin Maalouf : L’occident est peu fidèle à ses propres valeurs

amin-maaloufRencontre avec l’écrivain Amin Maalouf qui signe un ouvrage à large spectre sur notre époque tumultueuse.

Les urgences auxquelles nous devons faire face en ce début de XXIe siècle sont à l’origine du dernier essai de l’écrivain libanais Amin Maalouf Le dérèglement du monde qui s’appuie sur une double connaissance, de l’Occident et du monde arabe, pour appeler à une action lucide et partagée.

« A vous lire, on mesure à quel point la crise identitaire est générale et à quel point elle se trouve au centre des dysfonctionnements du monde

Les gens ont un peu peur de la notion d’identité culturelle. Ils manient cela avec beaucoup de réticences. Je pense au contraire que ne pas parler de la question de l’identité, c’est laisser se développer toute sorte de démons alors que quand on en parle, on peut arriver à définir les choses clairement. Le débat est utile. On doit parler de l’identité française, on doit parler de l’identité européenne et les choses ne sont pas simples. Elles ne sont pas comme elles apparaissent lorsque l’on se contente d’allusions.

Comment créer un sentiment d’appartenance commune notamment au sein de l’UE ?

De mon point de vue, l’identité européenne doit se construire. Il y a des choses qui existent. Toute personne qui adhère à l’Europe doit adhérer à un certain nombre de valeurs. Elle doit considérer comme sien tout un bagage culturel et en même temps elle doit savoir que cela n’est pas figé, qu’il y a des choses qui doivent être apportées. Et que ces apports peuvent venir de la planète entière. Parce que l’histoire ne s’est pas achevée. La culture n’est pas un paquet que l’on se passe de l’un à l’autre. C’est quelque chose de vivant.

Vous insistez sur la primauté de la culture. Sur quelles valeurs doit-elle se fonder ?

L’aspect culturel de la construction européenne doit être un élément essentiel. C’est comme cela que les gens vont adhérer. Parce que l’aspect culturel sous-tend la notion d’appartenance. Universalité des valeurs et diversités des expressions sont les deux faces d’une même monnaie, elles sont inséparables. Si l’on transige sur l’université des valeurs. Si on accepte qu’il y ait des droits de l’homme pour les Européens et d’autres droits pour les Africains, les musulmans ou d’autre, on perd sa route. Et si on considère que la diversité culturelle est une chose secondaire, que l’on peut accepter la marginalisation et la disparition de cultures millénaires, là aussi on fait fausse route. Il faut parler de ces questions et tracer une ligne claire.

A notre stade d’évolution il faut changer dites-vous ?

L’occident à besoin de modifier son comportement. Sans abandonner ses principes. Il doit se comporter dans le reste du monde en fonction de ces valeurs. Sans adopter deux poids et deux mesures en attaquant un dictateur et en se taisant avec un autre parce qu’il a des contrats. Les pays arabes doivent aussi faire leur propre examen de conscience pour sortir de leur puits historique.

Vous dites cela face à des urgences très concrètes ?

Absolument, nous avons besoin aujourd’hui de faire face ensemble à une crise majeure liée au réchauffement climatique, aux pandémies aux armes de destructions massives, à la coexistence des peuples et des cultures… Ce qui n’est possible que s’il existe une véritable confiance, une véritable solidarité parce que nous avons besoin d’agir ensemble pour gérer le monde autrement.

Avec quelle implication citoyenne ?

Il faut changer la manière que nous avons de satisfaire nos envies. Je pense qu’il faut passer d’un monde où nos besoins sont essentiellement satisfaits par une consommation matérielle à un monde où une partie très significative de ces satisfactions viennent de satisfactions immatérielles liées à l’épanouissement de la personne. C’est une question de survie : nous devons vraiment recentrer notre vision du monde ».

recueilli par Jean-Marie Dinh

Le dérèglement du monde, édition Grasset 18 euros.

Voir aussi : Entretien Edgar Morin , la forêt des écrivains combattants, Salah Stétié une restitution ,