Regards croisés sur la révolution de jasmin

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Après avoir participé à la grande soirée parisienne en solidarité avec la Tunisie à l’Elysée Montmartre, le jeune percussionniste et compositeur tunisien Imed Alibi a insufflé sa volonté de débattre à Montpellier.  » J’étais en Tunisie mi-décembre en tournée avec Amel Mathlouthi. Juste après un concert à Sfax je suis rentré voir ma famille à Asidi Bouzid. Il y régnait un sentiment d’injustice très fort après la tragédie Bouazizi*. C’est là que tout a commencé. A la différence des revendications de Gafsa en 2008 qui ont été étouffées par le régime, on sentait que cette fois, le peuple irait jusqu’au bout. « 

Concert traditionnel

Les événements qui ont suivi ont montré la puissance de cette volonté. Et ce qui paraissait impensable est arrivé, provocant la fuite du dictateur Ben Ali face au surgissement d’une révolution démocratique et sociale. La soirée de dimanche à La Laiterie se proposait d’interroger ce que cet événement réveille en nous. Le débat très participatif a été suivi d’un concert traditionnel du trio Nainawa.  » C’est une initiative spontanée, citoyenne et apolitique issue de la société civile « , explique Imed Alibi. L’info diffusée via Facebook a réuni une cinquantaine de ses compatriotes auxquels s’ajoutait un public avide de connaissances sur la transition majeure qui se profile au Maghreb et dans le monde arabe.

L’Europe endormie


Pour faire face à ce questionnement, un plateau d’universitaires de choix répond à chaud à cette invitation. Parmi lesquels, l’ex-président de l’université Paul Valéry, Jean-Marie Miossec qui tire d’entrée le constat du silence assourdissant qui pèse en France et en Europe sur cette question. Sans s’attarder sur les effets particulièrement contre-productifs de la diplomatie française, le géographe évoque le raté complet de la diplomatie de L’UE.  » L’Europe semble plongée dans le sommeil des mille et une nuits. Il a fallu attendre un mois avant que la responsable des affaires étrangères de l’UE, Catherine Ashton, évoque le sujet en publiant un communiqué dont le contenu apparaît vide de sens. Alors que dès le début des événements, le président Obama s’est saisi du dossier qu’il a suivi au jour le jour en assurant clairement son soutien au peuple tunisien. «  Le second constat de Jean-Marie Miossec pointe l’absence d’intervention des intellectuels, hormis les sempiternelles thèses qui prônent la nécessité d’un régime fort pour faire barrage aux Islamistes, ou les craintes exprimées que l’équilibre en faveur de certains ne soit modifié.  » Un certain nombre d’intellectuels ne peuvent concevoir que le flambeau de la démocratie soit dans les mains du monde arabe. « 

L’économie aux enchères

Fonctionnaire au ministère des Finances et chargé de mission auprès de l’UE, Mourad Kelnissi dresse pour sa part un panorama optimiste de l’économie tunisienne.  » Le taux d’endettement du pays qui est de 47%, se situe en dessous des standards de l’UE. Le pays dispose d’un système bancaire efficace et les hauts fonctionnaires du ministère des Finances sont compétents et peu corrompus.  » Selon Mourad Kelnissi, les dérives proviennent directement du pouvoir politique. «  La finance publique a été détricotée par morceaux. On a maquillé les finances en créant des comptes bancaires qui échappent à tout contrôle. Le ratio de solvabilité d’une partie des banques pose des problèmes qui sont liés à des prêts à découvert effectués au profit des familles proches du clan Ben Ali. Pour s’en sortir les banques couvraient leurs risques sur les PME-PMI.  » Et l’expert de conclure : «  La révolution n’est pas finie. Une bonne partie de l’économie tunisienne va être mise aux enchères. On peut s’attendre au retour des investisseurs qui s’étaient éloignés à cause des dérives du pouvoir »

L’universalisation


Après le volet diplomatique et économique, le dernier éclairage de la soirée est revenu au philosophe Salim Mokaddem pour aborder ce qui s’est amorcé avec la révolte tunisienne à travers l’analyse des liens peuple/pouvoir/liberté. Le rôle majeur des réseaux sociaux venant rappeler opportunément que  »
la liberté n’est pas un concept national qui s’arrête aux frontières « . Dès lors, les valeurs morales qui fondent les régimes démocratiques sont également à questionner. «  Est-ce que ce sont les Etats qui protègent les peuples ou les peuples qui protègent les peuples ?  » interroge Salim Mokaddem qui nous invite à penser l’événement dans notre propre rapport à la démocratie. «  L’acte déclencheur de Mohammed Bouazizi nous renvoie à la dignité. On ne peut plus continuer à vivre en le faisant comme des animaux (…) L’indifférence meurtrière nous plongerait dans des régressions amnésiques (…) Qu’est-ce qui se passe d’inédit qui nous concerne ici ? » Autant de questions qui doivent faire leur chemin pour rendre pertinente l’universalisation possible du fait tunisien dont l’onde de choc se poursuit…

Jean-Marie Dinh (L’Hérault du Jour)

* Mohammed Bouazizi un jeune surdiplômé qui vendait des légumes pour subvenir aux besoins des siens s’est immolé par le feu le 17 décembre pour protester contre la confiscation de sa marchandise.

Voir aussi : Rubrique Tunisie, le chant des mariées, rencontre avec Raja Ammari, Histoire de la Tunisie, rubrique Afrique ,

Steven Cohen : Un travesti sans fard

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photo : Rédouane Anfoussi

Steven Cohen est un artiste d’Afrique du Sud, il s’est consacré pendant dix ans à la création d’œuvres plastiques exposées dans de nombreux musées internationaux. Il utilise son corps et parfois celui des autres, pour créer un « art vivant » qui empreinte des éléments à la fois à la sculpture, à la danse et au travestissement. Ses performances explorent plusieurs moyens d’expression traitant différentes questions identitaires liées à la judaïté, à l’homosexualité, au racisme et à l’identité ethnique. En résidence pour cinq jours au centre chorégraphique de Montpellier, Steven Cohen s’exprime sans réserve. Dans la vie comme dans l’art, il aborde les sujets de front.

« Votre expression artistique puise sa substance dans la fascination et les contradictions, qu’est-ce qui vous interpelle le plus en ce début de XXIe siècle ?

J’avais déjà commencé au XXe. La contradiction fait partie de la vie. C’est un besoin de l’art qui ne peut se satisfaire d’une pensée unique. Je suis fasciné par mes propres contradictions. Je suis un bon juif et un pédé, un Africain et un blanc. Mon sentiment se situe entre le narcissisme et la révulsion qui me traverse.

Qu’est ce qu’être un bon juif ?

Je suis croyant. Je me considère comme juif mais je suis pédé et dans l’ancien testament, il est écrit trois fois que nous sommes anormaux bref, qu’il faut nous faire disparaître. Je suis respectueux. J’essaie d’être honnête. En même temps, je m’interroge beaucoup sur mon honnêteté. En tant qu’Africain du Sud, j’explore le racisme qui est en moi. Cela dit, je trouve qu’en France les gens sont très racistes. La façon dont on considère les banlieusards est incroyable.

Dans la performance Chandelier qui sera projetée ce soir, on v,ous voit déambuler en chandelier tutu au milieu d’un bidonville en destruction à Johannesburg. Comment cette intrusion a-t-elle été perçue par la population ?

Le mot intrusion est juste parce que je suis blanc. Cependant, ce n’est pas une intrusion chez les gens mais dans l’espace public, là où la vie est en partage. Cela fait partie de mon travail parce qu’en Afrique, on ne va pas au musée. Je crois que les gens n’ont pas vraiment compris. Mais ils s’engagent. J’ai fait une expérience similaire à Lyon où les passants m’ignoraient. Ils faisaient semblant de ne pas voir. C’est vraiment terrible.

La souffrance qui traverse votre œuvre a-t-elle un statut différent en occident ?

En occident, on fuit la souffrance. Ce qui est impossible et donc très différent dans le reste du monde. Si on accepte la souffrance on a la possibilité de se transformer, pas si on la vit comme un déni.

Votre rapport à l’espace et au corps vous ouvre les portes du monde de la danse…

L’art est toujours visuel. Je ne suis pas un danseur, je suis plasticien et psychologue. La danse contemporaine est morte. Tout y est devenu vide et sec. Ils cherchent quelque chose pour se nourrir. Une nouvelle manière d’exprimer les choses. Moi je refais peut être ce qui se faisait dans les années 60 et que je ne connais pas. Quelque part cela m’effraie, mais mon ignorance m’innocente. En ce moment je passe mon temps entre Lille et Johannesburg. A Paris, je me sens comme une merde. Avec ces tours qui vous toisent, cette ville est faite pour ça. Je ne suis pas établi et ne cherche pas à l’être. Un critique a dit de moi que j’étais offshore ça me convient. Je suis établi en mer.

Golgotha, votre dernière création est en lien avec le suicide de votre frère vous y dénoncez les méfais du capitalisme…

Golgotha est le meilleur travail que j’ai fait. Un travail difficile, d’acceptation, c’est aussi un passage dans la sphère privée. Le rapport privé public, m’intéresse beaucoup parce qu’il touche à ce qui se passe derrière la porte. Si l’on parle de nous, on parle des autres. Les gens ont été choqués parce que je marchais sur des crânes humains. J’ai trouvé ces deux têtes asiatiques dans une boutique près de Wall Street. Ce qui est choquant c’est que ces têtes soient vendues avec l’aval de l’Etat qui perçoit des impôts sur ce commerce.

Pensez-vous que l’assassinat du néonazi Eugène Terre’Blanche peut réveiller de vieux démons en Afrique du Sud ?

Je ne suis pas sûr que l’affaire se soit passée telle qu’on l’a décrite. Il aurait été tué par deux de ses salariés esclaves qui gagnent 30 euros par mois. Qui avaient déjà fait de la prison et tué d’autres personnes ! Tout cela me paraît très confus. La position du président Zuma est aussi étrange… En Afrique du Sud rien n’est clair. En tous cas, je pense que c’est bien de parler de cela et pas de la coupe du monde qui occupe tous les esprits.

Quel est votre meilleur et votre pire souvenir ?

Le meilleur c’est quand j’avais six ans et que je me suis déguisé pour la première fois en fille. Mon père a pris une photo que j’ai conservée. Le pire c’était quand mon frère était en train de mourir. Il a dit sauvez-moi avant que je me suicide et je ne l’ai pas compris. Aujourd’hui ces deux souvenirs sont toujours au cœur de mon travail. »

Recueilli par Jean-Marie Dinh


 

cohen_web_thumbChandelier le 07 avril . 20h : Chandelier révèle à travers l’art de la performance, la danse et le film, les contradictions entre l’Europe et l’Afrique, les blancs et les noirs, les riches et les pauvres, l’ombre et la lumière, le privé et le public, les forts et les opprimés, la sécurité et le danger. Les images projetées durant la performance ont été réalisées en 2002 en Afrique du Sud au milieu des SDF noirs de Johannesburg pendant la destruction de leur bidonville par les employés municipaux de la ville dans un ballet où la violence est omniprésente. 

Habyarimana: un enquête judiciaire au coeur des relations franco-rwandaises

L’enquête française sur l’attentat contre le président Habyarimana en 1994, à l’origine de la rupture entre Paris et Kigali, est repartie sur de nouvelles bases depuis la mise en examen d’une proche du président rwandais, visée par l’un des mandats d’arrêt qui avaient provoqué l’ire du Rwanda.

Le 9 novembre 2008, Rose Kabuye, 48 ans, était arrêtée en Allemagne, puis mise en examen à Paris pour « complicité d’assassinat ». Un coup de tonnerre, deux ans après l’émission de mandats d’arrêt par le juge français Jean-Louis Bruguière contre neuf proches de Paul Kagame, dont Rose Kabuye. Le juge Bruguière, auquel a succédé en 2007 Marc Trévidic, les soupçonnait d’avoir participé à l’attentat contre l’avion du président rwandais Juvénal Habyarimana, considéré comme le signal déclencheur du génocide qui fera au moins 800.000 tués, principalement tutsis. A l’époque, Paul Kagame dirigeait la rébellion tutsie du Front patriotique rwandais (FPR).

Dans la foulée de la décision de la justice française, saisie car l’équipage de l’avion était français, les autorités rwandaises avaient rompu les relations diplomatiques avec Paris, qu’elles accusaient déjà depuis des années d’avoir aidé les génocidaires.
Mais paradoxalement, l’arrestation de Mme Kabuye, directrice du protocole de la présidence rwandaise, a permis de faire repartir l’enquête sur de nouvelles bases, alors que les juges étaient sur le point de clore l’enquête.

La mise en examen de Mme Kabuye, à laquelle l’ordonnance du juge Bruguière ne prêtait qu’un rôle périphérique dans l’attentat, a permis à Kigali d’avoir accès à la procédure française et de demander des actes d’enquête, comme un déplacement du juge au Rwanda. Un « comité indépendant » rwandais s’est également attaché à démontrer, dans un volumineux rapport remis début janvier au juge, que la responsabilité de l’attentat incombait à des extrémistes hutus qui voulaient faire échec à un partage du pouvoir avec la rébellion tutsie auquel s’était résolu Juvénal Habyarimana. Enfin, plusieurs témoins sur lesquels s’appuyait le juge Bruguière pour lancer ses mandats d’arrêt sont revenus sur leurs accusations ces derniers mois.

Voir aussi Rubrique Afrique Sarkozy en mission de réconciliation à Kygali, rendre à l’Histoire le génocide,

L’Afrique doit prospérer pour que la situation se stabilise

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Soumeïla Koly. Photo Redouane Anfoussi

Soumeïla Koly se préoccupe de la question africaine. A Montpellier, il est délégué général des rencontres cinématographiques africaines Quilombo. En 2009, il a publié Kalachnikov Blue, une fiction qui retrace les rocambolesques aventures du commissaire Doré Dynamite dans l’arène politico-économique guinéenne. Interpellé par l’actualité en Guinée, il a suspendu la tournée de promotion de son livre pour ouvrir le débat.  » Après la repression sanglante des manifestants en septembre à Conakry, les nouvelles de Guinée nous apprennent que le président Dadis a été blessé d’une balle dans la tête tirée par son aide de camp, soulignait Soumeïla Koly en décembre. Un chef d’État disparaît un autre arrive. Ce discours de conquête de pouvoir permanent ne suffit pas. Il faut trouver des logiques différentes pour venir à bout de cette faillite.  » En d’autres termes, il est temps que les richesses stratégiques et minières qui guident les Occidentaux, cèdent le pas au dialogue des cultures.

De là, naît l’idée d’une série de rencontres-débats (1) avec le concours de représentants de la société civile.  » Beaucoup d’universitaires sont porteurs de solutions mais le milieu décisionnel fonctionne en microcosmeIl faut faire émerger les savoirs et les traduire pour que les citoyens comprennent. » Ces débats permettront d’évoquer l’idée du pré-carré africain en tant qu’enjeu diplomatique hermétique à la situation sociale des pays concernés, mais aussi d’obstacle à la lutte contre le trafic de drogue. Nouvelle escale sur la route entre l’Amérique latine et l’Europe, l’Afrique de l’Ouest est devenue une plaque tournante du narco trafic. Et pour la première fois, elle se trouve interpellée face à la poussée de l’intégrisme et du terrorisme.  » La paix sociale repose sur les classes moyennes. Il faut que le système politique cesse sa distribution de cadeaux au détriment de l’intérêt général. Aujourd’hui l’économie ouvre des brèches et le politique garantit les dégâts collatéraux. En Afrique de l’Ouest, on est aux avant-postes de ce qu’on va recevoir ici en terme d’immigration, de drogue et de terrorisme. « 

Avant-poste du chaos

Soumeïla Koly rappelle le rôle central de la Guinée.  » Le pays occupe une place stratégique entre le Sierra Léone, le Libéria et la Côte d’Ivoire. Avec le drame guinéen on peut appréhender le drame d’un pays à l’échelle d’une sous région. Le spectre de la guerre civile qui plane risque de produire une vague d’immigration dans le nord aux conséquences désastreuses. Le contribuable doit comprendre que les pôles de prospérité doivent se développer dans le monde. Que les endroits où il existe des ressources doivent prospérer localement pour que les choses se stabilisent. Face au délitement d’un Etat, l’armée française fait office de régulateur souvent avec des conséquences désastreuses pour l’équilibre.  » Lorsque l’on souligne le peu d’intérêt porté par les Français à la question africaine, l’optimisme de Soumaïla Koly surgit.  » Les gens sont capables de cet élan du cœur. On ne demande pas d’argent mais de l’attention. « 

Jean-Marie Dinh

Le 13 janvier à l’Espace Martin Luther King à Montpellier à 20h, le 26 janvier à Béziers à la librairie Brasserie Le pas d’à côté le 28 au cinéma arc-en ciel à Ganges et le 3 février à 20h salle de rencontre de Lodève.

Voir aussi : Rubrique internationale :  La Françafrique se porte bien

L’aplomb féminin au dessus du vide

En lice pour le Goncourt. Marie Ndiaye évoque la force ordinaire féminine dans Trois femmes puissantes.

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Née en 1967 à Pithivier, Marie Ndiaye est l’auteur d’une douzaine de livres. Elle a reçu le prix Fémina en 2001 pour Rosie Carpe. Elle était mercredi l’invitée de la Librairie Sauramps pour évoquer son livre : Trois femmes puissantes.

Comment sont nés vos personnages féminins ?

J’avais envie de raconter trois destins. Trois vies très différentes les unes des autres qui seraient liées par des sentiments proches ou des forces communes. J’ai commencé par le second récit mais je savais dès le début qu’il y aurait un lien entre les histoires.

Le livre s’ouvre sur le retour de Norah, avocate en France, qui retrouve au Sénégal un père ayant sombré dans la déchéance. Est-ce un regard extensible à une génération ?

Oui en ce qui concerne le rapport aux fils et aux filles. Du moins je pense, même si je n’ai pas mis les pieds à Dakar depuis 25 ans, que le rapport des hommes avec leurs enfants n’est plus celui de la génération précédente.

Dans cette relation conflictuelle Norah opte pour une relation apaisée ?

Je voulais que dans chaque histoire les personnages évoluent. Au début Norah est en lutte contre son père. Elle est dans un rapport de dépendance. A la fin arrive une forme de libération qui ne passe pas par un renoncement mais un apaisement.

L’accès à la liberté fait lien dans les trois récits ?

A la différence que dans la seconde histoire c’est le personnage de l’homme qui se libère. En partie, c’est vrai, grâce à l’attitude de Fanta qui reste solide comme un roc pendant qu’il se débat.

Le livre se clôt sur le destin tragique de Khaty, une veuve infertile écartée de la communauté humaine qui va affronter sa vie sans regret …

Au contraire, même si elle traverse des épreuves extrêmement douloureuses, sa conscience du présent lui semble préférable à l’espèce de flottement dans lequel elle se trouvait avant.

Vous empruntez comme Léonora Miano, la voie de l’introspection, est-ce chez-vous un moyen d’aborder la situation africaine ?

Contrairement à Léonora Miano, j’ai un rapport d’étrangère à l’Afrique. J’y suis allée très peu il y a longtemps. C’est finalement un endroit du monde que je connais beaucoup moins que d’autres. En même temps, j’essaie de m’en approcher il y a quelque chose comme de la fascination mais précisément parce que c’est un ailleurs très différent. Finalement j’aurais pu situer l’action du livre n’importe où dans le monde dans le cadre de la relation problématique Nord-Sud.

Le résultat de l’élection présidentielle vous aurait incitée à quitter la France pour vivre à Berlin ?

Cela a été un phénomène déclencheur. Nous souhaitions vivre ailleurs et à partir de ce moment nous l’avons décidé. Aujourd’hui quand je séjourne en France, je trouve les gens très dépressifs. Il y a quelque chose de morose et à la fois de très inquiétant. L’ambiance n’est pas bonne.

Est-elle meilleure en Allemagne ?

Il me semble. Même si mon niveau de langue ne me permet pas encore d’approfondir. Ne serait-ce que parce ce que ce pays est gouverné par quelqu’un de respectable du point vue moral. Toutes opinions politiques mises à part, on n’a pas le sentiment d’avoir atteint le degré de déliquescence du système politique français.

Le prix Nobel de la Paix décerné à Barak Obama…

Je vois cela plutôt d’un œil optimiste.

Après le Fémina en 2001 Vous êtes en bonne place pour le Goncourt 2009 ?

Je ne sais pas… Je suis en lice. Le livre a déjà bien démarré. Je n’ai pas peur…

Recueilli par Jean-Marie Dinh

Trois femmes puissantes, Gallimard,17 euros

Photo : Rédouane Anfoussi

Voir : Ministre de reserve –  Goncourt 2009