« Le but d’Israël vise à faire exploser l’union nationale »

Opération "Gardien de nos frères"

Opération « Gardiens de nos frères »

Mobilisation. Comme ailleurs en France, le Collectif Palestine 34 a appelé hier
sur la Place de Comédie à ce que cesse la barbarie en Cisjordanie.

Jusqu’où le gouvernement israélien veut-il aller ? La tension n’en finit plus de monter à la frontière entre la bande de Gaza et Israël. Suite à l’enlèvement le 12 juin de trois jeunes Israéliens dans le sud de la Cisjordanie occupée, l’armée israélienne a lancé une vaste opération pour les retrouver dans cet espace de plus en plus israélien et de moins en moins palestinien.

Sept palestiniens ont été tués par des soldats israéliens pendant cette opération. « Que dirions-nous ici des violences exercées si pour retrouver trois jeunes on en tuait sept en saccageant des habitations et en arrêtant 550 personnes?» interroge le président de AFPS 34 Ronert Kissous. En tant que membre du Collectif Palestine 34, il appelait hier ainsi qu’une quarantaine d’organisations au rassemblement qui s’est tenu sur la Comédie pour « que cesse la barbarie » et demander au gouvernement français « d’agir et pour dénoncer le silence assourdissant qui entoure ces exactions. »

Pour l’heure la France s’est contentée de condamner l’enlèvement des israéliens et de déplorer les morts palestiniens. Israël impute le rapt au Hamas, mais jusqu’ici aucun groupe ne l’a revendiqué. « La thèse d’Israël n’est pas sérieuse, indique Ronert Kissous, si le Hamas était à l’origine, il l’aurait revendiqué et demandé en échange la libération de prisonniers. Tous laisse à penser que l’opération de représailles était préparée et ne demandait qu’à être déclenchée. Je pense comme une partie de la presse israélienne que le but est politique. Il vise à faire exploser l’union nationale entre le Hamas et le Fatha. »

Le Haut-Commissariat de l’ONU aux droits de l’homme s’est dit alarmé par la répression et les pertes de vie causées par l’opération Gardien de nos frères. Un porte-parole du Haut-Commissariat, a appelé « à des enquêtes rapides et exhaustives (…) dans les cas où il y a eu un usage excessif de la force ». Plusieurs centaines de manifestants arabes israéliens ont manifesté dans la localité d’Oum al-Faham dans le nord d’Israël pour protester contre ces mesures répressives, a indiqué la télévision publique israélienne. Selon la télévision, le ministre des Affaires étrangères Avigdor Lieberman, chef d’Israël Beiteinu, un parti ultranationaliste, a accusé les manifestants d’avoir exprimé leur soutien à l’enlèvement des trois jeunes Israéliens et proposé qu’ils soient traités « comme des terroristes ».

JMDH & AFP

Source : L’Hérault du Jour : 29/06/2014

Voir aussi : Rubrique Israël, rubrique Palestine,

 

“Prospérités du désastre”: et si on aidait la société à courir à sa perte?

Banlieue sud de Strasbourg, le 9 novembre 2005 (Vincent Kessler/Reuters

Banlieue sud de Strasbourg, le 9 novembre 2005 (Vincent Kessler/Reuters

La nuit n’est jamais complète. Paul Eluard.

Dans “Prospérités du désastre. Aggravation 2”, le philosophe Jean-Paul Curnier fait une analyse critique de quelques événements qui ont marqué la décennie écoulée. Son conseil: conduire le monde marchand au bord du gouffre, et l’encourager à faire un grand pas en avant.

 

Le philosophe Jean-Paul Curnier a réuni dans Prospérités du désastre (éd. Lignes) huit textes qu’il a écrits dans la décennie qui s’est écoulée. Autant d’occasions pour lui de nous livrer son regard acéré sur la politique, les émeutes de banlieues de 2005, le “Printemps arabe”, le mouvement des Indignés, ou encore la souveraineté populaire.

“Avec le dessaisissement consenti par les élus de la République du pouvoir qui leur était confié par le peuple au profit du pouvoir invisible, immatériel et hors de portée, de la finance, c’est le peuple, en tant qu’origine et détenteur en droit de ce pouvoir, qui s’est trouvé à son tour potentiellement liquidé”, écrit-il.

 

Ce n’est pas dans les émeutes de banlieues, ni dans le mouvement des Indignés, cette “insurrection à la portée des peluches”, qu’il décèle un potentiel retour du peuple, même embryonnaire, bien au contraire. Il soutient que ces mobilisations sont stériles: selon lui, les émeutes de banlieues ont perdu de vue “tout objectif de renversement de l’ordre social qui préside à la misère de ces quartiers et de ceux qui y vivent”, et le rapprochement qui a été fait entre les indignés et les mouvements révolutionnaires du printemps arabe relève de l’injure. “Le jour où les révoltes dans les villes seront armées par la lecture des poètes et la discussion critique des œuvres de philosophie et de sciences politiques, ce jour-là nous pourrons nous réjouir des émeutes à venir”, avance-t-il.

“Le pouvoir d’achat, c’est l’absence de pouvoir par excellence”

C’est précisément au réarmement du peuple par la pensée qu’il aspire. Cet usage critique de la raison passe par une remise en cause de certaines évidences, dont les mots courants sont les vecteurs. C’est pourquoi l’auteur s’applique à en décortiquer certains, pour en dévoiler la substantifique moelle, et déjouer les ruses de Sioux du lexique dominant. “La pauvreté, en novlangue, se dit ‘faiblesse du pouvoir d’achat’. […] Comment employer sans frémir le même mot pour désigner la détresse économique en Indonésie, au Guatemala, et la population des cités en France?”, interroge-t-il par exemple. Ou encore : “Qu’est-ce que le pouvoir d’achat? Eh bien je vais vous le dire: c’est l’absence de pouvoir par excellence, c’est la réduction au statut de signataire de chèques, de redistributeur de monnaie”.

Lorsqu’en 2006, peu de temps après les émeutes de banlieues, Nicolas Sarkozy fait du mot “rupture” son slogan de campagne, il affirme : “Si quelque chose a été réellement rompu, c’est d’abord le sens politique du mot rupture”. Au fil de sa réflexion, il détricote les évidences, déconstruit les mots, et dissipe les mystifications qu’ils recèlent, de manière parfois discutable, mais en tout cas avec une grande clarté.

 

Chaque événement d’actualité est interprété comme un symptôme du délitement inexorable de la société. Jusqu’au-boutiste dans son scepticisme et sa distance vis-à-vis de ce monde marchand en décomposition, il appelle à précipiter son agonie. C’est là le sens de l’”aggravation” : “Si ce monde va aussi franchement et volontairement à sa perte, autant qu’il y aille vite pour en vivre au plus vite le remplacement. Et il convient même de l’aider chaque fois que cela s’avère possible”.

Prospérités du désastre. Aggravation 2, de Jean-Paul Curnier, éd. Lignes, 172p., 14€

Source Les Inrocks 27/06/2014

Voir aussi : Actualité France, rubrique Livre, Essais, Philosophie, Jean-Paul Curnier, rubrique Politique citoyenneté, Politique économique, Société civile, rubrique  Débat, rubrique Société, Mouvements sociaux, rubrique Sciences Sciences Humaines,

 

L’engagement hier et aujourd’hui

Jours-heureux

Dans les propos introductifs tenus par Léon Landini, celui-ci inscrit dans la durée son engagement en résistance et questionne le présent au regard de ces notions que sont la Résistance et l’engagement.Ainsi, il convient de s’interroger sur ce que signifie résister aujourd’hui et dans quel(s) but(s). Quelles formes peut prendre la « résistance moderne »? Quels sont les leviers de résistance aujourd’hui ?

Lors de son allocution, Léon Landini prononce cette phrase : « Nous combattions car nous étions certains que nous n’allions pas mourir pour rien. » Ainsi, la notion de résistance serait-elle intrinsèquement et immuablement reliée à la notion de mort ?

Un engagement ne peut-il être considéré comme un acte de résistance que si l’on engage sa propre vie ?

Aujourd’hui, la disparition d’ennemis directs dans une Europe pacifiée, la dématérialisation des menaces – attaques numériques par exemple – et leur propagation disparate et peu perceptible – comme les menaces terroristes, les armes de destruction massive, l’écoterrorisme, les armes chimiques, etc. questionnent les notions d’engagement et de résistance.

Dans son discours au plateau des Glières  Stéphane Hessel prononce ces quelques mots : « Le moteur de base de la Résistance c’est l’indignation […] quand quelque chose vous indigne, comme j’ai été indigné par le nazisme, alors on devient militant, fort et engagé. »

S’engager, militer pour une cause est-ce résister ?

Tous types d’engagements citoyens, à n’importe quelle échelle – locale, nationale, européenne ou mondiale – sont le lieu d’expression de convictions – solidarité entre les générations, combat contre l’individualisme, lutte contre les préjugés, les méfiances… –, outils indispensables de cohésion sociale et moyens d’inventer un savoir être dans une logique d’unicité sociale. Ainsi, s’engager peut s’apparenter à la notion de résistance sans pour autant en être le parfait synonyme. La Résistance induit l’identification préalable d’un ennemi commun et un objet de refus face auquel il convient de se mobiliser. L’engagement se caractérise comme un investissement volontaire au quotidien, une nouvelle forme de démocratie et de recherche du bien commun, où le militantisme reste la participation active à la propagation d’une idée, d’un mouvement.

Léon Landini  et Stéphane Hessel insistent tous deux sur la nécessité de trouver une cause à défendre, un combat à mener quel qu’il soit Stéphane Hessel : « trouver son motif d’indignation ») et de se l’approprier afin de défendre les valeurs auxquelles on croit. Quels peuvent être aujourd’hui les moteurs d’une quelconque indignation d’un engagement citoyen ? L’engagement citoyen est une ressource fondamentale qui valorise la rencontre humaine porteuse de sens et de changements, d’échanges mais aussi l’ouverture à l’altérité qui permet de tisser des liens, de partager des expériences, de développer sa réflexion personnelle – réflexion sur la manière de vivre, de penser, d’organiser la société, etc. – dans le but de s’émanciper en tant que citoyen.

Ainsi, l’engagement s’inscrit dans une véritable démarche citoyenne. Les combats à mener sont multiples – lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale, lutte contre les discriminations, protection des droits de l’Homme, protection de l’environnement, etc. – mais il convient d’identifier les leviers à actionner pour s’engager de manière active et efficace pour la défense de ces causes.

Marion Baby

Source : Dossier de présentation du film de  Gilles Perret : Les jours Heureux http://lesjoursheureux.net

Voir aussi : Rubrique Débat,

Face au lobby nucléaire, Ségolène Royal capitule en rase campagne

Ségolène Royal lors d’une conférence de presse sur la transition énergétique, le 18 juin 2014 (Stephane de Sakutin AFP)

Ségolène Royal lors d’une conférence de presse sur la transition énergétique, le 18 juin 2014 (Stephane de Sakutin AFP)

Par Noël Mamère Député de Gironde

Une fois de plus, le lobby nucléaire a fait carton plein. Le 18 juin ne restera pas une date historique pour l’écologie, mais un jour d’immense déception pour tous ceux qui croyaient encore (les naïfs !) à la sincérité du gouvernement et du président de la République sur la transition énergétique.

En guise de transition, on se retrouve dans le droit fil de l’appel de Londres :

  • la loi ne parle ni de la fermeture des centrales en fin de cycle, ni de la durée de vie des réacteurs, ni de l’arrêt de Fessenheim ;
  • la production nucléaire est maintenue à son niveau actuel ;
  • la pantalonnade à propos de l’enfouissement des déchets nucléaires à Bure (Meuse) renforce le sentiment d’une victoire par KO du lobby nucléocrate ;
  • la promesse de faire passer la production d’électricité nucléaire de 75 à 50% en 2025 est un leurre pour laisser croire qu’il s’agit, à terme, de la fermeture d’une vingtaine de réacteurs. La réalité est plus sombre : il s’agit de gagner du temps afin de maintenir en place le nombre de réacteurs en fonctionnement, avec les risques accrus de leur vieillissement et de leur rafistolage.

L’actuelle ministre de l’Ecologie, qui avait promis dans sa campagne présidentielle de 2007 d’arrêter la construction de l’EPR de Flamanville, ne voit pas aujourd’hui quel mal il y aurait à en construire de nouveaux. Puisque, comme elle le dit elle-même :

« Nous ne sortirons pas du nucléaire, il y a 200 000 emplois en jeu. »

Un enterrement de première classe

Malgré Tchernobyl et Fukushima, malgré la hausse des coûts qui met cette énergie désormais hors de prix, malgré le retard pris dans les énergies renouvelables, l’Etat persiste et signe. EDF ne lâche rien. Ceux qui pensaient que les promesses en politique valent au-delà des campagnes électorales en sont pour leurs frais.

Un peu plus de deux ans après l’arrivée au pouvoir de ce qui s’appelle encore la gauche, nous avons assisté à un enterrement de première classe. Il n’y aura pas plus de reflux du nucléaire sous François Hollande que sous Nicolas Sarkozy, Jacques Chirac ou François Mitterrand.

Tout changer pour ne rien changer. De NKM à Ségolène, c’est la même chanson : « Paroles, paroles, paroles. » Parler d’écologie pour mieux la mettre en bouteille. Tout se passe comme si, dans les cercles du pouvoir, une stratégie commune s’était dégagée : utiliser la conférence climat de 2015 pour finir de légitimer la politique nucléaire de la France.

La langue de bois articule cynisme et escroquerie. Même les énergies renouvelables sont mises à contribution. La voiture électrique, qui marche elle aussi au nucléaire, est survalorisée par rapport au transport ferroviaire dont on ne parle pas puisque, dans la même semaine, on entérine la future privatisation du rail, résultant de l’ouverture à la concurrence exigée par Bruxelles. Le seul motif de satisfaction est l’accent mis sur le soutien au fonds chaleur et aux projets de méthanisation.

Le nucléaire a gagné au poker menteur

Quant au plan d’avenir sur la rénovation thermique, le discours est le même que celui développé en son temps par Cécile Duflot.

La défiscalisation du montant des travaux engagés ne veut rien dire si elle n’est pas accompagnée, par exemple, d’une relance réelle de la filière industrielle photovoltaïque à l’agonie. On insiste tellement sur leur développement, sans leur donner les moyens d’émerger que, de fait, on annonce leur échec en rase campagne. Et comme à ce moment-là, il faudra bien résister aux énergies carbonées, comme le charbon, la seule possibilité qui restera à la France, pourtant seule au monde à s’être engagée dans cette folle impasse, sera le renforcement, ad aeternam, de la filière nucléaire.

Le piège se referme sur les benêts de l’écologie. Nos hamsters, tout à leurs jeux de pouvoir, ne voient pas l’essentiel. Comme le prédisait Delphine Batho, comme le crient, avec toute leur colère, mes amis Didier Anger et Michèle Rivasi, le nucléaire a gagné une fois de plus la partie de poker menteur, engagée depuis la signature de l’accord EELV-PS, qui apparaîtra comme la journée des dupes. Contre le plat de lentilles de quelques places à l’Assemblée, l’écologie politique a vendu son âme à l’EDF et à Areva. Triste fin de partie.

Ceux qui, chez les écologistes, croyaient s’en tirer à bon compte avec la fermeture de Fessenheim, peuvent déjà manger leur chapeau. Fessenheim ne fermera pas. Pire on, est en train de rouvrir Bure. Quelques-uns de mes collègues et responsables d’EELV se contorsionnent pour expliquer que le verre est quand même à moitié plein, que les objectifs sont tenus, puisqu’on nous promet la main sur le cœur qu’à l’horizon 2050, on réduira de 50% notre consommation finale.

Un rapport de force en dehors des institutions

Mais rappelons-nous : c’était il y a quatre ans, à peine, autant dire un siècle, sous Nicolas Sarkozy. Les lois sur le Grenelle I et II, elles aussi, se fixaient de nobles objectifs. On a vu et, surtout, on a subi la suite.

Avec l’arrivée de Ségolène, l’esbroufe continue, mais cette fois-ci au nom de « l’écologie positive ». Ségolène se fait le chantre de l’écologie d’accompagnement, sans aspérité, consensuelle, pouvant être aussi bien défendue par Anne Lauvergeon que par Nicolas Hulot. Les écologistes sont dorlotés, chouchoutés, reçus à déjeuner ou à diner. Mais il ne s’agit que d’opérations d’enfumage. Je ne mange pas de ce pain-là. Je juge sur pièce et je ne peux que voir l’histoire se répéter.

En 1997, Dominique Voynet avait été contrainte de capituler en acceptant l’ouverture du site d’enfouissement des déchets nucléaires de Bure. Aujourd’hui, Ségolène capitule en rase campagne avec, en plus, l’approbation de certains élus écologistes.

Conclusion : hier au gouvernement, aujourd’hui dehors, nous ne faisons que jouer les utilités, sommes obligés de reconnaître que les lobbies sont les plus forts et que le consensus nucléaire est plus que jamais la règle.

C’est donc en dehors des institutions qu’il nous faut reconstituer un autre rapport de forces face à l’Etat nucléaire. Et c’est maintenant aux citoyens de dire leur mot et de se rappeler au bon souvenir de ceux qui les ont pris pour quantité négligeable. Après tout, comme nous le rappelle l’abandon de l’écotaxe et la mascarade de son remplacement, les Bonnets rouges ont gagné par la rue. Il faudra peut-être que nous sortions nous aussi les Bonnets Verts pour nous faire entendre.

Source Rue 89 : 23/06/2014

Voir aussi : Rubrique Ecologie, rubrique Politique, rubrique Economie,