Concert Marcus Miller. La boite noire de la musique

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Photo. Jmdi

C’est un paradoxe, les moments de haute musique en live se font rares alors que les propositions  émanant des festivals explosent. Dimanche, le concert de Marcus Miller en clôture de l’édition 2015 de Jazz à Sète compte parmi ces instants inoubliables.

On le doit sans doute à une conjonction de phénomènes comme le lieu, l’antre magnifique du Théâtre de la mer que ce bassiste hors pair foulait pour la première fois, une formation sans égal soudée au titane, un public avide d’oxygène, et l’énergie prodigieuse, positive et spirituelle, d’un moment unique qui vient de loin.

L’héritage vient des work-songs des esclaves, pour devenir les negro spirituals, le gospel, le dixieland, le jazz original, le blues, le R’n’B, la soul, le jazz, le funk, le hip hop. Aujourd’hui Marcus Miller remonte à la source des rythmes qui font la richesse de ce patrimoine musical, partant de l’Afrique pour les suivre, comme à la trace, jusqu’aux États-Unis en passant par le Brésil et les Caraïbes.

Né en 1959, il est devenu l’ambassadeur naturel des racines de la musique noire. « Après avoir été sélectionnés dans des conditions inhumaines sur l’île de Gorée au Sénégal, les esclaves franchissaient la porte de non retour vers l’Afrique. On les entassaient dans les cales comme des bêtes. Ils n’avaient pas le droit de se parler. Alors ils chantaient. La musique était plus que de la musique, c’était le seul et dernier lien avec l’Afrique. Cette musique a transporté toute l’histoire » explique celui qui a accepté d’être porte parole du projet de l’UNESCO. « La route de l’esclave » source d’inspiration de son dernier album « Afrodeezia ».

A l’instar de Miles Davis qui lui avait donné sa chance à 25 ans, Marcus s’entoure de musiciens confirmés et de jeunes très prometteurs avec une forte volonté de transmission.

JMDH

Source : La Marseillaise 20/07/2015

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Piratage de TV5 Monde : l’enquête s’oriente vers la piste russe

 L’enquête sur le piratage de TV5 Monde s’oriente vers la piste russe. L’enquête sur le piratage de TV5 Monde s’oriente vers la piste russe. Christophe Ena / AP

L’enquête sur le piratage de TV5 Monde s’oriente vers la piste russe. Christophe Ena / AP

La revendication publiée sur le site de TV5 Monde après son piratage début avril avait d’abord laissé penser que l’attaque trouvait sa source dans l’EI.

Après le piratage de TV5 Monde, survenu le 8 avril, les yeux des enquêteurs se tournent vers la Russie. C’est en tout cas en ce sens que convergent des indices récoltés par les enquêteurs de l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information (Anssi), chargés des investigations techniques sur cette attaque d’envergure.

Des traces du passage des pirates ont été fournies, à la fin du mois d’avril, par l’Anssi à plusieurs grands médias. Elles correspondent, au moins en partie, à des attaquants qui ont déjà sévi dans le passé, selon les informations de L’Express, que Le Monde est en mesure de confirmer.

Si l’on en croit ces éléments, l’attaque ne proviendrait pas de l’Etat islamique, contrairement à ce que la revendication, publiée sur le site et sur les réseaux sociaux de TV5 Monde, laissait penser. Le mode opératoire et certaines traces spécifiques laissées par les pirates pointent vers un groupe de pirates russes bien connu des experts en sécurité informatique. Une source judiciaire a confirmé au Monde que l’enquête préliminaire s’orientait bien, à ce stade, vers des hackers russes, mais qu’il ne s’agissait encore que d’une piste de travail.

Le groupe désormais soupçonné de s’être introduit dans les infrastructures informatiques de TV5 Monde a plusieurs noms – en fonction de l’entreprise qui l’a analysé. L’entreprise américaine FireEye l’a appelé « APT28 », les Canadiens de la société qui développe des antivirus ESET lui ont donné le nom de « Sednit » et Trend Micro l’a baptisé « Pawn Storm » (« tempête de pions », par analogie avec une stratégie du jeu d’échecs).

Les experts de ces trois entreprises estiment tous, à des degrés divers, que ces groupes sont liés à la Russie. Trend Micro affirme avoir retrouvé la signature de « Pawn Storm » dans plusieurs attaques visant des cibles militaires aux Etats-Unis, mais aussi des opposants à Vladimir Poutine, des objectifs en Pologne et en Ukraine et des journalistes aux Etats-Unis…

Dans son rapport sur « APT28 », FireEye décrit « une équipe douée de développeurs collectant des informations sur les questions de défense et de géopolitique, engagés dans des opérations d’espionnage contre des cibles politiques et militaires ».

Joan Calvet, chercheur pour ESET, note une « accumulation » d’indices – des réglages de langue, des traces de russe dans le code ou d’horaires de création de certains logiciels –, qui le conduisent à estimer avec « un grand niveau de confiance que les développeurs de ce groupe ont le russe comme langue principale » et sont basés en Europe de l’Est.

Les chercheurs de FireEye sont les plus assurés quant à l’origine de ce groupe. Selon eux, ce dernier « reçoit un financement direct d’une organisation bien installée, très probablement un gouvernement ».

Mais il faut rester prudent, tant l’attribution précise d’une cyberattaque est délicate. On trouve en tout cas parmi les principales victimes du groupe les ministres de l’intérieur et de la défense de Géorgie et plusieurs organisations gouvernementales d’Europe de l’Est.

Mode opératoire

Les enquêteurs français de l’Anssi ont acquis davantage de connaissances quant au mode opératoire des pirates. Ils savent désormais que les pirates se sont approchés de TV5 Monde en s’abritant derrière un virtual private network (VPN — « réseau privé virtuel ») grand public. Les VPN sont, entre autre, un moyen de camoufler les connexions de manière à être moins traçable.

Ils sont arrivés dans le réseau de TV5 Monde dès la fin du mois de janvier, sur l’ordinateur d’un poste de production servant à contrôler les caméras sur le plateau, auquel ils ont réussi à accéder grâce à un mot de passe peu sécurisé d’un prestataire du groupe de télévision.

Ensuite, pendant plusieurs semaines et jusqu’à la date de l’attaque, les pirates ont exploré le réseau de TV5 Monde et mis en œuvre une technique rodée, appelée « élévation de privilèges » : ils ont gravi peu à peu les échelons à l’intérieur du réseau jusqu’à s’octroyer de très larges pouvoirs sur le réseau. Les enquêteurs pointent le rôle des prestataires, des entreprises externes à TV5 Monde qui avaient la main sur des portions critiques du système informatique du groupe de télévision.

Enfin, les pirates s’en sont pris ensuite à trois cibles : les réseaux sociaux, le site Internet et, surtout, les outils de production, nécessaires à la diffusion des images. Comme nous l’écrivions précédemment, les enquêteurs ont noté la grande sophistication des pirates, qui sont parvenus à endommager des matériels Cisco en détruisant des composants logiciels indispensables à leur bonne marche. Des multiplexeurs, des encodeurs et des « switchs » ont été pris pour cible, ainsi qu’un serveur de messagerie.

Par Damien Leloup et Martin Untersinger

Le Monde de l’Economie 09.06.2015

 

 

Le piratage de TV5 Monde revendiqué par un groupe djihadiste

 La page Facebook de TV5 Monde, le compte Twitter de TV5 Afrique et les antennes du groupe ont été attaquées par des pirates se réclamant du Cyber Caliphate. La page Facebook de TV5 Monde, le compte Twitter de TV5 Afrique et les antennes du groupe ont été attaquées par des pirates se réclamant du Cyber Caliphate. Capture d'écran

La page Facebook de TV5 Monde, le compte Twitter de TV5 Afrique et les antennes du groupe ont été attaquées par des pirates se réclamant du Cyber Caliphate. Capture d’écran

La revendication publiée sur le site de TV5 Monde après son piratage début avril avait d’abord laissé penser que l’attaque trouvait sa source dans l’EI.

Des documents présentés comme des pièces d’identité et des CV de proches de militaires français impliqués dans les opérations contre l’Etat islamique ont été publiés sur le compte Facebook de TV5 Monde.

Les chaînes, le site Web et plusieurs pages Twitter et Facebook du groupe télévisé français TV5 Monde ont été victimes mercredi 8 avril vers 22 heures d’une attaque informatique revendiquée par le groupe islamiste CyberCaliphate.

 

L’attaque qu’a subie @TV5MONDE est inédite et de grande envergure. L’enquête en dira plus très bientôt et nos antennes seront rétablies.

— Hélène Zemmour (@hzemmour)

La chaîne a dû interrompre ses programmes et rendre son site Internet inaccessible pour barrer la route aux pirates. Elle a repris le contrôle de ses pages sur les réseaux sociaux pendant la nuit, mais son site Internet est resté inaccessible jusqu’à jeudi en début d’après-midi.

Des programmes pré-enregistrés, mais pas de journaux

Quant aux émissions télévisées, « nous sommes en train d’essayer de restaurer nos onze chaînes avec leurs propres programmes » précise au Monde le directeur de la chaîne, Yves Bigot, jeudi en tout début de matinée :

« Depuis l’attaque, nous n’avons réussi qu’à diffuser un seul programme unique sur toutes les chaînes. Nous ne sommes toujours pas en mesure de produire nos propres journaux télévisés, nous ne diffusons que des programmes de stock enregistrés. Nous espérons surmonter cela en fin de matinée ou en début d’après-midi. »

« Nous sommes sous le choc, l’ambiance est morose. Il n’y aura aucun journal télévisé jusqu’à nouvel ordre. Peut-être celui de 18 heures, mais ça n’est même pas sûr » précise une source au sein de la rédaction. Tous les salariés de TV5 Monde ont l’interdiction de s’exprimer sur l’attaque subie par leur chaîne.

« Nos systèmes ont été extrêmement détériorés » par cette attaque « d’une puissance inouïe » et le retour à la normale « va prendre des heures, voire des jours », explique encore M. Bigot.

« On commence à analyser avec des experts qui sont venus sur place. La cyberattaque est d’une puissance majeure : nos systèmes de production sont puissants et sophistiqués et avaient été revus récemment. »

Le directeur de TV5 a assuré qu’une plainte serait déposée, « ne serait-ce que pour marquer cette attaque et puis pour éventuellement plus tard travailler avec des assurances ».

Un « véritable acte terroriste »

Pour Manuel Valls, ce piratage est une « atteinte inacceptable à la liberté d’information et d’expression ». Le premier ministre a affiché dans le même message son « soutien total à la rédaction ». La ministre de la culture Fleur Pellerin a qualifié cette attaque de « véritable acte terroriste » :

J’exprime tout mon soutien et ma solidarité aux équipes de la chaîne @TV5MONDE, victimes d’un véritable acte terroriste @YvesBigot

— Fleur Pellerin (@fleurpellerin)

Les services d’enquête français notamment l’Anssi, l’autorité en charge de la sécurité informatique des institutions sensibles se sont rendus sur place, mais ne peuvent pas encore se prononcer sur l’authenticité des documents d’identité diffusés et de l’identité des attaquants. En fin de matinée, le ministre de l’intérieur a indiqué qu’une enquête était ouverte, et que le gouvernement était « déterminé » à combattre « des terroristes déterminés ».

Selon une source judiciaire, l’enquête, dirigée par le parquet de Paris, vise des faits présumés d’association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste, ainsi que d’accès, maintien frauduleux et entrave au fonctionnement d’un système de traitement automatique de données.

Menaces contre les militaires français

Durant la durée de l’attaque, de nombreux internautes ont constaté des anomalies sur les sites du groupe : apparition de l’en-tête noire et blanche du groupe Etat islamique, mais aussi publication de vidéos de propagande ainsi que de menaces envers des militaires français. Des documents présentés comme des pièces d’identité et des CV de proches de soldats français impliqués dans les opérations contre l’Etat islamique ont été postés sur le compte Facebook de TV5 Monde.

Un message accuse également le président français François Hollande d’avoir commis « une faute impardonnable » en menant « une guerre qui ne sert à rien ». « C’est pour ça que les Français ont reçu les cadeaux de janvier à Charlie Hebdo et à l’Hyper Cacher », ajoutent les pirates, en référence aux attentats sanglants contre l’hebdomadaire satirique et le magasin, qui avaient fait 17 morts entre le 7 et le 9 janvier à Paris.

Le groupe CyberCaliphate est apparu début janvier. Il s’est notamment signalé par le détournement du compte Twitter du CentCom, le centre de commandement américain au Moyen-Orient et en Asie Centrale, puis en prenant le contrôle durant plusieurs minutes de celui de l’hebdomadaire américain Newsweek, en février. Deux attaques bien moins sophistiquées que celle qui a touché TV5 Monde.

Chaîne internationale de télévision francophone basée à Paris, TV5 Monde est reçue dans plus de 200 pays et territoires dans le monde.

Source : Le Monde avec AFP  9/04/2015

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« L’Egypte ne doit pas continuer à être l’otage de la vision américaine »

La France doit signer lundi au Caire sa première vente de Rafale à l'étranger avec l'Egypte. Le contrat porte sur 24 appareils, sur une frégate multimissions FREMM, fabriquée par le groupe DCNS, ainsi que des missiles fabriqués par MBDA, pour un montant de 5,2 milliards d'euros.

La France doit signer lundi au Caire sa première vente de Rafale à l’étranger avec l’Egypte. Le contrat porte sur 24 appareils, sur une frégate multimissions FREMM, fabriquée par le groupe DCNS, ainsi que des missiles fabriqués par MBDA, pour un montant de 5,2 milliards d’euros.

Le contrat de vente d’avions Rafale français illustre la volonté du Caire de s’affranchir de la tutelle de Washington, estiment des experts.

La conclusion d’un contrat de vente par la France de 24 avions Rafale à l’Egypte illustre la ferme volonté du Caire de diversifier ses sources d’armements et de s’affranchir de la tutelle américaine, selon des experts.

La France doit signer lundi au Caire sa première vente de Rafale à l’étranger avec l’Egypte. Le contrat porte sur 24 appareils, sur une frégate multimissions FREMM, fabriquée par le groupe DCNS, ainsi que des missiles fabriqués par MBDA, pour un montant de 5,2 milliards d’euros.

L’Egypte était dépendante depuis plusieurs années des Etats-Unis qui allouent chaque année à leur grand allié arabe 1,5 milliard de dollars, dont environ 1,3 milliard en assistance militaire.

Une partie de cette aide avait cependant été gelée en octobre 2013 et conditionnée à des réformes démocratiques après la destitution en juillet par l’armée, alors dirigée par Abdel Fattah al-Sissi aujourd’hui chef de l’Etat, du président islamiste Mohamed Morsi. L’éviction du premier président élu démocratiquement dans le pays avait été suivie d’une terrible répression contre ses partisans.

« Ce contrat est un message implicite aux Etats-Unis leur signifiant que l’Egypte ne va plus compter uniquement sur des approvisionnements américains en armement », estime à l’AFP le général à la retraite Mohamed Moujahid al-Zayyat, expert au Centre régional des études du Moyen-Orient basé au Caire.

Pour cet expert, Le Caire n’admet plus de faire l’objet de « chantage » dans ses relations militaires avec les Etats-Unis. Ces derniers ont, selon lui, « leur propre approche quant à la restructuration de l’armée égyptienne » et « s’opposent à la doctrine de cette armée de continuer à croire qu’Israël est son principal ennemi ». Les Etats-Unis ont assuré vendredi qu’ils n’avaient rien à redire à propos de ce contrat.

Pour Ahmed Abdel Halim, un militaire à la retraite et ancien président du comité de la sécurité nationale au sein du Sénat égyptien, « la diversification des sources d’approvisionnement en armes et en technologie est de nature à dissuader tout pays d’exercer un quelconque monopole sur l’Egypte ou lui faire subir un chantage ».

L’Egypte « ne doit pas continuer à être l’otage de la vision américaine », estime cet analyste en référence aux divergences entre les deux pays sur le dossier des droits de l’Homme.

Tourné aussi vers la Russie

Washington a exprimé régulièrement son mécontentement sur la répression menée à partir de 2013 contre les opposants au régime. Plus de 1 400 partisans de M. Morsi ont été tués dans la foulée de son éviction, plus de 15.000 emprisonnés et des centaines condamnés à mort dans des procès de masse expédiés en quelques minutes et qualifiés par l’Onu de « sans précédent dans l’Histoire récente ».

« L’Egypte va acheter des armes des Etats-Unis, de la France, de la Russie et peut-être de la Chine », a pronostiqué Ahmed Abdel Halim.

Alors qu’il était ministre de la Défense, M. Sissi était allé à Moscou en février 2014 rencontrer Vladimir Poutine pour discuter notamment de la livraison d’armements russes à l’Egypte.

En septembre, des médias russes avaient assuré que les deux pays s’étaient mis d’accord sur la livraison de systèmes de défense anti-aérienne, d’hélicoptères et d’avions de combat pour 3,5 milliards de dollars, financés par l’Arabie saoudite. Depuis, plus rien n’a filtré sur le sujet.

Lors d’une visite d’Etat mardi de M. Poutine au Caire, lors de laquelle les deux pays ont signé un protocole d’entente pour la construction d’une centrale nucléaire pour la production d’électricité en Egypte, les présidents égyptien et russe se sont mis d’accord sur la poursuite de leur coopération militaire.

Selon Mathieu Guidère, spécialiste de géopolitique du monde arabe, « l’Egypte va continuer à acheter normalement des armes aux Américains. Mais elle achètera aussi des armes à la Russie comme on l’a compris de la dernière visite au Caire du président russe, ce qui la met dans une meilleure position face aux Etats-Unis ».

Depuis le début de la répression de l’opposition, l’Egypte est confrontée à la montée en puissance dans le Sinaï (nord-est) de jihadistes liés au groupe Etat islamique (EI), qui contrôle de vastes territoires en Irak et en Syrie, et craint d’être déstabilisée par le chaos libyen sur son flanc ouest.

Haitham El-Tabei

Source : L’Orient du Jour 15/02/2015

Voir aussi : Rubrique Egypte, L’Egypte appartient aux militaires, La France valide la dictature égyptienne, rubrique Géopolitique, rubrique Economie, rubrique Défense, Politique, Politique Internationale, RencontreGilles Kepel : « La politique française arabe est difficile à décrypter. » On line, Vente d’avions Rafale à l’Egypte : un contrat « historique »,

La France valide la dictature égyptienne

26 novembre 2014 François Hollande légitime le dictateur égyptien

Après une première étape en Italie en début de semaine, le président égyptien Abdel Fatah al-Sissi a poursuivi sa tournée européenne et rencontré à Paris, 26 novembre, son homologue français. C’est la première fois depuis son arrivée au pouvoir et la destitution de Mohammed Morsi en juillet 2013 que le président égyptien est reçu avec les honneurs par François Hollande. Aucune annonce majeure à l’issue de cet entretien, mais une forme de légitimation internationale pour le président égyptien.

En mai dernier, le nouvel homme fort de l’Egypte recevait dans les urnes la légitimité politique qu’il recherchait depuis son arrivée au pouvoir à la faveur de la destitution contestée de Mohammed Morsi, premier président élu de l’ère post-Moubarak.

A présent, c’est sur la scène internationale qu’Abdel Fattah al-Sissi cherche à légitimer son autorité et c’était là le principal objectif de sa rencontre avec François Hollande. Ce dernier n’a pas déçu les attentes du président égyptien, en se contentant d’appeler de ses vœux « la poursuite de la transition démocratique » sans souffler mot de la question des droits de l’homme.

640311-supporters-of-former-egyptian-president-mursi-standing-trial-on-charges-of-violence-react-after-two-La veille, plusieurs associations de défense des droits humains avaient pourtant demandé au président français de mettre la question sur la table, et d’évoquer la répression meurtrière des Frères musulmans (au moins 14 000 morts, et plus de 15 000 arrestations) ainsi que les restrictions toujours croissantes des libertés fondamentales.

Coopération sécuritaire et contrats d’armement

En revanche, les deux hommes ont longuement évoqué la situation sécuritaire dans la région, abordant les dossiers syriens et israélo-palestiniens, et surtout la situation désastreuse de la Libye.

« Nous devons tout faire pour que l’État de droit soit rétabli et éviter que s’installe dans le sud-libyen un terrorisme qui menace l’ensemble de la région », a notamment déclaré M. Hollande, tandis que son homologue égyptien appelait à « soutenir les institutions, les autorités et l’armée nationale libyennes ».

Outre la coopération sécuritaire sur le dossier libyen, la France devrait répondre favorablement au souhait égyptien d’étoffer son équipement militaire. En témoigne la conclusion récente d’un accord entre l’Egypte et le constructeur naval français DCNS pour la livraison de quatre navires de guerre (un milliard d’euros) auxquels deux autres navires pourraient s’ajouter. Un contrat d’entretien pour les Mirage 2000 de l’aviation égyptienne est aussi évoqué ainsi qu’un autre contrat pour la sécurisation des frontières égyptiennes.

Retour à la normale « Vous n’avez rien à craindre en Egypte »

Outre ces contrats militaires, le président égyptien et son homologue français ont évoqué la possibilité d’étendre les investissements directs dont l’Egypte a besoin pour relancer son économie. Le président égyptien a insisté sur le retour des touristes occidentaux, lançant un appel inhabituel aux ressortissants français : « Vous n’avez rien à craindre en Egypte », a notamment déclaré Abdel Fattah Al-Sissi.

Sécurité, économie, tourisme : Abdel Fattah al-Sissi tient au fond le même discours, celui d’une volonté de retour à la normale, plus de trois ans après le printemps arabe. Aux yeux de nombreux activistes égyptiens, et des ONG de défense des droits de l’homme, ce retour à la normale va malheureusement de pair avec une restriction toujours croissante des libertés fondamentales et avec le silence coupable des pays occidentaux sur la question.

MOINS D’UNE SEMAINE APRES LA VISITE D’AL SISSI A L’ELYSEE

Un tribunal égyptien a condamné à mort, mardi 2 décembre, 188 personnes pour leur responsabilité dans la mort d’au moins 13 policiers, tués dans des affrontements avec les partisans du président déchu Mohamed Morsi.

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Chemin de la transition démocratique

Les condamnés étaient accusés d’avoir participé le 14 août 2013 à une attaque meurtrière visant le commissariat de Kerdassa, un village dans la banlieue du Caire, le jour même où les forces de sécurité dispersaient deux sit-in massifs organisés dans la capitale par les partisans de M. Morsi. Cette opération des forces de sécurité avait coûté la vie à au moins 700 personnes en un jour, faisant du 14 août la journée la plus sanglante de la répression contre les partisans de M. Morsi, qui a fait au moins 1 400 morts au total.

Payer ses convictions au prix de sa vie

Payer ses convictions au prix de sa vie

Répression des Pro-Morsi

Depuis la destitution et l’arrestation par l’armée de M. Morsi le 3 juillet 2013, les autorités égyptiennes sont régulièrement accusées d’utiliser la justice comme un outil de répression. Des centaines de pro-Morsi ont été condamnés à mort dans des procès de masse expédiés en quelques minutes. L’ONU avait qualifié ces procès de « sans précédent dans l’histoire récente ».

Les peines capitales prononcées mardi seront soumises, conformément à la loi égyptienne, à l’avis purement consultatif du mufti, le représentant de l’islam auprès des autorités. Elles seront ensuite confirmées ou commuées en peine de prison lors d’un verdict final, attendu pour le 24 janvier.
JMDH avec AFP et RFI
Conseil du quai d’Orsay : Dans un contexte intérieur qui demeure imprévisible et dans lequel se produisent régulièrement des événements affectant l’ordre public (notamment manifestations et rassemblements souvent non annoncés), les voyageurs sont invités à tenir compte strictement des mentions et conseils de précaution indiqués dans la rubrique « Sécurité ».

Danse. Salia Sanou : « La culture résiste par la force de conviction »

Salia SanouSalia Sanou,17 ans de va et vient photo dr

Rencontre. Ex-danseur de la Compagnie de Mathilde Monnier, le chorégraphe burkinabé évoque la place des artistes en Afrique.

« J’ai toujours dansé. La pratique de la danse fait partie de mon quotidien depuis l’enfance. En Afrique, le rapport au corps, à l’espace est omniprésent. On se forme en observant les grands frères et les maîtres »

Le parcours du chorégraphe Salia Sanou est ponctué d’allers-retours entre l’Europe et l’Afrique. Il revient juste du Burkina Faso, son pays d’origine, actuellement traversé par une crise démocratique déterminante. Il a le regard lucide et le coeur plein d’une énergie captée au contact de  la société civile. Il y repart dans un mois pour le Festival Dialogues du corps mis en place à partir du premier Centre de développement chorégraphique africain La Termitière, créé avec Seydou Boro en 2006 dans la capitale du Burkina.

Le parcours de Salia Sanou est singulier. Ouagadougou, 1985, son diplôme d’officier de police en poche, Salia Sanou bifurque pour une formation d’art dramatique. 1992, nouveau tournant marqué par sa rencontre avec Mathilde Monnier sur le spectacle Pour Antigone. Il intègre la compagnie de la directrice du CCN de Montpellier et décide de faire de la danse son métier.

« En Afrique danser n’est pas un métier. C’est une expression, en rapport avec l’émotion, les rituels, la fête. La danse est toujours en lien avec un contexte collectif. En Occident c’est différent. J’ai moi-même vécu un choc par rapport à l’abstraction, le fait d’être dans l’espace et ne pas être dans l’espace. Au début, je n’arrivais pas à danser dos au public ou dans le silence. Cela n’arrive jamais en Afrique sauf quand on enterre nos morts et encore...» Nourri par cette confrontation, le travail de Salia Sanou intègre l’héritage de la danse africaine et de la danse contemporaine européenne.

Artiste engagé

« J’ai eu la volonté de transmettre. Mes premiers spectacles en Afrique se sont faits sous un double regard du public à mon égard. Certains attentaient ce que j’avais à leur apporter, d’autres pensaient que je m’étais perdu. Pour moi il s’agit de faire passer mon vécu en faisant des choix d’auteur, une notion quasi inexistante dans cette société. »

La démarche artistique du chorégraphe s’accompagne d’une implication citoyenne*.

« Depuis l’indépendance, nous avons eu cinquante-cinq ans de pouvoir militaire. Le bilan de la construction démocratique montre que le modèle de gouvernance prôné par l’Occident est totalement fabriqué. Tout comme pouvait l’être celui de Sankara à partir d’un autre modèle. La jeunesse oubliée a précipité la chute de Blaise Comparé mais nous venons d’apprendre que c’est un militaire qui a été nommé Premier ministre pour assurer la transition. Dans ce contexte, le mouvement continue pour apporter une renaissance ».

Face à l’impasse politique et aux pressions de l’Union africaine et de l’Europe en faveur d’un statut-quo, la culture permet-elle un dépassement ?

« La culture est une ouverture. Les arts sensibilisent, font mûrir les consciences avec des actes isolés mais porteurs

JMDH

w * Salia Sanou monte des ateliers de danse dans les camps de réfugiés maliens au Burkina Faso.

Source : L’Hérault du Jour 22 11 2014

Voir aussi : Rubrique Actualité Internationale, rubrique Danse, rubrique Afrique, Burkina Faso, rubrique Rencontre,