Mohamed Ben Saada. « Une démocratie dévoyée »

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Ce militant des quartiers Nord de Marseille intervenait  dans l’atelier « Quartiers populaires et démocratie ». Interview.

Mohamed Ben Saada de l’association « Quartier Nord-Quartiers forts », est manipulateur radio dans la vie. Après plus de deux heures de débat dans l’atelier « Démocratie et quartiers populaires » devant une salle pleine, il a répondu à nos questions.

La Marseillaise. Est-ce qu’il n’y a pas de démocratie dans les quartiers Nord de Marseille ?

Mohamed Ben Saada. Il y a une forme de démocratie complètement dévoyée dont on se contente, je le dis sans aucun détour : une démocratie qui repose sur le clientélisme. Il faudrait trouver un nom spécifique à cette forme parce que quand on veut citer des exemples de dénis démocratique, on a toujours en tête des destinations lointaines. Mais il suffit de regarder la manière dont la vie politique s’organise ici, comment les échéances électorales se déroulent dans nos quartiers. Même de façon périphérique, dans la façon dont les gens continuent à harceler les citoyens qui vont voter, à deux mètres du bureau de vote… Il y a une chape de plomb qui repose sur une relation purement clientéliste. On fait fi de tout ce qui est l’engagement citoyen : les convictions, le fait que l’on soit pour tel ou tel parti, le fait que l’on ait telle ou telle vision du monde. Tout ne repose alors plus que sur : « Si je vote pour toi, tu me donnes quoi ? Un emploi, un appartement… »

La Marseillaise. Mais est-ce que cela ne touche vraiment que ces « quartiers » ?

Mohamed Ben Saada. Cela touche principalement les quartiers populaires dans la vulgarité des procédés. On n’y prend pas de gants. Souvent les médias font référence, lors des élections, à des anomalies dans des bureaux de vote, mais on passe rapidement parce qu’on considère qu’il s’agit de zones où les droits et la démocratie… sont ce qu’ils sont et qu’on y peut rien. Mais ce clientélisme est, à mon sens, le plus abjecte car il repose sur la misère des gens. Après, je suis d’accord. Le clientélisme touche d’autres populations, je ne peux pas dire que cela n’existe pas ailleurs. Dans les quartiers Sud, tout aussi brutalement, le clientélisme prend la forme de promesses du type : « Ne vous inquiétez pas, votez pour moi et il n’y aura pas de logement social ici ».

La Marseillaise. Que faudrait-il faire demain pour réinstaurer une dose de démocratie dans les quartiers ?

Mohamed Ben Saada. Demain, ce n’est pas possible. Le délai est trop court… A mon sens, il faudrait repartir sur des programmes nationaux d’éducation populaire qui soient menés de façon volontariste par les acteurs politiques, les organisations, les syndicats, pour outiller les générations à venir, et faire en sorte que l’éducation populaire, comme elle avait été pensée et organisée en 1947, redevienne ce qu’elle est : le moyen de donner à des jeunes adultes des outils d’appréhension et de compréhension du monde dans lequel ils vivent, pour se forger une opinion.

La Marseillaise. On dit que les services publics ont laissé ces quartiers en friche. Mais pourquoi cette action d’éducation populaire n’existe plus non plus ?

Mohamed Ben Saada. C’est le serpent qui se mord la queue. Tout est lié. Les élus, malgré les promesses qu’ils font, voient vite que sur les territoires où ils sont élus, il n’y a pas beaucoup de votants et ils n’ont donc pas une pression électorale forte. A ces endroits où l’abstention atteint des records, l’engagement et les promesses de service public qui devraient faire partie du contrat social entre les élus et les citoyens, restent donc des chimères… La blague qui court dans nos quartiers, c’est que dès qu’il sont élus ils changent d’opérateur téléphonique.

Propos recueillis par Christophe Casanova

Source ; La Marseillaise, le 28 août 2015

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Le côté ténébreux des artistes napolitains

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Massino Stanzione Suzane et les veillards. photo DR

Musée Fabre. L’âge d’or de la peinture à Naples de Ribéra à Giordano à découvrir jusqu’au 11 octobre.

Après l’expo Corps et ombres : Caravage et le caravagisme européen qui avait suscité en 2012 la jalousie des parisiens, on peut découvrir, L’Âge d’or de la Peinture à Naples : de Ribera à Giordano au musée Fabre jusqu’au 11 octobre. Le parcours composé de 84 oeuvres majeures de la peinture napolitaine suit l’évolution du caravagisme au baroque.

Tous les grands maîtres de la peinture napolitaine sont représentés Caravage, Caracciolo, Vitale, Ribera, Stanzione, Di Lione, Cavallino, Giordano, Beinaschi, Solimena. L’exposition trace aussi le portrait de la cité où réside le vice-roi et siège l’administration du royaume de Naples. Les artistes qui répondent aux commandes fastueuses ne se privent pas de montrer les aspects populaires du port de commerce très actif et la foule qui grouille au marché.

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Ribera St Marie l’Egyptienne

Parmi tous les grands maîtres de la peinture napolitaine présents figurent douze oeuvres majeures du fécond Ribera dont la saisissante et pathétique St Marie l’Egyptienne. Le biographe de Ribera souligne comment l’artiste se rallia au style Caravage tout en notifiant qu’il aurait eu une vie de bohème agitée. Ce que semble attester le regard de l’ange dans le Baptême du Christ.

Au-delà des thèmes classiques des oeuvres ayant attrait au religieux, à la mythologie, aux natures mortes et à l’humanisme, on est saisi par l’ambiance ténébreuse que renforce l’usage du clair obscur. Comme si le climat de guerre politico-religieux qui enflamme l’Europe de l’époque, transparaissait de manière diffuse dans l’expression des grands maîtres tout comme la proximité menaçante du capricieux Vésuve et de la grande peste qui dévasta 60% de la population du royaume. La peinture témoigne de l’inventivité technique des peintres napolitains mais pas seulement. A l’instar du lyrisme sensuel qui se dégage de la martyre Saint Agathe de Guarino.

JMDH

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Source : La Marseillaise 27/08/2015

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Yanis Varoufakis déplore l’impuissance de la France en Europe

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L’ancien ministre grec des Finances Yanis Varoufakis a déploré lundi l’impuissance de la France en Europe, qu’il dit avoir découvert avec surprise lors des négociations sur la Grèce.

Le premier secrétaire du Parti socialiste, Jean-Christophe Cambadélis, a balayé ces remarques, expliquant qu’on ne pouvait pas à la fois souhaiter une bonne entente entre Paris et Berlin et reprocher à la France sa position lors de la crise grecque.

La veille, Yanis Varoufakis avait plaidé, aux côtés de l’ancien ministre français de l’Economie Arnaud Montebourg, pour une réorientation de la politique économique en Europe.

« J’admire beaucoup la France, or j’ai été témoin de son impuissance en Technicolor, j’ai constaté un décalage entre ce que ses représentants disaient et ce qu’ils faisaient », a dit Yanis Varoufakis sur BFM TV et RMC.

« C’était très douloureux pour quelqu’un comme moi qui pensait que la France pouvait être très influente au sein de la zone euro », a-t-il ajouté.

Yanis Varoufakis avait quitté le gouvernement d’Alexis Tsipras début juillet après avoir été le tenant d’une ligne dure dans les négociations européennes.

« Lors de mes conversations avec Messieurs Sapin et Macron, nous sommes tombés d’accord sur quasiment tout. Mais quand on se retrouvait aux réunions de l’Eurogroupe, cet accord s’évaporait », a-t-il poursuivi. « Pourquoi ? Parce que les représentants de la France ne croyaient pas disposer de l’autorité nécessaire pour décider. »

Le ministre des Finances Michel Sapin « avait de bonnes intentions », a précisé Yanis Varoufakis, mais l’influence de son prédécesseur Pierre Moscovici, devenu commissaire aux Affaires économiques, n’était pas suffisamment importante, a ajouté l’ancien ministre grec.

Interrogé sur ces déclarations, Jean-Christophe Cambadélis a répondu sur RTL : « ce n’est pas ce que dit monsieur Tsipras. »

« J’ai cru comprendre il y a quelques mois qu’on reprochait au président de la République de s’être éloigné de Madame Merkel et aujourd’hui on lui ferait le reproche de s’être aligné. Franchement, à un moment donné, il faut choisir ses angles d’attaque », a-t-il ajouté.

Jean-Baptiste Vey,

Source : Reuter 24/08/2015

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Libre de faire de l’art sans les paillettes

Sylvie  la présidente des Anartistes

Sylvie Roblin  la présidente des Anartistes

Dessin. Yaka, 1er festival de la liberté les 21/22/23 août à Monblanc. La manifestation est organisée par une assos citoyenne pour la culture en milieu rural.

La veille des élections départementales, on se souvient que le comité interministériel à la ruralité avait opportunément réuni 11 ministres sous la présidence de Manuel Valls dans une agglo de 40 000 habitant pour évoquer l’attractivité du monde rural et annoncer une batterie de mesures en faveur des territoires ruraux concernant l’accès à la santé les services publics ou le développement à l’accès au numérique et la connexion au téléphone mobile, rien en revanche sur l’accès à la culture.

Le maillage culturel du le monde rural souffre pourtant d’importantes zones d’ombres qui se sont considérablement élargies cette année, avec la réduction des dotations d’État aux communes et aux intercommunalités. Les élus concernés s’en plaignent mais en bout de course, finissent souvent par tailler dans les budget culturels. Et les citoyens sont en reste.

Sur la petite commune héraultaise de Montblanc la présidente de l’Assos’ Thau Mate les Anartistes, Sylvie Roblin, se bat pour créer un îlot culturel exigeant sur son lieu de vie, à raison d’une proposition de spectacle par semaine. « Ce type de bénévolat demande beaucoup de temps et d’implication, confit-elle, mais je pense que la culture est un droit fondamental comme l’accès à l’eau ou au logement. Un droit oublié qui figurait dans le programme du Conseil National de la Résistance. »

Ironie du sort son association organise ce week-end à Montblanc le premier festival Yaka du dessin de presse, au moment où le village fête la Libération avec le sempiternelle bal du dimanche soir. « L’association vient de poser ses valises à Montblanc, indique Sylvie Roblin, en 2014 nous avons organisé le festival Femme plurielle, à Roujan sans aucune subvention. On a dû éponger 20 000 euros de dette. Cette année nous partons une nouvelle fois sans subvention avec un budget plus modeste mais toujours beaucoup d’exigence. »

Le dessin réalisé par le dessinateur belge Soudron pour l'affiche du festival

Le dessin réalisé par le dessinateur belge Soudron pour l’affiche du festival

Les Anartistes reçoivent notamment la dessinatrice Nadia Khiari, sur la liste noire des salafistes, dont le chat Willis from Tunis est devenus un personnage de la révolution tunisienne.

« L’idée du festival est venue après les attentats de janvier. On connaissait Tignous, on a été très touché. On travaille avec le festival international du dessin de presse de L’Estaque. Le dessinateur algérien Fathy Bourayou, son fondateur sera parmi nous. Après les attentats, beaucoup de festivals de dessin de presse ont été annulé pour des causes de sécurité. C’est un peu la double peine. »

Durant le festival les artistes animeront des ateliers de dessin pour les enfants. Il y aura des expos et des concerts. Comme le disait les membres du CNR le combat citoyen pour un équilibre moral et social ne doit pas prendre fin à la Libération.

JMDH

www.les-anartistes.fr/yaka-festival/

Source : La Marseillaise  19/08/2015

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Ils ont été recalés de la FIAC : mais pourquoi eux ?

Autoportrait de Julien Salaud.  L'outsider français ne sera pas présent à la FIAC.
Cette année encore, l’annonce des exposants retenus pour la prestigieuse Foire parisienne d’art contemporain a fait polémique. Retour sur les critères de sélection de la FIAC, en compagnie des principaux intéressés.

On l’attendait : la sélection des exposants de la FIAC 2015, qui se tiendra du 22 au 25 octobre à Paris, a été récemment dévoilée : 173 galeries, issues de 22 pays, seront exposées cette année sous la nef du Grand Palais. Gagosian, Perrotin, Hauser et Wirth : habituées de la prestigieuse Foire Internationale d’Art Contemporain, les grosses pointures n’avaient pas à s’inquiéter. En revanche, un certain nombre d’enseignes françaises de qualité se retrouvent sur le carreau. De taille intermédiaire, ces galeries n’auraient-elles plus leur place à la FIAC ? On s’interroge sur les critères de choix d’une foire de plus en plus internationale et sélective.

Des refus qui étonnent

 

Econduite depuis 5 ans, Suzanne Tarasieve proposait pourtant le solo-show onirique de Julien Salaud qui, récemment exposé au Musée de la Chasse et de la Nature, avait fait la réouverture du Palais de Tokyo en 2012. Recalée elle aussi, Claudine Papillon présentait une exposition du peintre franco-polonais Roman Opalka. Quant à Laurent Godin et Praz-Delavallade, ils seront également absents cette année. Dans le monde de l’art, beaucoup s’en étonnent.

La dernière fois que Suzanne Tarasieve était à la FIAC, c’était en 2010 : dans la Cour Carrée du Louvre (espace complémentaire de la FIAC à l’époque), ses photographies de Boris Mikhaïlov avaient été particulièrement remarquées : « J’ai l’impression que quand on a trop de succès, on nous vire ! » déplore-t-elle. La galeriste ne sait plus quoi répondre à ses visiteurs : « Beaucoup de gens ne comprennent pas pourquoi je ne suis pas à la FIAC. Ils sont stupéfaits ! », nous confie-t-elle. « Il y a trois ans, j’ai présenté un show magnifique. Quand on leur a demandé pourquoi il était refusé, ils nous ont répondu que c’était parce ce n’était pas un artiste de notre galerie. Mais on le défendait depuis des années ! » s’exclame-t-elle.

Pour les refusés, c’est un coup dur. Car aujourd’hui plus que jamais, il faut en être. « Les instances de validation et de consécration […] passent beaucoup plus de temps à visiter les foires et les biennales, dès lors incontournables, qu’à visiter les galeries », écrivait le sociologue Alain Quemin dans une analyse distribuée par Artprice lors de la FIAC 2008. Ce que confirme Bruno Delavallade, exclu pour la première fois cette année : « L’absence de la FIAC, c’est […] un discrédit sur notre programme » et « un coup bas pour les artistes que nous défendons ». Suzanne Tarasieve va plus loin : « Il faut le dire, certains galeristes crèvent de faim s’ils ne sont pas à la FIAC ! ».

La FIAC assume ses choix

 

Interrogée à ce sujet, Jennifer Flay, Directrice artistique de la FIAC depuis 2003, a d’abord tenu à présenter le comité de sélection, regroupant huit galeristes « tous très respectés dans le milieu de l’art contemporain ». Composé cette année de David Fleiss, Christophe Van de Weghe, Samia Saouma, Gisela Capitain, Simon Lee, Solène Guillier, Jan Mot et Alexander Schroeder, le jury de la FIAC est renouvelé régulièrement et se réunit plusieurs fois dans l’année. « Les membres du comité sont en rotation permanente. Chaque membre peut rester pour deux ans, renouvelables une fois. Cette année, le comité comportait deux nouveaux membres » explique Jennifer Flay.

Réunis en avril durant quatre jours pour la sélection, ils examinent les candidatures « une par une et dans le détail en tenant compte des critères » : l’historique de la galerie, les artistes qu’elle représente, son programme d’expositions, ses activités extra-muros et son projet pour la FIAC. Des « appréciations » entrent aussi en jeu, telles que « la capacité de la galerie à accompagner ses artistes et à les aider à se développer » ou « son rayonnement sur la scène nationale et internationale » ajoute-t-elle.

Mais pourquoi ces refus ? Le manque de place est la principale raison invoquée. « Le Grand Palais, un de nos atouts, n’est pas un espace extensible », rétorque Jennifer Flay. « Il y a toujours plus de candidatures que de places disponibles, et il y a par ailleurs une gamme chronologique et historique à respecter », précise-t-elle. Après une nouvelle étude, le comité retient donc les meilleures propositions. « Nous faisons notre maximum pour optimiser les surfaces d’exposition », assure Jennifer Flay, qui rappelle le lancement l’an dernier d’un second site, à la Cité de la Mode et du Design, pour la foire « OFFICIELLE ».

« S’il n’y a pas de place, pourquoi ne font-ils pas un roulement ? » s’interroge Suzanne Tarasieve. Cette idée, qui permettrait de donner leur chance à des galeries également méritantes, « ne représente pas une solution très satisfaisante » pour Jennifer Flay. « En tant que Directrice de la FIAC, je me dois de viser la plus haute qualité » tranche-t-elle. « Je ne pense donc pas qu’il soit utile d’instaurer un roulement qui nous conduirait à choisir des galeries moins performantes ». Suzanne Tarasieve, Claudine Papillon ou Laurent Godin ne seraient-elles pas à la hauteur ? « Ce sont de bonnes galeries et elles rentrent dans les critères de la FIAC » reconnaît Jennifer Flay. « Ne pas les retenir n’est pas plaisant, mais nous nous devons de rester fidèles aux critères qualitatifs que la FIAC s’est fixé ».

De fausses excuses ?

 

Les choix du comité seraient-ils influencés par d’autres critères non officiels ? C’est en tous cas ce qu’avancent certains. « Ce n’est pas normal que nous soyons jugés par nos pairs », critique Suzanne Tarasieve. « Il arrive que certains membres du jury nous détestent. Quand il y a des rivalités ou du copinage, on n’a pas affaire à un vrai jury. C’est le problème de toutes les foires internationales », déplore-t-elle. Il est vrai que les membres du comité sont galeristes et de surcroît eux-mêmes exposés à la FIAC. Cependant, Jennifer Flay l’assure, « les candidatures sont examinées suivant un processus qui est identique pour tous ». Et selon le site de la FIAC, il serait important que le comité soit composé de galeristes, qui « connaissent parfaitement le marché de l’art […], leurs collègues […] et les spécificités des marchés locaux ».

Autre raison possible : ni très riches ni émergentes, ces galeries de taille intermédiaire intéresseraient moins la FIAC. En effet, cette dernière se donne pour mission d’être à la fois une vitrine pour de puissantes galeries telles que Perrotin ou Gagosian, qui lui confèrent un indispensable cachet, et pour de jeunes enseignes, preuves qu’elle joue un rôle important dans la découverte de nouveaux talents. « Il n’y a pas de place pour des galeries comme nous qui ne brassent pas des milliards et ne sont pas émergentes », constatait amèrement Claudine Papillon. Un avis partagé par Suzanne Tarasieve : « On est entre les deux et je pense que ça les gêne », dit-elle.

Enfin, le règne des « puissantes enseignes internationales » pourrait être en cause. C’est l’avis de Bruno Delavallade, pour qui ces dernières seraient favorisées. « C’est les galeries américaines avant tout, alors que la qualité n’est pas toujours au rendez-vous ! » s’exclame Suzanne Tarasieve.

En vérité, il y a davantage de galeries françaises que de galeries américaines cette année : 24 % de galeries françaises, contre 21% de galeries américaines, tandis que le total des galeries européennes représente 68% des exposants (contre 25% l’an dernier). Néanmoins, le pourcentage des galeries américaines reste élevé. L’an dernier, selon Les Echos (même si là encore le nombre de galeries françaises était plus élevé que celles venant des Etats-Unis), les artistes américains auraient été deux fois plus nombreux que ceux originaires de l’Hexagone, qui se serait placé en troisième position derrière l’Allemagne.

« On ne prête qu’aux riches », explique le sociologue Alain Quemin, auteur de « Les stars de l’art contemporain » (CNRS Editions, 2013). « Plus un pays est aujourd’hui important, plus il a de chances de le rester ensuite. Ainsi, même s’ils le nient, les acteurs de ce milieu ont intégré le fait qu’un artiste américain ou allemand était plus important qu’un artiste français ». Mais ce ne serait pas là le seul problème, puisque le Japon et la Chine sont très peu représentés. En 2013, Guillaume Piens, commissaire général d’Art Paris Art Fair, jugeait d’ailleurs que la FIAC était « une foire très adossée sur le marché anglo-saxon », se concentrant surtout sur l’ouest et pas assez sur l’est.

Quoi qu’il en soit, il reste des solutions pour les refusés de la FIAC 2015. S’ils n’ont pas été repêchés à la dernière minute comme la galerie Continua, il y a toujours les foires « off », qui se développent de plus en plus, telles que Slick Art Fair, YIA, Art Elysées ou encore Outsider Art Fair. Quant à Suzanne Tarasieve, elle présentera le projet de Julien Salaud au Loft 19, pendant la FIAC.

Joséphine Blindé

Source Télérama 15/07/2015

Voir aussi : Actualité France, Rubrique Art, rubrique Exposition,  rubrique Rencontre, Hervé Di Rosa,