Réactions en chaîne après les révélations de Wikileaks

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Il est encore trop tôt pour évaluer les conséquences de la publication de documents secrets par Wikileaks. Quelques réactions à chaud après la bombe diplomatique…

La France solidaire de l’administration us

François Baroin, porte-parole du gouvernement, considérant comme «une menace» la publication par WikiLeaks de documents secrets, a dit la France «très solidaire de l’administration américaine». «Nous sommes très solidaires de l’administration américaine sur la volonté d’éviter ce qui, non seulement porte atteinte à l’autorité des Etats, à la qualité de leurs services, mais met en danger des hommes et des femmes qui ont travaillé au service du pays», a déclaré Baroin sur Europe 1. Il a indiqué que le gouvernement français avait «été informé par les autorités américaines de la réalité de ces publications». «Il faut qu’on soit très attentifs et très solidaires au niveau des Etats pour lutter contre ce qui est une menace» contre «l’autorité et la souveraineté démocratique», a-t-il insisté.

Selon le ministre, s’il y avait un tel site en France qui révélait des secrets d’Etat, «il faudrait être intraitable», le «poursuivre». «Moi j’ai toujours pensé qu’une société transparente, c’était une société totalitaire», a dit le ministre. «La protection des Etats, c’est quelque chose de sérieux, c’est la protection des hommes, des femmes, des citoyens» qui est en jeu, a expliqué le porte-parole.

Bogota regrette les fuites

Le président colombien Juan Manuel Santos a regretté lundi la diffusion par le site WikiLeaks de 250.000 notes diplomatiques américaines et manifesté sa solidarité envers les Etats-Unis, face à ce qu’il considère un « risque énorme » pour sa sécurité.

« Le gouvernement de Colombie regrette la fuite de documents diplomatiques des Etats-Unis et se solidarise avec l’administration du président Barack Obama face à ce qu’il considère un énorme risque pour la sécurité du peuple américain et de ses fonctionnaires », a déclaré la présidence dans un communiqué. La Colombie, l’un des principaux alliés des Etats-Unis en Amérique latine, serait évoquée plus de 2.000 fois dans ces notes, selon la presse colombienne qui n’a toutefois pas à ce stade publié de documents la concernant.

Depuis l’an 2000, Bogota a reçu plus de six milliards de dollars d’aide américaine dans le cadre du Plan Colombie de lutte contre les guérillas d’extrême gauche et le trafic de cocaïne, dont elle a longtemps été le premier producteur mondial. Lundi l’ambassadeur des Etats-Unis en Colombie, Michael Mckinley, a affirmé pour sa part que les relations entre les deux pays resteraient étroites en dépit des fuites, tout en assurant que le contenu des éventuels rapports diffusés sur la Colombie n’était pas le résultat d’activités d’espionnage.

Chavez demande à Clinton  de démissionner

Le président vénézuélien Hugo Chavez a appelé lundi la secrétaire d’Etat américaine Hillary Clinton à démissionner au lendemain de la publication de notes diplomatiques confidentielles américaines par le site WikiLeaks.

« L »empire (américain) est mis à nu (…) Mme Clinton doit démissionner », a affirmé Hugo Chavez lors d’un discours retransmis par la chaîne de télévision VTV. « C’est le moins que vous puissiez faire: démissionner. Ainsi que les autres délinquants travaillant au département d’Etat », a ajouté le chef de file de la gauche radicale latino-américaine. « Quelqu’un devrait étudier l’équilibre mental de Mme Clinton », a suggéré Hugo Chavez faisant référence à un document relatif à l’état de santé mentale de la présidente argentine Cristina Kirchner. « Je crois que quelqu’un doit démissionner. Je ne dis pas que çà doit être le président (Barack) Obama », a-t-il ajouté. « Les Etats-Unis attaquent les gouvernements et leur manquent de respect, y compris ceux de leurs alliés », conclut le président vénézuélien qui a félicité WikiLeaks pour « son courage ».

Les contacts de l’Iran avec le renseignement canadien

Le renseignement canadien a eu des contacts en 2008 avec le ministère iranien du Renseignement et de la Sécurité, à la demande de ce dernier, qui a proposé son « aide » en Afghanistan concernant d’éventuels attentats, révèle lundi un document provenant des fuites de WikiLeaks.

Ce document, rendu public par le New York Times, rend compte d’une rencontre à Ottawa, le 2 juillet 2008, entre le chef du service canadien de renseignements CSIS, Jim Judd, et un conseiller du département d’Etat Eliot Cohen. Il révèle un épisode inédit, les relations entre Ottawa et Téhéran étant très fraîches depuis plusieurs années. M. Judd a indiqué à son interlocuteur que son service était « très, très préoccupé » par l’Iran. « Le CSIS a récemment parlé avec le ministère du Renseignement et de la Sécurité, après que cette agence eut demandé un canal de communication avec le Canada », a-t-il dit. « Les Iraniens ont accepté d’+aider+ (le Canada) sur des questions afghanes, y compris en partageant des informations sur des attentats potentiels », poursuit le câble diplomatique envoyé par l’ambassade américaine à Ottawa.

La Chine « prête à abandonner la Corée du Nord »

Cependant, a confié M. Judd, « nous n’avons pas compris ce qu’ils voulaient vraiment », car il est clair que « les Iraniens veulent saigner la FIAS (Force internationale d’assistance à la sécurité en Afghanistan, ISAF)… lentement ». Un responsable sud-coréen estime que la Chine est « prête à abandonner la Corée du Nord » et accepterait l’unification de la péninsule coréenne, selon un document officiel américain divulgué par le site WikiLeaks et publié lundi par le Guardian. Ce responsable, le vice-ministre sud-coréen des Affaires étrangères Chun Yung-Woo, a fait cette déclaration à un ambassadeur des Etats-Unis, d’après le document cité par le quotidien britannique. Toujours selon ce document, M. Chun pense que les dirigeants du Parti communiste chinois « ne considèrent plus la Corée du Nord comme un allié utile ou fiable ». Le responsable sud-coréen estime aussi que la Chine « ne sera pas capable d’arrêter l’effondrement de la Corée du Nord après la mort de son leader Kim Jong-Il », indique la note citée par le Guardian.

Clinton s’excuse pour les fuites sur la Turquie

La secrétaire d’Etat américaine Hillary Clinton a présenté ses excuses pour les fuites concernant la Turquie de notes diplomatiques américaines orchestrées par le site WikiLeaks, a annoncé lundi à Washington le ministre turc des Affaires étrangères Ahmet Davutoglu. « Mme Clinton s’est excusée auprès de la Turquie du fait qu’elle était citée dans ces notes confidentielles rendues publiques », a-t-il dit dans une déclaration à des journalistes à Washington après avoir rencontré son homologue américaine dans le cadre de sa visite de travail aux Etats-Unis.

Le ministre était cité par les chaînes de télévision turques. M. Davutoglu a affirmé que les câbles ne mettaient pas en cause les bons rapports entre son pays et les Etats-Unis. « Ces notes ne changent pas le regard que nous portons sur les Etats-Unis », a-t-il déclaré. Dans certains télégrammes diplomatiques rendus publics par WikiLeaks, Ahmet Davutoglu est qualifié d' »exceptionnellement dangereux » par un informateur des diplomates américains en poste à Ankara. Les télégrammes américains obtenus par WikiLeaks montrent la suspicion grandissante des Occidentaux à l’égard de la Turquie, pays membre de l’Otan mais dont le Premier ministre « hait Israël », selon les termes de diplomates américains. « Ces publications ne représentent pas seulement une attaque contre les intérêts diplomatiques américains. Elles représentent aussi une attaque contre la communauté internationale », a estimé Hillary Clinton au cours d’une brève conférence de presse après avoir rencontré le ministre turc.Au cours de cette conférence de presse, le chef de la diplomatie américaine a « condamné » la publication la veille par WikiLeaks de 250.000 documents confidentiels et a déclaré que les Etats-Unis « regrettaient vivement la divulgation d’informations destinées à être confidentielles ».

Voir aussi Rubrique Médias Wikileaks fait péter un cäble à Washington,

Quand le chercheur cultive la pensée unique

Frédéric Martel. Photo DR

Essai. Frédéric Martel entreprend une enquête fouillée sur la culture de masse à travers le monde.

Dans Mainstream, Enquête sur cette culture qui plaît à tout le monde, le chercheur et journaliste Frédéric Martel, a mené une enquête sur la culture grand public dans trente pays. L’auteur analyse le jeu des acteurs, les logiques des groupes et suit la circulation des contenus sur cinq continents.

Un ouvrage riche en information pour aborder le fonctionnement et les enjeux de la culture de masse à travers le monde. Dans ce nouveau schéma du capitalisme culturel, les médias, Internet et la culture sont étroitement mêlés. On apprend beaucoup sur le modèle de production de contenu qui reste l’apanage des Etats-Unis. Avec 50% des exportations mondiales de contenu de bien ou de service culturel et d’information, le géant américain domine le secteur sans avoir vraiment de concurrence. Mais tout en usant de barrières protectionnistes efficaces sur leur marché intérieur, les Chinois se sont mis aux travail et leur fusée culturelle décolle. L’Inde, l’Indonésie, L’Arabie Saoudite sont dans la course. On assiste aussi à une montée significative des pays émergents comme le Brésil qui mise sur Internet et le potentiel de la jeunesse de sa population. L’Europe apparaît bien fragile. L’auteur évoque une juxtaposition de cultures nationales fécondes qui peinent à s’exporter.

Frédéric Martel s’oppose  à la lecture néo-marxiste qui considère que l’important pour analyser l’industrie créative est de savoir qui détient le capital et qui est le propriétaire des moyens de production avec le présupposé que celui qui les possède les contrôle. La nature de ses recherches démontre  que l’articulation entre créateurs, intermédiaires, producteurs et diffuseurs s’inscrit désormais dans une organisation interdépendante plus complexe. Reste que la nouvelle grille de lecture prônée par l’auteur ne propose rien d’autre qu’une adaptation à la financiarisation de l’économie. L’ensemble du livre repose sur une structure qui répond à « une guerre mondiale des contenus », une forme de pendant à la vision géopolitique du Choc des civilisations. On garde espoir qu’il existe d’autre manière de concevoir la modernité que sous l’angle de l’uniformisation culturelle.

Jean-Marie Dinh

Mainstream, éditions Flammarion, 455p, 22,5 euros

Invité des rencontres Sauramps, Frédéric Martel a présenté son dernier livre à l’Université Montpellier 3.

Voir aussi : Rubrique politique culturelle, Crise et budgets culturels, l’effet domino, Garder des forces pour aller à l’efficace, Régionales : visions croisées sur l’enjeu de la culture , le modèle français,

La dernière fuite de WikiLeaks fait péter un câble à Washington

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Photo. AFP

Que serait la diplomatie si elle se déroulait en public ? Voici la réponse à la question, posée ce week-end par le journaliste américain Jeff Jarvis : le site WikiLeaks a commencé à publier hier un ensemble de plus de 250 000 télégrammes rédigés ces dernières années par le ministère américain des Affaires étrangères et son réseau d’ambassades dans le monde. La plupart de ces documents couvrent la période entre 2004 et mars 2010. Ils fourmillent de détails sur tous les dossiers stratégiques du jour.

L’iran, «état fasciste». Parmi ce nouveau torrent de documents, un câble daté du 16 septembre 2009 rapporte, comme si on y était, un entretien du secrétaire d’Etat adjoint, l’Américain Philip Gordon, avec le conseiller diplomatique de l’Elysée, Jean-David Levitte et quelques autres conseillers. Au sujet de la Russie, l’un des diplomates français, Roland Galharague, affirme : «La racine du problème, c’est le régime.» Loin des courbettes habituellement réservées au duo Poutine-Medvedev, le conseiller de l’Elysée chargé de la Russie, Damien Loras, renchérit : «Les dirigeants russes manquent de vision suffisante à long terme pour leur pays et, au lieu de cela, se concentrent sur un horizon à six mois et sur leurs intérêts commerciaux», rapporte le télégramme. D’ici quatre ou cinq ans, «la Russie ne pourra plus subvenir à la demande européenne» en matière d’énergie, met en garde le même Damien Loras : cela risque de donner à la Russie «encore plus de possibilités d’influence sur une Europe qui ne s’est pas préparée à diversifier son approvisionnement énergétique». Toujours au cours de cet entretien, Jean-David Levitte qualifie l’Iran «d’Etat fasciste» et le président vénézuélien, Hugo Chávez, de «fou». «Il est en train de transformer l’un des pays les plus riches d’Amérique latine en un nouveau Zimbabwe», explique le conseiller diplomatique de Sarkozy à ses hôtes américains.

Le monde entier en prend pour son grade avec cette nouvelle avalanche de documents. Selon un télégramme, Nicolas Sarkozy est «un roi nu». L’ambassade américaine à Paris en rajoute : «Il est susceptible et a un style personnel autoritaire.»

A propos de la chancelière allemande, Angela Merkel, on lit qu’elle «évite les risques et est rarement créative». Au sujet des deux Corées, au cœur des préoccupations mondiales ces jours-ci, des télégrammes montrent que les Sud-Coréens ont proposé d’offrir des «incitations commerciales à la Chine» pour qu’elle se rende à l’idée d’une réunification de la péninsule. Le troc est bien une méthode courante de la diplomatie américaine rappellent d’ailleurs ces documents : la Slovénie s’est vue demander d’accueillir un prisonnier de Guantánamo en échange d’une entrevue avec le président Obama. La Belgique s’est entendue suggérer qu’accueillir des prisonniers de la base militaire serait, pour elle, «un moyen à moindre coût de jouer un rôle de premier ordre en Europe».

La Chine, enfin, est montrée du doigt à de nombreuses reprises. Un document affirme que le Bureau politique du Parti communiste est directement à l’origine des attaques contre Google en Chine. Depuis 2002, des agents recrutés par le gouvernement chinois s’efforceraient aussi de pénétrer dans les ordinateurs du gouvernement américains et de ses alliés occidentaux.

«Protection». Les documents dont WikiLeaks est en possession «abordent une immense gamme de sujets très sensibles», a reconnu Elizabeth King, secrétaire adjointe à la Défense. Hillary Clinton, la secrétaire d’Etat, a appelé en personne ses homologues allemand, français, chinois, afghan, saoudien et émirati pour tenter d’amortir le choc. D’autres diplomates américains se sont chargés de prévenir l’Australie, la Grande-Bretagne, le Canada, le Danemark, la Norvège et Israël. «A la différence des opinions publiques, les Etats ne seront pas tellement surpris d’apprendre ce que les Américains pensent d’eux», prédit Justin Vaïsse, directeur de recherches sur la politique étrangère américaine et l’Europe à la Brookings Institution. Mais ces documents peuvent être aussi révélateurs des «initiatives de certains pays européens sur l’Afghanistan ou l’Iran». Cette publication va «mettre en danger les vies d’innombrables innocents», a protesté l’administration Obama, comme elle l’avait déjà fait en juillet et en octobre, quand WikiLeaks avait mis en ligne des documents sur les guerres d’Afghanistan et d’Irak. Ces notes «ont été fournies en violation de la législation américaine et sans considération pour les graves conséquences de cette action», souligne le conseiller juridique du département d’Etat, Harold Koh, dans une lettre au fondateur de WikiLeaks, Julian Assange. Passé le moment de bonheur qu’auront les journalistes du monde entier à publier les extraits les plus cinglants, ces fuites risquent d’être «dommageables» redoute aussi Justin Vaïsse : «Elles vont conduire à accroître la protection des informations, à des destructions de documents et à un renfermement des diplomates sur eux. Au final, elles vont rendre la vie internationale moins transparente et plus secrète.»

Lorainne Millot

Correspondante à Washington pour Libération

Voir aussi Rubrique Médias 400 000 documents secrets sur la guerre en l’Irak,

« La création de vérité se greffe sur l’expérience »

Amaldo Correa. Photo Rédouane Anfoussi

Amaldo Correa. Photo Rédouane Anfoussi

en 1935, Arnaldo Correa vit à La Havane. Après des études d’ingénieur des mines, il revient travailler dans son pays. Il a vécu certains épisodes relatés dans L’appel du pivert royal, premier livre de l’auteur traduit en français qui vient d’être édité à Sète aux Editions Singulières. Depuis son premier roman, paru en 1966, il est considéré comme l’un des fondateurs du thriller cubain.

Vous avez vécu certains épisodes que l’on retrouve dans votre livre. Comment avez-vous abordé le rapport entre fiction et réalité ?

Votre question soulève un conflit intérieur qui se joue entre l’écrivain et la personne. Dans mon cas, ce conflit concerne aussi la manière de restituer ce que j’ai vécu à une certaine époque. La création de vérité se greffe sur l’expérience vécue. Je fais partie de la génération qui peut témoigner du Cuba de 1958, ce que reflète ce roman. A cette époque j’étais ingénieur pour une compagnie américaine. Je disposais d’une très bonne situation et à mes côtés, je voyais mon peuple perdre son sang dans la guerre. Issue d’une famille pauvre, j’avais fait beaucoup de sacrifices pour avoir une bonne situation mais là il fallait prendre une décision. J’ai opté pour le risque. Il en a résulté à la fois une bénédiction et une malédiction que j’ai traînée toute ma vie.

Comment avez-vous fait vos premiers pas vers l’écriture ?

C’était en 1953, je venais d’avoir 17 ans. J’aimais écrire. Un jour j’ai envoyé un recueil de mes textes à la revue Bohemia. En retour, j’ai reçu une lettre du directeur qui disait qu’il avait beaucoup apprécié et qu’il acceptait une collaboration régulière. J’étais ravi d’autant qu’il payait très bien, ce qui m’a permis d’aller faire mes études aux Etats-Unis. Quand il a appris mon âge, il m’a dit que j’étais un écrivain de naissance et m’a donné ce conseil : si tu veux devenir un écrivain, il faut d’abord que tu vives. Plus tard j’ai rencontré Hemingway qui a suivi la même voie. Après avoir écrit ce livre, je me suis dit que j’avais fait un peu comme lui avec la guerre d’Espagne.

L’action du livre débute en 1958. On retrouve un jeune ingénieur qui travaille en pleine guerre civile pour le compte d’une multinationale qui s’entend avec la dictature de Batista tout en négociant avec les rebelles …

C’est un épisode vécu, je me souviens quand les rebelles sont arrivés dans le camps avec leurs grandes barbes bibliques… L’histoire d’amour avec Adela est aussi tiré de ma rencontre avec une jeune femme en fuite après que les forces gouvernementale aient assassiné son père.

Vous avez travaillé avec Castro…

Avant je me contentais de vivre, après la révolution je voulais changer les choses. Cela m’a ouvert la conscience. J’ai réfléchi au sens de la vie, à la nature humaine. J’ai coupé de la cannes à sucre avec Fidèle pour montrer l’exemple. Aller à la campagne en tant qu’ingénieur hydraulique m’a permis d’acquérir une sensibilité écologique.

Castro vient de déléguer ses pouvoirs de chef du PCC. Quelle est la nature du débat qui traverse actuellement la société cubaine ?

La question qui se pose c’est comment résoudre les problèmes économiques en faisant en sorte que la société soit durable. Le jour où nous avons décidé d’alphabétiser et d’éduquer l’ensemble de la population il n’y avait plus de main d’œuvre pour travailler. Rêver ne coûte rien dit le proverbe, mais dans la réalité cela à un prix.

L’évolution du système castriste vous parez-elle possible ?

J’ai connu cinq systèmes à Cuba. Le capitalisme, le rêve, le système soviétique, la déroute liée à son effondrement, et la situation actuelle où les gens cherchent des solutions. Je suis très critique envers Cuba mais je n’oublie pas que le pays le plus puissant du monde y a mené une politique criminelle. Il faut trouver une sixième voie mais notre indépendance n’est plus négociable.

recueilli par Jean-Marie Dinh

L’appel du Pivert royal, éditions Singulières 19 euros

Voir aussi : Rubrique Rencontre

Islam éthique et société

Conférence. Tariq Ramadan au multiplexe de Montpellier à l’invitation de L’Union  des musulmans de l’Hérault.

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Tariq Ramadan

Ambiance particulière hier au Gaumont Multiplexe où se croisent la ruée pour aller voir le dernier Harry Potter et le public venu assister à la journée de rencontres initiée par l’Union des musulmans de l’Hérault. « Notre objectif est de fédérer les musulmans de Montpellier et de l’Hérault au-delà de leur appartenance ethnique explique le coordinateur Abdelkader El Marraki de l’UOIF, un groupement d’associations locales et d’individus qui s’efforce d’incarner un islam civique et citoyen. « Dans un premier temps, la mairie nous avait accordé la Salle des Rencontres avant de nous proposer la salle G. de Nogaret mais 300 places, c’était trop petit pour faire entrer tout le monde. Nous avons finalement loué à nos frais une grande salle ici. » En fin de matinée près de 600 personnes étaient présentes dans le temple du pop-corn pour écouter la conférence de l’intellectuel Tariq Ramadan sur le thème : Ethique musulmane face aux défits de la société moderne.

Recherche de sens

S ‘adressant à la communauté musulmane, l’universitaire qui enseigne dans les plus prestigieuses universités internationales, demande à son public des efforts de concentration. Le téhologien contreversé envisage l’éthique comme un approfondissement de la foi. « L’éthique se comprend à la lumière du sens », ce qui signifie pour les musulmans « à la lumière de la révélation ». Durant 50 mn le conférencier s’efforce d’apporter des repères pour adapter les règles d’un comportement éthique au monde d’aujourd’hui « plus rapide et superficiel ». Il prône notamment une éthique de l’intérieur qui bouscule les dogmes pour allier les grands principes de l’islam à la vie intime et collective : favoriser le dialogue au sein de la cellule familiale, reconnaître le besoin d’écoute et d’amour des individus, protéger son intelligence en évitant les drogues et en favorisant l’accès à l’enseignement public des enfants sans distinction de genre, apporter une contribution musulmane au monde globale en militant pour un monde plus juste. Un discours de raison pas exempt de critiques à l’égard des musulmans : « Vous pouvez dire de Guantanamo c’est une honte mais 80% des pays à majorité musulmane pratiquent la torture (…) la dignité humaine ne doit pas s’appliquer en fonction du passeport (…) Il n’y a pas d’éthique à géométrie variable (…) soyez des sujets pas des consommateurs…

Devenir de l’Islam en France

Le discours semble visiblement assez loin de l’activisme des groupements radicaux mis en avant dans les masses médias qui cristallisent en France toutes les angoisses et les phobies, insécurité, mixité sociale, multiculturalisme, intégration de la Turquie dans l’UE… Reste les tensions liées à la perception de l’Islam par la société française. A commencer par la classe politique qui se voile souvent la face en se réfugiant derrière le principe de la laïcité. De vraies questions se posent, notamment à l’égard de la Charia, ensemble de lois doctrinales qui codifient à la fois les aspects publics et privés de la vie d’un musulman, ainsi que les interactions sociétales. L’heure semble plus que venue de quitter l’islamoscepticisme ambiant pour s’intéresser plus sérieusement aux opportunités de renouveau de cette religion dans la société française.

Jean-Marie Dinh

Commentaire : La publication de cet article dans l’Hérault du Jour a valu à son auteur une remontrance de sa direction.

Voir aussi : Rubrique Religion, rubrique société laïcité et république, rubrique livre diversité musulmane,