Fukushima : Multiplication par 90 en trois jours du niveau de césium radioactif

 D’où vient la hausse rapide de la radioactivité à Fukushima ?

Le Monde

Que se passe-t-il vraiment à Fukushima ? Mercredi 10 juillet, la compagnie Tepco, l’exploitant de la centrale nucléaire japonaise ravagée par le séisme et le tsunami du 11 mars 2011, a annoncé avoir mesuré la veille, dans un forage situé entre les réacteurs et le bord de mer, une nouvelle augmentation des taux de césium radioactif dans la nappe phréatique. Ils atteignaient 22 000 becquerels par litre d’eau (Bq/l) pour le césium 137 et 11 000 Bq/l pour le césium 134. Le 8 juillet, ces niveaux étaient de 18 000 et 9 000 Bq/l, soit respectivement… 86 et 99 fois plus que les taux relevés trois jours auparavant.

Infographie Le Monde

Infographie Le Monde

Le 5 juillet, Tepco avait déjà signalé, au même endroit, un taux astronomique de 900 000 Bq/l d’un autre radioélément, le strontium 90. L’électricien avait alors indiqué que le point de prélèvement se situait sur le passage d’une canalisation où s’étaient déversées de grandes quantités d’eau contaminée en avril 2011, un mois après la catastrophe.

Cette explication n’est pas nécessairement celle de la récente et brusque montée des teneurs en césium. Celle-ci pourrait être le résultat de la lente migration souterraine, via la nappe phréatique, de produits de fission arrachés aux cœurs fondus des réacteurs sinistrés, dans les jours ou les semaines qui ont suivi l’accident. C’est l’une des hypothèses, « plausible mais non certaine », que formule Thierry Charles, directeur général adjoint de l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN).

Un cocktail de plus de 300 radionucléide

On l’a su plus tard, les cœurs des réacteurs 1, 2 et 3 de Fukushima (les tranches 4 à 6 étaient à l’arrêt) ont fondu en totalité ou en partie dès les premières heures du sinistre, et le corium (magma brûlant de matière fissile et de gaines métalliques), après avoir percé les cuves des réacteurs, s’est répandu au fond des enceintes de confinement, où il s’est agrégé au béton. Ce corium contenait – et contient toujours – un cocktail de plus de 300 radionucléides formant les produits de fission, c’est-à-dire les cendres de la réaction nucléaire. Parmi eux, des éléments solubles dans l’eau, comme les césium 134 et 137.

Or, depuis deux ans, les trois réacteurs ont été noyés sous un déluge d’eau. Pour les refroidir, Tepco y injecte toujours, en continu, 5 m3 d’eau douce par heure et par réacteur. Soit, quotidiennement, plusieurs centaines de tonnes d’eau qui s’écoulent dans les sous-sols des bâtiments, les galeries et les tranchées du site nucléaire, où la hauteur de l’eau atteint, en permanence, plusieurs mètres. Cette masse liquide contaminée est normalement pompée puis traitée afin d’en extraire les éléments radioactifs – mais pas tous –, avant d’être réinjectée dans le circuit de refroidissement.

Pour compliquer encore la situation, la centrale est située sur une nappe phréatique qui, au contact des bâtiments contenant les eaux contaminées, a pu se charger elle aussi en radionucléides. C’est précisément pour contrôler l’état radiologique de cette nappe souterraine que Tepco a creusé, en front de mer, des puits de prélèvement. Et c’est dans l’un de ces forages qu’a été mesurée une hausse brutale des teneurs en césium 134 et 137.

Selon le scénario avancé par l’IRSN, ces deux produits de fission, qui perdent la moitié de leur radioactivité au bout de respectivement deux et trente ans, seraient passés dans la nappe phréatique – et avec eux sans doute d’autres radioéléments – pour rejoindre, au bout de deux ans, le bord de côte, à une centaine de mètres des réacteurs. Si tel est le cas, estime Thierry Charles, on pourrait encore assister à une montée du niveau de radioactivité au niveau des forages, suivie d’un plateau puis d’une baisse, la gestion actuelle des niveaux d’eau dans les sous-sols des bâtiments visant à minimiser les transferts de radioactivité vers la nappe. Mais, ajoute-t-il, « sur une durée impossible à prévoir ».

Une paroi enterrée étanche entre la centrale et l’océan

Le risque principal est celui d’une nouvelle contamination radioactive de l’océan, dont la pollution causée par l’accident a été, au fil des mois, dispersée par les courants. « Nous ne sommes pas pour le moment en mesure de dire si l’eau contaminée s’écoule ou non dans la mer », a admis, mardi, Tepco. L’exploitant a entrepris d’installer, entre le site nucléaire et l’océan, une paroi enterrée étanche. Mais elle ne sera pas achevée avant mi-2014. Dans l’immédiat, il s’efforce, en injectant dans la terre des produits chimiques agissant comme un ciment, d’empêcher les écoulements vers la mer.

En tout état de cause, les dernières semaines confirment la difficulté de Tepco à résoudre le casse-tête de l’évacuation des eaux radioactives. « L’état de la centrale est globalement stabilisé, mais tout reste à faire, commente Thierry Charles. Le gros problème est désormais la gestion des eaux contaminées. »

Ce n’est pas le seul défi que doit relever l’électricien japonais. Il lui faut aussi vider les piscines d’entreposage des combustibles, situées dans les parties supérieures des bâtiments des réacteurs gravement endommagées. A commencer par celle du réacteur 4, dont l’état est le plus critique. Il faudra ensuite retirer les combustibles fondus des réacteurs eux-mêmes. Quant au démantèlement complet, il exigera une quarantaine d’années.

Source Le Monde 10/07/2013

Fukushima : hausse phénoménale du taux de césium radioactif

Le Monde AFP

Photo : Reuters Kyodo

Photo : Reuters Kyodo

Le gérant de la centrale accidentée de Fukushima a annoncé mardi 9 juillet avoir constaté une multiplication par 90 en trois jours du niveau de césium radioactif dans un puits de prélèvement situé entre les réacteurs et la mer. Cette énième mauvaise découverte suscite de nouvelles interrogations sur la propagation de l’eau souterraine contaminée.

Selon les prélèvements effectués le 8 juillet, l’eau souterraine en un point situé à environ 25 mètres de la mer contenait 9 000 becquerels de césium 134 par litre et 18 000 becquerels de césium 137, contre respectivement 99 becquerels/litre et 210 becquerels/litre trois jours auparavant. Le facteur de multiplication dans ce court laps de temps est de 91 fois dans le premier cas et 86 fois dans le second.

Des incertitudes sur une possible contamination

« Nous ne sommes pour le moment pas en mesure de dire si l’eau contaminée s’écoule ou non dans la mer », a déclaré Tepco à la presse. Le groupe promet toutefois de renforcer les contrôles et de prendre des dispositions pour empêcher de contaminer davantage l’océan Pacifique voisin.

Le 5 juillet, Tepco avait déjà découvert au même endroit un niveau phénoménal d’autres éléments radioactifs, en l’occurrence une quantité de strontium 90 et d’autres éléments produisant des rayons bêta, de 900 000 becquerels/litre. Le 8 juillet, le niveau de ces substances était à peu près identique, 890 000 becquerels/litre, soit plusieurs milliers de fois le plafond admis pour l’eau de mer.

Tepco avait expliqué que le point de prélèvement se situe là où passe un tuyau et où s’étaient déversées de grandes quantités d’eau contaminée le mois suivant la catastrophe nucléaire, soit en avril 2011. Cela n’explique toutefois pas l’augmentation soudaine des quantités de césium.

La centrale Fukushima Daiichi a été ravagée par le séisme et le tsunami du 11 mars 2011 dans le nord-est de l’archipel. Du combustible a fondu dans trois des six réacteurs du site, d’où la présence de nombreux éléments radioactifs alentour.

Le Monde.fr avec AFP | 09.07.2013

 

Fukushima: des éléments radioactifs à nouveau découverts

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De très fortes doses d’éléments radioactifs toxiques ont de nouveau été détectés dans les eaux souterraines accumulées au pied de la centrale nucléaire de Fukushima accidentée en mars 2011, selon un communiqué publié samedi par l’opérateur Tepco.

Selon Tokyo Electric Power Co (Tepco), les analyses ont permis d’établir la présence de tritium à des doses dix fois plus élevées que le taux limite admis.

 « Selon les échantillons analysés le 5 juillet (…) nous avons détecté un niveau record de 600.000 becquerels par litre » de tritium, dix fois supérieurs aux recommandations gouvernementales de 60.000 becquerels par litre, a indiqué Tepco.

« Nous poursuivons nos efforts pour empêcher que la pollution prenne de l’ampleur (…) et allons renforcer tout le processus de contrôle », a de nouveau promis l’opérateur.
Fin juin, Tecpo avait annoncé avoir mesuré un niveau de 3.000 becquerels par litre pour les éléments radioactifs produisant des rayons béta, comme le strontium 90, dans le liquide extrait d’un nouveau point de prélèvement situé entre les réacteurs et la mer. A ce moment-là, il avait constaté la présence de tritium à un niveau huit fois supérieur à la dose autorisée.

Ces substances radioactives s’étaient échappées des réacteurs de la centrale Fukushima Daiichi, ravagée par le séisme et le tsunami du 11 mars 2011 dans le nord-est de l’archipel. Et elles avaient ensuite polluées les eaux souterraines.

Ces eaux s’écoulent normalement dans la mer, ce qui signifie que les deux substances toxiques pourraient polluer l’océan, et affecter la vie aquatique puis les produits de la mer consommés par les populations.

Cependant, un responsable de Tecpco avait affirmé le mois dernier qu’il n’avait pas été constaté de hausses anormales de ces substances dans l’eau de mer, après analyses, la compagnie estimant que l’eau souterraine a été largement contenue par les bases en béton et armatures en acier.

Ces révélations sont les dernières d’une série d’incidents à la centrale de Fukushima, plus de deux ans après la pire catastrophe nucléaire que le monde a connue en une génération.

Fin juin, le gouvernement japonais et Tepco, s’étaient entendus sur un nouvel échéancier de démantèlement du site ravagé, programme qui prévoit une accélération du retrait du combustible fondu des réacteurs 1 à 3, même si cette opération cruciale ne devrait pas débuter avant 2020.

Une centaine de milliers de personnes avaient dû quitter leur domicile et environ 19.000 personnes ont été tuées par la catastrophe naturelle, mais il n’y a aucune statistique officielle sur les décès directement liés aux radiations nucléaires émanant de la centrale.

La coupure de l’alimentation électrique provoquée par la déferlante avait engendré un arrêt des systèmes de refroidissement du combustible qui avait fondu dans trois des six réacteurs du site, d’où la présence de nombreux éléments radioactifs alentour.

AFP  07.07.2013

Voir aussi : Rubrique Japon , Il est plus important de limiter les radiations que l’information, rubrique Société France Un accident nucléaire, c’est la fin de la démocratie, rubrique Politique Au PS le nucléaire est bien gardé, On line L’agence japonaise de régulation électronucléaire NRA recadre Tepco sur ses mesures,

Livre : A lire, le roman de Keigo Higashino La prophétie de l’abeille, chez Actes-Sud

Gleizes et Metzinger : Approfondir le cubisme au Musée Fleury

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Peinture. Le Musée de Lodève consacre son exposition d’été à deux figures marquantes du mouvement : Gleizes et Metzinger. Du 22 juin au 3 novembre.

Le cubisme s’expose sous tous les angles au Musée de Lodève jusqu’au 3 novembre. Entre 1907 et 1914, ce mouvement bouleverse la notion de représentation. Il renvoie généralement à Picasso et à Braque : « Mais ce que retient l’histoire de l’art et ici lié au cé- lébre marchant Kahnweiler qui avait signé un contrat d’exclusivité avec ces deux artistes, précise la conservatrice du Musée Fleury, Ivonne Papin-Drastik, la notoriété de Gleizes et Metzinger en a un peu pâti alors que ces deux peintres dont nous présentons 80 oeuvres
jouèrent un rôle prépondérant dans la propagation du cubisme. » L’exposition de Lodève retrace les trois périodes clés des deux artistes. Leurs premiers pas dans le cubisme à travers un choix des œuvres réalisées avant 1911. Les deux artistes qui ont des parcours forts différents se rencontrent en 1910, date à partir de laquelle ils ne cesseront de confronter leur travaux.

La seconde partie de l’expo rend compte de la diversité du cubisme. Après la formation du groupe de Puteaux qui fédère les artistes autours des frères Duchamps (Raymond et Marcel), Metzinger développe les préoccupations psychologiques liées au cubisme qui s’exprime par l’interpénétration et la transparence des êtres et des choses. De cette confrontation naîtra l’exposition de la Section d’Or. Gleizes et Metzinger qui en sont les chefs de file publieront leur traité sur le cubisme en 1912. Ce manifeste a été suivi en 1913 par les Peintres cubistes dont l’exposition donne un aperçu. Une collection de réflexions et de commentaires de Guillaume Apollinaire montre l’attention qu’il portait à Metzinger, Gleizes, comme à Delaunay, Picabia et Duchamp.

La troisième section de l’expo s’attache à la trajectoire des deux artistes après 1914. Durant l’Entre deux-guerres, les deux artistes suivent le mouvement général qui se traduit par une forme de retour à l’ordre. Gleizes dont les influences pré-cubistes tendaient vers l’impressionnisme évolue vers l’abstraction tandis que Metzinger plus influencé par le fau- visme se réorientera vers la figuration.

JMDH

Source : L’Hérault du Jour 22/05/2013

Voir aussi : Rubrique Expositions, rubrique Art,

Égypte. Peut-on limoger un président démocratiquement élu ?

Dessin : Mayk

La rue égyptienne, sans la présence d’institutions étatiques solides, ne peut révoquer un élu avant la fin de son mandat sans générer l’instabilité ou risquer la manipulation, affirme l’éditorialiste.

Il y a quelques semaines, j’ai abordé la question du pouvoir et des contre-pouvoirs qui lui sont nécessaires pour garantir l’existence d’un Etat de droit et pour atténuer la tyrannie qu’une majorité politique peut exercer à l’encontre de celles et ceux qui n’ont pas voté pour elle.L’exemple à ce sujet étant la Turquie, où les victoires électorales successives de l’AKP [le parti islamiste au pouvoir] ont vraisemblablement convaincu le Premier ministre, Recep Tayyip Erdogan, qu’il est le maître absolu de son pays et de sa société. Pour résumer, il apparaît que le monde arabo-musulman n’est pas suffisamment attentif à la mise en place de contre-pouvoirs dès lors qu’il s’engage dans un processus de transition démocratique.La situation actuelle en Egypte permet de poursuivre la réflexion sur un autre plan, en abordant une autre question fondamentale pour la démocratie. Comment faire pour renvoyer celui qui a été élu sans attendre la prochaine échéance électorale ? Comment le faire sans générer de l’instabilité au sein des institutions ? Mais commençons d’abord par une mise au point.
Un président légitime
Rappelons donc que le président égyptien, Mohamed Morsi, a été démocratiquement élu par les Egyptiens au terme d’un scrutin qui, de l’avis de la majorité des observateurs, a été le plus régulier de l’histoire de l’Egypte indépendante (ce qui ne signifie pas qu’il a été parfait, loin de là). Cela n’est pas chose négligeable. Si l’on respecte la démocratie, si l’on respecte les règles du jeu que cette dernière impose, on est obligé de reconnaître la légitimité de sa présidence.Balayer cela d’un revers de manche au prétexte que l’on est un adversaire des islamistes et que l’on ne supporte pas leur présence au pouvoir, c’est adopter une attitude antidémocratique, et c’est se faire le partisan de scrutins censitaires où ne voteraient que les gens avec lesquels on serait d’accord. Des scrutins qui, par exemple, écarteraient les islamistes et leurs électeurs potentiels. C’est d’ailleurs ce dont rêvent, sans vraiment l’assumer, nombre de « démocrates » et autres « laïcs » dans le monde arabe.

Incapables de peser politiquement et électoralement face aux islamistes, ils préféreraient des élections débarrassées de ces puissants adversaires et cela sous la houlette d’un arbitre suprême, c’est-à-dire l’armée (ou, plus rarement, l’Occident). Relevons au passage cette (fausse ?) naïveté qui fait croire que l’armée égyptienne a chassé Morsi pour remettre le pouvoir à son opposition. En leur temps, les éradicateurs algériens opposés à la victoire de l’ex-Front islamique du salut (FIS) [en 1991] ont cru la même chose, persuadés qu’ils étaient que le pouvoir les récompenserait d’avoir contribué à sa propre survie. On connaît la suite…

Le “recall”, une procédure délicate

Pour autant, il doit être possible d’exiger le départ de celui qui a été élu si l’on considère qu’il a failli et si une majorité l’exige. Trop souvent, le mandat électoral est assimilé à un blanc-seing, une sorte de chèque en blanc qui interdirait la moindre remise en cause. D’ailleurs, le monde politique n’aime pas trop aborder cette question du “recall”, c’est-à-dire la procédure par laquelle les citoyens peuvent obtenir qu’un élu s’en aille avant la fin de son mandat ou, tout du moins, qu’il se présente de nouveau devant les électeurs.

Exception faite de quelques pays comme les Etats-Unis, le Canada ou la Suisse, le “recall” n’est guère ancré dans les mentalités, alors qu’il a existé dès les premiers temps de la démocratie athénienne. En France, ni la droite ni la gauche ne veulent en entendre parler, au nom de la nécessité d’éviter l’instabilité que cela peut générer. Il est vrai qu’un élu a besoin de temps pour agir, mais cela ne saurait lui garantir une impunité totale.

Il reste donc à savoir comment organiser et obtenir un tel rappel des électeurs. En investissant les places publiques et en recueillant plusieurs millions de signatures exigeant le départ de Morsi, l’opposition égyptienne a usé de deux moyens complémentaires mais aux conséquences et à l’efficacité différentes. Comme c’est le cas aux Etats-Unis, la collecte de signatures permet d’éviter le recours à des manifestations publiques et donc, in fine, à l’anarchie qu’elles pourraient provoquer.

Mais cette manière pacifique d’appréhender un “recall” est-elle possible pour des pays qui s’engagent à peine dans une transition démocratique ? En Egypte aujourd’hui, demain ailleurs, la capacité de précipiter les événements reste liée à la mobilisation de la rue, avec ce que cela peut entraîner comme dérapages et manipulations. C’est en cela que la situation égyptienne parle à la planète entière. Au monde arabe d’abord, du moins à celui qui est en mouvement, comme c’est le cas en Tunisie.

Mais aussi au monde développé, où la rupture entre électeurs et élus est manifeste. Car, au XXIe siècle, la démocratie, c’est, entre autres, permettre au peuple d’élire librement ses représentants. Mais c’est aussi lui permettre de leur signifier leur congé quand il le juge nécessaire, et cela sans avoir à attendre les habituels rendez-vous électoraux.

Akram Belkaïd |

Note :Publié le 4 juillet
Source :  Le Quotidien d’Oran 8 juillet 2013
Voir aussi : Rubrique Egypte, L’armé met fin au règne Morsi, Rubrique Politique,

Une « grande réforme fiscale » est-elle possible ?

le ministre du budget-Bernard Cazeneuve

le ministre du budget-Bernard Cazeneuve le 2 juillet à l’Assemblée. Photo AFP

Alors que le gouvernement défendait, mardi 2 juillet, son budget 2014 devant l’Assemblée nationale, quatre « sensibilités » du PS représentant un tiers des députés socialistes ont tenté de relancer la question de la réforme fiscale, promesse du candidat Hollande disparue durant la campagne présidentielle de 2012.

Maintenant la gauche et Un monde d’avance, les deux courants de l’aile gauche du PS, ainsi que les clubs parlementaires Gauche durable et Gauche populaire veulent « démontrer que la gauche n’est pas synonyme de ‘matraquage fiscal' » et rendre du pouvoir d’achat aux « couches populaires ».

Ces parlementaires veulent une réforme d’ici à 2017, avec une première étape dès 2014. Le chef de file des députés PS, Bruno Le Roux, s’est prononcé aussi pour une réforme, mais à l’automne 2015. A court terme, ces élus veulent peser dans les débats de la loi de finances, notamment par le biais d’amendements au projet de loi gouvernemental. Leur proposition a été accueillie fraîchement par le gouvernement.

Pourquoi une réforme fiscale ?

François Hollande en avait fait l’un de ses projets clés durant la primaire socialiste. C’était l’engagement 14 de son programme : une « grande réforme fiscale redistributive » qui reviendrait à créer un nouvel impôt sur le revenu (IR), plus égalitaire et plus efficace, en le fondant avec la CSG. Candidat du PS, M. Hollande l’avait écartée progressivement durant la campagne présidentielle, en faisant un simple objectif « à terme ».

L’impôt sur le revenu représente aujourd’hui plus de 50 milliards d’euros. Il n’est payé que par un foyer sur deux et son assiette est trouée de niches fiscales. La CSG rapporte plus : environ 85 milliards de contribution au budget de la sécurité sociale. Elle est prélevée sur la quasi-totalité des revenus au paiement du salaire plutôt qu’en fin d’année, de façon individuelle (et non par foyer fiscal) et est imposée à presque tous les contribuables au même taux : 7,5 % (les retraités, eux, paient une CSG plus faible).

Fusionnée avec l’impôt sur le revenu, la CSG deviendrait graduée : les Français aux plus faibles revenus y contribueraient proportionnellement moins que les plus riches, à recette constante pour l’Etat, selon les promoteurs de ce projet. Dans le même temps, elle rendrait à l’impôt sur le revenu une « assiette fiscale large qui comprendrait tous les revenus quelle que soit leur nature », expliquait au Monde, à la veille de la présidentielle, l’économiste Thomas Piketty, qui avait largement inspiré le projet de M. Hollande. Il y aurait moins de souplesses pour faire échapper une partie des revenus du capital à l’impôt.

La réforme en continu

Les quatre sensibilités du PS ne souhaitent pas toucher, pour l’heure, à l’impôt sur le revenu. Seule la CSG serait rendue « plus progressive », par une baisse de deux points (à 5,5 %) pour plus de 50 % des Français. La baisse serait compensée par des hausses symétriques pour les revenus supérieurs. Le gain mensuel pour un salarié au smic serait, selon leur calcul, de 30 euros.

Mardi, le ministre délégué au budget, Bernard Cazeneuve, répondait dans Le Monde (abonnés) à cette proposition en affirmant que « le grand soir fiscal n’existe pas (…). La réforme a commencé hier et a vocation à se poursuivre demain. » Autrement dit : il n’y aura pas de grande réforme, mais une évolution au fur et à mesure du quinquennat.

M. Cazeneuve atténuait ainsi, sans le récuser, un argument énoncé en janvier par l’ancien ministre du budget, Jérôme Cahuzac, lors d’un débat en direct sur France 2 avec Jean-Luc Mélenchon. La réforme « est faite », avait tout bonnement déclaré M. Cahuzac à son adversaire.

Mardi, M. Cazeneuve citait, pour expliquer qu’une réforme était bien en cours, le principe d’égale taxation des revenus de l’épargne (intérêts, dividendes et plus-values) et du travail qui figurait au budget 2013 et la nouvelle tranche d’imposition sur le revenu à 45 %. Il ajoutait la réforme des successions, le rééquilibrage de la fiscalité des grandes entreprises et celle des PME et la lutte contre la fraude fiscale.

Laurent Baumel, député PS et membre de la Gauche populaire, à l’origine de la proposition, voit dans cette approche très progressive, qui ne remet pas en cause l’architecture de l’impôt à la française, « une plaisanterie ». Pour lui, « une vraie réforme fiscale, c’est une modification de la redistribution. Cela n’est pas aller chercher de l’argent par tous les bouts pour combler les déficits en affirmant qu’on fait le contraire. »

  • Quels obstacles ?

Rendre la CSG progressive pose deux problèmes. Le premier est le précédent Jospin. En 2000, le Conseil constitutionnel avait censuré un projet d’allègement de la CSG pour les bas salaires du gouvernement socialiste. Il exigeait qu’un impôt progressif tienne compte de toutes les ressources du contribuable, y compris celles de sa famille. Sans cela, l’allègement rompait, selon le Conseil, le principe d’égalité des citoyens devant l’impôt.

On retombe ici sur les quotients conjugal et familial, qui réduisent l’impôt sur le revenu des couples et des familles, selon le nombre d’enfants, alors que la CSG est un prélévement individuel, sur salaire. De plus, pour intégrer un tel calcul avant le paiement du salaire, le contribuable devrait communiquer à son employeur des informations sur sa famille, le nombre de ses enfants, ce qui pose des problèmes de confidentialité.

La solution proposée par ces parlementaires consiste à graduer le prélèvement de la CSG sur le salaire et à corriger selon la situation familiale au moment du paiement de l’impôt sur le revenu, une fois par an.

La fusion des deux impôts, elle, pose des questions plus difficilement solubles. Le projet des parlementaires socialistes prévoit un prélèvement à la source pour les revenus du travail et un calcul de l’impôt individuel, plutôt que par foyer fiscal : deux changements majeurs. « Ils se trompent, critique un ministre auprès de l’AFP. Les gens vont croire que les impôts augmentent pour tout le monde. »

« Mais cette méthode n’est pas une obligation : tout cela peut être débattu, précise Vincent Drezet, secrétaire général du syndicat Solidaires finances publiques. Ce qu’il faut, c’est redonner une direction claire à la réforme, avec un objectif et un calendrier, pour qu’elle puisse être comprise et acceptée. »

Il faudrait alors définir l’allocation des recettes de cet impôt fusionné : actuellement, l’impôt sur le revenu alimente les caisses de l’Etat et la CSG, elle, participe au financement de la Sécurité sociale. Il faudrait également définir la progressivité de l’impôt (quelle échelle, et à partir de quels seuils augmente-t-il ?) et son assiette : cela veut dire faire la liste des niches fiscales utiles et de celles à supprimer, et reformuler la façon dont sont calculées les réductions d’impôt pour les couples et pour chaque enfant.

Louis Imbert

Source Le Monde.fr |

Voir aussi : Rubrique Politique économique,

Aurélie Filippetti : « Frédéric Mitterrand regardait les trains passer ; moi, je les aiguille »

"Une vision dogmatique, sans réflexion, ni dialogue" : un an après la passation de pouvoir Rue de Valois, Frédéric Mitterrand s'est répandu dans la presse pour critiquer sa successeur, Aurélie Filippetti (ici à l'Assemblée nationale, le 14 mai 2013). « Une vision dogmatique, sans réflexion, ni dialogue » : un an après la passation de pouvoir Rue de Valois, Frédéric Mitterrand s’est répandu dans la presse pour critiquer sa successeur, Aurélie Filippetti (ici à l’Assemblée nationale, le 14 mai 2013). | AFP/ERIC FEFERBERG

« Une vision dogmatique, sans réflexion ni dialogue », un « manque d’impartialité » : un an après la passation de pouvoir Rue de Valois, Frédéric Mitterrand est sorti de sa réserve et s’est répandu ces derniers jours dans la presse pour critiquer sévèrement les évictions de sa successeure au ministère de la culture, Aurélie Filipppetti : Jean-François Colosimo, du Centre national du livre (CNL), Eric Garandeau, du Centre national du cinéma (CNC), Olivier de Bernon, du Musée Guimet, Jean-Marie Besset, du Centre d’art dramatique de Montpellier. Tous ces départs ont « choqué » M. Mitterrand. Dans un entretien au Monde.fr, Mme Filippetti répond à ces attaques.

Ces derniers jours, votre prédécesseur, Frédéric Mitterrand, a fortement critiqué votre action à la tête du ministère de la culture. Qu’avez-vous à lui répondre ?

C’est une attaque politicienne et de bas étage pour défendre quelques intérêts privés. Jamais depuis un an nous n’avons entendu Frédéric Mitterrand parler des grands sujets de politique culturelle. Il n’a pas été présent, contrairement à Jacques Toubon, Jean-Jacques Aillagon, ou Renaud Donnedieu de Vabres (tous anciens ministres de droite de la culture), par exemple, sur le débat pour le maintien de l’exception culturelle. Je suis consternée par son inélégance et son incohérence.

Frédéric Mitterrand n’a pas laissé la trace d’un ministre qui avait un quelconque pouvoir pour imprimer sa marque sur une politique culturelle, ni en matière de nominations, ni en matière de réformes structurelles. Il a laissé un certain nombre de dossiers importants sous le tapis : le numérique, l’audiovisuel, les intermittents du spectacle. Venant de quelqu’un qui n’a pas un bilan flamboyant, ses critiques sont nulles et non avenues. Il dit dans un entretien au Point qu’il regardait les trains passer lorsqu’il était au ministère ; moi, je les aiguille.

Frédéric Mitterrand estime que vous avez une vision « dogmatique »

C’est insupportable. Insupportable de la part de quelqu’un qui était membre d’un gouvernement qui a rétabli la nomination par le président de la République des patrons de l’audiovisuel public. Le 24 juillet je présenterai à l’Assemblée nationale une loi qui va redonner ce pouvoir de nomination au Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA), mais surtout qui va renforcer considérablement l’indépendance du CSA en associant, pour la première fois dans l’histoire, l’opposition parlementaire à la désignation des membres du CSA. C’est un grand pas démocratique ; c’est tout le contraire du dogmatisme et surtout tout le contraire d’un pouvoir de nomination arbitraire tel qu’il s’exerçait à l’ère Sarkozy et que jamais Frédéric Mitterrand n’a critiqué.

Quant aux autres nominations dans les établissements, j’ai renouvelé un grand nombre de personnes. Mais j’ai surtout mis en place des commissions et des procédures transparentes qui vont garantir enfin un certain renouvellement à la tête des institutions culturelles et une féminisation. Je souhaite faire bouger les lignes. Beaucoup trop de gens ont pris l’habitude de voir le monde culturel fonctionner avec des coteries, un petit monde qui vit dans l’entre-soi : ça c’est terminé. La culture, c’est le mouvement, ce n’est pas l’immobilisme. Personne n’est propriétaire à vie de son mandat.

Le projet de loi de finances pour 2014 réduit le budget de la mission culture de 2,8 %. Où vont se faire les économies ?

Je présenterai mon budget début octobre, comme l’année dernière. Mais, pour l’heure, le budget culture n’a pas été mis davantage à contribution que ce qui avait été décidé l’année dernière dans le budget triennal. Certains ministères ont eu des économies supplémentaires à faire dans le triennal, mais, pour la culture, le président de la République et le premier ministre ont jugé que l’effort fait était suffisant. Les lignes budgétaires de la création – qu’il s’agisse du spectacle vivant ou des arts plastiques – sont sanctuarisées. Tous les crédits d’intervention dans les régions sur ces domaines seront préservés ainsi que tout ce qui concerne l’enseignement supérieur (écoles d’architectes, d’art, de photo).

En novembre 2012, vous disiez, à propos des réductions budgétaires : « Nous avons montré notre sens des responsabilités, mais on ne me refera pas ça deux fois. »

Les chiffres annoncés correspondent au triennal fixé en 2012. Notre budget n’a pas été aggravé par rapport à ce qui avait été prévu.

Vous estimez donc que votre budget n’est pas mauvais…

On participe, et c’est normal, à l’effort commun pour redresser les finances publiques. C’est un effort difficile, mais c’est en même temps notre mission de montrer que la politique culturelle est responsable et exigeante.

Que pensez-vous de l’éviction de Delphine Batho du gouvernement ?

Delphine est une amie. Je suis triste de voir partir une amie. Voilà, c’est tout.

Où en est la négociation sur la convention collective du cinéma, qui a été étendue le 1er juillet mais qui sera mise en œuvre le 1er octobre ?

Avec le ministre du travail, Michel Sapin, nous avons le souci d’avoir une convention collective pour le seul secteur culturel – le cinéma – qui n’était pas couvert. J’avais demandé une prise en compte plus importante de la diversité des films et de la préservation des films économiquement fragiles. Nous constatons qu’il y a des points de convergence, des efforts ont été faits des deux côtés – partenaires sociaux et producteurs. Ils n’ont pas encore réussi à trouver un terrain d’entente, mais je pense que la réconciliation est possible. Nous ne sommes pas loin d’un accord. La convention sera appliquée au 1er octobre. Quant aux films tournés cet été, ils se feront dans les conditions dans lesquelles ils ont été programmés, prévus et financés.

Craignez-vous que le climat social pèse sur l’édition 2013 du Festival d’Avignon ?

Non. Les choses sont claires en ce qui concerne les intermittents du spectacle. Michel Sapin et moi-même sommes déterminés à préserver une indemnisation spécifique de ces emplois qui sont des métiers plus précaires que les autres par nature. Maintenant c’est aux partenaires sociaux d’ouvrir la discussion à l’automne.