Ce que l’on sait de l’opération anti-ETA controversée au Pays basque

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Source Afp

Cinq personnes de la société civile, dont une femme, ont été interpellées vendredi soir, le 16 décembre, lors d’une opération policière franco-espagnole à Louhossoa, près de Bayonne (Pyrénées-Atlantiques), a annoncé le ministère de l’Intérieur. Une opération présentée comme « un nouveau coup dur porté à ETA », l’organisation séparatiste basque.

 Contrairement à de premières informations, le président d’honneur de la Ligue des Droits de l’Homme, l’avocat Michel Tubiana, ne figure pas parmi les personnes interpellées.

Dans un courrier daté du 25 octobre, publié par le site Mediabask, Michel Tubiana, Jean-Noël Etcheverry et Michel Berhocoirigoin avaient annoncé leur intention de participer à « la question du désarmement » qui a « été identifiée par tous les spécialistes et dans toutes les régions de conflit comme un élément-clé du processus de paix ». Dans ce texte, les trois hommes précisent qu’ils se situent « en intermédiaires entre une organisation armée avec laquelle » ils n’ont « aucun lien ni subordination, et un Etat » qu’ils veulent « amener à réfléchir. »

Joint dans la nuit par Le Monde, qui souligne « l’imbroglio » autour des interpellations, Me Tubiana a démenti avoir été interpellé, expliquant au quotidien qu’il aurait dû se trouver sur les lieux, mais n’y était finalement pas.

« Importante saisie d’armes, d’explosifs et de munitions »

Parmi les cinq personnes interpellées figurent le dirigeant du mouvement écologiste Bizi!, Jean-Noël Etcheverry, dit Txetx, Michel Berhocoirigoin, ancien président de la Chambre d’agriculture du Pays Basque, Michel Bergougnian, coopérateur viticole dans l’appellation basque Irouléguy, et une journaliste, Béatrice Haran-Molle. L’identité exacte de la cinquième personne n’est pas encore connue, indique-t-on de sources proches du dossier.

L’opération policière, sur commission rogatoire du Parquet anti-terroriste à Paris, a été menée par des enquêteurs de la police judiciaire française, notamment de la Direction générale de la Sécurité intérieure (DGSI), de la Brigade de recherches et d’intervention (BRI) de Bayonne et des policiers de l’unité d’élite du Raid, assistés de policiers de la Guardia Civil espagnole.

Les cinq personnes ont été interpellées dans la grande maison, isolée, de Béatrice Haran-Molle, dans la bourgade de Louhossoa (environ 600 habitants), sur la route de Bayonne à Saint-Jean-Pied-de-Port. Au cours d’une perquisition, « une importante saisie d’armes, d’explosifs et de munitions » a été réalisée, indique le ministère français de l’Intérieur.

« Nouveau coup dur porté à ETA »

Pour les gouvernements français et espagnols, « l’interpellation de cinq individus en relation avec l’organisation terroriste ETA » est « un nouveau coup dur porté à ETA », comme l’a déclaré le ministre français de l’Intérieur, Bruno Le Roux, dans un communiqué, tout en se félicitant « d’une excellente coopération entre les services et avec les autorités espagnoles ».

De son côté, dans un tweet, le ministère espagnol de l’Intérieur a annoncé que « la Guardia Civil avait porté un coup à l’arsenal de la bande terroriste ETA en France ».

L’interprétation fournie dans les milieux nationalistes basques est complétement différente: ainsi, le site en ligne Mediabask, proche du quotidien basque espagnol Gara qui exprime parfois les positions d’ETA, publie une lettre que lui ont adressé Michel Tubiana, Txetx et Michel Berhocoirigoin, affirmant qu’ils avaient décidé « d’enclencher le processus de désarmement de l’organisation armée et procéder à la destruction d’un premier stock d’armes ». Ce stock « correspond à environ 15% de l’arsenal d’ETA ».

Tous trois justifient leur action par leur volonté de « contribuer à un avenir sans violence et démocratique pour le Pays Basque ».

« Rétablir la vérité sur ce qui s’est passé »

« Il faut rétablir la vérité sur ce qui s’est passé », a déclaré Michel Tubiana, interrogé par l’AFP, expliquant qu’il ne se trouvait ni à Bayonne ni à Paris. « Il y a un blocage total du processus de désarmement de l’ETA, un blocage qui vient du côté des gouvernements français et espagnol. Plusieurs membres de la société civile ont voulu relancer ce processus, en procédant à une première destruction d’armes », a-t-il expliqué.

« On a voulu jeter un coup de projecteur là-dessus. On voulait détruire des armes et les remettre aux autorités. Cette opération policière

Plusieurs mouvements nationalistes considèrent aussi que « les polices française et espagnole ont empêché la destruction des armes » et appellent à une manifestation samedi à 16h00 à Bayonne.

Dans un communiqué diffusé samedi matin, le 17 décembre, Jean Lassalle, député (ex-MoDem) des Pyrénées-Atlantiques, dénonce par ailleurs « les machiavéliques dérives autoritaires de l’état français ».

ETA a fait plus de 800 morts selon les autorités espagnoles et françaises

Le 12 octobre dernier une importante cache d’armes d’ETA avait été découverte en forêt de Compiègne (Oise). Le 5 novembre, un des derniers chefs d’ETA encore dans la clandestinité, Mikel Irastorza, avait été arrêté à Ascain, près de Bayonne, puis mis en examen et écroué à Paris. Enfin, le 14 décembre, un autre militant basque espagnol d’ETA avait été arrêté à Marseille. Ces trois opérations avaient également été menées conjointement par les polices française et espagnole.

Au nom de sa lutte pour l’indépendance du Pays Basque et de la Navarre, ETA (Euskadi Ta Askatasuna, Pays Basque et Liberté) a mené une campagne d’attentats qui a causé la mort de 829 personnes, selon les autorités espagnoles et françaises, les années 1980 ayant été les plus sanglantes.

En octobre 2011, ETA a renoncé définitivement à la violence, mais elle n’a pas depuis remis ses armes et refuse de se dissoudre. ETA réclame pour cela une négociation avec les États espagnol et français sur le sort de ses quelque 400 membres détenus dans ces deux pays, ce que Madrid et Paris refusent.

Source Le Huffingtonpost 17/12/2016

Pologne : des manifestants bloquent le Parlement

Wojtek Radwanski, AFP | Des manifestants de l'opposition, à Varsovie.

Wojtek Radwanski, AFP | Des manifestants de l’opposition, à Varsovie.

La police polonaise a dispersé par la force les manifestants réunis autour du Parlement polonais, dont ils ont un temps bloqué toutes les issues, protestant contre le parti au pouvoir que l’opposition accuse d’avoir violé la constitution.

Plusieurs centaines de manifestants d’opposition ont bloqué vendredi 16 décembre les sorties du Parlement polonais à Varsovie empêchant pendant quelques heures des députés de la majorité, la Première ministre Beata Szydlo et le chef du parti conservateur au pouvoir Jaroslaw Kaczynski de quitter le bâtiment.

Cette situation inédite a suivi une manifestation de quelques milliers de personnes dans la soirée devant le Parlement. « Constitution », « médias libres » et encore « vous ne sortirez pas jusqu’à Noël », scandaient les protestataires agitant des drapeaux nationaux rouge et blanc et soufflant dans des cornes de brume. Ils ont été rejoints par des députés d’opposition libérale venus leur apporter leur soutien.

Répondant à l’appel du mouvement de défense de la démocratie KOD, les participants entendaient protester d’abord contre un nouveau règlement limitant l’accès des médias aux députés, et ensuite contre l’adoption du budget de l’Etat pour 2017 dans des conditions inhabituelles. L’opposition accuse le PiS d’avoir violé les dispositions de la constitution polonaise en décidant de déplacer le lieu des débats sur le budget 2017 et empêché la presse d’y assister.

Le président du parti au pouvoir, le Parti du Droit et de laJustice (PiS), Jaroslaw Kaczynski, a finalement pu quitter la Diète après l’intervention des forces de l’ordre qui ont éloigné les protestataires entourant son véhicule. Une partie des manifestants continuaient leur mouvement après, alors que nombre de députés ont décidé de rester à l’intérieur des bâtiments pour la nuit.

Source  AFP et Reuters : 17/12/2016

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Requiem pour un vote blanc

http---o.aolcdn.com-hss-storage-midas-51232c43c95b0c98ac3d503c391efa5d-204584693-0c4b2e9f8cb54375b44a14782989d2f9Par Mathieu Kassovitz

Pour éviter que les choses n’empirent, nous avons la responsabilité de reprendre les commandes de cette magnifique évolution humaine qu’est la démocratie.

Malgré le choc, l’élection de Trump est pour moi la suite logique d’un monde qui n’a cessé de sombrer dans un cauchemar orwellien et kafkaesque depuis cette terrible journée de septembre 2001. Nous sommes témoins depuis 15 ans de la descente aux enfer de nos démocraties au profit d’une démagogie populiste destinée à effrayer puis rassurer le troupeau de moutons apeurés que nous sommes devenus. La propagande a remplacé l’information pour s’assurer que nous ne sortions pas des rails, de peur de ne plus faire partie du troupeau et mis à l’écart. Les remises en questions des fondamentaux de nos démocraties ne sont plus bienvenues, au contraire, l’esprit critique est lourdement sanctionné quand il remet en question un système démocratique qui, on nous le répète à tue-tête, fonctionne à merveille.

Et ils ont raison nos politiciens, vu de leur côté du miroir, la machine fonctionne bien et à plein régime. Leur grosse entreprise ne connaît pas la crise. Pourtant la mondialisation et la technologie ont permis d’unifier le monde dans un modèle économique qui ne profite qu’à très peu de gens et qui s’enfonce petit à petit dans son propre dogme capitaliste. Nous sommes les témoins passifs sur nos réseaux sociaux et autres plateformes de communication de l’injustice du monde, nous l’acceptons comme des moutons vers l’abattoir, résignés et complices, espérant être égorgés après nos voisins pour profiter un peu plus longtemps de nos écrans plats et de nos divertissements en HD, comme avenir inéluctable.

Les politiciens ne sont au contrôle de rien, et ne sont pas plus savants que vous et moi.

Et pourtant. Pourtant nous sommes en démocratie. Le meilleur système de gouvernance mis au point jusqu’à ce jour. Un système basé sur l’humain et sur son sens critique. En France, nous sommes apparemment maîtres de nos destins puisque nous pouvons aller voter pour élire des hommes et femmes qui ont le courage de prendre la responsabilité de nous gouverner, grâce à des idées, des programmes pour trouver des solutions à nos problèmes. C’est du moins comme cela qu’ils nous l’annoncent, campagne politique après campagne politique. Nos dirigeants restent persuadés qu’ils savent, nous n’avons qu’a voter pour eux…

De toute façon nous n’avons pas le choix…

Heureusement, nous sommes de plus en plus conscients, nous peuples du monde, que les politiciens ne sont au contrôle de rien, et qu’ils ne sont pas plus savants que vous et moi, et parfois moins, ce qui rend soudain le choix démocratique plus difficile qu’on ne l’aimerait. Nous votons plus souvent CONTRE, que POUR et cela n’est pas sain pour notre république.

Les politiciens font de la politique comme certains font des baguettes (ou des pains au chocolats à 10 centimes).

Nos politiciens veulent bien faire, ils ont chacun un avis sur la situation et une proposition à faire, certaines sont meilleures que d’autres et leur volonté n’est pas (pour la plupart) à remettre en question. Malgré tout je voudrais livrer le fond de ma pensée en affirmant haut et fort qu’ils sont tous corrompus. Cette phrase populiste et généraliste je l’affirme sans remords, car nous avons les preuves au quotidien, que le système politique dans lequel ils nagent est une eau trouble qui les corrompt petit a petit comme la rouille d’un morceau de metal au fond d’un étang. Les politiciens n’ont pas de vision car ils n’ont pas les mains libres et ne comprennent pas la situation, ils l’exploitent. Ils le savent qu’il n’y a pas de solutions a l’intérieur de leur paradigme, ils en sont complice, ils en vivent, c’est leur métier. Ils font de la politique comme certains font des baguettes (ou des pains au chocolats à 10 centimes). Il faut vendre son pain. Il faut faire croire au miracle pour justifier son existence. Nos politiciens ne savent pas de quoi ils parlent. Et pourtant nous les laissons parler… Car nous leurs avons donné nos voix.

Il est temps de reprendre nos voix. Pour cela nous devons rétablir dans la constitution française le vote dit: blanc.

Un vote sans nom, qui représente une idée, plutôt qu’une personne. Aujourd’hui, pour calmer les foules, le vote blanc est reconnu depuis 2014, mais pas comptabilisé, donc considéré comme nul. Le vote blanc a pourtant fait partie de la constitution dès ses premières réformes pour assurer une démocratie totale, puis retiré ensuite car trop dérangeant pour maintenir une oligarchie politique en circuit fermé, comme c’est le cas aujourd’hui.

Sans le vote blanc nous ne sommes qu’un ersatz de démocratie. Sans le vote blanc, vous n’avez pas le choix complet, celui de participer à la vie démocratique en votant contre L’ENSEMBLE du système politique. Nous devons réécrire les règles qui cadrent la politique nationale. Pour cela il est impératif de passer en 6e République.

Si nous prenons nos responsabilités, de citoyens, cette « utopie » peut devenir réalité.

Le passage de la 5eme a la 6eme république fait partie des options offertes par la constitution française. Pour cela il faut que le peuple ou/et les dirigeants demandent la mise en place d’une CONSTITUANTE, c’est a dire un espace de réflexion sur notre pays, un espace dont nous sommes tous invités à participer. Cette CONSTITUANTE va permettre au pays de prendre de grandes décisions sur son avenir. Durant ces mois de discussions et d’échange nous allons voter. Pas pour des gens, mais pour des idées. Nous allons confronter nos avis sur les sujets les plus importants de notre société, la liberté, la finance, la peine de mort, l’aide sociale, la santé, le travail, et bien sur la politique, parmi les centaines de sujets dont nous allons débattre.

Alors comment officialiser le vote blanc pour la prochaine élection présidentielle ?

La solution vient du peuple. De nous. Et si nous prenons nos responsabilités, de citoyens, cette « utopie » peut devenir réalité. Il suffit d’utiliser les armes démocratiques à notre avantage. Nous devons créer un parti politique populaire dont le seul but est la mise en place d’une constituante.

Pour se présenter aux élections, le candidat d’un parti a besoin de 500 signatures de maires. Ces signatures peuvent être difficiles à obtenir pour des petits candidats qui n’attirent pas l’attention ou au contraire l’attirent trop. Mais je suis certain que si nous décidions ensemble de créer ce parti éphémère apolitique et de présenter un candidat lambda, nous trouverons nos 500 signatures en quelques heures. Il suffit pour cela que dans chaque ville et village de France, un de nous aille demander aux plus des 36.000 maires, s’ils se sentent à l’aise dans cet impitoyable monde politique. Nous aurons nos signatures dans l’heure. Pas besoin d’un budget ou d’un bureau central, nous pouvons tout organiser sur les réseaux sociaux. Avec nos signatures, nous pouvons présenter un candidat « démissionnaire » qui offrira enfin à tous les absentéistes et les déçus (j’en suis) la possibilité de pouvoir exprimer enfin leur voix sans savoir à l’avance que c’est peine perdu.

Rêvons ensemble, juste un instant:

Le parti du VOTE BLANC présente un citoyen lambda comme candidat aux élections présidentielles en 2017, cette personne garantit sous serment qu’elle démissionne de son poste le jour de l’élection. Elle n’est qu’une incarnation (au sens légal du terme) pour permettre au VOTE BLANC d’avoir sa légitimité dans les urnes. Le programme du parti du VOTE BLANC se résume à une liste exhaustive des sujets à traiter par la Constituante qui sera mise en place. La constituante est composée de législateurs et d’avocats qui n’ont d’autre mission que de constater les préoccupations des Français et les mettre en forme pour ensuite permettre aux Français de voter pour affirmer ou infirmer une proposition. Durant cette période de 9 mois, un an, ou 18 mois, nous, Français, nous allons être appelés à voter pour répondre à des dizaines de questions essentielles que nous nous posons à nous même. De ces résultats, la constituante pourra adapter la constitution, pour finalement la faire passer en 6eme. Un peuple a pris son destin en main.

Il est urgent de prendre nos responsabilités, non pas pour créer une révolution, mais justement pour l’éviter.

Fin du rêve, retour à la réalité.

Et la réalité est brutale car rien ne semble indiquer qu’elle s’embellisse dans le futur. Nous pouvons sentir l’orage gronder, et la violence, qu’elle soit révolutionnaire, ou bien d’Etat, semble inéluctable. Pour empêcher le pire il faut changer le monde, rien de moins que ça. Sommes-nous des citoyens assez courageux pour prendre notre avenir en main ? Ou sommes-nous juste des consommateurs obéissants ?

Il est urgent de prendre nos responsabilités, non pas pour créer une révolution, mais justement pour l’éviter.

Le parti du vote blanc n’a pas pour but de prendre la place des politiques, il a pour objectif d’amener les citoyens aux urnes, de leur redonner l’envie de participer à la vie démocratique pour éviter les extrêmes, qu’importe pour qui ils votent, que ce soit pour Sarkozy, Trucmuche, ou le Parti du Vote Blanc, ce n’est pas la question, du moment que les citoyens votent.

49% d’abstention ça donne un fou dangereux à la Maison Blanche. En France nous ne sommes pas loin de ce genre de chiffre… et de ce genre de candidat(e).

Pour éviter que les choses n’empirent, nous avons la responsabilité de reprendre les commandes de cette magnifique évolution humaine qu’est la démocratie, pour lui redonner sa vraie signification.

Pas la peine de chercher très loin d’ailleurs car la démocratie, se résume en trois mots.

Liberté, égalité, fraternité.

Source Blog Mathieu Kassovitz 15/11/2016

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Et si l’on se trompait sur le terrorisme ?

 Photo Saeed Khan © AFP)

Photo Saeed Khan © AFP)

Pour Olivier Roy, auteur du « Djihad et la mort », la filiation première du djihadisme contemporain n’est pas l’islam mais une « radicalité » qui s’apparente surtout au terrorisme européen des années 1970 et 1980.

événement est rare mais il arrive qu’une opinion minoritaire, exprimée avec compétence, probité et clarté, fasse basculer le point de vue jusque-là dominant. Les plus âgés se souviennent encore de ce mythique numéro d' »Apostrophes » du 27 mai 1983. A l’époque, une bonne partie des intellectuels français – Philippe Sollers et Roland Barthes en tête – font encore les yeux doux au maoïsme et à la Révolution culturelle. Laquelle fit plusieurs millions de morts. Ce jour-là, Bernard Pivot reçoit, entre autres, « la » figure du maoïsme à la française : la sociologue Maria Antonietta Macciocchi. En face d’elle, Pivot a placé un jeune chercheur belge, Pierre Ryckmans, qui a publié, douze ans auparavant, sous le pseudonyme de Simon Leys, « les Habits neufs du président Mao », un livre dénigré par les spécialistes de l’époque (un « ramassis de ragots »), notamment les animateurs de la revue « Tel Quel ». Or, en quelques minutes, d’une voix très douce, voilà que le jeune Belge décortique l’ignorance abyssale, et la bêtise, des conjectures pieuses alignées par « la » Macciocchi. L’effet d’anéantissement est immédiat. Non seulement on n’entendra plus jamais parler de la dame, mais plus personne n’osera mythifier la « révolcul » chinoise. Quant à la revue « Tel Quel », elle fera amende honorable.

En lisant le dernier livre d’Olivier Roy, « le Djihad et la mort » (Seuil, 2016), on peut se demander si – toutes proportions gardées – la même mise à jour n’est pas en train de se produire au sujet du terrorisme et de l’islam. C’est bien, cette fois encore, un point de vue dominant (surtout à droite) qui se voit dépiauté et contredit. A peine le livre est-il sorti qu’on a d’ailleurs vu naître des reproches analogues à ceux réservés à Simon Leys voici quelques décennies. Il est vrai que l’auteur ne manque pas d’audaces « incorrectes ». Pour Olivier Roy, il ne s’agit pourtant pas d’exonérer l’islam de sa responsabilité, loin s’en faut, mais à condition de ne pas se tromper. A ses yeux, la filiation première du djihadisme contemporain n’est pas l’islam mais une « radicalité » qui s’apparente surtout au terrorisme européen des années 1970 et 1980 : en Allemagne, la Fraction Armée rouge ; en France, Action directe ; en Italie, les Brigades rouges ; au Japon, le Nihon Sekigun (Armée rouge). Plusieurs centaines de victimes au total. Pour les terroristes d’aujourd’hui, dont la culture musulmane est proche de zéro, le recours à un islam fantasmatique est un « habillement », comme le fut jadis le recours à une vulgate marxiste. Depuis l’effondrement du communisme, du maoïsme et du socialisme arabe, écrit l’auteur, « les nouveaux rebelles en quête d’une cause n’ont plus qu’ Al-Qaida et Daech sur le marché ». Au passage, Roy pointe quelques poncifs produits par notre seule ignorance. On impute par exemple au salafisme les attentats-suicides alors même que les salafistes condamnent sans nuance cette « offense au Tout-Puissant ».

On objectera qu’il suffit malgré tout de compulser les sourates du Coran ou les hadiths du Prophète pour trouver des appels au meurtre et à la guerre. C’est ce que font méticuleusement, chez nous, des pourfendeurs de l’islam comme Michel Onfray, Jacques Julliard, Caroline Fourest ou, de manière plus rustique, Manuel Valls. A cela, l’auteur répond qu’il est toujours vain de « chercher à définir une orthodoxie musulmane dont les djihadistes représenteraient soit la quintessence, soit la perversion. […] C’est la pratique des croyants qui décide. La question n’est pas : “Que dit vraiment le Coran ?”, mais : “Que disent les musulmans sur ce que dit le Coran ?” »

A fouiller les textes saints dans leur « littéralité », on peut trouver des appels au meurtre dans le Premier Testament juif, dans les livres sacrés de l’hindouisme ou les professions de foi des catholiques intégristes. Quant à la défense d’une « laïcité française » qui serait menacée, Olivier Roy, d’origine protestante, en approuve le principe. Hélas, par le biais d’une dénonciation de l’islam, on en est venus à caricaturer ladite laïcité. Selon l’article 1 de la loi de 1905, elle est censée garantir le « libre exercice des cultes ». Or, aujourd’hui, n’importe quel signe religieux, qu’il soit juif, chrétien ou musulman, devrait être expulsé de l’espace public et cantonné à l’espace privé. Autre défaillance du langage : il est absurde de parler d’une religion « modérée ». La foi religieuse est toujours un absolu, c’est sa pratique qui doit être « modérée ». Au final, nos sociétés ne comprennent plus le religieux, voilà le vrai problème pointé par Olivier Roy.

Jean-Claude Guillebaud

Source : Téléobs 7/11/2016

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