Les Suisses contre les minarets

minaret-suisse1Avec une majorité de 57,5 pour cent des voix, les Suisses se sont prononcés dimanche contre la construction de nouveaux minarets. Les partis conservateurs de l’Union démocratique du centre et de l’Union démocratique fédérale sont à l’origine du référendum. Ce résultat trouble la paix des religions, estime la presse.

Die Presse – Autriche

L’interdiction des minarets renforce la peur de l’islam, estime le quotidien Die Presse : « Avec l’interdiction des minarets, les citoyens ont rendu un mauvais service à leur pays. Les près de 4,5 pour cent de musulmans, originaires pour la plupart d’ex-Yougoslavie, sont considérés comme étant généralement bien intégrés, et l’on a rarement fait état de problèmes les concernant. La paix religieuse a été considérablement troublée, et ce inutilement. En outre, un Etat aussi neutre que la Suisse du point de vue religieux doit se comporter de manière toute aussi neutre sur de telles questions. L’issue inattendue de ce vote a provoqué l’inquiétude du gouvernement qui se reflète dans la phrase se voulant apaisante et affirmant que les quatre minarets existants ne devront pas être démolis. Le calcul impitoyable des initiateurs de cette campagne se réalise : ils ont ainsi attisé les peurs d’un fondamentalisme islamique européen militant. Celui-ci constitue certes un problème dans certaines régions de la planète, mais sûrement pas dans le canton d’Appenzell. » (30.11.2009)

Diário de Notícias – Portugal

L’interdiction des minarets en Suisse est archaïque, écrit le quotidien Diário de Notícias : « La Suisse a souligné son intolérance envers une religion qui est en train de croître en Europe en raison de l’afflux d’immigrants. L’interdiction de construction de minarets dans les mosquées n’apportera pas aux Suisses la sécurité [nationale] sur laquelle ils ont basé leur argumentation pendant la campagne. Avec ce vote, … la Suisse donnera plutôt de nouveaux arguments aux extrémistes islamistes. Pendant des siècles, les chrétiens ont été tolérés dans l’islam alors que l’inverse était impensable en Europe. Il y a … aujourd’hui une mosquée à Rome, mais il est impensable qu’un chrétien se rende à La Mecque. La Suisse a décidé de régresser de plusieurs siècles dans l’histoire européenne. » (30.11.2009)

Le Temps – Suisse

Suite au vote en faveur de l’interdiction des minarets, le quotidien Le Temps craint pour l’image internationale de la Suisse : « Loin d’une majorité de hasard, le oui à l’initiative anti-minarets claque de façon retentissante. La campagne a pourtant démontré que la réalité de l’islam en Suisse est en total décalage avec l’image maudite qui colle à cette religion depuis plusieurs années – un intégrisme qui se décline dans des formes aussi choquantes que le terrorisme, la charia, la burka, la lapidation des femmes, etc. Les musulmans de Suisse ne méritent donc pas l’injustice de ce vote sanction inspiré par la peur, les fantasmes et l’ignorance. Si l’on peut tranquillement parier que la même initiative aurait récolté un résultat similaire dans d’autres pays européens, le dégât d’image pour la Suisse n’en est pas moins spectaculaire. » (30.11.2009)

» article intégral (lien externe, français)

Postimees – Estonie

L’interdiction de construire des minarets en Suisse rappelle la dispute sur le voile en France, estime le quotidien Postimees, à quelques différences près : « La dispute dure depuis plus longtemps en Suisse mais c’est au final le parti de droite de l’Union démocratique du centre qui a su justement trouver le moment propice : en raison de la crise économique, il lui a été plus facile d’expliquer aux citoyens pourquoi les minarets devaient symboliser la lutte de pouvoir contre la communauté d’immigrés musulmans en rapide croissance. Dans la dispute sur le voile dans les écoles françaises, les autres symboles religieux tels que les crucifix de grande taille avaient aussi été exclus. Les minarets déjà existants en Suisse ne disparaîtront pas en revanche de l’image des villes. Dans tous les cas, il est encore difficile de dire aujourd’hui si l’interdiction de construire de nouveaux minarets dans un pays multiculturel de près de 400.000 musulmans détruira la paix entre les religions, voire même si elle conjurera un nouveau conflit entre monde musulman et monde occidental. » (30.11.2009)

Voir aussi : Rubrique Livre essai Diversité musulmane,

Etre juif après Gaza: Un travail de conscience face à l’autisme politique

esther-benbassa165x150Esther Benbassa occupe la chaire d’histoire du judaïsme moderne et contemporaine à l’Ecole pratique des hautes études de La Sorbonne. Elle pose dans ce court essai une question simple et courageuse : comment être juif après l’offensive israélienne contre Gaza ? Pour trouver une réponse à cette interrogation, l’intellectuelle explore dans un style limpide les fondements d’appartenance à l’identité juive.

« Je ne veux plus être juive et rejeter Israël, dit-elle. Je ne veux pas non plus être juive et approuver cette guerre immorale que mène Israël. » Cette volonté, Esther Benbassa le sait, sous-tend de ne plus se dissoudre dans l’anonymat identitaire. L’histoire partagée, qui sert officiellement de ciment au peuple juif, « est d’abord une histoire appropriée  qui se résume le plus souvent à l’Holocauste », soutient l’auteur qui précise que jusqu’à leur exil à partir de la fin des années 50, les Juifs d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient évoquaient peu le génocide. Ils ont assimilé, en arrivant en Europe, l’histoire tissée de massacres de l’aristocratie juive, celle des Ashkénazes, principalement des Juifs d’Europe centrale et orientale auquel s’ajoutent en France les Ashkénazes intégrés de longue date dans la République.

Une histoire complexe

Au sein de la communauté juive française, l’universitaire souligne la déconsidération dont peuvent souffrir les Juifs originaires d’Afrique du Nord : « Seul le partage de cette histoire de souffrance était susceptible d’impartir aux juifs maghrébins et orientaux une place un tant soit peu honorable. » Ce décalage s’intensifie en Israël où l’on réserve aux « Orientaux » marqués au fer de l’infériorité mais proches de la tradition religieuse, une meilleure considération qu’aux « chevilles ouvrières du nouvel Etat, essentiellement d’origine Est européenne, traitées par tout le système, en particulier sous les travaillistes, comme des citoyens de seconde zone. »

Esther Benbassa met en exergue la façon dont les populations venues du Maghreb et du Moyen-Orient, pour peupler la nation, ont été coupées de leur propre histoire par les artisans du sionisme. « Au déracinement s’est substitué l’Holocauste comme histoire et identité partagée. » La revanche politique des Juifs orientaux s’exprime avec la victoire du Likoud en 1977. « Une première pour la droite, qui augure son renforcement continu et qui débouche, comme c’est le cas aujourd’hui, sur sa coalition avec l’extrême droite (…) Ce sont ces gouvernements de droite ou dominés par elle, soutenus par les +Orientaux+ qui ont pris le relais de la gauche travailliste dans la colonisation massive des territoires palestiniens et qui ont mené la meurtrière offensive de Gaza. »

A l’instar du décret Crémieux signé en 1870 permettant aux Juifs algériens d’accéder à la nationalité française, l’auteur souligne la convergence d’intérêts entre les Juifs et le colonisateur. Lors de son rapatriement, cette population se retrouva coupée de son pays d’origine, sans pour autant être considérée comme vraiment française. « C’est aussi de cette histoire, spécifique et complexe, et finalement si peu partagée, que découle l’inconditionnel soutien de larges franges de la judaïcité française d’origine maghrébine à Israël. »

Un regard rare et un livre clé, permettant de connaître et comprendre les ressorts historiques et psychologiques préalables à un avenir commun.

Jean-Marie Dinh

Etre juif après Gaza, CNRS éditions 4 euros.

Voir Aussi : Rubrique politique Manifestation contre l’offensive israélienne, Rubrique religion Le judaisme libéral prône une adaptation au monde moderne, Rubrique actualité internationale Rapport de l’ONU sur Gaza , Repère sur la guerre de Gaza. Rubrique société civile « L’appel à la raison » des juifs européens à Israël, Rubrique Livre Dictionnaire d’Esther Benbassa,

L’homme qui insultait le monde entier

roberto-zucco-ok

Olivier Werner (Zucco) et Christiane Cohendy (sa mère)

Quand la déraison devient un art… Elle nous renvoie à la folie de notre vie ordinaire.

Qui n’a jamais rêvé de jeter son père par la fenêtre ? De tuer sa mère après l’avoir entendue pour la dernière fois vous ressasser les lignes morales de la conduite à suivre ? Roberto Zucco l’a fait à quinze ans. Ce sont ses premières victimes. Actes irréparables que les faits diversiers, gardiens de l’ordre adjoints, se plaisent à traduire comme de la violence inhumaine à grand coup de manchettes sur l’ennemi public numéro un. Acte fondateur pour un Koltès qui tombe en fin de vie sur un avis de recherche de l’assassin placardé dans le métro. « Je trouve que c’est une trajectoire d’un héros antique absolument prodigieuse », dira l’auteur qui suit le parcours de Roberto dans les détails jusqu’à son suicide dans un hôpital psychiatrique dans les mêmes conditions que son père.

Le mythe est là. Fasciné par le personnage, Koltès s’en saisit. La pièce sera créée à Berlin en 1990, un an après le décès de l’écrivain, mort du sida en avril 1989. En France la représentation sera interdite à Chambéry. Le vrai Roberto Succo ayant tué un policier originaire de cette ville.

Théâtre de révolte humaine

La mise en scène de Christophe Perton conjugue la transparence de l’intrigue et la complexité d’un développement intérieur plus abstrait. Elle saisit toute l’authenticité et la poétique de l’œuvre. Celle d’un personnage étranger à lui-même comme le suggère dès le départ l’extrait de America América d’Elia Kazan où un jeune Grec quitte sa terre natale devenue hostile pour le Nouveau monde. Roberto Zucco ne parle pas de lui. C’est un homme seul et sauvage qui défie le monde et brise les vies au gré des désirs pervers et contradictoires qui le mènent. Entre fulgurance et retenue, Olivier Werner ( Zucco) trouve le ton juste face au sincère désarroi… des autres.

Perton inclut sa matière humaine dans le petit théâtre de music hall qui tient lieu de décor. Les 18 comédiens sont là dès le début. Ils s’animent pour répondre à la convocation du destin, meurent et renaissent sur le plateau. La vitalité radicale et la puissance d’attraction de Zucco propulse une dynamique relationnelle inusitée. Comme elle renverse les thèmes et les commandements du christianisme. La limpidité du texte ouvre sur l’omniprésence du sacré dissimulé mais cependant perceptible. La scène solaire finale donne lumineusement le pendant au film de Kazan à travers la curieuse solidarité spirituelle des grands voyageurs.

Un voyage sans fard au cœur de l’humain, hautement conseillé, à ne pas situer sous le signe du déchirement ou de la culpabilité mais sous celui de la révélation. Le travail de Christophe Perton et la remarquable et subtile distribution restituent toute la richesse de l’œuvre en nous rappelant une évidence : l’être humain ne s’appartient pas.

Jean-Marie Dinh

Au Théâtre des Treize Vents

Fiction et documentaire : Entretien avec Jean-Pierre Rhem

documentaire1 Le dernier volet de la manifestation Raymond Depardon est présenté à Montpellier jusqu’au 31 janvier. On peut découvrir le travail photographique de l’artiste au Pavillon populaire ainsi qu’au Carré Ste-Anne, ses documentaires sont présentés au cinéma Diagonal. Cette manifestation se complète d’un cycle de conférences dont la première s’est tenue mardi au Musée Fabre sur le thème Documentaire : comment ça va avec la fiction ? avec Jean-Pierre Rhem le délégué général du Festival international du Documentaire (FID) de Marseille. Entretien.

En quoi l’intitulé de votre intervention rejoint-il le travail de Depardon ?

Si Raymond Depardon est un représentant imminent du documentaire, c’est aussi un artiste qui passe d’une écriture à l’autre. Il ouvre des portes. Son travail a fécondé d’autres pratiques, d’autres façons d’approcher le documentaire.

Vous semblez prôner l’abolition des frontières entre le documentaire et la fiction, ce qui soulève le rapport complexe qu’entretiennent les deux genres avec la réalité…

Il n’existe pas de règle ou d’impossibilité. Le film documentaire, comme la fiction ont un rapport au réel. La fiction n’est pas un moyen de se détourner du réel. Cette opposition est stérile. Fiction et documentaire sont deux moyens différents d’aborder la réalité. Le film de fiction relève d’une construction élaborée des auteurs, le film documentaire implique un autre type de construction tout aussi élaboré. Des auteurs comme Flaubert, Poe ou Joyce puisent abondamment dans le réel pour nourrir leur fiction romanesque.

En tant que programmateur, comment observez-vous la dimension politique de la production documentaire ?

Dans mon travail de sélection, je suis attentif à la dimension politique qui n’échappe pas à la sphère de la représentation simplement parce que l’espace que nous partageons collectivement se situe dans l’espace politique. Mais il n’y a pas une façon unique de poser cette question. Brandir un drapeau ne certifie pas aujourd’hui la présence de la cause défendue.

Après le militantisme des années 70, observez-vous l’émergence de nouvelles formes de résistance ?

Le ton n’est plus le même. Les films ne sont pas le miroir de convictions préétablies et simplificatrices. On observe un regain de films qui sont le reflet d’un certain engagement. D’une militance qui n’a plus peur de la complexité. Depardon en est un exemple. L’approche tenace du monde rural, que l’on perçoit dans ses films, n’est pas dénuée de conscience sociale. Même si le cinéaste utilise cette forme d’engagement pour produire du romanesque.

Comment choisir ce qui fait événement dans l’immensité de la production documentaire mondiale ?

Il existe une forme de langue universelle du documentaire. Ce qui permet, entre autre, de distinguer les films qui sortent de l’ordinaire. Faire événement, c’est produire une synthèse indépendante d’un contexte tout en restant dépendant de ce contexte. L’appréciation peut porter sur la forme ou le sujet. Je m’efforce d’évaluer de quel contexte national s’est arraché le film qui fait événement à mes yeux. C’est un long travail. Je fais d’abord appel à mon intuition, à mon expérience, et après je m’informe.

Recueilli par Jean-Marie Dinh

Prochaine conférence mardi 1er décembre Depardon Le moderne, le classique par : Maxime Scheinfeigel (Professeure à l’université Paul Valéry)

Commerce: la France veut « activer » ses relations avec l’Italie

La France veut « activer » ses relations commerciales avec l’Italie, pays dont le dynamisme des PME peut lui servir d’exemple, a indiqué lundi la secrétaire d’Etat française au Commerce extérieur, Anne-Marie Idrac. « L’Italie est le deuxième client de la France et la France est le deuxième client de l’Italie. Cela mérite que l’on s’intéresse à activer les relations entre les deux pays », a déclaré à l’AFP Mme Idrac, qui doit notamment rencontrer des patrons italiens au cours de sa visite dans la péninsule.

Selon la secrétaire d’Etat, 30% d’entreprises françaises de plus qu’en 2008 ont été accompagnées sur le marché italien cette année par Ubifrance, l’agence publique pour le développement international des entreprises françaises, et l’objectif pour 2010 est une croissance de 20%. Les entreprises françaises ont notamment leur carte à jouer dans la gestion de l’eau alors que le Parlement italien a adopté la semaine dernière une loi accordant plus de place au privé.

« C’est vraiment le moment de se positionner, cela peut être de gros marchés » pour les champions français, Veolia et GDF Suez, mais aussi pour les PME, a-t-elle estimé. Dans l’autre sens, « nous sommes très intéressés par le développement des investissements italiens en France qui aujourd’hui représentent autour de 4% des investissements étrangers », a ajouté Mme Idrac. Mais la France a également à apprendre des Italiens, a jugé Mme Idrac. « Les Italiens sont aussi nos concurrents puisque nous sommes les deux pays au monde qui sont autour de 4% de parts de marché » et « il y a des choses à apprendre sur les PME » qui sont plus « dynamiques » en Italie alors qu’elles sont la « grande faiblesse » de l’économie française, a-t-elle poursuivi.

Alors que l’Italie est le premier pays producteur d’articles contrefaits en Europe selon le commissariat à la contrefaçon italien, Mme Idrac a salué le « très bel engagement des Italiens » en la matière mais insisté sur le fait qu’il fallait « maintenir la pression opérationnelle ».

AFP