Le déficit commercial de la France s’est creusé en février à 4,107 milliards d’euros, après 3,714 milliards en janvier, les échanges pâtissant toujours de la dégradation économique mondiale, ont annoncé le 8 avril les Douanes.
Dans une précédente estimation, le déficit commercial de janvier était ressorti à 4,549 milliards d’euros.
Le déficit du commerce extérieur a atteint 55,7 milliards d’euros en 2008, battant largement le record de 40,6 milliards établi en 2007, sous le double effet de l’alourdissement de la facture énergétique et de la crise.
En raison de la baisse du commerce mondial, les exportations se sont réduites en février à 28,861 milliards d’euros (après 29,292 milliards en janvier).
« Nous sommes retombés au plus bas niveau depuis mars 2005 », a réagi Alexander Law, du cabinet Xerfi. « Mais le rythme de baisse des exportations a commencé à s’atténuer: cela veut dire que l’on s’approche du fond et qu’un rebond technique sera envisageable d’ici à quelques mois », a-t-il ajouté.
« En très fort repli au dernier trimestre 2008, les échanges commencent à se stabiliser », commente aussi le ministère des Finances sur son site internet.
Après le creux de janvier, les livraisons d’équipements aéronautiques « reprennent nettement » et « les ventes de produits pétroliers raffinés redémarrent », selon le ministère.
Par ailleurs, les exportations de produits de l’industrie automobile, secteur touché de plein fouet par le ralentissement économique mondial, « cessent de reculer ».
Mais chez Xerfi, les analystes pointent « la faiblesse extrême des ventes tricolores outre-Atlantique », en raison du repli de la consommation et de l’investissement américains.
Ils relèvent aussi l’effondrement des échanges avec deux des principaux clients français: l’Espagne et le Royaume-Uni.
L’Allemagne, numéro un mondial des exportations, a également vu celles-ci s’effondrer en février, de 23,1% sur un an et de 0,7% sur un mois, selon des chiffres provisoires publiés mercredi.
En France, les importations ont commencé à se stabiliser, atteignant 32,968 milliards d’euros en février (après 33,006 milliards en janvier).
Si la France « importe moins, c’est parce que les ménages font attention à la dépense et que les entreprises ont gelé leurs investissements et les achats de machines qui vont avec », a souligné Alexander Law.
Les ministres de la Défense français et irakien Hervé Morin et Abdel Qader Obeidi en ont fait l’annonce sur le perron du ministère de la Défense à Paris, 19 ans après l’invasion du Koweït par l’Irak qui avait mis fin à toute coopération militaire bilatérale. Le contrat porte sur l’achat de 24 appareils de transport EC 635 d’Eurocopter, filiale du géant européen de l’aéronautique EADS, pour un montant de 360 millions d’euros. Mais Paris assurera aussi la formation des équipages irakiens en France, sur des hélicoptères Gazelle mis à leur disposition, la maintenance des appareils ainsi qu’un soutien technique.
Lors d’une visite-surprise de Nicolas Sarkozy à Bagdad le 10 février, la première d’un président français depuis la création de l’Irak en 1921, le chef de l’Etat avait proposé une collaboration « sans limites » de la France à la reconstruction du pays, y compris dans le domaine de la défense. « Nous pouvons collaborer, former et équiper aussi l’armée irakienne », avait-il déclaré. Le contrat sur les hélicoptères apparaît ainsi comme une première étape, M. Morin annonçant, après une entrevue avec son homologue irakien, que Paris allait « rouvrir une mission militaire à Bagdad » et y dépêcher un attaché militaire « dès cet été ». « Nous voulons retrouver le niveau des relations que la France avait jusqu’aux années 80 » avec l’Irak, a-t-il souligné, rappelant qu’à l’époque, « une grande partie de l’armée irakienne était formée en France et équipée de matériel militaire français ».
A ses côtés, le ministre irakien a précisé qu’au cours de sa visite en France, il avait engagé des discussions sur « d’autres projets » avec « de grandes entreprises françaises ». Ces contrats d’armement, a-t-il jugé, renforceront « l’indépendance » de l’Irak et « faciliteront l’accord conclu avec les Etats-Unis sur le retrait des forces américaines ».
Paris et Bagdad voient déjà plus loin. M. Morin a proposé à son homologue un « accord cadre » portant sur « la formation des officiers irakiens, l’entraînement et l’encadrement de l’armée irakienne ainsi que la coopération industrielle ». La France, a souligné le ministre, est prête à concourir à la « reconstruction d’une aviation de combat » irakienne et à « la remise à niveau de l’armée de terre » en fournissant des blindés.
De 1977 à 1988, Paris était devenu l’un des principaux fournisseurs d’armement de l’Irak dirigé par Saddam Hussein, avec la vente d’une centaine de Mirage F1. La France qui s’est farouchement opposée, avec l’Allemagne et la Russie, à l’intervention américaine en Irak, pourrait aussi y dépêcher prochainement des instructeurs. Interrogé sur cette perspective, M. Morin a répondu que la France était « ouverte à toute forme de coopération » mais qu’il appartenait « au gouvernement irakien de dire ce qu’il souhaite ». Des militaires français seront présents en Irak « dès l’arrivée des équipements français », a enchaîné son homologue irakien, sans préciser le calendrier.
Comment est parti ce projet de Multiplexe au Nord de Montpellier ?
Je travaille dessus depuis cinq ans. L’arrivée des multiplexes nous a fait perdre 50% de notre chiffre d’affaires au centre-ville. Pour être compétitif, il fallait s’agrandir. Nous avons essayé de racheter le garage Citroën du centre-ville, mais cela n’a pu se faire. J’ai aussi rencontré les acteurs pour une implantation à Juvignac puis nous nous sommes tournés vers St Gély où les conditions d’implantation nous ont paru plus favorables.
En termes financiers ?
Non, dans les deux cas on nous accordait des facilités pour l’emplacement mais il n’y a pas de soutien financier particulier. C’est l’implication de la communauté de communes du Pic St Loup et le résultat de l’étude marketing qui ont fait la différence. Le coût global est de
9 millions d’euros. On attend entre 400 000 et 500 000 spectateurs dès la première année.
Avec un fauteuil pour 29 habitants, l’Agglo se situe déjà au-dessus de la moyenne nationale. D’où viendra votre clientèle ?
D’un périmètre qui va des quartiers nord de Montpellier, s’étend de Vailhauques à Ganges et revient en passant par Castelnau. C’est un bassin de population qui concerne plus de 100 000 habitants. Les études réalisées dans cette zone indiquent que près de 50% des spectateurs ne vont plus au cinéma parce que c’est trop loin de chez eux. La création du Multiplexe Royal augmentera le nombre de spectateurs. Il faut aussi tenir compte de la croissance démographique. Enfin, et c’est un point important, nous comptons sur la qualité du service et de l’offre que nous allons proposer.
Votre projet qui émane de la chaîne Aubert, veut se distinguer des Multiplexes classiques ?
Cela fait 43 ans que je travaille dans le cinéma. J’ai commencé au Gaumont Palace de Clichy. Je vais souvent voir des films à Paris en tant que spectateur lambda, mais je ne fréquente pas les multiplexes parce qu’on ne s’y sent pas bien. Le pop-corn, les jeux, le bruit, les spectateurs qui sortent par les portes de secours, tout cela ne correspond pas à ma vision du cinéma. A Saint-Gély, nous allons construire un endroit où les gens auront plaisir à se retrouver. Il y aura notamment une grande salle de 600 places où nous organiserons des soirées à thèmes, des expos et des retransmissions de concerts en direct comme nous le faisons déjà. Le 9 décembre ce sera le concert d’Elton John à Paris.
Reste que la multiplication des salles ne joue pas en faveur de la diversité de l’offre ?
Je ne programmerai pas des films expérimentaux, mais je ferai de l’art et essai. Il y a un créneau à Montpellier pour cela, comme pour les œuvres en version originale. Aujourd’hui, il est fréquent que les distributeurs nous refusent des VO à cause de notre taille. Ce qui n’a pas de sens. On se retrouve avec deux versions françaises au centre-ville. Alors que le public me demande de la VO. Je suis le premier exploitant à avoir signé un contrat avec Gaumont pour projeter des classiques français en version originale numérique. Nous allons les programmer le premier jeudi de chaque mois.
On sait que l’impact des multiplexes contribue à la disparition des cinémas du centre-ville. Mais vous affirmez que le Royal ne fermera pas…
Oui. Pour nous l’acceptation du projet par la CNEC est une bouée de sauvetage. Sans cela nous aurions dû fermer. Avec cinq salles on ne pèse pas assez face aux distributeurs. Maintenant on fait n’importe quoi. Ici Gaumont prend tous les films qui sortent et les largue au bout d’une semaine. C’est la loi du fric. Avant, les distributeurs suivaient la vie des films. Ils les défendaient, ils demandaient dans quelle salle ils se jouaient. Aujourd’hui, le mercredi ils sont à Paris attablés à la table du Fouquet’s. On leur téléphone pour leur donner les chiffres globaux et ils débouchent du champagne. Moi je les appelle des … (nom de poisson de mer en dix lettres). Le multiplexe Royal va me donner une puissance que je n’avais pas pour accéder aux films. Avec les huit salles de St-Gély, on passe à treize salles et on est pas superstitieux !
le tribunal de première instance de l’UE, a confirmé le jugement rendu en 2002 et l’amende de 249,6 millions d’euros que doit verser Lafarge pour entente sur les prix des plaques de plâtre.
La Commission européenne considère que « 80% des consommateurs européens auraient été affectés par cette entente illicite sur les prix »
Voir aussi : Rubrique Politique, Affaires, rubrique Justice,
Maître de conférence de sciences économiques à l’université de Saint-Étienne, Jérome Maucourant revient sur les idées historiques, politiques et sociales de Karl Polanyi
« Si l’on dit que la redistribution rend la dette acceptable, cela veut dire que le politique qui est le vecteur de la redistribution doit intervenir. »
« Dans l’œuvre multiforme de Polanyi, certaines grandes idées se dégagent. Celle par exemple que le marché ne serait pas naturel ?
Effectivement, le paradigme que nous connaissons depuis vingt cinq ans est celui de la naturalité du marché. Le marché est pensé comme une institution qui ne proviendrait pas d’un dessein conscient. En réfléchissant à la montée des fascismes, à l’échec de l’étalon-or et à la crise des années 30, Polanyi en arrive à l’idée que le marché est une construction sociale et politique mise en place par des desseins délibérés.
Quelles sont les conséquences de cette construction?
Il a une formule assez forte qui dit que le laissé faire est planifié et la planification est spontanée. Il veut dire par-là que des politiques très particulières ont constitué des marchés et que les conséquences imprévues du fonctionnement de ces marchés ont crée des contre mouvements de protection de la société, qui ont rendu possible pour un temps, la société de marché. Sans cela la société n’aurait jamais supporté les conséquences du point de vue humain, social, culturel d’une fiction aussi grossière qui consiste à faire en sorte que, la terre, la monnaie et le travail soient constitués comme marchandises.
En quoi la fin de l’étalon-or s’avère-t-elle déterminante ?
Si la crise des années 30 a expulsé l’étalon-or des institutions, sa fin programmée s’annonce dès le XIXème en Grande-Bretagne puis aux Etats-Unis quand les banques centrales se constituent. C’est-à-dire que dès qu’on a voulu instituer la monnaie comme une marchandise, – la monnaie n’étant qu’une image de la marchandise alors que l’étalon-or était pensé comme un bien pouvant être échangé contre d’autres biens – les désordres économiques ont été tels, que les banque centrales sont entrées dans la politique. Dans les années 20, on assiste à une régulation de la macroéconomie pour essayer de mettre en œuvre la monnaie parce que cela ne marche pas tout seul et qu’il faut une intervention. Et très vite, les interventions prennent différentes formes ; monétaire budgétaire, etc.
Polanyi souligne que la gestion monétaire porte sur un contenu de classe…
Il y a effectivement un contenu de classe et plus globalement un contenu social. Polanyi montre que ce qui est fondamental dans toute société humaine c’est la question de la circulation de la dette. Ici, on se rend compte de l’importance de la politique monétaire. C’est elle qui permet d’assurer une bonne évaluation et circulation des dettes. Si l’on admet que la perpétuation des dettes et leur négociation permettent à la société de tenir debout, on réalise que la monnaie n’est plus quelque chose de purement technique mais permet de gérer les équilibre sociaux.
On pense à la crise actuelle…
Il est évident que l’effondrement de la finance est tout simplement l’effondrement d’un certain mode social d’accumulation des richesses. Il suffit de voir que la croissance américaine ne favorise qu’un pour mille de la population. Et la seule façon qu’on ait trouvé pour perpétuer ce système, est l’explosion de la dette dans les classes inférieures et moyennes de la société. Un compromis existait à la fois aux Etats-Unis et dans les pays émergents pour financer une dette qui était un peu le socle social de l’accumulation mondial du capital.
L’alternative appelle-t-elle une régulation ?
Oui, ce qui signifie une chose très simple, si l’on dit que la redistribution rend la dette acceptable, cela veut dire que le politique, qui est le vecteur de la redistribution, doit intervenir. Et le faire plus massivement qu’il ne le faisait.
Les essais de Karl Polanyi, éd du Seuil
Effectivement, cette idée contredit certains historiens qui évoquent le terme de démocratie de marché. La survie de la société moderne est liée à une articulation fonctionnelle entre la sphère politique et économique. La sphère politique est fondée démocratiquement par le vote des citoyens selon l’idéal d’égalité et doit nécessairement se confronter à l’économie qui ne fonctionne pas sur ce principe. Il y a donc un risque de clash permanent. C’est tellement vrai que Polanyi invitait à prendre Hitler au sérieux quand celui-ci pose dans son discours de 1934, l’impossibilité de la coexistence de la propriété des moyens de production et du principe démocratique.
Polanyi s’inspire du Capital, comment se distingue-t-il de Marx ?
Son œuvre serait incompréhensible sans la lecture de Marx. Les textes qui sont publiés essayent de mettre en valeur une réactualisation du marxisme que Polanyi a pu faire dans les années 30 en tentant de saisir pleinement ce moment historique. Ce qui influence Polanyi c’est le Marx de l’aliénation, en revanche Polanyi est plus critique sur l’idée que l’économie serait le squelette de toute une société. Il concède cependant au marxisme ce fait dans la société capitaliste.
En quoi son œuvre peut-elle être utile à la gauche ?
Polanyi c’est toujours considéré comme un socialiste. Il a eu pleinement conscience, avant même son échec, de l’impossibilité d’une économie planifiée. S’il y a un message à donner aux gauches actuelles c’est que, si l’anticapitalisme se traduit par la négation absolue du marché, on court irrémédiablement à l’échec. Il y a énormément de confusions qu’il faudrait lever. Certains anticapitalistes sont peu conscients que le marché peut avoir une place dans une société qui n’est pas globalement capitaliste. Polanyi nous invite à penser au fonctionnement de la société à partir des méthodes de marché, de redistribution, et de réciprocités qui renvoient à l’économie solidaire.
Un autre message que l’on peut lancer à la gauche qui se dit libérale, c’est de créer un socialisme qui prenne en compte les problèmes de notre époque comme la question de l’environnement, de la brevatibilité du vivant et généralement de l’écologie. Il est évident que cela ne peut pas être résolu par des procédures marchandes. Or une bonne partie de la gauche libérale justement par son adhésion sans faille au traité européen, qui est un projet de privatisation de la société par le marché, n’est pas en mesure de proposer une alternative. Il serait bon que les socialistes libéraux tirent les conclusions de l’histoire et de leur échec au moment même où le capitalisme financier s’effondre. »
Recueilli par Jean-Marie Dinh
Jérome Maucourant « Avez-vous lu Polanyi ?», éd. La dispute