Nouveaux fichiers: atteinte « patente » aux libertés publiques »

Le Syndicat de la Magistrature (SM) et le Syndicat des Avocats de France (SAF) ont dénoncé mardi la création par décrets de deux nouveaux fichiers de police, dans lesquels ils voient une atteinte « patente » aux libertés publiques.

« Fidèle à sa stratégie d’exploitation politique des faits divers, ce gouvernement a pris prétexte des récents événements de Poitiers pour sortir des tiroirs deux décrets, à l’évidence prêts de longue date, qui se substituent au tristement célèbre décret Edvige », ont regretté dans un communiqué commun le SM et le SAF.

« L’atteinte aux libertés publiques est toujours patente », ont-ils estimé, soulignant qu' »il est une nouvelle fois prévu de ficher les enfants (à partir de 13 ou 16 ans), et de viser les activités politiques, religieuses, philosophiques ou syndicales ». « Quant à la mention de +l’origine géographique+, elle porte en germe une stigmatisation de certains quartiers et ne constitue qu’une manière détournée d’intégrer l’origine ethnique, réelle ou supposée », ont-ils estimé.

« Le Syndicat des avocats de France et le Syndicat de la magistrature s’associeront, dans le cadre du collectif +Non à Edvige+, à toutes les actions publiques et judiciaires qui pourront être entreprises », ont-ils assuré.

Deux nouvelles « bases de données » destinées à renforcer les moyens d’enquête de la police ont été créées par des décrets publiés dimanche au Journal Officiel.

Capgemini emploie désormais plus de salariés en Inde qu’en France

Le groupe français de conseil et services informatiques Capgemini compte depuis le troisième trimestre davantage d’employés en Inde qu’en France, conformément à ses prévisions, a-t-on appris mardi auprès de l’entreprise.

Lors de la présentation de ses résultats semestriels, le 30 juillet, le directeur général de Capgemini Paul Hermelin avait indiqué espérer atteindre ce ratio « au second semestre ». « L’effectif indien a dépassé au cours du troisième trimestre l’effectif français. Dans les deux cas, cela se situe aux alentours de 20.000 personnes », a déclaré à l’AFP une porte-parole, confirmant une information des Echos.

Les chiffres précis seront communiqués lors de la présentation des résultats du troisième trimestre, le 5 novembre, a-t-elle ajouté. Les Echos avancent le chiffre de 20.100 salariés en Inde (contre 19.950 en juin) et de 20.000 en France (contre 20.475 en juin).

« L’Inde est au coeur de la stratégie » du groupe qui vise à garantir « une continuité avec les clients (…) dans les pays historiques du groupe », tout en bénéficiant « de plateformes off-shore qui permettent d’avoir des ingénieurs de très grande qualité et des coûts compétitifs », a expliqué la porte-parole.

« Les compétences des deux sont complémentaires », a-t-elle ajouté, précisant: « c’est grâce à cela qu’on se développe et qu’on protège l’emploi » dans les pays historiques. Selon le Munci, l’association professionnelle des informaticiens, un ingénieur indien gagne 6.000 à 8.000 euros par an, contre 30 à 35.000 euros pour un débutant en France.

En 2008, Capgemini avait recruté 4.000 personnes en France. Au premier semestre 2009, 600 l’ont été, sur 5.500 dans le monde (dont 47% off-shore). Au second semestre, les recrutements en France devraient être « du même ordre de grandeur », a indiqué la porte-parole.

En mars, le groupe français de services informatiques Steria avait fait savoir que l’Inde pourrait détrôner cet été la France et ses 6.000 employés. Interrogé par l’AFP, une porte-parole de Steria n’a pas pu dans l’immédiat précisé si c’était désormais le cas.

La pauvreté en France en quelques chiffres

Voici quelques indicateurs rendant compte de la pauvreté en France.

En 2007, un peu plus de huit millions de personnes vivaient sous le seuil de pauvreté (revenu mensuel inférieur à 60% du revenu médian, à savoir 910 euros en 2007, selon l’Insee), contre un peu plus de 7,8 millions en 2006, c’est à dire 13,4% de la population, contre 13,1% en 2006.

Le gouvernement invoque aussi, pour apprécier si l’engagement de Nicolas Sarkozy de réduire la pauvreté d’un tiers d’ici à 2012 sera tenu, un autre indicateur. En prenant comme référence le seuil de pauvreté à son niveau de 2006 (880 euros par mois), il obtient un « taux de pauvreté ancré dans le temps » de 12,5% en 2007, contre 13,1% en 2006.        

 Avec 17,9% de moins de 18 ans vivant sous le seuil de pauvreté en 2007 (dernières statistiques de l’Insee), les enfants et adolescents sont plus touchés par la pauvreté que le reste de la population (13,4%).

Environ 30% des Français disent avoir déjà connu « réellement » une situation de pauvreté, selon le baromètre annuel Ipsos pour le Secours populaire, publié en septembre.

Dans un rapport publié en février, la Fondation Abbé Pierre évaluait à 3.498.800 le nombre de personnes connaissant « une problématique forte de mal-logement ». La Fondation donne toujours le chiffre de 100.000 sans domicile fixe (SDF) basé sur une étude de l’Insee de 2001, précisant qu’il s’agit d’une « fourchette basse ». La Fédération nationale des associations d’accueil et de réinsertion sociale (Fnars) évoquait en 2007 le chiffre de 200.000.

Selon une étude des ministères sociaux publiée en février, le nombre de personnes percevant des minima sociaux a chuté de 4,6% en 2007, à 3,3 millions, surtout grâce à un recul de 8,3% du nombre de bénéficiaires du RMI (remplacé en juillet par le RSA) entraîné par les progrès constatés cette année-là sur le marché du travail.

Afghanistan : le PCF « s’indigne » des propos d’un général français

Le PCF s’est « indigné » vendredi des propos du général français à la retraite Jean Salvan sur l’Afghanistan, jugeant qu’ils faisaient « tristement écho » à ceux de Nicolas Sarkozy, pour qui il faut « davantage de soldats afghans » pour « gagner » la guerre. Le général de corps d’armée (4 étoiles) Jean Salvan a déclaré vendredi à l’AFP qu’il « faudrait que les jeunes Afghans et Pakistanais réfugiés en France prennent leur part du combat contre les talibans plutôt que de continuer à envoyer nos troupes à Kaboul pour des combats incertains ».

« Proclamer cela est une honte. Les Afghans qui immigrent en France ne cherchent pas la fortune, ils fuient une guerre qui détruit leurs vies et leurs familles », écrit dans un communiqué le PCF qui « s’indigne » de ces propos. « Cette déclaration du général fait tristement écho à celle de Nicolas Sarkozy qui affirmait au Figaro +qu’il faut d’avantage de soldats Afghans+ pour +gagner+ la guerre », poursuit-il.     Pour le PCF, « c’est toute la stratégie de l’Otan en Afghanistan qui doit être remise à plat ». « C’est toute la politique de Monsieur (Eric) Besson (ministre de l’Immigration) qu’il faut mettre en cause, une politique qui refuse l’asile à ceux qui souffrent de l’impérialisme, une politique qui renvoie des femmes et des hommes à la mort », conclut-il.

Voir aussi : Rubrique politique : Pas d’alternative à la présence française

Discours de Thomas Sankara à l’ONU le 4 octobre 1984

Figure incomparable de la politique africaine et mondiale [1949-1987], radicalement insoumis à tous les paternalismes et docilisations pourtant plus sûrs placements en longévité politique post-coloniale, Thomas Sankara a légué aux générations futures la verve et l’énergie de l’espoir, l’emblème de la probité et la conscience historique de l’inaliénabilité de la lutte contre toutes oppressions.

Prononcé lors de la 39ème Session de l’Assemblée Générale des Nation-Unies, le 4 octobre 1984, ce discours historique à n’en point douter, mérite de constituer l’humus fertilisant des nouvelles consciences en mouvement, avides de justice, de liberté, d’enrichissements mutuels. 

Les choses ont évolué dans le mauvais sens. Sankara assassiné. Les dictateurs africains sont bien accrochés à leur rôles d’affameurs de peuples soutenus par les lobbies occidentaux consommateurs des ressources naturelles et vendeurs d’armes.

Le message des pays occidentaux vers ces dictateurs est clair : »Vendez-nous votre pétrole, nous vous vendrons nos armes pour entretenir l’instabilité de vos pays qui vous permettent de vous maintenir au pouvoir ». 

Le discours de Thomas Sankara

« Permettez, vous qui m’écoutez, que je le dise : je ne parle pas seulement au nom de mon Burkina Faso tant aimé mais également au nom de tous ceux qui ont mal quelque part.

Je parle au nom de ces millions d’êtres qui sont dans les ghettos parce qu’ils ont la peau noire, ou qu’ils sont de cultures différentes et qui bénéficient d’un statut à peine supérieur à celui d’un animal.

Je souffre au nom des Indiens massacrés, écrasés, humiliés et confinés depuis des siècles dans des réserves, afin qu’ils n’aspirent à aucun droit et que leur culture ne puisse s’enrichir en convolant en noces heureuses au contact d’autres cultures, y compris celle de l’envahisseur.

Je m’exclame au nom des chômeurs d’un système structurellement injuste et conjoncturellement désaxé, réduits à ne percevoir de la vie que le reflet de celle des plus nantis.

Je parle au nom des femmes du monde entier, qui souffrent d’un système d’exploitation imposé par les mâles. En ce qui nous concerne, nous sommes prêts à accueillir toutes suggestions du monde entier, nous permettant de parvenir à l’épanouissement total de la femme burkinabè. En retour, nous donnons en partage, à tous les pays, l’expérience positive que nous entreprenons avec des femmes désormais présentes à tous les échelons de l’appareil d’Etat et de la vie sociale au Burkina Faso. Des femmes qui luttent et proclament avec nous, que l’esclave qui n’est pas capable d’assumer sa révolte ne mérite pas que l’on s’apitoie sur son sort.

Cet esclave répondra seul de son malheur s’il se fait des illusions sur la condescendance suspecte d’un maître qui prétend l’affranchir. Seule la lutte libère et nous en appelons à toutes nos sœurs de toutes les races pour qu’elles montent à l’assaut pour la conquête de leurs droits.

Je parle au nom des mères de nos pays démunis qui voient mourir leurs enfants de paludisme ou de diarrhée, ignorant qu’il existe, pour les sauver, des moyens simples que la science des multinationales ne leur offre pas, préférant investir dans les laboratoires de cosmétiques et dans la chirurgie esthétique pour les caprices de quelques femmes ou d’hommes dont la coquetterie est menacée par les excès de calories de leurs repas trop riches et d’une régularité à vous donner, non, plutôt à nous donner, à nous autres du Sahel, le vertige. Ces moyens simples recommandés par l’OMS et l’UNICEF, nous avons décidé de les adopter et de les populariser.

Je parle aussi au nom de l’enfant. L’enfant du pauvre qui a faim et louche furtivement vers l’abondance amoncelée dans une boutique pour riches. La boutique protégée par une épaisse vitre. La vitre défendue par une grille infranchissable. Et la grille gardée par un policier casqué, ganté et armé de matraque. Ce policier placé là par le père d’un autre enfant qui viendra se servir ou plutôt se faire servir parce que présentant toutes les garanties de représentativité et de normes capitalistiques du système.

Je parle au nom des artistes – poètes, peintres, sculpteurs, musiciens, acteurs – hommes de bien qui voient leur art se prostituer pour l’alchimie des prestidigitations du show-business.

Je crie au nom des journalistes qui sont réduits soit au silence, soit au mensonge, pour ne pas subir les dures lois du chômage.

Je proteste au nom des sportifs du monde entier dont les muscles sont exploités par les systèmes politiques ou les négociants de l’esclavage moderne.

Mon pays est un concentré de tous les malheurs des peuples, une synthèse douloureuse de toutes les souffrances de l’humanité, mais aussi et surtout des espérances de nos luttes.

C’est pourquoi je vibre naturellement au nom des malades qui scrutent avec anxiété les horizons d’une science accaparée par les marchands de canons. Mes pensées vont à tous ceux qui sont touchés par la destruction de la nature et à ces trente millions d’hommes qui vont mourir comme chaque année, abattus par la redoutable arme de la faim…

Je m’élève ici au nom de tous ceux qui cherchent vainement dans quel forum de ce monde ils pourront faire entendre leur voix et la faire prendre en considération, réellement. Sur cette tribune beaucoup m’ont précédé, d’autres viendront après moi. Mais seuls quelques-uns feront la décision. Pourtant nous sommes officiellement présentés comme égaux. Eh bien, je me fais le porte-voix de tous ceux qui cherchent vainement dans quel forum de ce monde ils peuvent se faire entendre.

Oui, je veux donc parler au nom de tous les «  laissés pour compte » parce que « je suis homme et rien de ce qui est humain ne m’est étranger ».

Voir aussi :  Rubrique Agenda : Thomas Sankara anniversaire