« Du réfugié de guerre vers l’immigrant économique »

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Tribune de Samir Daher, conseiller du Premier ministre libanais pour les Affaires économiques publiée dans le quotidien libanais L’Orient le Jour 31/10/2013

Depuis l’avènement du conflit syrien, le gouvernement libanais œuvre sans relâche pour faire face aux conséquences économiques et sociales, et autres retombées du conflit sur le Liban, dont un flux de réfugiés d’une ampleur sans précédent. Le Liban, déjà pays le plus densément peuplé de la région, porte le poids principal de la présence de réfugiés. En effet, il est devenu le plus grand pays d’accueil à la fois en nombre absolu, et en comparaison avec la taille de son territoire et sa faible population. Dans cette crise, le peuple et le gouvernement libanais, aux prix de grands efforts, font preuve d’une compassion et solidarité manifestes envers la détresse et le désespoir des réfugiés. Toutefois, les ressortissants syriens représentent déjà plus du quart de la population résidente du Liban et cette proportion ne cesse d’augmenter. Devant ce fait, il devient impératif qu’une politique rationnelle émanant d’un consensus national solide soit adoptée pour mettre en place des solutions réalistes et appropriées. Cet afflux peut donner lieu à des divisions susceptibles, à terme, d’affaiblir la cohésion nationale au sein de la société libanaise, et d’élargir le fossé de discorde et d’inimitié qui se creuse entre réfugiés et communautés d’accueil.

Outre la question des réfugiés, la guerre en Syrie a des retombées directes et indirectes sur l’économie libanaise. Cela s’est notamment traduit par le déclin de l’investissement, la perte d’emploi, la perturbation des routes commerciales et l’émergence d’un environnement peu propice au tourisme ainsi que la baisse des recettes du Trésor. Au Liban, ces effets négatifs sont substantiels vu la dépendance profonde de l’économie sur le secteur des services qui représente 75 % du produit économique, et est fortement vulnérable aux risques politiques et à l’insécurité.

Dans ce cadre, le Premier ministre a demandé à la Banque mondiale et aux Nations unies d’aider les autorités libanaises à mesurer l’impact multidimensionnel et le coût économique de cette situation, afin de mieux cibler et d’améliorer l’efficience de l’appui de la communauté internationale au Liban sur ce dossier, et l’amener à supporter la charge de cette crise majeure dont le Liban n’est en rien responsable.

Pour ce faire, la Banque mondiale a examiné les effets à court et long terme de cette crise sur le développement économique et social, en mettant l’accent sur : l’incidence du conflit sur le produit intérieur brut ; la capacité amoindrie de l’État à satisfaire la demande sans cesse croissante des réfugiés dans les domaines de l’éducation et la santé, et les secteurs divers de l’infrastructure ; et les conséquences de la crise sur les finances publiques. L’étude n’aborde pas l’aide humanitaire selon l’hypothèse que cette dernière sera toujours fournie par les agences humanitaires spécialisées. Les questions de sécurité et leurs retombées financières étaient au-delà des termes de référence de l’évaluation de la Banque mondiale.

Les principales conclusions de cette évaluation en termes de coûts économiques et budgétaires sur la période 2012-2014 appellent à la prudence et la circonspection, d’autant qu’elles ne reflètent que les conditions actuelles d’une crise encore en voie d’évolution, sans aucune visibilité quant à sa durée de stabilisation. Les effets du conflit se font sentir à plus d’un niveau. Tout d’abord sur l’économie nationale, par un manque à gagner de 7,5 milliards de dollars en PIB. Ensuite, sur le Trésor public, par un coût de 5,1 milliards de dollars, dont 1,1 milliard de dollars en dépenses budgétaires courantes pour les services fournis aux réfugiés, tels que les soins médicaux dans les hôpitaux publics, l’éducation dans les écoles publiques, et les subventions pour l’électricité et autres services et produits de consommation ; 2,5 milliards de dollars en investissements supplémentaires nécessaires pour maintenir l’accès aux services à leur niveau d’avant la crise en 2011, par exemple le nombre d’heures d’approvisionnement en électricité par jour pour 4 millions de résidents libanais et 1,2 million de ressortissants syriens ; et 1,5 milliard de dollars en diminution de recettes publiques résultant de l’affaiblissement de l’économie.

Les coûts sociaux sont tout aussi dévastateurs, car l’afflux massif de réfugiés augmente sensiblement l’offre de la main-d’œuvre, exerçant par là une pression à la baisse sur les niveaux des salaires. Pour les citoyens libanais, les conséquences sociales en sont désastreuses et se traduisent par la hausse des taux de chômage à près du double de leurs niveaux actuels, en particulier parmi les travailleurs non qualifiés dans les régions les plus pauvres (Nord et Békaa) qui, par le hasard de la géographie, abritent le plus grand nombre de réfugiés ; et l’ajout de 170 000 personnes au million de Libanais qui vivent en deçà du seuil de la pauvreté.

L’amplitude des coûts dérivés de l’analyse devrait soulever auprès des responsables comme des donateurs de graves préoccupations quant à la viabilité des politiques qui régissent actuellement les programmes d’assistance aux réfugiés, et ce à la lumière de coûts poussés à la hausse par les flux de réfugiés sans cesse grandissants. Ces conclusions soulignent la nécessité impérative pour le gouvernement de réévaluer ces politiques, notamment la nature et le contenu du programme de services offerts par secteur, ainsi que la gouvernance et le cadre organisationnel dans lequel l’aide est fournie. En outre, le gouvernement doit continuer d’explorer de nouveaux mécanismes et outils financiers susceptibles d’accroître et d’optimiser les flux de financements extérieurs reçus par les institutions libanaises, et qui jusqu’ici se sont avérés négligeables.

En conclusion, pour assurer de façon réaliste la viabilité du programme d’assistance aux réfugiés, les modifications à apporter à l’ensemble des services offerts doivent être basées sur le principe d’airain que les réfugiés se trouvent au Liban en des circonstances exceptionnelles et à titre temporaire dans l’attente de leur retour en Syrie, leur patrie.
Le devoir moral des autorités libanaises au cours de cette période par définition limitée est d’offrir, dans les domaines essentiels, un niveau abordable de services de base conforme aux normes appliquées de par le monde aux réfugiés de guerre dans des situations critiques comparables. Ne bénéficieraient de ces prestations que ceux qui seraient admis au Liban à titre de réfugié de guerre dûment qualifié selon des critères établis et vérifiés par les autorités libanaises. Les services publics et sociaux que les citoyens libanais sont habilités à recevoir ne peuvent plus constituer, en termes d’accès et de qualité, la référence qui définit l’aide apportée aux réfugiés. L’inexorable loi du nombre rend d’ailleurs cette approche aujourd’hui inabordable.

Si elle devait être poursuivie, une politique qui en termes de services offrirait le même niveau de prestations au réfugié qu’au citoyen, serait de fait une politique non déclarée visant à promouvoir, indépendamment de toute considération de sécurité, une immigration économiquement motivée de la Syrie vers le Liban voisin, facilement accessible et accueillant, où le niveau de vie mesuré par le revenu par habitant est de 3 à 4 fois plus élevé qu’en Syrie, et où les ressortissants syriens qui le souhaitent peuvent, par simple enregistrement, accéder à des services publics gratuits ou largement subventionnés. Pour illustrer comment le paquet de services offert jusqu’ici aux réfugiés peut être une incitation effective à l’immigration économique, il suffit de noter qu’en moyenne les coûts au Liban de l’éducation par élève syrien (2 300 dollars), ajoutés aux coûts des soins de santé par réfugié (400 dollars), actuellement dépasseraient à eux seuls le revenu total moyen par habitant de Syrie.

Voir aussi : Rubrique Moyen-Orient, Liban, Syrie, rubrique Géopolitique, rubrique Politique de l’immigration, rubrique Rencontre, Amin Maalouf

Syrie : comment l’opposition syrienne a été sabordée

Pirouette sur les armes chimiques, promesses non tenues sur la livraison d’armes, les pays occidentaux ont contribué à discréditer la CNS sur le terrain.

François Hollande recevant Ahmad Jarbar, chef de la Coalition nationale syrienne, le 24 juillet à l'Élysée. Photo Sipa

François Hollande recevant Ahmad Jarbar, chef de la Coalition nationale syrienne, le 24 juillet à l’Élysée. Photo Sipa

C’est la conséquence directe de l’accord américano-russe sur le démantèlement de l’arsenal chimique de Damas, et c’est à l’opposition syrienne à l’étranger d’en faire les frais. S’estimant trahis par la volte-face de l’Occident sur les frappes en Syrie, un grand nombre de groupes rebelles ont récemment annoncé qu’ils coupaient les ponts avec la Coalition nationale syrienne (CNS), principal conglomérat de l’opposition chargé par les chancelleries occidentales de représenter le peuple syrien.

Fin septembre, 13 factions islamistes qui opéraient sous le commandement du Conseil militaire syrien, bras armé de la CNS, ont indiqué qu’ils ne reconnaissaient plus la coalition. Le nouveau regroupement ainsi formé a indiqué qu’il s’unissait « dans un contexte clairement musulman (…) fondé sur la charia », aux côtés du Front al-Nosra, un groupe djihadiste lié à al-Qaida. Puis il y a dix jours, c’est au tour de 70 autres factions du sud du pays d’avoir fait défection.

« Création de l’Occident »

« La CNS n’a pas été créée par les forces révolutionnaires à l’intérieur du pays, mais a été au contraire imposée par certains pays régionaux et occidentaux », regrette Fahad al-Masri, porte-parole du commandement conjoint de l’Armée syrienne libre de l’intérieur, qui ne reconnaît plus aucune légitimité à la CNS. « Depuis sa création (en novembre 2012, NDLR), cette instance n’a rien fait pour la révolution syrienne, et elle a désormais perdu le peu de crédibilité dont elle disposait. » Interrogée par le Point.fr, une source diplomatique admet que l’abandon du projet de frappes a clairement entraîné un changement sur le terrain. « Mais il ne faut pas oublier que des milliers d’autres groupes sont présents », souligne la source.

Il n’empêche, de l’avis des spécialistes, les factions dissidentes seraient parmi les plus puissantes de la rébellion. Ce sont elles qui ont permis à la rébellion d’engranger ces dernières semaines des progrès notables dans le sud du pays, particulièrement à Deraa. Au nord du pays, à Alep, elles ne plient toujours pas face aux troupes loyalistes de Bachar el-Assad, qui avait pourtant juré de reprendre l’ex-poumon économique du pays, après s’être emparé de Qousseir en juin dernier. « La CNS s’est révélée incapable d’apporter ce que l’opposition sur le terrain souhaitait réellement, c’est-à-dire un soutien politique et des armes, afin de peser sur l’équilibre des forces sur le terrain », souligne Ignace Leverrier*, ancien diplomate en poste à Damas.

Essor des djihadistes

Premier pays occidental à reconnaître officiellement la CNS, la France, qui souhaitait armer les forces les plus modérées par le biais du Conseil militaire syrien, s’est vite retrouvée dans l’obligation de faire marche arrière, face à l’opposition de ses partenaires européens. « Nous fournissons aujourd’hui du matériel militaire, mais dans la limite de nos engagements européens », affirme la source diplomatique française. « Il ne s’agit pas de matériel létal, mais d’autres Amis de la Syrie s’en chargent ».

Si l’Arabie saoudite et le Qatar livrent en effet des armes à l’opposition syrienne, les quantités se révèlent limitées et sous l’étroit contrôle de leur parrain américain. Les États-Unis refusent que des armes lourdes soient envoyées en Syrie, de peur qu’elles ne tombent entre les mains des djihadistes. « Pendant ce temps, les djihadistes grossissent jour après jour, car ils bénéficient d’une aide militaire et financière conséquente », souligne Fahad el-Masri. D’après les experts, ce soutien émanerait en premier lieu d’hommes d’affaires du Golfe.

Conférence pour la paix

C’est pour ressusciter cette opposition « modérée » que les « Amis de la Syrie » (Allemagne, Arabie saoudite, Égypte, Émirats arabes unis, États-Unis, France, Grande-Bretagne, Italie, Jordanie, Qatar et Turquie) se sont réunis mardi dernier à Londres. Si les onze pays sont tombés d’accord pour continuer à soutenir l’opposition syrienne et ses groupes armés modérés, ils ont pressé la CNS de participer à la future conférence de paix de novembre à Genève. « L’idée est d’amener toutes les parties syriennes à la table des négociations, sauf ceux qui ont du sang sur les mains, ce qui exclut de fait Bachar el-Assad », explique la source diplomatique française.

Mais la CNS n’a pas encore arrêté sa position quant à sa participation à Genève 2 (une première conférence de paix a eu lieu en juin 2012, mais n’a pas abouti). « Le problème est qu’aucune garantie n’a été apportée sur le départ de Bachar el-Assad », déplore l’ex-diplomate Ignace Leverrier. Redoutant une nouvelle manipulation, 19 groupes rebelles islamistes syriens ont menacé dimanche de juger pour « trahison », tous ceux qui, dans l’opposition, seraient tentés de se rendre en Suisse. « Cette virulence dans le langage est propre au langage combattant », explique la source diplomatique française, qui note toutefois un « progrès sur le fonds ». « Le débat est passé de la participation à Genève 2 au départ de Bachar el-Assad et les négociations sont en cours ».

Bachar remis en scelle

Problème, le président syrien a au contraire été remis en scelle par l’accord américano-russe sur le désarmement chimique. Redevenu de facto un interlocuteur de la communauté internationale, Bachar el-Assad, qui a réussi grâce à l’aide de Moscou à marginaliser le seul organe structuré de l’opposition, prend désormais un malin plaisir à dicter lui-même ses conditions. Accusant la CNS de travailler sous les ordres des pays du Golfe et de l’Occident, il estime que les « conditions ne sont pas encore réunies » pour le succès d’une telle conférence.

Signe de la montée en puissance du clan pro-Bachar, l’émissaire spécial de l’ONU pour la Syrie, Lakhdar Brahimi, juge désormais « naturelle et nécessaire » la participation de l’Iran, grand argentier de Damas, à Genève 2. Ultime pied-de-nez à ses opposants, Bachar el-Assad se dit désormais prêt à concourir à la prochaine présidentielle de 2014.

 

* Ignace Leverrier, auteur du blog « Un oeil sur la Syrie » du Monde.fr.

Source Le Point.fr 

Voir aussi  : Rubrique Syrie, La France mise en échec à L’ONU, rubrique Politique Internationale,

L’expérimentation des Instituts français ne sera pas étendue

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Le ministre des affaires étrangères Laurent Fabius a jugé « positifs », mardi 22 octobre, les résultats de l’expérimentation dans une douzaine de pays de l’Institut français, créé en 2010 et chargé de l’action culturelle extérieure de la France, mais il ne souhaite pas l’étendre.

« Il y a eu une expérimentation et celle-ci a donné un certain nombre de résultats positifs. Ma décision est de garder les éléments positifs (…) mais je ne suis pas partisan de systématiser l’expérimentation, c’est-à-dire de l’étendre à d’autres postes », a déclaré le ministre, lors d’une audition devant une commission élargie de l’Assemblée nationale sur les crédits pour 2014 de l’action extérieure de la France.

« L’Institut français est une bonne chose, la marche est maintenue. Des fonctions complémentaires lui seront confiées. En revanche, je ne systématiserai pas cette opération », a dit M. Fabius aux députés. La réforme visant à créer une agence de l’action culturelle extérieure baptisée « Institut français » avait été voulue par Bernard Kouchner, alors ministre des affaires étrangères sous la présidence de Nicolas Sarkozy. Une loi de juillet 2010 a créé cet établissement public à caractère industriel et commercial (EPIC).

DU « BON TRAVAIL »

Mais face notamment à l’opposition d’ambassadeurs craignant une perte de pouvoir, le rattachement à cette agence des 154 services de coopération et d’action culturelle des ambassades et des 144 centres culturels français à l’étranger avait été reporté au profit d’une expérimentation dans une douzaine de pays.

Laurent Fabius a jugé pour sa part que l’ambassadeur devait rester « le patron des services extérieurs de la France, de tous les services ». « Les ambassadeurs, ce sont les préfets de l’extérieur », a-t-il dit. « Le rayonnement de la France est un tout et il faut que les ambassades aient à leur disposition une une palette assez large : l’élément culturel est un élément de cette palette. Si on systématisait le rattachement des éléments culturels à un opérateur unique, la palette serait moins large », a-t-il expliqué.

En outre, a dit le ministre, le rattachement de l’ensemble du réseau « coûterait, pour des raisons administratives diverses, un peu plus de 50 millions d’euros, pris nécessairement sur le budget, ça ne serait pas acceptable ». « Je ne suis donc pas partisan de systématiser mais je ne voudrais qu’il y ait une mauvaise interprétation. Le travail qu’a fait l’Institut français est un bon travail », a souligné M. Fabius.

Les missions de coordination de l’Institut sont « très bien assurées » et ses fonctions pourraient être étendues notamment en matière de formation et de professionnalisation des agents culturels expatriés et locaux et de recherche de mécénats, a dit le ministre.

Source Le Monde AFP 23/10/2013

Voir aussi : Rubrique Politique culturelle, Languedoc-Roussillon vers une politique culturelle internationalePolitique Internationale,

Le Pakistan à la recherche d’un nouveau chef pour sa puissante armée

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Le general Ashfaq Kayani

Islamabad — Après la première transition démocratique de son histoire, le Pakistan s’apprête à prendre une décision tout aussi cruciale avec le remplacement du chef de son armée, l’institution la plus puissante de ce pays en théorie allié des Etats-Unis dans leur « guerre contre le terrorisme ».

Le général Ashfaq Kayani, nommé en 2007 à la tête de l’armée, puis reconduit en 2010 pour un mandant de trois ans, a annoncé dimanche qu’il allait tirer sa révérence le 29 novembre prochain coupant court aux rumeurs selon lesquelles il cherchait à s’accrocher à son poste.

Sa déclaration ouvre officiellement la course à la chefferie d’une armée de 600.000 hommes confrontée à des défis internes, allant de la montée en puissance des talibans pakistanais à son crédit entamé par le raid de la CIA contre Oussama Ben Laden à Abbottabad, où est établi la principale académie militaire du Pakistan.

A quoi s’ajoutent des enjeux externes comme les relations avec les Etats-Unis et l’Inde rivale, et le rôle du Pakistan dans le futur de l’Afghanistan après le retrait des forces de l’Otan.

Selon des analystes pakistanais, le nouveau chef maintiendra une approche pragmatique avec les Etats-Unis, premier bailleur étranger de l’armée, et tentera aussi de ne pas contrecarrer les efforts politiques pour améliorer les relations indo-pakistanaises.

Un choix stratégique

Le Premier ministre Nawaz Sharif choisira sous peu le nouveau chef de l’armée parmi une liste de candidats fournie par le général Kayani.

Or, M. Sharif, élu en mai Premier ministre pour la troisième fois, devra se montrer prudent, après avoir promu Pervez Musharraf chef des armées à la fin des années 90. Le général Musharraf l’avait remercié en le renversant quelques mois plus tard….

Lors des élections législatives de mai, qui ont permis pour la première fois de l’histoire du pays à un gouvernement issu des urnes de passer le flambeau à un autre après avoir complété un mandat de cinq ans, le général Kayani s’était tenu à l’écart de la joute politique.

« Le mandat de Kayani à la tête de l’armée représente un pas en avant pour la transition démocratique au Pakistan car il a établi une nouvelle référence en dépolitisant le rôle de chef de l’armée », dans un pays ayant connu trois coups d’Etat depuis sa création en 1947, estime l’analyste pakistanais Imtiaz Gul.

Un chef pro-américain

Dans le cercle des intimes, quatre noms circulent pour prendre la relève du général Kayani, dont le lieutenant général Haroon Aslam, chef de la logistique de l’armée qui avait pris part à l’opération militaire contre les rebelles talibans dans la vallée de Swat (nord-ouest) en 2009.

Le général Rashad Mehmood, actuellement chef d’état-major, le lieutenant général Raheel Sharif, chef de l’entraînement et de l’évaluation du personnel, et Tariq Khan, ancien chef des paramilitaires dans le nord du pays ayant mené de nombreuses opérations de contre-insurrection, font aussi partie des favoris.

Malgré des relations houleuses entre le Pakistan et les Etats-Unis, Washington soupçonnant entre autres Islamabad de jouer un « double jeu » dans la lutte contre les combattants islamistes comme l’a démontré l’épisode d’Abbottabad, l’armée pakistanaise reçoit toujours l’aide financière de son allié américain.

Au cours de la dernière décennie, Washington a fourni plus de 23 milliards de dollars en aide au Pakistan, principalement militaire, selon les données du Congrès américain.

« Aucun chef de l’armée ne peut être anti-américain, car l’armée dépend en grande partie de l’aide américaine pour l’équipement et le soutien technique », explique Talat Masood, un général à la retraite. « Chacun des quatre candidats cités maintiendra des relations… » avec les Etats-Unis, pense-t-il.

Le prochain chef de l’armée cherchera certainement à « normaliser les relations avec l’Inde » afin de concentrer ses ressources sur les zones tribales près de la frontière afghane, sanctuaire des talibans pakistanais qui multiplient depuis leur création en 2007 les attaques contre les forces pakistanaises, estime M. Masood. « L’armée ne peut être engagée sur deux fronts à la fois », résume-t-il.

Ce qui reste moins clair toutefois est de savoir ce que peut faire l’armée pour juguler l’influence des insurgés locaux. Le général Kayani soutient l’offre de dialogue du gouvernement aux insurgés, mais le soutien populaire à cette politique de la main tendue s’est érodé depuis une vague récente d’attentats.

 Nasir Jaffry

Source AFP

Voir aussi : Rubrique Pakistan, rubrique Etats-Unis, rubrique Politique internationale, On Line, Les USA débloquent 1,6 Md $ d’aide au Pakistan,

La Chine et le Japon appellent Washington à sortir de la paralysie budgétaire

Les autorités chinoises et japonaises pressent les États-Unis de trouver un accord sur le relèvement du plafond de la dette américaine afin de sortir de la paralysie budgétaire qui bloque le fonctionnement du pays depuis une semaine.

Par Baptiste FALLEVOZ , correspondant de FRANCE 24 à Pékin

À eux deux, ils détiennent plus de 2 000 milliards de dollars de dette américaine. Inquiets de l’évolution de la situation budgétaire aux États-Unis, la Chine et le Japon ont demandé, mardi 8 octobre, à Washingon de sortir de l’impasse. C’est la première réaction officielle des deux principales économies asiatiques depuis le début de la crise qui bloque le fonctionnement normal des États-Unis.

Pékin a ainsi appelé l’administration américaine à s’assurer que « les investissements chinois demeurent sûrs », tandis que Taro Aso, le ministre japonais des Finances, a souligné qu’il fallait garder à l’esprit que la situation risquait de faire baisser la valeur des bonds du Trésor détenus par le Japon.

Tokyo a, en outre, déploré l’effet qu’un défaut de paiement américain – qui pourrait intervenir dès la mi-octobre d’après Washington – aurait sur les économies asiatiques. « Dans ce scénario, les investisseurs pourraient vendre leurs dollars pour acheter des yens [ou des yuans chinois, NDLR] ce qui ferait monter la valeur des devises asiatiques et aurait un impact négatif sur les exportations de ces pays », rappelle le quotidien financier britannique « Financial Times« .

Batailles politiciennes

Jusqu’à présent, la Chine et le Japon se contentaient de qualifier la paralysie budgétaire de problème interne aux États-Unis. Une posture de plus en plus difficile à tenir, notamment depuis que Barack Obama a annoncé, le 4 octobre, qu’il devait annuler sa tournée en Asie à cause de cette crise.

Zhu Guangyao, le vice-ministre chinois des Finances, s’en est pris à l’intransigeance supposée des démocrates et républicains qui n’arrivent pas à trouver un terrain d’entente pour débloquer la situation. Il a souligné que derrière les batailles politiciennes, il y avait des investissements étrangers et des équilibres économiques mondiaux à prendre en considération.

« Nous espérons que les États-Unis pourront tirer des leçons de l’histoire », a noté Zhu Guangyao. Une manière de rappeler qu’en août 2011 l’agence de notation Standard & Poor’s avait privé les États-Unis de son précieux triple A, alors même que Washington avait réussi à trouver un accord de dernière minute pour relever le plafond de la dette.

Voir aussi : Rubrique Chine, rubrique Japon, rubrique Finance,