«Heartbleed» : la faille qui frappe le cœur de la sécurité sur Internet

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Une «catastrophe», le «cauchemar ultime», la «faille de la décennie». Depuis la découverte d’une faille de majeure sur Internet il y a tout juste une semaine, c’est l’affolement général parmi les experts en sécurité informatique et les responsables de sites Web. Heartbleed n’est en effet pas une vulnérabilité comme les autres.

 Heartbleed, c’est quoi?

Il s’agit d’une faille qui frappe le cœur de la sécurisation des échanges sur Internet. Le protocole Transport Layer Security (TLS) garantit que des données échangées entre le navigateur et un site Web ne pourront pas être facilement lisibles par des pirates, car chiffrées. Les navigateurs Internet signalent ces connexions sécurisées par une petite icône de cadenas, tandis que les adresses des sites passent de «http» à «https».

L’une des implémentations gratuite de ce protocole parmi les plus populaires, OpenSSL, a été victime d’une erreur de programmation. Alors qu’il pensait améliorer cette librairie, un développeur allemand, Robin Seggelmann, a introduit une vulnérabilité dans le code d’OpenSSL en décembre 2011. La version défectueuse a été diffusée à partir de mars 2012. À partir de cette version, tous les serveurs Web recourant à OpenSSL pour sécuriser leurs échanges laissaient en fait sans le savoir leurs portes grandes ouvertes.

La vulnérabilité est localisée dans une fonction, appelée Heartbeat, qui permet de maintenir la connexion sécurisée entre le navigateur et le serveur Web. À cause de l’erreur de Robin Seggelmann, un pirate peut mentir sur le poids de la requête et obtenir en retour des données qui ne lui étaient pas destinées. Il peut ainsi récolter des informations transmises par d’autres utilisateurs lors de requêtes précédentes, encore stockées dans la mémoire temporaire des serveurs vulnérables: des identifiants et mots de passe, des cookies de sessions et peut-être des clés de chiffrement.

• Quels sont les sites touchés par la vulnérabilité Heartbleed?

La faille concerne tous les serveurs Web utilisant les versions d’OpenSSL publiées entre mars 2012 et avril 2014, rendant vulnérables tous les sites qu’ils hébergent et menaçant donc les informations de leurs utilisateurs. Les estimations vont d’un tiers à deux tiers des serveurs Web en fonctionnement dans le monde, dont des réseaux sociaux, des sites bancaires ou d’e-commerce. La société Netcraft, spécialisée dans la sécurité informatique, dénombre plus de 500.000 sites qui touchés par la faille Heartbleed. Parmi les victimes les plus illustres figurent Yahoo! et Imgur, fréquentés par des millions d’internautes.

La faille ne touche pas seulement des serveurs Web. La librairie OpenSSL est implémentée dans des équipements de réseau, comme des routeurs Cisco.

Quelles informations sont menacées?

L’erreur de programmation a été découverte début décembre 2013, à quelques jours d’intervalle par deux équipes, l’une de Google, l’autre d’une société finlandaise, Condominium. Leur trouvaille a été tenue secrète jusqu’au mardi 8 avril dans la matinée, pour laisser le temps de développer des correctifs, sans alerter des utilisateurs malintentionnés.

Il est compliqué de savoir si cette vulnérabilité a été un jour exploitée, car les attaques exploitant Heartbleed ne laissent théoriquement pas de trace. Un cas suspect, datant de novembre 2013, n’a pas encore été corroboré. L’Electronic Frontier Foundation, une organisation qui milite pour les libertés sur Internet, a lancé une grande chasse sur Internet pour tenter de retrouver des preuves d’exploitation de Heartbleed. «Si on démontre qu’il y a eu une exploitation avant le 8 avril, on sera dans le scénario du pire», commente Thomas Gayet, directeur stratégie en cybersécurité au sein du cabinet Lexsi.

Rien qu’en récoltant des identifiants et des mots de passe, il est possible de se connecter aux services de messagerie, à des sites bancaires ou des réseaux sociaux. «Heartbleed permet aux agresseurs d’espionner les conversations, de voler des données directement à leur source et de se faire passer pour un service ou un utilisateur en particulier», prévient Codenomicon. Ce dernier point fait débat. «En testant la faille je n’ai pas réussi à obtenir d’informations clés des serveurs, juste des historiques de connexion et des cookies», expliquait sur Twitter Adam Langley, expert de sécurité informatique chez Google.

• Quelle a été la réaction des sites touchés?

Les sites Internet concernés par la faille ont très vite réagi. Traumatisés par le scandale du programme de surveillance Prism, ils veulent se montrer irréprochables dans la défense des données de leurs utilisateurs. La plupart ont effectué la mise à jour de la librairie OpenSSL au début de la semaine, à la suite de la publication d’une nouvelle version du programme informatique corrigeant le bug. C’est le cas de Yahoo!. D’autres plateformes utilisant la librairie OpenSSL, a priori non concernées par Heartbleed, ont appliqué le principe de précaution en renforçant leurs défenses. «Nous n’avons pas détecté d’activités suspectes mais nous encourageons tout de même nos utilisateurs à changer de mot de passe», a ainsi Facebook.

«La plupart des gros sites sont sauvés de la faille grâce à leurs choix plutôt conservateurs en termes de sécurisation des échanges sur Internet», commente de son côté Codenomicon. Ces poids lourds de la high-tech ne recourent pas à OpenSSL ou n’en avaient pas déployé des versions récentes. Apple, Microsoft, Amazon ou eBay ont déclaré qu’ils n’étaient pas concernés par cette faille.

Des autorité se sont inquiétées des conséquences que pourraient avoir Heartbleed sur les sites bancaires, par lesquels transitent des données très sensibles. Le Federal Financial Institutions Examination Council (FFIEC, composé entre autres de membres de la Réserve Férérale américaine) a publié jeudi un communiqué mettant en garde les banques face à ces risques. «Les agresseurs pourraient potentiellement imiter les services bancaires, leurs utilisateurs, ou voler des identifiants, accéder à des emails sensibles ou infiltrer les réseaux internes des banques», a prévenu le conseil. Les plus grosses banques américaines, donc Bank of America ou Wells Fargo, ont déjà déclaré qu’elles n’étaient pas affectées par Heartbleed.

Contactée par Le Figaro, la Banque de France explique que des systèmes d’authentification développés en France sur les sites Internet des banques, notamment par SMS, «constituent un élément de sécurité important qui limite en pratique l’exploitation de la faille Heartbleed dans notre pays». «Il convient néanmoins d’appeler à la vigilance des internautes, notamment en cas de réception de courriels les incitant à modifier leurs identifiant et mot de passe, lesquels courriels pourraient constituer des tentatives de ‘’phishing »», indique la Banque de France.

Une faille très médiatique

Heartbleed est une vulnérabilité originale à bien des égards. La révélation publique de la faille a bénéficié d’un plan de communication redoutable. Un ingénieur de Codenomicon lui a trouvé un surnom, «cœur qui saigne», afin d’exprimer l’idée que des données pouvaient s’en échapper. Ce patronyme a l’avantage de se retenir plus facilement que son nom d’origine, «CVE-2014-0160», en référence à son identifiant dans la base de données des vulnérabilités. Un autre employé de Codenomicon a ensuite acheté le nom de domaine Heartbleed.com, vite habillé d’un logo produit par un designer de l’entreprise.

La stratégie, qui s’apparente à celle employée lors du lancement d’un produit, avait pour but de diffuser l’information le plus rapidement et largement possible. Le site Internet Heartbleed.com a été mis en ligne lundi 7 avril, réunissant près de 1,4 million de visiteurs uniques en moins de 48 heures. «Notre mission est de rendre l’Internet plus sûr», a expliqué David Chartier, PDG de Codenomicon, dans une interview accordée au site Vocativ. «Nous avons déclenché une véritable réponse de la communauté. C’est un beau travail d’équipe.»

• La NSA était au courant, selon l’agence Bloomberg

Les révélations sur Heartbleed interviennent près d’un an après les débuts de l’affaire Snowden, qui a déjà porté un coup dans la confiance que l’on peut avoir sur la sécurité des données sur Internet. Les documents révélés grâce à l’ancien contractuel de la NSA ont montré qu’il était possible d’intercepter largement des données à des fins de renseignement, y compris celles supposément protégées. Un débat est déjà lancé: Heartbleed provient-t-il réellement d’une erreur de programmation ou traduisait-il d’autres desseins? «Il n’y a aucun élément factuel prouvant que c’était volontaire. La grande question est maintenant de savoir si d’autres acteurs, comme des services d’État ou des cybercriminels avaient découvert cette faille ou la connaissaient», estime Thomas Gayet. Selon l’agence Bloomberg, la NSA était informée «depuis au moins deux ans» de l’existence de cette faille et a décidé de la garder secrète, afin de s’en servir pour récolter des informations sensibles.

Source : Le Figaro 11/04/2014

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Election présidentielle en Afghanistan : quels enjeux ?

Afghanistan-Le-cri-d-alarme-d-Action-contre-la-Faim_article_landscape_pm_v8Qui sont les principaux candidats à l’élection présidentielle afghane ? Le candidat de l’opposition a-t-il une chance d’être élu ? Quels sont les enjeux de cette élection ?

11 candidats se présentent à l’élection présidentielle d’avril prochain. Parmi eux, on peut distinguer quatre candidats qui ont l’espoir de l’emporter. Il s’agit de Dr Abdullah Abdullah, ancien ministre des Affaires étrangères et ancien candidat à l’élection présidentielle en 2009, de Ashraf Ghani, ancien ministre et ancien fonctionnaire de la Banque mondiale, de Zalmai Rassoul, le dernier ministre des Affaires étrangères, et de Abdul Rasul Sayyaf, ancien chef de guerre, accusé par certaines ONG de défense des droits de l’homme de massacre de civils et de crimes de guerre. On peut ajouter également parmi les favoris, Abdul Qayum Karzaï, le frère de président sortant.

Avant de connaitre les noms des autres candidats, Dr Abdullah apparaissait comme favori car il avait réussi à former une grande alliance politique regroupant les principaux anciens chefs de guerre ou chefs de partis opposés à Hamid Karzaï. Il bénéficiait également du discrédit du président sortant, son rival à l’élection présidentielle de 2009. Pourtant, cette alliance n’a pas résisté au jeu de pouvoir dans un pays où les partis politiques n’existent pas réellement et où le changement d’alliance est la règle. Ainsi, on a vu le fameux général Dostom, chef de guerre de la communauté ouzbek, se rallier à la candidature de Ashraf Ghani, l’homme qui considérait son nouvel allié comme un criminel de guerre. C’est aussi le cas du frère de l’ancien commandant Ahmed Shah Massoud, dont le Dr Abdullah était le lieutenant, qui a choisi de soutenir Zalmai Rassoul. Il souhaite être le premier vice-président en cas de victoire. Dr Abdullah a néanmoins comme colistier Mohammad Mohaqiq, l’un des principaux leaders de la communauté hazâra qui vote massivement à chaque élection, contrairement aux zones pachtounes de l’Est et du Sud, zones sous l’influence des Taliban. Il peut également rassembler les jeunes et des organisations de la société civile dans les grandes villes. Ainsi, on ne peut réellement prévoir les résultats de cette élection, étant donné le nombre d’incertitudes.

Cette élection sera un évènement extrêmement important en Afghanistan car, pour la première fois dans l’histoire du pays, on assistera au transfert de pouvoir d’une manière pacifique, grâce à des élections et non pour cause de conflit. Egalement, ce pourrait être la première fois que l’on verrait, si le candidat de l’opposition l’emporte, un non pachtoune gouverner l’Afghanistan depuis sa fondation. Mais plus important encore, si jamais cette élection se déroule d’une manière pacifique, transparente et juste, le prochain président aura une légitimité que son prédecesseur n’avait pas. Le pouvoir se renforcera face aux Talibans qui mettaient toujours en avant la non représentativité et la non légitimité du pouvoir à Kaboul. Le prochain gouvernement afghan sera un interlocuteur plus crédible auprès de la communauté internationale.

Pour quelles raisons une épreuve de force s’est engagée publiquement entre Barack Obama et Hamid Karzaï ?

Depuis qu’il a été décidé que la présence militaire de l’OTAN prendrait fin en 2014, l’Afghanistan a commencé à signer des traités ou des accords de coopération avec de nombreux pays, y compris la France. Celui avec les Etats-Unis prévoyait un accord bilatéral de sécurité avec la présence de 10 000 soldats américains en Afghanistan après 2014, ainsi que le maintien de 9 bases américaines. Cet accord a été approuvé par la plus haute juridiction afghane, la Loya Jirga, et n’attendait que la signature du président afghan pour être effectif. Mais Hamid Karzaï a fait une volte-face inattendue. Depuis six mois, il est entré dans une épreuve de force avec Washington et pose des conditions irréalisables pour sa signature. Après avoir demandé aux Américains de respecter les maisons des Afghans et de mettre fin aux opérations nocturnes, ce que les Américains ont accepté, il leur demande aujourd’hui d’arrêter toutes opérations militaire en Afghanistan car il n’y aurait pas selon lui de terroristes en Afghanistan, mais uniquement au Pakistan, et de négocier immédiatement et ouvertement avec les Taliban, considérés par Hamid Karzaï comme des frères mécontents.

Dans cette épreuve de force entre Barack Obama et Hamid Karzaï, ce dernier est prêt à réécrire entièrement l’histoire de ces 13 ans de guerre en Afghanistan. Dans une interview accordée au Washington Post le 1er mars, Hamid Karzaï a affirmé que cette guerre n’était pas celle des Afghans qui en sont victimes et serait menée dans le seul intérêt des Etats-Unis et de ses alliés. Il est allé encore plus loin en affirmant qu’Al-Qaïda est un mythe et qu’il n’existait pas réellement. Une déclaration qui pourrait inciter Barack Obama à mettre en place l’option zéro, à savoir retirer les soldats américains d’Afghanistan à la fin de cette année, une option qui pourrait être désastreuse pour le maintien de la sécurité en Afghanistan. Comment l’Afghanistan, un pays dont le budget annuel pour 2014 ne dépasse pas les 7 milliards de dollars, pourrait-il faire face seul aux défis économique, social et sécuritaire, lorsqu’on sait que les Etats-Unis y ont dépensé plus de 6 milliards dollars en 2013 ?

Beaucoup d’analystes, notamment afghans, voient les raisons de la tension entre les présidents américain et afghan dans le fait que Karzaï ne peut pas se présenter à un 3e mandat et ne veut pas non plus laisser le pouvoir échapper à son clan et à son influence. Il veut maintenir son influence sur le pays via le prochain président qu’il aurait soutenu. Il essaie ainsi de favoriser deux ou trois candidats pour que l’un d’entre eux arrive au second tour et puisse emporter facilement le scrutin. Il faut noter également, qu’à deux mois d’une élection cruciale, aucune institution internationale n’a annoncé la présence d’observateurs, à l’exception de deux fondations américaines.

Le Pakistan négocie actuellement avec les Taliban pakistanais. Y a-t-il une chance que les négociations aboutissent ? Quel est l’objet principal des discussions ?

On n’en parle pas suffisamment en France, mais le Pakistan souffre énormément des actions des Taliban pakistanais, le Tehrik-e-Taliban Pakistan (TTP ou Mouvement des Taliban du Pakistan). C’est un mouvement qui n’existait pas avant la guerre en Afghanistan. Fondé en 2007, le TTP a rassemblé de nombreuses organisations locales traditionnellement très conservatrices. Sous l’influence de la guerre en Afghanistan et en contact avec des éléments d’Al-Qaïda, il est devenu une force extrêmement organisée, puissante et violente dans les zones tribales et mène des actions sanglantes dans d’autres villes pakistanaises. Depuis 2007, le Pakistan a perdu plus de 3000 soldats dans la lutte contre les Taliban. Ce mouvement est une menace pour la sécurité du pays.

Islamabad, après avoir tenté de les vaincre militairement, essaie de négocier avec eux. Le précédent gouvernement, dirigé par le parti laïc Parti du Peuple du Pakistan, a essayé de le faire sans succès. Le gouvernement actuel du Premier ministre Nawaz Sharif et ses alliés anti-américains tentent de relancer ces négociations. Il existe en effet des canaux réels entre le gouvernement pakistanais et les Taliban. Non seulement la Ligue musulmane du premier ministre mais ses alliés, comme le Mouvement du Pakistan pour la Justice d’Imran Khan ou les islamistes du Muttahida Majlis-e-Amal, ont tous mené la campagne électorale de mai 2013 sous des slogans anti-américains, particulièrement contre les attaques des drones américains sur les positions des Taliban. D’autre part, les Taliban se trouvent confrontés à un éventuel changement en Afghanistan où la perspective d’une solution impliquant les Taliban afghans est réelle. Le gouvernement est conscient de leur faiblesse et, malgré des attentats et des attaques, l’armée a établi une feuille de route. Elle a en effet annoncé qu’à chaque fois qu’il y aurait une action des Taliban, celle-ci serait suivie par une action militaire de l’armée pakistanaise. C’est pourquoi ces derniers jours on a assisté à un escalade des opérations des uns et des autres, mais cela n’a pas empêché le TTP d’annoncer, le 2 mars, un trêve d’un mois pour entamer les négociations. Nous ne connaissons pas l’ordre du jour des pourparlers, on sait seulement que les Taliban ont demandé l’arrêt des opérations militaire et l’application de la charia. Le gouvernement semble être prêt non seulement à reconnaître l’autonomie des zones tribales, déjà effective, mais aussi d’aider au développement de ces zones, les plus pauvres du Pakistan. Quant à l’application de la charia, il faut savoir que le Pakistan est déjà une république islamique, mais une application pure et dure à l’image de ce qui se passe dans les zones contrôlées par les Taliban n’est pas envisageable. Tout en étant un Etat islamique, le Pakistan possède une société civile importante et des institutions solides telles que le pouvoir judiciaire ou la presse. En revanche, le Pakistan pourrait bien accepter l’application de la charia dans les zones tribales autonomes.

Karim Pakzad  

Afrique Asie : 10/03/14 Source : IRIS

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En Egypte, la condamnation à mort « ridicule et injustifiée » de 529 Frères musulmans

Parents et amis de militants pro-Morsi condamnés pour les violences de cet été, réunis devant le tribunal dans le sud de Minya. | AFP/-

Parents et amis de militants pro-Morsi condamnés pour les violences de cet été, réunis devant le tribunal dans le sud de Minya. | AFP/-

Un tribunal égyptien a condamné à mort, lundi 24 mars, en première instance, 529 partisans du président islamiste Mohamed Morsi pour la mort d’un officier de police dans la province d’Al-Minya, en Moyenne-Egypte. Ces faits avaient eu lieu lors des événements sanglants qui ont entouré la dispersion en août 2013 des sit-in des Frères musulmans protestant contre la destitution par l’armée du président issu de la confrérie.

Selon l’agence de presse officielle MENA, les accusés étaient également poursuivis pour tentative de meurtre sur deux autres officiers de police, ainsi que pour l’incendie du poste de police de Matay, la saisie d’armes de police et pour trouble à l’ordre public. Dix-sept autres prévenus ont été acquittés, selon l’avocat Ahmed Al-Charif. Seuls 153 des condamnés sont détenus, les autres sont en fuite.

Mohammed Lotfy, fondateur de la Commission égyptienne pour les droits et libertés (ECRF), revient sur le verdict rendu dans le cadre de ce procès, le plus important depuis le début de la répression des pro-Morsi.

Quelle est votre réaction face à la condamnation à mort de 529 partisans des Frères musulmans prononcée par le tribunal d’Al-Minya ?

Ce verdict constitue un choc. Il traduit une culmination de la politisation du judiciaire en Egypte. On a vu beaucoup de procès motivés politiquement, que ce soit à l’encontre des Frères musulmans ou à l’encontre des défenseurs des droits de l’homme ou des activistes politiques, dans lesquels il y a un biais apparent de la part du tribunal, qui semble motivé par la situation politique. Toute voix s’opposant au gouvernement actuel est sujette à la répression policière (arrestations, torture) ou à des procès inéquitables ne garantissant pas les procédures élémentaires.

Si les procédures étaient respectées, on ne verrait pas de juge donner la peine de mort à plus de 500 personnes. C’est un verdict ridicule au regard de la loi ou même de la logique. Comment 500 personnes peuvent-elles êtres responsables de la mort d’un seul homme ? Le juge a dû se voir autoriser à rendre un tel verdict, en se considérant partie prenante d’un conflit politique. Le verdict vise à envoyer un message politique

En parallèle, le judiciaire fait tout pour laver l’Etat de toute responsabilité quand il y a des violations graves des droits de l’homme contre des citoyens. Depuis la révolution de 2011, les verdicts rendus ont totalement occulté la responsabilité des forces de sécurité dans la mort de plusieurs milliers de personnes en Egypte. Aucun policier n’a été condamné. A chaque fois, les juges ont considéré qu’il n’était pas possible d’établir quel policier avait tiré sur tel manifestant. Dans les cas où un accusé a été nommément identifié, il n’y a eu aucune peine de mort ou de prison. En ce qui concerne les événements d’août 2013, un seul policier a été condamné à dix ans de prison et trois autres à un an avec sursis pour la mort de 37 prévenus lors de leur transport en fourgonnette de police, le 13 août. Des gaz lacrymogènes ont été lancés dans la fourgonnette alors que les prévenus, menottés, ne représentaient pas une menace.

Y-a-t-il eu des violations de la procédure judiciaire dans le cas du procès d’Al-Minya ?

C’est un procès expéditif qui est injustifié. Il n’y a eu que deux sessions [le procès s’est ouvert samedi 22 mars]. La défense n’a pas eu l’occasion de défendre les accusés comme il se doit et notamment de présenter des témoins. Pour comparaison, le procès contre l’ancien président égyptien Hosni Moubarak, jugé depuis août 2011 pour le meurtre de manifestants lors de la révolution de janvier-février 2011, n’est pas terminé.

Pour fonder son verdict, le juge aurait dû prouver que chacun des prévenus a participé au meurtre de l’officier de police. Or, comment faire la preuve en deux sessions de tribunal que chacun des accusés, du numéro 1 au numéro 529, a participé au meurtre ou tué la victime ? Il est difficile de dire s’il y a eu des pressions directes sur le juge. Il est difficile d’imaginer qu’on ait pu dicter un verdict aussi préjudiciable à la réputation de l’institution judiciaire et du gouvernement.

Quelles sont les recours dont disposent les accusés ?

Il y aura très certainement un appel devant la Cour de cassation, comme le prévoit la procédure criminelle en Egypte. On verra alors si la Cour de cassation juge que l’affaire mérite d’être rejugée pour vice de procédure. On espère que ce sera le cas mais, même dans cette éventualité, les accusés vont rester en prison jusqu’au verdict de la Cour de cassation et la tenue d’un nouveau procès, ce qui risque de prendre plusieurs années.

Avant cela, du fait qu’il prévoit la peine capitale, le verdict doit être soumis au mufti d’Al-Azhar [la plus haute institution religieuse d’Egypte] qui va donner au juge son opinion sur ce verdict. Mais ce n’est pas une opinion contraignante et la décision finale revient au juge. Pour exemple, la semaine dernière, dans une affaire relative à la planification d’une attaque terroriste contre le canal de Suez en 2009, le juge a confirmé la peine capitale contre un des 26 prévenus en dépit de l’avis contraire du mufti et sachant que la planification en soi d’une attaque terroriste n’est pas criminalisée par la loi égyptienne.

Propos recueillis par Hélène Sallon

Source Le Monde : 24/03/2014

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UE. Le Parlement doit voter un rapport accablant sur l’activité de la troïka

Le Parlement européen doit voter ce jeudi un rapport accablant sur l’activité de la troïka (Commission, BCE et FMI) dans les pays sous assistance financière. Entretien avec l’eurodéputé socialiste Liem Hoang-Ngoc, coauteur de la résolution.

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Qu’avez-vous retenu des visites dans les pays sous assistance financière ?

iem Hoang-Ngoc. Nous avons vu que les gouvernements et Parlements nationaux avaient le pistolet sur la tempe. Soit ils entérinaient les propositions de la troïka (Commission européenne, Banque centrale européenne et Fonds monétaire international), soit ils n’avaient pas accès à l’aide financière. Quant aux partenaires sociaux, ils ont certes été consultés, mais leur avis n’a jamais été pris en compte. Au Portugal, patronat et syndicats s’étaient entendus sur un salaire minimum à 500?euros. La troïka a empêché l’application de cet accord qui, selon elle, menaçait la compétitivité.

Pourquoi critiquez-vous « l’absence de légitimité démocratique de la troïka » ?

Liem Hoang-Ngoc. Il n’y a pas eu de délibération démocratique au niveau européen sur les solutions préconisées par la troïka, avant que les propositions ne redescendent dans les États. Un tel débat aurait dû inclure la seule instance européenne élue au suffrage universel, le Parlement européen. S’il avait été mis dans la boucle, jamais l’Eurogroupe (les ministres des Finances de la zone euro – NDLR) n’aurait proposé à Chypre de taxer les petits dépôts inférieurs à 100?000?euros, pourtant garantis par une directive. Nos travaux montrent que lorsque les membres de la troïka n’étaient pas d’accord, l’Eurogroupe tranchait les décisions, dans l’opacité la plus totale, et qu’en son sein, la Commission n’a pas été garante de l’esprit communautaire.

En Grèce, le Fonds monétaire international (FMI) souhaitait une restructuration rapide (annulation partielle – NDLR) de la dette. La Banque centrale européenne (BCE) et l’Eurogroupe s’y sont opposés. En conséquence, la Grèce a dû mener une politique d’austérité sévère. Celle-ci n’a pas porté ses fruits et a conduit à une restructuration tardive de la dette grecque. La BCE a quant à elle racheté des titres grecs à dose homéopathique et a attendu septembre?2012 pour mettre sur pied son programme de rachat illimité des titres souverains en cas de spéculation. Avec une délibération démocratique européenne, ces sujets auraient été mis sur la table plus tôt.

Quelle institution prédominait au sein de la troïka ?

Liem Hoang-Ngoc. Sur le sauvetage du système bancaire irlandais, le gouvernement irlandais et le FMI étaient favorables à la mise à contribution des grands détenteurs d’obligations bancaires. Ils voulaient faire participer le secteur bancaire, ainsi que les fonds de pension – allemands en l’occurrence –, au plan de sauvetage. La BCE a une fois de plus dit «?non?» et privilégié un plan de sauvetage dont le financement pèse encore sur le contribuable. Dans cette affaire, c’est encore la BCE qui l’a emporté contre le FMI. Ses solutions ont été avalisées par l’Eurogroupe.

Pourquoi cet alignement ?

Liem Hoang-Ngoc. L’Eurogroupe est le lieu informel où sont arbitrées de la façon la plus opaque les décisions de la troïka. L’influence des États les plus importants – et donc de l’Allemagne – y prévaut.

Dans ce rapport, on trouve beaucoup de choses sur les procédures institutionnelles et moins d’analyses de fond sur les politiques menées.

Liem Hoang-Ngoc. Ce n’est pas tout à fait vrai. La tactique de mon corapporteur (le conservateur autrichien Othmar Karas) a été de se concentrer sur les aspects institutionnels car il estime que les politiques menées étaient les bonnes, et qu’il y avait essentiellement un problème de légitimité démocratique. Le déficit démocratique est un aspect sur lequel on pouvait le rejoindre. Concernant l’autre aspect du rapport, l’évaluation des politiques économiques proposées par la troïka, l’essentiel du message provient de notre camp. Mais le Parti populaire européen a essayé d’adoucir ce message, en arguant que si ces politiques n’ont pas complètement porté leurs fruits, c’est que les États ne se les sont pas pleinement appropriées. Pour notre part, nous constatons que les objectifs macroéconomiques n’ont pas été atteints?: la croissance reste atone et le taux d’endettement a partout explosé. Nous avons souligné les désaccords entre les membres de la troïka, attestant que d’autres politiques étaient possibles. Le message que j’ai voulu faire passer est que les politiques d’austérité ont échoué. Le débat démocratique doit par conséquent être ouvert pour mettre en évidence l’existence de politiques alternatives.

Entretien réalisé par Gaël De Santis

Source L’Humanité 12/03/2014

Voir aussi : Rubrique UE, rubrique Politique, Politique Economique, rubrique Finance, On Line L’austérité en examen au Parlement , La charge des syndicats européens contre la troïka

La géopolitique du coup d’Etat en Ukraine

Par Peter Schwarz
1 mars 2014

« Quand l’Union soviétique s’est effondrée fin 1991, Dick ne voulait pas seulement voir le démantèlement de l’Union soviétique et de l’empire russe mais de la Russie même, pour qu’elle ne puisse jamais plus être une menace pour le reste du monde », a écrit, dans ses mémoires publiées dernièrement, l’ancien secrétaire d’Etat américain à la Défense, Robert Gates. Gates faisait référence au secrétaire d’Etat à la Défense de l’époque et ancien vice-président américain, Dick Cheney.

Cette déclaration nous éclaire sur les dimensions géopolitiques du récent coup d’Etat survenu en Ukraine. Ce qui est en jeu, ce ne sont pas tellement les questions domestiques – et certainement pas la lutte contre la corruption et pour la démocratie – mais bien plutôt une lutte internationale pour le pouvoir et l’influence, qui remonte à un quart de siècle.

Le Financial Times voit les évènements en Ukraine sous le même angle. Dans un éditorial en date du 23 février, il a écrit : « Depuis un quart de siècle, cet énorme territoire qui se trouve en équilibre instable entre l’UE et la Russie fait l’objet d’un conflit géopolitique entre le Kremlin et l’Occident. » En 2008, une tentative maladroite du président George W. Bush n’avait pas réussi à attirer les anciennes républiques soviétiques d’Ukraine et de Géorgie dans l’OTAN, « Mais la révolution de Maïdan offre actuellement à toutes les parties une deuxième chance de revoir le statut d’une Ukraine se trouvant sur les lignes de faille de l’Europe. »

La dissolution de l’Union soviétique en décembre 1991 fut un cadeau inattendu pour les puissances impérialistes. La Révolution d’Octobre 1917 avait soustrait à la sphère d’exploitation capitaliste une part considérable de la superficie mondiale. Ceci fut perçu par la bourgeoisie internationale comme une menace, et ce même longtemps après que la bureaucratie stalinienne ait trahi le but de la révolution socialiste mondiale et assassiné une génération entière de révolutionnaires marxistes. De plus, la force économique et militaire de l’Union soviétique représentait un obstacle à l’hégémonie mondiale américaine.

La dissolution de l’Union soviétique et l’instauration du marché capitaliste avaient créé les conditions propices au pillage organisé par une poignée d’oligarques et par la finance internationale de la richesse sociale créée par des générations de travailleurs. Les acquis sociaux obtenus dans le domaine de l’éducation, de la santé, de la culture et de l’infrastructure furent détruits ou laissés à l’abandon.

Ce n’était cependant pas suffisant pour les Etats-Unis et les principales puissances européennes. Ils étaient déterminés à faire en sorte que la Russie ne puisse plus jamais menacer leur hégémonie, comme le dit clairement la déclaration de Dick Cheney citée ci-dessus.

En 2009, l’alliance militaire de l’OTAN, dominée par les Etats-Unis, avait absorbé dans ses rangs presque tous les pays de l’Europe de l’Est qui appartenaient jadis à la sphère d’influence de l’Union soviétique. Mais les tentatives d’incorporation des anciennes républiques soviétiques dans l’OTAN ont échoué – à l’exception de trois Etats baltes, l’Estonie, la Lituanie et la Lettonie – du fait de l’opposition de Moscou. L’Ukraine, avec ses 46 millions d’habitants et son emplacement stratégique entre la Russie, l’Europe, la Mer noire et le Caucase, s’est toujours trouvée au centre de ces efforts.

Dès 1997, l’ancien conseiller américain à la sécurité nationale Zbigniew Brzezinski avait écrit que sans l’Ukraine, toute tentative entreprise par Moscou de reconstruire son influence sur le territoire de l’ancienne Union soviétique était vouée à l’échec. La thèse centrale énoncée dans son livre Le Grand Echiquier était que la capacité de l’Amérique à exercer une prédominance mondiale dépendait de la question de savoir si l’Amérique était en mesure d’empêcher l’émergence d’une puissance dominante et hostile sur le continent eurasiatique.

En 2004, les Etats-Unis et les puissances européennes avaient soutenu et financé la « Révolution orange » en Ukraine, qui avait amené au pouvoir un gouvernement pro-occidental. En raison de conflits internes, le régime s’était toutefois rapidement effondré. La tentative de 2008 d’attirer la Géorgie dans l’OTAN en suscitant une confrontation militaire avec la Russie avait aussi échoué.

Actuellement, les Etats-Unis et leurs alliés européens sont déterminés à utiliser le coup d’Etat en Ukraine pour déstabiliser une fois de plus les anciennes républiques soviétiques en les attirant dans leur propre sphère d’influence. Ce faisant, ils risquent de déclencher un conflit armé ouvert avec la Russie.

Le groupe de réflexion Stratfor, qui entretient d’étroits liens avec les services secrets américains, a écrit, sous le titre « Après l’Ukraine, l’Occident se tourne vers la périphérie russe » : « L’Occident veut miser sur le succès d’avoir soutenu les protestataires anti gouvernement en Ukraine pour mener une campagne plus générale dans la région entière. »

Stratfor, signale qu’« Une délégation géorgienne actuellement en visite à Washington, ainsi que le premier ministre du pays, Irakli Garibashvili, doivent rencontrer cette semaine le président américain Barack Obama, le vice-président Joe Biden et le secrétaire d’Etat John Kerry. » Il est également prévu que le premier ministre moldave Iurie Leanca se rende le 3 mars à la Maison Blanche pour rencontrer le vice-président américain Joe Biden. « La perspective de l’intégration occidentale de ces pays – en d’autres termes, comment les rapprocher davantage des Etats-Unis et de l’Union européenne et les éloigner de la Russie – occupe une place importante dans le programme des deux visites. »

Lilia Shetsova, de la fondation américaine Carnegie pour la Paix internationale (sic) à Moscou (Carnegie Endowment for International Peace), explique également que le coup d’Etat en Ukraine doit être étendu aux autres pays et à la Russie même. « L’Ukraine est devenue le maillon le plus faible dans la chaîne post-soviétique, » a-t-elle écrit dans un commentaire rédigé pour le journal allemand Süddeutsche Zeitung. « Nous devrions garder à l’esprit que des soulèvements identiques sont possibles dans d’autres pays. »

Shetsova souligne une caractéristique de la révolution ukrainienne qu’elle souhaite préserver à tout prix : la mobilisation de forces fascistes pugnaces. « La chute d’Ianoukovitch est essentiellement attribuable aux ‘éléments radicaux’ sur le Maïdan, y compris entre autres, au Secteur droit qui est devenu une force politique sérieuse. » Elle a poursuivi en disant : « L’avenir de l’Ukraine dépendra du fait que les Ukrainiens peuvent maintenir le Maïdan. »

Les « éléments radicaux » que Shetsova veut préserver à tout prix sont les milices fascistes armées qui se basent sur les traditions les plus viles de l’histoire ukrainienne : les pogroms et les meurtres de masse des Juifs et des communistes commis durant la Seconde Guerre mondiale. Le rôle futur de ces milices fascistes sera celui de terroriser et d’intimider la classe ouvrière.

Il n’aura fallu que quelques heures pour que le réactionnaire fond social du soulèvement en Ukraine devienne évident. Les « valeurs européennes » que le l’éviction de l’ancien régime aurait soi-disant apportées au pays consistaient en attaques massives contre une classe ouvrière déjà appauvrie. Comme condition préalable à l’accord de prêts dont le pays a grandement besoin pour éviter une faillite imminente, le FMI exige la mise en flottement du taux de change de la hryvna, un brutal programme d’austérité et une augmentation du sextuple du prix du gaz domestique.

Le flottement de la monnaie du pays conduira à une inflation galopante, une augmentation correspondante du coût de la vie et la destruction de toutes les économies restantes des Ukrainiens ordinaires. Le programme d’austérité visera essentiellement les retraites et les dépenses sociales et la hausse des prix du gaz signifiera qu’un grand nombre de familles ne pourront plus chauffer leurs logements.

L’Ukraine doit être réduite à un pays où des travailleurs bien qualifiés et les membres des professions libérales gagnent des salaires qui se situent bien en dessous de ceux versés en Chine. Ce fait est d’une importance capitale pour l’Allemagne, le deuxième partenaire commercial de l’Ukraine (après la Russie) et, avec 7,4 milliards de dollars, le second plus important investisseur du pays.

Tandis que pour les Etats-Unis l’isolement de la Russie se trouve au premier plan, l’Allemagne est intéressée à bénéficier économiquement de l’Ukraine qu’elle a déjà occupée militairement par deux fois, en 1918 et en 1941. Elle veut exploiter le pays en tant que plateforme de main d’œuvre bon marché en l’utilisant pour tirer les salaires encore plus vers le bas en Europe de l’est et même en Allemagne.

D’après les statistiques de l’Institut de l’économie allemande (Instituts für deutsche Wirtschaft) les coûts de main-d’œuvre se situent au bas de l’échelle mondiale. Avec un coût de 2,50 dollars par heure travaillée, le coût horaire moyen (salaires bruts, plus d’autres coûts) des travailleurs et des employés se situe d’ores et déjà en-dessous de celui la Chine (3,17 dollars), de la Pologne (6,46 dollars) et de l’Espagne (21,88 dollars). En Allemagne, une heure travaillée coûte 35,66 dollars, c’est-à-dire 14 fois plus.

L’Office ukrainien des statistiques estime que le salaire mensuel moyen s’élève à 3.073 hryvna (220 dollars). Les universitaires sont aussi très mal rémunérés.

L’ancien président Ianoukovitch lui-même est un représentant des oligarques ukrainiens. Il n’a rejeté l’accord d’association avec l’UE que parce qu’il craignait de ne pouvoir survivre politiquement aux conséquences sociales. A présent, sa chute sert de prétexte à l’introduction d’un niveau de pauvreté et d’exploitation qui est totalement incompatible avec des normes démocratiques et qui mènera à de nouveaux soulèvements sociaux. C’est précisément pour réprimer toute agitation sociale que les milices fascistes doivent être préservées.

Source : Comité international de la Quatrième Internationale (CIQI) Wold Socialist Web Site 01 03 2014

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