Barroso obtient un soutien de principe embarrassant pour sa reconduction

Pendant trois jours, jusqu’à mercredi, l’ancien chef du gouvernement portugais passe un test délicat: il est auditionné par les sept groupes politiques du Parlement européen, qui doit se prononcer par vote sur sa candidature à un deuxième mandat de cinq ans.

Lundi soir il a commencé par le groupe des « Conservateurs et réformistes européens » (CRE), composé de 54 membres sur 736 élus au total.     Ce groupe eurosceptique est constitué d’élus de droite britanniques, polonais et tchèques, qui ont quitté en juin la propre famille politique de M. Barroso, le Parti Populaire Européen (PPE). Ce dernier regroupe la droite modérée pro-européenne.

Les membres du groupe CRE ne se prononceront en interne sur M. Barroso qu’ultérieurement dans la semaine à Prague. Mais leur chef de file, le tory britannique Timothy Kirkhope, a clairement laissé entendre à la sortie que le Portugais avait passé son entretien d’embauche avec succès.

Il a fait état à l’issue de la rencontre d’une « réaction très positive » des élus eurosceptiques. « Mon opinion personnelle est que cela s’est très, très bien passé ce soir et qu’il mérite d’être réélu pour un second mandat », a-t-il dit aux journalistes.

L’intéressé, M. Barroso, s’est borné à parler d’une « discussion très constructive ».     Le soutien probable des dissidents britanniques, tchèques et polonais est électoralement bienvenu pour M. Barroso, qui s’oriente vers un vote difficile au Parlement, mais politiquement il est à double tranchant.
Peu avant d’être auditionné, il avait en effet déclaré lundi, lors d’un débat au Parlement européen, espérer avoir « le plus de voix possible de la part des pro-européens » de l’institution.

Avant l’audition, l’un des membres du groupe CRE, l’eurodéputé Michal Kaminski, avait mis en garde, prévenant que sa formation n’accepterait pas « de voir l’UE adopter des politiques socialistes qui accroissent les difficultés des petites entreprises et des entrepreneurs ».

M. Barroso poursuit mardi ses « grands oraux » avec le PPE et les élus de la gauche communiste. Mercredi ce sera le tour des socialistes, des libéraux et des Verts.

L’attitude des socialistes et des libéraux est considérée comme déterminante pour le vote. M. Barroso est déjà soutenu par les dirigeants des 27 pays de l’UE mais il doit encore être adoubé par le Parlement où sa famille politique conservatrice n’a pas à elle seule une majorité suffisante et doit donc trouver des alliés.

A l’issue des auditions de cette semaine, les présidents de groupes politiques du Parlement décideront jeudi s’ils passent au vote sur M. Barroso la semaine suivante, le 16 septembre.

Lundi, le démarrage du marathon de José Manuel Barroso a été perturbé par de nouvelles informations de presse faisant état d’un intérêt du Premier ministre français François Fillon pour le poste de président de la Commission européenne, au cas où le Portugais ne parviendrait pas à obtenir une adhésion suffisante au Parlement.

« C’est le pire moment pour voir ce type de spéculation ressortir », déplorait lundi un cadre dirigeant du parti PPE.
Le porte-parole du Portugais a qualifié de « pure spéculation » l’hypothèse d’une candidature alternative de recours de M. Fillon.

Et le chef du gouvernement français a tenté de rassurer en affirmant soutenir « sans réserve la reconduction » du Portugais.

L’État italien condamné dans l’affaire Giuliani

Gênes . La Cour européenne des droits de l’homme a condamné Rome pour son enquête bâclée sur la mort du jeune Carlo Giuliani, lors du G8 de 2001.

La Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) a rendu, mardi, son arrêt concernant l’affaire de la mort de Carlo Giuliani. L’État italien a été condamné à verser 40 000 euros à la famille. Il a bâclé l’enquête sur les circonstances de l’homicide, selon la Cour. C’est à la suite de heurts entre manifestants et policiers, au cours de manifestations contre le G8, qui se tenait à Gênes du 19 au 21 juillet 2001, que Carlo Giuliani, vingt-trois ans, a été abattu par un carabinier de vingt ans. Alors qu’un peloton des forces de l’ordre se retirait, deux véhicules avaient été laissés sur une place. Dans l’un d’eux, trois carabiniers dont un jeune gendarme de vingt ans, blessé au cours de précédents heurts. Il tire après sommation, dira l’enquête. Giuliani s’effondre. Pour se dégager, le véhicule des forces de l’ordre roule sur le corps du jeune homme.

Cet arrêt de la Cour signifie l’arrêt des poursuites pour le carabinier. La juridiction européenne estime que celui-ci n’a pas fait « un usage excessif de la force », et n’aurait fait que réagir à ce qu’il a « honnêtement perçu comme un danger réel et imminent, menaçant sa vie et celle de ses collègues ». Les manifestants, qui entouraient la voiture se montraient menaçants.

Si le carabinier est mis hors de cause, la Cour pointe en revanche les insuffisances de l’État italien dans sa gestion de l’enquête. Ainsi, entre la notification de l’autopsie et l’autopsie elle-même ne s’écoulent que trois heures, empêchant ainsi que la famille puisse y envoyer un représentant. En outre, le parquet a autorisé la crémation du corps avant même que soit rendu le rapport d’autopsie. Cela laisse planer un doute sur la cause de la mort.

Outre ces erreurs dans la menée de l’enquête, la Cour pointe le fait que toutes les circonstances n’ont pas été établies. Pourquoi un carabinier blessé a-t-il été laissé en possession d’une arme, alors que ses supérieurs avaient estimé qu’il n’était plus en état physique, ni psychique d’assurer son service ? Est-ce que l’organisation des forces de l’ordre était adéquate au type d’événement, ce qui revient à pointer les responsabilités dans la chaîne de commandement et les responsabilités propres aux politiques ?

Car à côté de cet événement tragique, tout semble avoir été mis en oeuvre pour que la situation dégénère, à commencer par les raids des « forces de l’ordre » dans les stades, ou dans l’école Diaz, où une centaine de militants avaient été brutalisés, voire torturés. Le procès, en novembre dernier, s’était soldé par des condamnations à quelques mois de prison – de toute façon couvertes par une amnistie. Condamnations qui ne concernaient que les policiers. Leurs supérieurs ou la droite au pouvoir lors des événements de Gênes n’avaient pas été inquiétés.

Gaël De Santis

Théâtre des aahhh et des beurk

La cie belge Arsenic nous invite dans une macabre roulotte. Photo  DR

D’abord déserté, le premier rang est occupé par les derniers arrivants. C’est peut-être ce titre Les faiseurs de monstres, qui invite à prendre nos distances ou cet entrefilet dans le programme qui déconseille aux enfants d’assister au spectacle.

Voilà, maintenant le public est installé. Il attend face au camion théâtre. Tout est dans la remorque, rectangle rouge étanche en acier, bien fermée. On nous demande de nous resserrer pour accueillir les retardataires. Échanges de sourire avec les voisins, on se rassure comme on peut…

Un homme et une femme en noir surgissent sur le devant de la scène. Ils défont prestement les crochets de fermeture de la remorque. Suspendus, les spectateurs ne quittent pas des yeux l’espace qui s’ouvre de peur qu’il ne s’en échappe des monstres féroces. Bienvenue chez Brockau. Outil en main, l’orfèvre de l’horreur s’applique à parfaire sa dernière création. Dans un torchon sur son établi, la masse de viande sanguinolente qu’il triture de main de maître, respire encore…

Ainsi commence la terrible histoire de Lina mise en scène par Axel De Booseré. Cette création renoue pour le meilleur du pire avec le théâtre populaire du Grand Guignol. Elle explore les déséquilibres mentaux où l’érotisme, l’humour, et l’horreur cherchent un équilibre. Le monde intense de l’imaginaire surseoit au manque d’horizon de l’espace scénique. Servi par une qualité artistique irréprochable, le spectacle millimétré de l’effroi fait mouche. Le palpitant théâtre de la peur joue sur les frontières du bien et du mal. L’angoisse est un art qui rapproche et interroge. De quelle matière fait-on les plus beaux monstres ?

Jean-Marie Dinh

 

Voir aussi : Rubrique Théâtre, rubrique Livre, Editions l’Entretemps Maxa le femme la plus assassinée du monde,

Les solutions de sortie de crise se heurtent au vide politique

Frédéric Lordon

Cela fait quinze ans que Frédéric Lordon, directeur de recherche au CNRS, se penche sur les montagnes russes du marché financier. Il fait partie de la petite minorité d’experts de la finance qui se distinguent des 95% formés pour défendre le système. Lordon identifie ce qui est vicié dans la finance du marché. Jusqu’ici, on faisait semblant de ne pas l’entendre. A l’instar de Don Quichotte, il apparaît depuis l’automne 2008 comme le héros problématique dans un univers dégradé.

Invité par l’Université Populaire Montpellier Méditerranée, il a donné une juste mesure du marasme qui a débuté avec la contamination des prêts hypothécaires à risque (subprimes) diffusés aux Etats-Unis depuis 2001.

L’injection de finances publiques est absorbée

« L’injection des finances publiques dans le secteur bancaire ne viendra pas à bout de la contraction des crédits, affirme le chercheur. Plutôt que de renflouer les banques, il aurait fallu consacrer cet argent à restaurer les ménages à un niveau solvable pour sauver les banques. » En d’autres termes le plan Paulson (secrétaire au Trésor de G.W Bush), 700
Md$ financés par le contribuable pour assainir le système financier mondial, est un coup d’épée dans l’eau.

Curieusement absent du débat lors des élections européennes, le plan de relance commun européen devrait passer par un doublement de l’UE au financement du FMI qui passerait de 250 Md à 500 Md de dollars sans débat approfondi au Parlement (Mais le chèque signé de l’UE est pour l’instant de 5 Md$). En revanche 400 Md$ vont être débloqués dans le cadre des plans de relance nationaux.

L’onde de choc se poursuit

Depuis l’automne 2008, les actifs «toxiques» dont les banques cherchent à se débarrasser, ne cessent d’affluer. Le plan américain est passé à 1 000 Md$ et la crise s’accroît de manière cumulative. « En novembre, on est entré en récession. L’explosion des mauvaises dettes des ménages s’est transformée en dette des entreprises. Dans ce contexte, vous pouvez renflouer les banques, elles ne se mettront pas à prêter. Parce que pour un banquier, il devient rationnel de ne plus prêter. » Mais si Frédéric Lordon dénonce le plan de sauvetage bancaire comme un scandale, il admet pourtant sa nécessité. « La densité des flux croisés interbancaires fait que la faillite d’une banque entraîne un risque systémique d’écroulement. C’est-à-dire la volatilisation soudaine de tous les avoirs bancaires. Et cela justifie pleinement l’intervention des Etats qui n’ont pas le choix.» Les dernières évaluations du FMI, qui estime les pertes bancaires à 4 000 Md$ et les moins values boursières à 50 000 Md$, donnent une rapide idée de ce qui nous attend.

Montage Alambic'up

Montage Alambic'up

Les propositions

Une fois n’est pas coutume, après l’énoncé des problèmes, le chercheur esquisse les solutions qui appellent à une modification radicale du système. Et notamment celles qui permettent aujourd’hui aux banques de prendre en otage le gouvernement. Frédéric Lordon se prononce pour l’interdiction de la titrisation qui permet aux banques qui ouvrent un crédit de s’en défausser immédiatement. De reprendre le contrôle des entreprises de bourse par leur nationalisation. D’interdire les transactions de gré à gré. D’instaurer une politique monétaire antispéculative en distinguant les taux d’intérêts spéculatifs des taux réels. Et de réviser les formules de rémunération des traders. Ces mesures sont développées dans son dernier livre*. « Leur moyen d’application a déjà été inventé, affirme-t-il, cela s’appelle la conditionnalité. Elle est mise en œuvre par la Banque mondiale et le FMI pour les pays du Sud. »

Ce n’est pas la méthode qui fait défaut, c’est la volonté des gouvernants. « L’ampleur de la secousse est telle qu’elle ouvre une fenêtre d’opportunité politique », insiste le chercheur. Pour l’heure, avec 30% du PIB mondial et un espace économique autosuffisant, l’UE joue la stratégie de la chaise vide et B. Obama vient de renoncer à une législation posant de manière restrictive des limites à la rémunération des patrons et hauts cadres des sociétés financières. Le Président américain préfère s’en remettre au sens éthique des actionnaires. Mais comme le dit Frédéric Lordon dans son livre : « On n’imagine pas une sortie de l’esclavage par appel à la vertu des planteurs ! »

Personne ne sait ce qui va se passer dans les mois qui viennent…

Jean-Marie Dinh La Marseillaise


Dernier ouvrage paru : La crise de trop, Editions Fayard 19 euros

Voir aussi : Rubrique Finance La spéculation attaque l’UE par le Sud, Les banquiers reprennent leurs mauvaises habitudes, Le Sénat américain  adopte un paquet de dépense,

Culture européenne ou Europe des cultures ?

Culture européenne. Photo DR

Hier et avant-hier, le grand forum européen a permis de clore au Corum de Montpellier la phase de rencontre et de débat initiée par l’association pour le développement culturel européen et international (ADCEI) avec le soutien de la Région Languedoc-Roussillon et le réseau Euromedinculture qui associe les pays du pourtour méditerranéen. Après avoir souligné l’état de balbutiement dans lequel se trouve la politique culturelle supranationale qui occupe l’avant dernière place des dotations budgétaires assurées par l’UE, le président de l’ADCEI, René Kollwelter évoque la problématique. « Faut-il voir dans ce déficit d’implication, les effets de l’opposition entre une culture européenne transnationale à promouvoir et le respect de la diversité des cultures à tous les échelons y compris régional ? et envisage un dépassement : la perception de l’atout que pourrait représenter le renforcement du socle culturel européen dans un monde mondialisé citant l’enjeu de la bibliothèque numérique Européana vouée à devenir le pendant de Google, et la célèbre phrase de Jean Monnet : « Si c’était à refaire, je recommencerais par la culture. »

Simple recueil de témoignages pour alimenter le débat, faux nez d’une institution en mal de reconnaissance démocratique, ou réelle réflexion sur les enjeux d’une culture à partager au moment où les certitudes économiques s’effondrent, à l’évidence, le Forum européen de Montpellier propose plusieurs grilles de lecture.

Quinze pays dont neuf Etats membres seulement étaient représentés pour cette première étape de synthèse.

« La culture n’est plus un luxe. Elle fait pleinement partie de la citoyenneté active tout en donnant une priorité aux besoins socio-économique quotidiens», indique le représentant grec Nikos Papadakis. « La culture est une colonne vertébrale qui doit traverser tous les champs. Elle permet d’améliorer le niveau de vie, de protéger la démocratie et la diversité » restitue l’Allemand Didier Caille. « La liberté d’expression culturelle reste un défi à Malte, témoigne Jeannine Rizzo. Suite à la censure de représentations théâtrales, les gens se sont sentis touchés parce que l’on mettait à mal les principes de la démocratie. » L’Andalou, Pedro A. Vives cite les priorités culturelles recensées dans sa région : « En premier lieu, la diversité, suivi du patrimoine et de la démocratie, mais il précise, que l’échantillon du questionnaire n’est pas représentatif et invite l’UE a intégrer la culture dans l’Eurobaromètre », véritable outil d’analyse de l’opinion publique européenne. « Le maintien de la paix et de la stabilité apparaît comme une fonction culturelle essentielle pour les Français, retient Anne-Marie Autissier, prof d’université, qui note que l’intérêt du débat sur l’Europe se pose aussi dans une dialectique locale. Les gens interpellent les élus locaux, les universitaires et la société civile sur le manque d’espace de discussion. »

On retrouve des thèmes communs à travers ces morceaux choisis, comme on saisit des préoccupations nécessitant une approche particulière. Le belge Mo Haidle, insiste sur la nécessité de soutenir des coproductions transnationales et celle d’associer des artistes en provenance du monde. Ce qui vient heurter la politique qui érige l’Europe en forteresse. A ce sujet, René Kollwelter propose la création d’un visa culturel spécial qui dérogerait avec les conditions d’attribution de plus en plus restrictives. Sera-t-il entendu et suivi par Odile Quintin, rien n’est moins sûr ? La directrice en charge de la culture et de l’éducation à la Commission européenne est apparue sur un écran du palais des congrès pour encourager les intervenants dans leur travail. Elle paraissait lointaine. Son discours convenu et creux, et son image, parfait reflet de l’incarnation technocratique, n’augurent apparemment pas d’un changement.

Mais ce débat sur la prise en compte d’une culture supranationale mérite d’être suivi. Après que l’Unesco a reconnu la diversité culturelle qui consiste à faire admettre notamment à l’OMC que les biens culturels ne sont pas une marchandise comme les autres, il est temps que la culture européenne renoue avec son histoire. Le directeur de la Drac LR Didier Dechamps en convient : « Le libéralisme ne garantit pas la pluralité de l’offre. C’est un peu l’histoire du loup et de l’agneau qui votent démocratiquement ce que l’on va manger ce soir. Peu importe la manière dont la culture revient. Que l’économie lui serve de cheval de Troie ne manque pas de sel.» C’est avec le traité de Maastrich en 92 que la culture s’amarre aux compétences supranationales mais sa nature politique demeure une énigme jusqu’au 12 mai dernier quand les 27 reconnaissent que la culture est un investissement stratégique pour la dynamique et l’innovation. Il importe de s’y pencher largement avant la future programmation européenne qui débutera en 2014.