Un encarté à Montpellier rapporte un extrait du débat de la Commission Administrative du PS 5e : » Je suis membre du parti SOCIALISTE, je ne veux plus débattre avec des gauchistes ou des infiltrés du Front de Gauche, il faudrait vérifier avant que chacun prenne la parole sa qualité de socialiste et son soutien au gouvernement. «
« Toutafé » commente notre ami Alain qui propose « comme critère, celui posé par Tonton à Épinay. » mais la roue idéologique a bien tournée depuis…
«Il y a ce sentiment que le pays tout entier est en train de perdre pied», s’est alarmé en pompier pyromane Manuel Valls, devant le Conseil national du PS réuni samedi à Paris. Un constat sans appel.
Pour lui, le seul message politique «identifié» aujourd’hui face à «une droite exsangue» et «une gauche déboussolée», c’est «celui de l’extrême-droite».
En conséquence, «le risque de voir Marine Le Pen au second tour de l’élection présidentielle existe». Et dans cette nouvelle ère, «la gauche peut aussi disparaître».
Le problème est que le Premier ministre travaille autant à la disparition de la gauche qu’à la montée du FN au second tour des présidentielles dans l’intention de nous refaire le coup de Chirac en 2002. Ce qui apparaît désormais objectivement l’unique chance pour lui et/ou Hollande de conserver le pouvoir…
Alain Juppé qui vient de partir en croisade contre le FN l’a bien compris. L’UMP ou le PS n’ont plus besoin de programme, stratégiquement il leur suffit de bien gérer une campagne minimale pour se qualifier au second tour contre le FN et l’emporter mais ce qui reste incertain, c’est que les Français continuent de se laisser berner de la sorte.
Les analyses sans concession que j’ai publiées au fil des mois sur la révolution syrienne m’ont amené des réactions contrastées en termes positifs ou négatifs. Mais aucun de ces textes n’a suscité autant d’hostilité que ma mise en perspective du conflit syrien à la lumière de la guerre d’Espagne.
En avril 2013, j’ai tenté, dans les colonnes du Monde, de dresser un parallèle entre, d’une part, l’Espagne de Franco soutenue par l’Allemagne d’Hitler et l’Italie de Mussolini et, d’autre part, la Syrie d’Assad appuyée par la Russie de Poutine et l’Iran de Khamenei. Quant je parle d’Espagne, d’Allemagne, d’Italie en 1936-39, de Syrie, de Russie et d’Iran en 2011-2014, je ne parle pas des peuples de ces extraordinaires pays, mais des régimes despotiques qui en ont accaparé le devenir et les ressources.
Deux triades des dictatures
Face à cette triade des dictatures, active alors comme aujourd’hui, je mettais et je mets en exergue la résistance, alors du peuple espagnol, aujourd’hui du peuple syrien, déterminé une fois pour toutes à reprendre son destin en mains. Mais je soulignais et je souligne que cette révolution avait et a pour ennemi mortel les visées totalitaires des forces arrivées soi-disant pour la secourir, les staliniens dans l’Espagne républicaine, les jihadistes dans la Syrie soulevée contre Assad.
Que n’ai-je pas entendu pour avoir osé associer une partie de la geste « progressiste » européenne à ceux que de distingués intellectuels considèrent toujours comme des Arabes englués dans leurs querelles d’Arabes ! J’avais en effet brisé un tabou, celui du caractère exemplaire, et par définition exclusif, de notre « progrès » lorsque est en jeu la libération de peuples qui ne sont pas censés partager nos « valeurs ». Bel aveu de refus d’universalité des dites « valeurs », mais passons…
Les liens intimes de ma famille avec l’Espagne et ma haine aussi profonde du fascisme que du stalinisme m’ont préservé de la vision « sulpicienne » de la guerre d’Espagne. Ce conflit fut un épouvantable carnage, mais c’est du côté de la République qu’il fallait se tenir, quelles que soient les horreurs, et elle furent nombreuses, perpétrées en son nom. Et les franquistes avaient une indéniable base sociale, même si c’est au nom du peuple, et du peuple seul, qu’ont combattu et qu’ont été vaincus les Républicains.
Si j’invoquais au printemps 2013 les références de la guerre d’Espagne, c’est parce que la non-intervention prônée par le Front populaire en 1936 n’avait sauvé ni la République en Espagne, ni la paix en Europe. Après trois années à prôner l’abandon du peuple syrien, de crainte que les djihadistes n’en tirent profit, nous avons aujourd’hui contribué à nourrir le monstre djihadiste à l’ombre du monstre de la dictature d’Assad. Et ce monstre ne va pas éternellement rester contenu au Moyen-Orient.
« Hommage à la Catalogne »
Plutôt que les fresques héroïsantes de Malraux et d’Hemingway, toutes deux grands succès de librairie à leur sortie (« L’Espoir » en 1937, « Pour qui sonne le glas » en 1940), je préfère me replonger dans la guerre d’Espagne en compagnie d’Orwell.
Son « Hommage à la Catalogne » ne fut édité qu’à titre confidentiel en 1938 (dix-sept ans plus tard pour la version française), mais il reste pourtant inégalé dans sa description de l’exaltation populaire, du désordre milicien et de la volonté farouche qui firent de Barcelone en 1936-37 le bastion de la résistance au fascisme et au stalinisme.
Orwell, se confiant à Koestler, méditait sur le tournant essentiel de la guerre d’Espagne :
« En Espagne pour la première fois, je vis des articles de journaux qui n’avaient absolument aucun rapport avec la réalité des faits, pas même ce type de relation que conserve encore un mensonge ordinaire. Et je vis des journaux de Londres colporter ces mensonges, et des intellectuels zélés édifier toute une superstructure d’émotions sur des événements qui ne s’étaient jamais produits. Je vis en fait l’Histoire qui s’écrivait non pas suivant ce qui s’était passé, mais suivant ce qui aurait dû se passer, selon les diverses lignes officielles ».
Depuis 2011, on ne compte plus les journalistes assassinés, enlevés et blessés en Syrie. Pourtant, combien d’articles n’ont-ils pas été écrits sur la base de contre-vérités manifestes, de négation des massacres perpétrés à l’encontre du peuple syrien, de divagations dérivées de tel ou tel service de « renseignement ». Quant aux « intellectuels zélés » qui ont glosé sur la base de ces infamies, je les laisse à leur enfer personnel.
« Socialisme signifie justice et liberté »
Ecoutons encore une fois Orwell à l’heure où le débat fait de nouveau rage pour savoir s’il est « bien » ou « mal » d’intervenir en Syrie :
« La plupart d’entre nous persistent à croire que tous les choix, et même les choix politiques, se font entre le bien et le mal et que, du moment qu’une chose est nécessaire, elle doit aussi être bonne. Il nous faudrait, je pense, dépouiller cette croyance qui relève du jardin d’enfants. La guerre, par exemple, est parfois nécessaire, mais elle ne saurait être ni bonne, ni sensée. »
Orwell était libre, passionnément libre, et son exigence de justice et de liberté s’appelait « socialisme ». En Syrie, la même exigence de justice et de liberté, envers et contre tout, peut se parer d’autres couleurs, elle n’en demeure pas moins éminemment digne de respect et de soutien. Que chacun agisse selon sa conscience, avec le dernier mot à Orwell l’indémodable.
« Socialisme signifie précisément justice et liberté, une fois qu’on l’a débarrassé de toutes les sottises qui l’encombrent. C’est sur ces valeurs essentielles et sur elles seules que nous devons fixer notre attention. Rejeter le socialisme simplement parce que tant de socialistes, individuellement, sont des gens lamentables, serait aussi absurde que de refuser de voyager en chemin de fer parce qu’on n’aime pas la figure du contrôleur. »
Tant pis pour la tronche du contrôleur, je persiste et signe : la Syrie est notre guerre d’Espagne.
Humble et séducteur, provocant et diplomate, Michel renvoie une image digne de son parcours indéfinissable et loin des sentiers battus. C’est une figure majeure du monde littéraire national très attaché à ses racines montpelliéraines. Un homme pudique passionné. Derrière chaque auteur de noir se cachait à ses yeux une relation. Un grand pro, mais combien peuvent passer d’une rencontre à l’autre avec la même vérité ? Mieux, en tirer une relation à chaque fois unique, souvent gravée dans les mémoires. Michel Gueorguieff est de ceux-là.
En 62 ans de passion, il a épousé toutes les causes auxquelles il croyait, sans faillir. Qu’il soit élève retors, fermement engagé pour défendre ses convictions, ombrageux fonctionnaire territorial, militant dévoué, combattant impitoyable de l’imposture intellectuelle, formateur compréhensif, animateur exigeant, découvreur littéraire éclairé, personne n’a oublié sa touche personnelle, onction invisible qui fait la différence entre une personne que l’on sent contrainte et un homme libre.
Filez lui un polar, il vous cuisinera son auteur pour s’en faire un complice et peut-être un ami, passez lui une robe d’avocat, il sera le plus touchant des défenseurs, tentez de pervertir la noblesse du bonhomme et vous trouverez la foudre… Bref, l’artiste transfigure les rôles et réussit la prouesse paradoxale de faire briller les œuvres et les auteurs tout en ayant l’humilité de s’effacer derrière eux. La classe.
S’il est resté un cas à part dans le monde littéraire, c’est que Michel Guorguieff a un credo. Sa théorie : « le roman noir est un roman qui parle de la littérature d’aujourd’hui. » Et de choisir son chemin en veillant toujours à favoriser le coup de cœur sur le coup de fric, offrant son savoir faire aux auteurs débutants, devenant maître de ses choix par indépendance, prêtant sa voix et sa crédibilité aux causes qui lui semblaient justes. Il n’a jamais voulu écrire, ce n’était pas sa place estimait-il. Mais chacun sait que réussir la mise sur orbite d’un festival comme le FIRN est plus difficile que de faire un livre. Les thématiques des festivals autour desquels il articulait la programmation montrent comment il aimait varier, tenter, risquer, déjouer la routine et le confort qui enterrent les vaniteux.
Un anticonformisme puisé dans l’enfance, comme pour briser le corset d’une éducation. Né le 21 novembre 1950, chez lui place Albert 1er à Montpellier, il est le fils de Krastu Ivanoff Guorguieff et de Eliane, Lina, Rose Capelle. Elle est aveyronnaise d’origine, habite à Montpellier d’où elle est diplômée des Beaux-arts, « Michel l’adorait » confie sa nièce Christine. Lui, ingénieur chimiste bulgare, polyglotte, qui a fuit le régime communiste. La légende familiale veut qu’il fut l’inventeur de la mayo en tube, avant l’heure.
A l’école, Guorguieff junior est en avance, ce qu’il doit en partie à son arrière grand-mère qui le contraint à lui lire le journal dès son plus jeune âge. Primaire, collège, lycée, fac de droit, puis de lettres, Michel poursuit ses études à Montpellier. Il passe son bac dès la première en 68. En fac il est élu à l’UNEF avant d’en devenir le président.
« Nous étions très mobilisés dans le débat sur l’avortement, une forme d’anticipation à la loi Veil» se souvient son ami d’enfance Richard, lui-même secrétaire du syndicat étudiant. Michel est très respectueux des femmes, pas misogyne pour un sous. En 1978, il épouse Marie-Martine Geazi qui décède dix ans plus tard des suites d’un cancer, le laissant jeune veuf. Dans ses lectures, peu lui importe le sexe. Ce qui ne l’empêche pas d’être séducteur, sensible. Sur ce point, les mots justes reviennent à son pote Serguei « Il se blindait à mort mais à l’intérieur c’était du cristal ».
Pour Michel, l’engagement est un moteur. Il milite au PS, tendance CERES, l’aile gauche du PS puis devient mittérandiste. Il se présente aux cantonales sur Montpellier sans succès, rejoint l’équipe municipale en 83 mais il n’a jamais fait partie de la frêchie. « C’était un homme de gauche au regard critique qui avait des convictions, des valeurs, une expérience politique et d’élu. Frêche s’en méfiait. », soutien Michel Crespy. Sa volonté de changer les choses se heurte à une ascension lente en politique à laquelle s’ajoutent des intrigues de cabinet et une kyrielle d’emmerdements.
Sa sortie de la sphère politicienne lui redonne des ailes. Viendra la rencontre avec Martine avec qui il collabore dans la rubrique art contemporain du journal Regard au milieu des années 80. Le couple se consolide dans la complémentarité, la complicité, et les grands voyages improvisés pour aller à la rencontre des monstres de la littérature américaine. Les Bonnie and Clyde du noir attaquent le genre sous toutes ses formes et transmettent leur passion contagieuse.
La reconnaissance du FIRN ne tarde pas à s’établir dans le milieu littéraire, du local à l’international en passant par le microcosme de l’édition parisienne où il tisse de solides amitiés comme avec François Guérif. Au gouvernail, Martine maintient fermement le cap d’exigence. Michel se prend toujours aussi facilement de sympathie pour les hommes libres ou empêchés de l’être comme Battisti. Là encore, il part au combat au côté de Fred Vargas dont il apprécie la capacité à se mettre en danger compte tenu de sa notoriété. Pierre Bouldoire, le Maire de Frontignan mouille sa chemise. En 2004, il consacre Cesare citoyen d’honneur de Frontignan, et le Firn poursuit son histoire folle d’humains et de militants.
Michel était un personnage, exigeant avec lui-même « Quand on le croisait dans la rue il ne paraissait jamais satisfait » relève l’ancienne maire Hélène Mandroux. En ville, il en effrayait plus d’un. Les imposteurs le redoutaient mais l’intéressé s’en amusait, car il n’avait rien d’un ogre et cultivait la discrétion. Bien qu’appréciant les grands espaces américains, la campagne n’était pas trop son truc, à cause des insectes qui le rendaient dingue. Michel ne craignait ni dieu ni la mort mais les petites bêtes…
C’est un discours proprement inouï qu’a prononcé cet après-midi le Premier ministre devant l’université d’été du Medef, après avoir reçu un accueil jamais vu. Les centaines de patrons présents lui ont fait, à son arrivée, une standing ovation inédite pour un chef de gouvernement dit « de gauche ». Au point que Manuel Valls lui-même a cru bon de leur dire dès ses premiers mots que cette réception « fera des commentaires ». Grisé par l’enthousiasme de ses hôtes, qui ne l’avoueront certainement pas, il a tant et si bien devancé leurs attentes qu’à l’issue de son discours on a pu voir furtivement, au premier rang de cette assistance de chefs d’entreprise qui l’applaudissaient debout, Geoffroy Roux de Bézieux se tourner vers son voisin avec un air de contentement qu’on ne lui connaissait pas.
« J’aime l’entreprise… J’aime l’entreprise. » Cette phrase, répétée deux fois pour répondre aux applaudissements que son énoncé venait de susciter, a toutes les chances de passer à la postérité comme le symbole d’un discours dans lequel Manuel Valls n’aura rien fait d’autre que de déposer les armes de la gauche au pied d’un parterre de patrons. À commencer par la lutte des classes, dont la négation a toujours été la marque de la droite :
« Cessons d’opposer systématiquement État et entreprises, chefs d’entreprise et salariés, organisations patronales et syndicats ! Cherchons plutôt à coopérer. »
Avant de discréditer tous ceux qui, à gauche, y compris au sein du PS, critiquent le CICE et le Pacte de responsabilité :
« Il n’y a pas d’emplois sans employeurs, C’est pourquoi il est absurde de parler de “cadeau fait aux patrons”. Ce langage n’a pas de sens. »
À ces patrons, Manuel Valls a offert bien plus qu’une séance de calinothérapie. Il est venu dire qu’il avait choisi son camp, et que le gouvernement qu’il dirige non seulement les avait compris : « Il n’y a pas que les impôts et les cotisations sociales (sic) qui pèsent sur notre économie » ;« nous vivons au-dessus de nos moyens depuis 40 ans ». Et admet que « notre droit du travail est perçu comme contraignant, nos prélèvements comme trop lourds, et nos dépenses comme trop élevées ». Mais qu’en conséquence il va leur donner satisfaction en engageant par « la négociation » (on connaît la chanson) une simplification du code du travail, incluant « la question des seuils » sociaux qui est, a-t-il dit, « légitime ». Cette simplification touchera aussi les conventions collectives : « 700 ! C’est trop ! » s’est-il exclamé. « Il faut simplifier, alléger et regrouper les branches » qui structurent notre espace économique et social. Avec cet horizon qui fait de la « concurrence libre et non faussée » l’alpha et l’oméga des politiques dites modernes :
« Nous allons accroître la concurrence, alléger certaines règles, je pense à celles relatives au travail du dimanche ou à l’urbanisme commercial. »
Cette reddition aurait été incomplète sans une pique anti-écologiste : « La filière nucléaire est plus que jamais une filière d’avenir », a lancé Manuel Valls, emporté par son élan liquidateur des promesses de 2012.
L’histoire retiendra qu’en ce 27 août 2014, à Jouy-en-Josas, devant le syndicat patronal, l’homme qui, il y a six ans, voulait en finir avec le vieux socialisme… pour être simplement de gauche a décidé d’en finir avec cette dernière. Aux députés, qui auront d’ici quelques semaines à se prononcer sur un vote de confiance, d’en tirer les conséquences.
Manifestants contre le chômage et l’austérité à Marseille, le 12 avril 2014 (Photo Bertrand Langlois. AFP)
Vivant depuis plusieurs années, le débat sur un changement de politique s’étend à mesure que se confirme le marasme français et européen. Et a provoqué le remaniement.
Particulièrement vif depuis les défaites électorales de la majorité au printemps, le débat sur l’austérité vient de prendre une nouvelle ampleur en provoquant directement la démission du gouvernement. A la différence du dernier en date, le remaniement à venir vise en effet, selon les mots de l’Elysée, à mettre la nouvelle équipe «en cohérence avec les orientations» économiques de François Hollande — fortement contestée dimanche par Arnaud Montebourg et Benoît Hamon.
Dès juillet 2013, cependant, la ministre de l’Environnement Delphine Batho avait été débarquée pour avoir protesté contre la baisse des crédits de son ministère. «C’est un mauvais budget», avait-elle estimé, faisant le procès de la rigueur. En mars 2014, les ministres écologistes Cécile Duflot et Pascal Canfin refusaient, pour des raisons similaires, d’intégrer le nouveau gouvernement formé par Manuel Valls. A l’Assemblée, les défaites de la majorité aux municipales, puis aux européennes, ont poussé plusieurs dizaines de députés «frondeurs» à réclamer un changement de politique économique, et à menacer le gouvernement de lui retirer leur soutien.
D’autres partis de gauche, tels que le PCF et le PG, ainsi que des syndicats de salariés contestent aussi de longue date les politiques d’austérité. Le 12 avril 2014, entre 25000 et 100 000 personnes ont défilé à Paris en ce sens.
Le débat n’est pas né d’hier non plus dans les milieux économiques : de nombreux spécialistes — par exemple le collectif des «économistes atterrés» — pointent depuis longtemps les risques de l’austérité appliquée simultanément dans les pays de la zone euro. Aux Etats-Unis, le prix Nobel d’Economie Paul Krugman fustige régulièrement cette stratégie, notamment sur son blog. Là encore, pourtant, la contestation est allée s’amplifiant, à mesure que se précisait le risque d’une déflation dévastatrice pour le Vieux continent.
«L’Europe risque réellement d’être confrontée au phénomène qu’a connu le Japon : une lente érosion des prix s’accompagnant d’une croissance durablement faible, a dit Christopher Sims, lui aussi Nobel d’économie, dans une interview au Monde, le 23 août. Le problème est que la Banque centrale européenne […] se dit prête à mener, si nécessaire, une politique monétariste expansionniste. Mais il y a de tels doutes sur cette politique à l’intérieur des Etats membres qu’il n’est pas sûr qu’elle puisse tenir cet engagement». Un troisième prix Nobel, Peter Diamond, a pour sa part jugé que «les historiens enduiront de goudron et de plumes les membres de la BCE».
De même, dans un féroce éditorial publié mi-août, le New York Times s’en prenait aux «politiques erronées que les dirigeants européens s’obstinent à poursuivre, en dépit de toutes les preuves qu’il s’agit de mauvais remèdes». Une critique qui s’appuie sur de dernières statistiques particulièrement inquiétantes. La croissance française promet ainsi d’être atone en 2014, sur fond de chômage en hausse. Et la comparaison des taux de croissance américain et européen depuis 2008 est cruelle :
Malgré ce contexte, François Hollande et Manuel Valls ont tranché contre un changement de politique, jugeant que les mesures adoptées depuis 2012 n’ont pas encore produit leurs effets. Et chargeant l’Europe d’adopter les nécessaires mesures de croissance. De quoi faire prospérer un débat qui menace de dégénérer en crise politique.