La solidarité : Principe oublié de la république

Docteur en science politique, Pascal Doriguzzi est atteint d’une ataxie, sa thèse de doctorat soutenue en 1989 à Montpellier avait pour titre la III ème République est la solidarité : la socialisation de l’infirmité. Il vient de publier De la sécurité sociale au paupérisme.

Ce livre revient sur les fondements de la sécurité sociale au sortir de la seconde guerre mondiale. L’auteur s’attache notamment à mettre en lumière l’esprit de solidarité intergénérationnelle et interprofessionnelle qui présida à l’adoption des ordonnances de 1945.

 » Ma curiosité m’a conduit à me replonger dans les débats parlementaires de l’époque, indique Pascal Doriguzzi dont le livre revient sur les débats préparatoires des CE et de la Sécurité sociale, le paradoxe de notre société de l’information, c’est que les gens n’ont plus de mémoire.  » A l’heure de la reconstruction nationale, la Sécu est le fruit d’une véritable union sacrée entre les communistes et les gaullistes qui cimente la république sur les valeurs de la solidarité.

 » On sait les déboires de cette alliance sur le terrain politique, mais les principes de solidarité ont traversé deux modifications constitutionnelles « , souligne l’auteur. Les textes de l’époque affichaient la haute ambition de garantir un niveau de salaire et de traitement assurant à tout travailleurs et à sa famille  » la dignité, la sécurité et la possibilité d’une vie pleinement humaine « . Base du plan complet de la sécurité sociale gérée par les représentants des intéressés et l’Etat.

Bref, le cœur de cible du gouvernement Sarkozy qui applique à la lettre les déclarations de l’éminence grise du Baron Seillière Denis Kessler :  » Il faut défaire méthodiquement le programme du Conseil national de la Résistance.  » Le démantèlement que l’auteur qualifie  » d’un passage de  la sécurité sociale à celui de la sécurité nationale « , débute avec les réformes structurelles néolibérales qui s’engage en France au milieu des années 80.

Loin de l’esprit de défaite mérite du livre tient Pascal Doriguzzi affirme que l’exclusion n’est pas un mythe mais un produit social:  » Peut-on concevoir l’existence d’humain sans rapport aucun avec le monde, sans histoire ni passé, sans lien avec la société et son ordre, sans se demander d’où viennent ces  » exclus  » ? Il en appelle à la responsabilité de notre génération pour ouvrir la voie à la civilisation,  » non en  faisant du social, mais en dépassant nos rapports de force, pour construire, à l’échelle continentale, une vie réconciliant la liberté de travail, l’échange commercial et la fidélité économique, ainsi que la dignité de chacun dans le monde à venir.

De la sécurité sociale au paupérisme, 14 euros, éditions Esméralda

Toucher l’âme

Nakhjavani Bahiyyih

La romancière Bahiyyih Nakhjavani signe un grand roman où la liberté d’expression affronte les pouvoirs qui nous enferment.

Vous retracez l’éclairant parcours de la poétesse persane Tahirih Qurratu’l-Ayn dont le nom en Iran semble toujours prêter à la controverse. Pourquoi ce choix ?

« En Iran, cette femme est rejetée pour ses idées qui sont considérées comme hérétiques. Je pensais que c’était vraiment le moment de réévaluer  sa vie. Avec la multiplication des débats télévisés qui se focalisent sur le voile, l’extrémisme, le terrorisme, il me semblait intéressant de parler des idées très modernes de cette femme. Les religions comportent toujours deux parties. Une partie éternelle, spirituelle, morale et une partie concernant les interprétations, les dogmes accumulés inscrits par les hommes. La voix de cette femme dit en substance qu’il ne faut pas s’attacher aux interprétations liées aux activités sociales, le voile, les lois du mariage… mais chercher à connaître les vérités éternelles à l’intérieur de la religion.

La contestation des interprétations de la charia et les questions qu’elle soulève ne concernent pas que l’islam dites-vous…

Le voile qu’elle conteste est un symbole sur lequel on ne peut pas rester figé. Le voile est dans la tête. Le fossé se creuse en Iran entre ce qui est officiel et ce que les gens ressentent en eux. Mais je ne suis pas sûre que la perception occidentale du voile soit juste. La politisation du problème conduit, on le voit, à une crispation religieuse et nationale. On utilise le voile pour diviser. L’utilisation du voile comme drapeau me semble très dangereux.

150 ans plus tard, une femme agissant de la sorte en Iran serait-elle destinée au même sort ?

Je crois que oui, et pas seulement en Iran. C’est pour cela que son histoire est contemporaine. Elle insiste sur des choses qui ne sont pas confortables. La race humaine a beaucoup de mal à accepter la réalité. Les gens qui éprouvent le besoin de dire les choses trop clairement ne sont pas des personnes avec lesquelles on peut vivre facilement.

Le récit se construit à travers quatre femmes dont la vision personnelle fait évoluer le parcours de lecture…

J’ai utilisé une structure en cercle qui arrive peu à peu à cette femme. Dans les trois premières parties, on vit avec elle à travers les autres. On se rapproche lentement et à la fin on entend sa voix.

Votre livre transgresse les genres littéraires. Le terme fiction historique vous convient-il ?

Je me suis interrogée sur ce point. Les romans historiques sont plus psychologiquement réalistes. Ils retracent la vie des personnages en les incarnant comme si on pouvait les rencontrer aujourd’hui. J’avais envie de cela avec tous mes personnages sauf le personnage principal pour lequel j’ai préservé une forme de pudeur. Elle domine comme une sorte de miroir sombre. Comme un trou noir dans lequel on peu voir notre propre visage, nos interprétations. C’est à nous de construire le personnage à travers ce qu’elle n’est pas. J’ai procédé par déduction pour savoir ce qu’elle pouvait être. Le roman se construit comme une mosaïque. J’utilise des fragments historiques qui reflètent les contradictions.

Votre démarche s’avère très respectueuse…

C’était le moyen pour moi de m’approcher. J’étais contrainte d’arriver pas à pas vers cette femme pour trouver qui elle était. La pudeur m’a permis de confirmer mes présomptions. Elle s’imposait pour déjouer les versions tellement perverties par l’histoire. Son corps à été jeté dans un puits livré en pâture à l’oubli. Je ne voulais pas rajouter un voile sur son visage avec mes propres mots.

La capacité à ne pas rejeter nos responsabilités sur des facteurs externes, apparaît au cœur du roman en tant que conscience féminine. Tout l’inverse de nos démocraties d’opinion …

Je crois que dans la société actuelle nous sommes complètement pris par cette facilité qui consiste à blâmer sans s’impliquer. La raison pour laquelle cette femme, qualifiée d’hystérique, était considérée comme dangereuse, c’est justement qu’elle ne faisait pas cela par rapport à l’Islam. Elle disait que c’est à l’intérieur de la religion que l’on peut percevoir le changement. Qu’il faut admettre les moyens d’atteindre un autre stade. Je pense que nous n’avons toujours pas la maturité collective de prendre cette responsabilité sur nous. De prendre réellement conscience de nos actes, d’être libre.

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Actes sud, 23 euros

Je me suis questionnée sur le droit des morts. Les morts ont-ils des droits humains ? On met des mots dans leur bouche sans avoir leur permission. Cela rejoint la question du roman historique. On ne peut pas prendre cette liberté. Il faut être plus attentionné, plus sensible avec les morts qui ne sont pas là pour se défendre. Le côté spirituel est très important  pour moi. Je ne pense pas que les mots arrivent sur la page sans avoir le désir de toucher les choses qui ne sont pas visibles.

La capacité de se projeter dans l’avenir apparaît comme une liberté qui ouvre sur le champ poétique…

La poésie est la façon la plus libre d’utiliser les mots justement parce que la poésie est hors du temps. Je crois que cette femme avait cette capacité de lire l’avenir. La mort ouvre les chapitres. Le cadavre apparaît comme une  conséquence et on cherche, comme dans les romans policiers, à en retrouver les causes. Cette femme avait apparemment la capacité de percevoir les causes dans le présent. Ce qui se retourne finalement contre elle.

Le mouvement de la pensée peut-il engendrer le changement ?

Je suis absolument convaincue que l’on parle pour persuader les gens. On donne aux mots le pouvoir de toucher le cœur des autres. Si l’on a un désir quand on parle c’est de traverser… A travers les poèmes mystiques de Tahirih Qurratu’l-Ayn on arrive à comprendre le pouvoir d’une langue mais aussi l’humilité. Il faut admettre l’incapacité à dire tout. On s’exprime pour toucher les cœurs pour tremper avec l’âme d’un autre, avec cette l’humilité on arrive à dire beaucoup plus. »

Voir aussi : Rubrique Livre Sur les pas de Rûmi, Clair obscure à Théhéran ,  Rubrique Cinéma  Les chats PersansTéhéran

Une bibliothèque hors les murs et dans les murs

L’offre de lecture publique est une pierre angulaire de la démocratisation culturelle. C’est peut-être pour cela que l’onde de la société résonne dans le monde des bibliothécaires. Boostés par les nouvelles technologies de l’information, les nouveaux usages du public sont au cœur du questionnement de la profession. A l’air du tout numérique la démarche ne s’avère pas de tout repos, mais le secteur est en même temps plein de vitalité. Avec la montée en puissance des communautés d’agglomération, les médiathèques ont fleuri partout en zone urbaine. La tendance est au regroupement. A une extrémité on peut parler de concentration, avec la centralisation de la gestion. A l’autre bout, on observe une volonté d’adaptation pour faire face à la situation dans un secteur en pleine mutation.

Huit ans après la création de la Médiathèque centrale Emile Zola, l’Agglo de Montpellier s’est, pour l’essentiel, dotée des infrastructures. Elle dispose d’un réseau d’une dizaine d’établissements auxquels viendront s’ajouter les médiathèques de Pérols et Clapiers. Il faut maintenant penser au futur et aborder la dimension du projet. Un plan de modernisation sur 15 ans a été adopté il y a peu. Il devra tenir compte tout à la fois de la chute de la fréquentation, -13% en deux ans, du nouveau mode d’utilisation des visiteurs qui demandent une plus grande amplitude horaire et de la furieuse avancée technologique dans le secteur de l’information.

La problématique est nationale, avec un million d’entrées en 2007, (700 000 pour la seule médiathèque centrale), le réseau de l’agglo n’est pas à la traîne. Il demeure le lieu le plus fréquenté après le cinéma et le zoo du Lunaret. Il a su développer une offre très diversifiée qui va de la ludothèque aux salles d’actualité en passant par le patrimoine et l’offre de formation en informatique. L’aspect technologique n’est pas en reste avec les robots bien utiles qui transportent un tiers des ouvrages dans la vaste bibliothèque centrale, 100m de long sur 35m de large et près de 30m de haut. Les 49 000 abonnés peuvent déjà interroger le catalogue à distance, consulter leur compte pour savoir ce qu’ils ont emprunté. A terme, ils pourront consulter les documents en ligne et même jouer. Une étude sur le système d’information sera lancée cette année pour améliorer tous les services de gestion des sites, ainsi que les services à distance pour répondre aux nouveaux usages.

Lieux de solidarité

La difficulté réside dans la diversité des usages et des publics concernés. Une étude du Credoc démontre que le public qui se rend sur place se compose essentiellement de demandeurs d’emploi, de temps partiel et d’étudiants, en d’autres termes les couches de la population les plus précarisées d’où l’importance du maintien de la solidarité. Les médiathèques sont plus que jamais un lieu de démocratisation culturelle. Le volet action culturelle a accueilli 40 0000 personnes en 2007. Auxquelles s’ajoutent 25 000 scolaires. Des partenariats sont en cours pour travailler avec la cité de la musique et l’orchestre de Montpellier. Cela souligne la vocation de service public de ces établissements.

La modernisation du réseau doit être à la fois technologique afin de développer tous les services externes, et humaine pour mieux conseiller, tout en s’adaptant aux demandes. La phase de réflexion qui débute devra en outre déterminer s’il faut encore construire ou s’orienter vers un service aux citoyens. Mais une autre question entre en jeu, celle de l’élargissement qui conditionne la grandeur du futur territoire de l’Agglo.

Jean-Marie Dinh

Entretien avec Armand Mattelard : Société sécuritaire

Armand Mattelard

Armand Mattelard est professeur émérite de sciences de l’information et de la communication à l’Université Paris VIII. Il était l’invité de la Librairie Sauramps pour un débat sur La globalisation de la surveillance et la décadence sécuritaire

Vidéo surveillance, cartes à puce, tests ADN… nous assistons à une inflation de dispositifs de surveillance. Y a-t-il pour autant moins de violence ?

 » Hélas non, la première mission des technologies de surveillance est de construire le contexte de l’insécurité. Les experts en industrie de surveillance savent très bien que le foisonnement des dispositifs ne garantit jamais un résultat à 100%. Il y a une surenchère des technologies de surveillance et à mesure que l’on progresse, rien n’atteste d’un résultat plus positif du point de vue de la culture du résultat évidemment.

Quels sont les instruments de mesure proposés ?

Des statistiques judiciaires qui reproduisent le flou de la définition de délinquance. A partir du moment où vous ouvrez la brèche vers une définition extrêmement étendue de subversifs, de terroristes, d’incivils, toute personne est susceptible de rentrer dans le registre de la suspicion. C’est une vieille histoire, la contre insurrection doit étendre la sphère des coupables.

Vous faites émerger dans votre essai (1), la mise en place des concepts sécuritaires dans l’histoire…

En France, la doctrine sécuritaire apparaît dans les années 60 et prend forme dans les années 70 au moment où l’on stoppe le flux migratoire et où apparaissent d’autres éléments de crise, comme le premier choc pétrolier. A l’époque, Giscard et Peyrefitte élaborent des documents essentiels pour sensibiliser l’opinion publique au problème de l’insécurité. C’est là qu’on commence à manipuler les statistiques. On peut parler d’un resserrement qui correspond à la confrontation de l’Etat nation à des logiques internationales.

Cette intrusion libérale et sécuritaire ne se limite pas à l’hexagone, ce qui suppose une compréhension des différentes cultures…

Oui, aujourd’hui le paradoxe est que les représentations collectives nous poussent à reconnaître la diversité des cultures, et en même temps, la mise en place de logiques d’uniformisation des normes qui nous gèrent. La gestion sécuritaire se situe en surplomb des cultures particulières qu’elle infiltre.

Vous démontrez aussi comment la société sécuritaire en tant que projet de société globale se confond avec le projet de société libérale…

Sur les cinq continents, le secteur de la finance et celui de la sécurité constituent le flux tendu entre les sociétés et lient des réalités très différentes. La logique sécuritaire est le fruit de la tension et des rapports de force entre la société et l’Etat. État qui dispose du monopole de la violence légitime et illégitime. Chaque fois qu’il y a une impasse dans le rapport entre l’Etat et la société, les régimes d’exception apportent à l’idéologie sécuritaire des éléments qui font sauter des étapes. Historiquement, la Révolution française a occupé le débat du XIXe. Au XXe, c’est le phénomène colonial sans lequel on ne peut comprendre l’idéologie de la contre insurrection, du nettoyage ethnique et du Kärcher.

Où en est la prise de conscience de la classe moyenne française ?

Ce qui est en train de se jouer dans le monde, c’est la déroute des classes populaires par le système néolibéral. C’est sur cette déroute que se construit l’hégémonie d’une nouvelle classe. Dans les classes moyennes, le groupe social des technocrates, inséré dans la structure économique, s’empare du pouvoir. A tous les niveaux règnent des ingénieurs de l’assentiment, du consentement. Une partie de la classe moyenne se trouve embarquée, une autre est rejetée…

Les embarqués sont-ils prêts à abandonner les principes de la démocratie ?

Il reste des zones de négociation. Le problème de la rébellion face au modèle néolibéral est qu’il se focalise sur des points particuliers. Il est difficile de faire le lien pour avoir une appréhension globale du système. Ce qui fait que la question de la sécurité n’est touchée que de façon superficielle.

Comment s’explique la faiblesse de la critique ?

Il n’y a que certains groupes qui sont à l’intérieur de l’institution qui puissent comprendre où cela nous mène, par exemple les magistrats, les universitaires, certains citoyens en prise. Mais dans l’ensemble, nous avons une critique trop corporative. La construction d’alternatives passe aussi par un changement radical de la façon dont ceux qui ont un peu de pouvoir et de connaissance imaginent leurs rôles par rapport à ceux qui ne connaissent pas. Aujourd’hui le problème est le rapport au savoir, pas le savoir abstrait, le savoir qui permet de transformer la société. Mais il faut dépasser le cadre du terrorisme ou de l’antiterrorisme, le délabrement moral qui légitime la torture. Et l’addiction mondiale aux émissions de télé réalité qui privilégient l’humiliation des autres et l’humiliation de soi-même. Le défi est là. La vraie victoire du libéralisme s’est faite au niveau de l’individu. Chacun a du boulot à faire. On ne peut pas se défausser sur les autres. Cette prise de conscience peut être fructueuse si des individus qui pensent la société de façon critique essayent de s’unir en abandonnant leur égotisme. C’est un défaut magistral que nous a insufflé la société de consommation. Nous avons perdu la notion de solidarité au profit de l’idée de concurrence et l’idée de concurrence fonctionne très bien avec l’idée de sécurité. « 

Armand Mattelard La globalisation de la surveillance, La Découverte, 15 euros.
Voir aussi : Rubrique Médias La télé explore ses limites,


De l’art d’omettre

Le flux de l’édition ne s’arrête jamais. Tout va trop vite. Dans les deux premiers mois de cette année, 547 nouveaux romans seront publiés dont 182 étrangers. A cela s’ajoutent les essais et les documents dont nous vous proposons une petite sélection. Cinq livres à lire pour ouvrir les horizons. Certains sont de la saison dernière, deux ont été écrits par des auteurs de la région (1).

On a quelques regrets d’avoir passé à la trappe quelques-uns des bons livres de la précédente rentrée. Pour bien faire, il faudrait évaluer notre dépendance à l’actualité. Le souci d’exhaustivité est définitivement vain. Dans  » Le Bonheur des petits poissons  » (chez J.C. Lattès), Simon Leys parle des écrivains, et de plein d’autres sujets. Il constate que :  » Beaucoup d’individus robustes et bien adaptés semblent ne guère avoir besoin de vie imaginative « . Si cette tendance se généralise, le problème sera réglé. Mais Leys cite plus loin le Péruvien Mario Vargas Llosa qui a donné la meilleure définition de notre commune condition :  »  La vie est une tornade de merde, dans laquelle l’art est notre seul parapluie.  » L’équilibre reste difficile et le temps – de lire – toujours pas compressible. Greenaway était hier l’invité de Sauramps. Le cinéaste un peu barré se lance dans un projet de 100 livres à paraître sur 10 ans, une sorte d’abrégé encyclopédique qui examine dans le détail 100 ans de l’Histoire d’un vaste continent. Certain pensent qu’ils trouveront là une lecture propre à leur assurer un sain développement intellectuel. Ils se trompent. Ce ne sont que des fragments d’Histoire qui interrogent les frontières entre l’histoire et la fiction selon l’idée qu’il n’y a pas d’Histoire comme telle, seulement des historiens. La durée de vie moyenne s’allonge mais pas celle des livres. Que fait-on contre Alzheimer ?

(1) JC Michéa enseigne la philo au lycée Joffre et Gilles Sainati est magistrat à Béziers.

 

Gilles Sainati & Ulrich Schalchli : La décadence sécuritaire

Les deux auteurs ont été secrétaire général du Syndicat de la magistrature entre 1999 et 2002. Ils signalent dans cet ouvrage que l’irréversible est en train de se commettre.  »  nous faisant oublier que si la  » sûreté  » était inscrite dans la constitution de 1791, il s’agissait de protéger les individus contre l’arbitraire du pouvoir. Le livre explique comment la  » tolérance zéro « , d’importation américaine, s’est imposée dans la pratique judiciaire française. Comment l’idéologie techno-sécuritaire a remplacé la notion du juste par celle du rendement chiffré de la justice. Comment on en arrive à punir des infractions qui n’existent pas.

Editions de la Fabrique 14 euros

 

Louis Chauvel : Les classes moyennes à la dérive

Privilégiées ou condamnées ? Les classes moyennes ne connaissent certes pas les difficultés des plus déshéritées. Mais leur apparent confort dissimule un cruel déficit d’avenir. Tandis que nous nous inquiétons de ses marges, c’est peut-être en son cœur que la société française se désagrége. Où est ce cœur ? Il ne s’agit pas seulement d’un  » juste milieu  » entre l’élite et les classes populaires. La centralité des classes moyennes tient d’abord à l’imaginaire de progrès et d’émancipation qui leur fut longtemps associé. C’est cet imaginaire qui s’effondre aujourd’hui. De même qu’elles associèrent les autres à leurs succès, les classes moyennes les entraînent à présent dans leurs difficultés. Leur dérive pourrait devenir demain le cauchemar de tous.

Editions du Seuil 10,5 euros

 

Simon Leys: Le bonheur des petits poissons

Depuis toujours Simon Leys a privilégié les textes courts, incisifs pour défendre ses idées, pour livrer ses observations sur notre monde. Le bonheur des petits poissons regroupe des chroniques publiées par l’auteur dans le Magazine littéraire. Une promenade où voisinent sans logique apparente réflexions sur l’art et chroniques de notre temps, sur ses excentricités, ses paradoxes, ses idées fausses. Des réflexions sur les rapports qu’entretiennent les écrivains avec la réalité, l’art de la litote, la critique, l’angoisse de la page blanche, l’argent s’entrecroisent avec une diatribe contre l’interdiction de fumer, une comparaison entre les livres qui doivent accompagner les expéditions polaires, le mal de mer de Conrad ou encore un paradoxal éloge de la paresse…

Editions JC Lattès, 17,5 euros

 

 Jean-Claude Michéa : L’empire du moindre mal

 Le libéralisme n’était pas loin de tenir sa promesse du plus grand bonheur pour le plus grand nombre. C’est que, relève J.-C. Michéa, il reposait encore sur des éléments de la morale de l’ancien temps, comme le sentiment de loyauté, qui rend tout simplement possible les affaires. Mais au stade avancé auquel est arrivée la société libéralisée, une mutation s’est opérée, qui risque fort de se retourner contre le monde libéral : le marché et le droit ont été érigés en morale – alors même que le libéralisme était censé nous prémunir de la morale expulsant les derniers éléments du sens de l’amitié, de l’entraide, de la réciprocité, de la loyauté…qui nous permettaient encore de faire société, et en particulier de nous faire plus ou moins efficacement marchands.

Editions Climats 19 euros

 

Peter Greenaway : Grandeur & Décadence du Théâtre de Gestes

 Il se peut que des événements qui se sont déjà produits dans l’Histoire du monde au cours des cinq derniers millénaires puissent être perçus et reconnus, bien qu’en apparence déformés, ré-imaginés, regardés à travers un miroir, en fait entièrement revisités avec des issues différentes. Grandeur & Décadence du Théâtre de Gestes est le premier de la série des Historiens. Peter Greenaway y évoque l’histoire du langage silencieux qu’est le geste dans le théâtre, prétexte à la création d’un récit qui fait appel à la participation imaginative du lecteur en jouant sur la représentation muette du langage qu’est le texte en train de se lire.

  Editions Dis Voir, 20 euros