Rapport annuel sur la situation des femmes en Iran

French_annual_book_2018Les femmes sont bien la force du changement. C’est ce qu’on a pu observer en Iran tout au long de l’année écoulée et, bien sûr, de manière plus visible lors du soulèvement de décembre et de janvier. Télécharger le rapport sur la situation des femmes en Iran VF

Bien que la situation en Iran soit extrêmement répressive pour les femmes et qu’elles aient été les premières victimes de la répression des 39 dernières années, elles ne se sont pas soumises contrairement aux attentes du régime. La discrimination et la ségrégation sexuelles ainsi que les diverses restrictions ont rendu les Iraniennes non seulement rebelles, mais aussi très résistantes.

La situation des femmes est si sensible que le président des mollahs, Hassan Rohani, n’a pas osé en inclure une seule dans son cabinet. Bien que tous les observateurs croient que la présence d’encore plus de femmes ne pourrait pas résoudre les problèmes des femmes dans la société iranienne, la dictature religieuse est si vulnérable qu’elle ne peut pas se permettre un seul geste, même de pure simulation, dans ce domaine.

Et enfin, malgré une participation inexistante à la direction politique et à la prise de décision, les femmes étaient présentes partout pendant le soulèvement de janvier et dans des centaines de manifestations l’année dernière, pour décider de leur propre destin. Des prisonnières politiques ont osé envoyer des messages aux manifestants depuis leur cellule, les encourageant et les incitant à prendre des risques pour payer le prix de la liberté. Comme l’a fait remarquer une journaliste, « les vraies combattantes de la liberté » se trouvent dans les rues d’Iran .

Source NCRI women committee,

Législatives au Liban : le Premier ministre Saad Hariri perd un tiers de ses sièges au Parlement

© Eric Feferberg, AFP | Saad Hariri, grand perdant des législatives libanaises du 6 mai.

© Eric Feferberg, AFP | Saad Hariri, grand perdant des législatives libanaises du 6 mai.

Le Premier ministre Saad Hariri a annoncé, lundi, que son mouvement avait perdu un tiers de ses sièges au sein du Parlement libanais, au lendemain des premières législatives organisées dans le pays depuis 2009.

Poids lourd de la scène politique libanaise, le Premier ministre et leader sunnite Saad Hariri a annoncé lundi 7 mai que son mouvement, le Courant du futur, avait perdu un tiers de ses sièges au sein du Parlement, au lendemain des élections législatives organisées dans le pays du Cèdre.

Son parti disposera 21 sièges de députés dans le nouvel hémicycle, contre 33 sièges dans le Parlement sortant (sur 128 au total), a-t-il annoncé lors d’une conférence de presse organisée à Beyrouth, alors que les résultats officiels n’ont toujours pas été publiés.

« Nous avions parié sur un meilleur résultat et un bloc parlementaire plus large », a-t-il concédé, justifiant cette défaite en pointant notamment du doigt l’adoption d’une nouvelle loi électorale en 2017. « Le problème de cette loi électorale, c’est que plein de gens ne l’ont pas comprise », a-t-il assuré. Il a toutefois reconnu que certaines « performances n’étaient pas à la hauteur », sans expliciter.

Le Hezbollah et ses alliés raflent la quasi-totalité des sièges chiites

La nouvelle loi, qui introduit pour la première fois un mode de scrutin proportionnel, a laissé perplexes bien des électeurs, parfois obligés de choisir parmi des listes électorales alliant leurs candidats favoris à des partis qu’ils ne soutiennent pas.

>> À lire : Proportionnelle, équilibre confessionnel… un système électoral complexe

De son côté, le grand rival de Saad Hariri, le mouvement politico-militaire chiite Hezbollah, l’un des principaux alliés de la République islamique d’Iran dans la région, semble en passe de confirmer son emprise sur la scène politique libanaise. Les estimations du parti chiite et des médias locaux indiquent que le mouvement de Hassan Nasrallah, et son allié le parti Amal, ont raflé la quasi-totalité des sièges chiites.

« Il y a une grande victoire morale et politique pour le choix de la résistance », a lancé Hassan Nasrallah, lors d’un discours retransmis à la télévision, sans toutefois donner le nombre de sièges remportés par son parti et ses alliés.

Les législatives de dimanche, les premières organisées depuis 2009, ont été marquées par un faible taux de participation, 49,2 %, dans un pays où la corruption, le clientélisme et le népotisme imputés à la classe politique font régner un certain désenchantement au sein de la population. Plus de 1 500 violations du processus électoral ont été enregistrées par une ONG spécialisée dans la suveillance des élections.

Source AFP 07/05/2018

 

Les Libanais aux urnes pour les premières législatives en neuf ans

Beyrouth (AFP)

© AFP | Photo d'une affiche électorale prise dans la localité méridionale de Marjayoun le 5 mai 2018, à la veille des élections législatives libanaises

© AFP | Photo d’une affiche électorale prise dans la localité méridionale de Marjayoun le 5 mai 2018, à la veille des élections législatives libanaises

Les Libanais sont appelés dimanche aux urnes pour des élections législatives, les premières en près d’une décennie, mais le scrutin ne devrait pas bouleverser l’ordre politique d’un pays aux équilibres fragiles, mis à rude épreuve par le tumulte régional.

Les bureaux de vote vont ouvrir à 07H00 (04H00 GMT) pour accueillir les quelque 3,7 millions d’électeurs, sous haute sécurité.

Le Parlement (128 députés) devrait être dominé par les partis traditionnels, parmi lesquels figure le puissant Hezbollah chiite, allié de la Syrie et de l’Iran.

Ces dernières années, le pays a connu des crises politiques à répétition, évitant, souvent de justesse, l’engrenage de la violence malgré une situation géographique sensible, entre la Syrie en guerre et Israël.

Entre 20.000 et 30.000 policiers et soldats seront déployés pour sécuriser le vote, a annoncé le ministère de l’Intérieur, dans un pays frappé ces dernières années par des attentats meurtriers.

Avec une classe politique accusée de corruption et de népotisme, dominée depuis longtemps par les mêmes partis et incapable de relancer une économie brinquebalante, la population ne s’attend à aucun changement majeur.

La campagne électorale s’est déroulée sans incident et partout les affiches et portraits géants des candidats -très rarement des femmes, même si un nombre record de 86 candidates se présentent- ont envahi les panneaux publicitaires et les façades des immeubles.

Malgré les profondes divergences et parfois même l’animosité, les décisions politiques majeures sont souvent prises par consensus entre les forces politiques rivales.

– Hezbollah –

Indépendamment de l’issue du scrutin, le Hezbollah, seule formation à ne pas avoir abandonné les armes après la guerre civile (1975-1990), devrait continuer de dominer le jeu politique, estiment les analystes. Le mouvement chiite devrait aussi profiter du morcellement du paysage électoral.

« Le nouveau Parlement ne sera pas une source de nuisance pour le Hezbollah. Il bénéficiera de l’absence d’une large coalition face à lui », confirme Imad Salamey, professeur de sciences politiques à l’Université libanaise américaine (LAU), à Beyrouth.

Les dernières législatives au Liban remontent à 2009. Le Parlement avait prorogé à trois reprises son mandat, invoquant notamment des risques sécuritaires liés au débordement de la guerre en Syrie.

Quelque 597 candidats répartis en 77 listes sont en lice, pour des législatives organisées pour la première fois selon un mode de scrutin proportionnel.

Mais la répartition des sièges est aussi régie par un subtil partage confessionnel, entre les différentes communautés religieuses, et respecte une parité islamo-chrétienne.

Les 1.880 bureaux de vote fermeront à 19H00 (16H00 GMT) et les résultats pourraient être annoncés dès le lendemain dans les 15 circonscriptions.

– Dossiers épineux –

La nouvelle loi électorale adoptée en 2017 a incité des candidats de la société civile à tenter une percée.

C’est le cas notamment de la coalition « Koullouna Watani », qui appelle les électeurs à se mobiliser contre l’establishment politique traditionnel.

Le Liban, qui accueille 1,5 millions de réfugiés venus de la Syrie voisine, n’échappe pas aux répercussions du conflit.

Le Hezbollah intervient d’ailleurs militairement au côté du régime syrien, et même si cet engagement divise la classe politique, les candidats se sont abstenus d’évoquer la délicate question de son arsenal militaire.

Son grand rival, le Premier ministre Saad Hariri, soutenu par l’Arabie saoudite, devrait conserver son poste, même si sa formation, le Courant du Futur, risque de perdre plusieurs sièges.

Les prochains élus devront se pencher sur des questions politiques, sociales, mais aussi économiques majeures, dans un pays où la population subit notamment des coupures d’électricité quotidiennes depuis plusieurs années, des pénuries d’eau régulières et un problème de gestion des déchets ménagers qui perdure depuis trois ans.

Le Liban doit par ailleurs se lancer dans ses premières explorations d’hydrocarbures en Méditerranée, une possible manne financière qui pourrait aider un pays qui croule sous une dette publique culminant à 150% du PIB, le troisième taux le plus élevé à l?échelle mondiale.

Source AFP 06/05/2018

« Les Libanais ont toujours l’impression d’être dans un “entre-deux-guerres” »

 Illustration tirée du livre « Ma Très Grande Mélancolie Arabe », publié aux éditions P.O.L en 2017 Illustration tirée du livre « Ma Très Grande Mélancolie Arabe », publié aux éditions P.O.L en 2017 Lamia Ziadé

Illustration tirée du livre « Ma Très Grande Mélancolie Arabe », publié aux éditions P.O.L en 2017

A l’occasion des élections législatives du 6 mai, Karim Emile Bitar, directeur de recherche à l’IRIS (Institut de relations internationales et stratégiques) et professeur de relations internationales à l’université Saint-Joseph de Beyrouth, décrypte le fonctionnement du système politique libanais.

Un premier scrutin après neuf années sans élections, une nouvelle loi électorale qui fait la part belle à la proportionnelle, des nouveaux candidats issus de la société civile… L’élection du 6 mai peut-elle conduire à un renouvellement de la classe politique libanaise ?

Ce sera la première élection adoptant le mode de scrutin proportionnel, qui était l’une des plus anciennes revendications des forces de changement et de la société civile libanaise. Il existe une vraie colère à l’égard des partis traditionnels, qui ont lamentablement failli dans leur gestion des affaires publiques. La crise des déchets, à l’été 2015 [manifestations contre le gouvernement à la suite de l’envahissement des rues de Beyrouth par des piles d’ordures], avait mis en lumière cette incurie.

Il y a enfin un désir de renouveau, qui s’était déjà exprimé en 2016 aux municipales de Beyrouth et qui est aujourd’hui porté par des listes indépendantes. On aurait donc pu penser que les conditions étaient réunies pour que se lève une vague de « dégagisme », qui aurait conduit à l’entrée au Parlement d’une vingtaine de figures réformatrices. Mais je crains que nous ne rations cette occasion de renouvellement.

Les sondages donnent les listes de la société civile en deçà du seuil d’éligibilité dans la quasi-totalité des circonscriptions. Le plus probable est que nous n’aurons que quelques petites surprises, qui ne changeront rien à l’équilibre des forces et que [le premier ministre] Saad Hariri sera reconduit à la tête d’un gouvernement d’union.

Benjamin Barthe

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Source Le Monde 27/04/2018

 

 

Pistes. Comment mettre fin à l’impunité des multinationales

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Banques, industriels du pétrole ou du gaz, sociétés militaires privées… Nombreuses sont les grandes entreprises qui alimentent des guerres civiles meurtrières. Face à l’impunité de ces multinationales, Jelena Aparac, jeune doctorante à l’Université Paris Ouest – Nanterre La Défense pose la question fondamentale de leur responsabilité en droit international.

« Beaucoup de ceux qui ont connu la violence des guerres de Yougoslavie ont choisi de tourner la page, pas moi », explique Jelena Aparac. Plus de vingt ans après les événements, les plus meurtriers d’Europe depuis la Seconde guerre mondiale, la jeune Croate née à Osijek, à vingt kilomètres de la Serbie, n’a rien oublié.

Surtout, le conflit a fondé sa vocation. La trentenaire a choisi de se consacrer au droit des conflits armés et à son applicabilité aux nouvelles formes de guerre, particulièrement les guerres civiles. Pour cela, la jeune femme a choisi un angle mort du droit actuel, celui de la responsabilité internationale des multinationales, aujourd’hui non fondée juridiquement.

Prévenir les conflits

« Construire le régime de responsabilité internationale pénale des multinationales peut les dissuader de s’impliquer et, donc, permettre de prévenir les conflits. Aujourd’hui, l’impunité est totale », commente la doctorante qui a soutenu sa thèse1 en septembre dernier.

Si la participation de multinationales aux violations des droits humains a été reconnue dès le procès de Nuremberg, le dossier n’a été officiellement ouvert qu’en 1972 aux Nations-Unies, quand le Chili a porté plainte contre la multinationale américaine ITT2. Depuis dix ans, il fait souvent les gros titres. « De premiers éléments de jurisprudence apparaissent », souligne Jelena Aparac. Première mondiale, BNP Paribas a même plaidé coupable en 2014 devant un tribunal new-yorkais pour ses transactions financières avec trois pays sous embargo américain (Cuba, Iran, Soudan). Résultat, la banque française a été condamnée à une amende de 8,9 milliards de dollars.

L’impossible procès international

Pour autant, la traduction d’une multinationale devant une juridiction internationale n’a toujours pas eu lieu. La personnalité juridique de l’entreprise n’est en effet pas reconnue par le droit international ; idem pour celle de la multinationale.

Mais il existe bien, selon Jelena Aparac, un chemin pour construire cette responsabilité des multinationales. entre le droit international humanitaire (qui reconnaît l’existence d’acteurs non étatiques en conflit armé) et le droit international pénal (qui sanctionne les violations les plus graves). « Si le droit international pénal ne reconnaît pas la responsabilité des multinationales, il peut néanmoins poursuivre les dirigeants des entreprises pour violations du droit international humanitaire », rappelle toutefois la doctorante.

Elargir la compétence de la CPI

Plusieurs fois, elle a interrompu ses recherches pour se financer. Pour Médecins Sans Frontières, elle a enchaîné les missions sur des terrains de guerre civile (Soudan, République Démocratique de Congo), avant de rejoindre à Paris le département juridique, presque un an, comme conseillère en droit humanitaire.

Ces temps ont servi son projet doctoral, sous les feux de l’actualité. En mai 2017, une coalition d’ONG a relancé la question de la juridiction internationale compétente pour juger les entreprises : elle a demandé à la Cour pénale internationale qui, depuis sa création en 2002 n’a traduit que des responsables politiques, de poursuivre les dirigeants de Chiquita, une multinationale américaine connue pour avoir financé guérillas et paramilitaires colombiens. Pour cela il faudrait une volonté politique partagée. « La compétence de la CPI peut être élargie aux entreprises si deux-tiers des Etats signataires du Traité de Rome modifient les statuts en ce sens. Les Etats africains, qui accusent cette institution d’être le bras justicier d’un Occident colonial, y auraient intérêt plutôt que de menacer collectivement de s’en retirer3. Obtenir de juger des multinationales – souvent issues des pays du Nord – serait un moyen pour eux de rééquilibrer à la CPI les rapports entre pays du Sud et du Nord », martèle Jelena Aparac.

 Anne Fairise

Source Alternatives Economiques 04/05/2018

Avec « Human Flow », Ai Weiwei questionne notre regard sur les migrants

Une image du film Human Flow.

Une image du film Human Flow.

Le capitalisme a besoin de surfaces lisses pour se répandre, tel un liquide qui coulerait sur une toile cirée à dimension mondiale : fluidité des marchandises, des capitaux, des savoirs, des hommes. S’agissant de la fluidité des hommes, elle peut être contrôlée, voire stoppée par des murs au nom d’une protection des travailleurs sur un marché du travail national ; mais la fluidité des hommes peut avoir une tout autre cause.

Les hommes fuient non seulement pour chercher du travail dans les pays où ils espèrent en trouver, mais aussi parce qu’ils ne peuvent plus vivre dans leurs pays qui ne reconnaissent pas les droits de l’homme, ou parce que leurs pays sont en guerre ; des pays qui sont d’ailleurs en guerre pour des questions de fluidité, quand le pétrole ne peut plus couler selon un débit fixé par les pays qui en ont crucialement besoin pour assurer et maintenir un certain style de vie. Fluidité du pétrole à tout prix : le président Bush décidera d’envahir l’Irak, déclenchant du même coup une dislocation sans précédent des frontières du Moyen-Orient et provoquant un flux continu de migrants.

Avec le film Human Flow, Ai Weiwei veut nous faire prendre conscience de cette fluidité humaine à l’échelle mondiale. Il poursuit ainsi sa réflexion sur la crise migratoire. Ai Weiwei est un artiste plasticien, non un moraliste ni un démographe spécialiste des migrations. Son film nous épargne une voix off où, souvent, une leçon géopolitique est délivrée au spectateur sur fond d’images « parlantes ». Rien de tel ici. Les seuls commentaires se réduisent à des incrustations de texte qui fournissent des données sur les lieux de tournage, sur les chiffres des flux de réfugiés de par le monde et cela depuis la Seconde Guerre mondiale. La parole est aux poètes qui, à l’instar du syrien Nizar Quabbani, énoncent la condition humaine :

Nos cris sont plus forts que nos actes
Nos épées sont plus grandes que nous
Telle est notre tragédie

 

Adopter le regard de l’artiste

Si l’artiste, véritable colosse hirsute, est présent physiquement, sa présence est muette, comme pour nous dire de regarder son œil, un œil d’artiste. Lorsqu’il filme avec son téléphone portable son cameraman en train de filmer, il nous double. Il semble nous dire : regardez ce flux ininterrompu de personnes fuyant sur les routes boueuses à la frontière hongroise, regardez cette marche sans répit de ceux qui fuient sans savoir où aller, regardez le visage satisfait du général hongrois qui s’inquiète des conditions de vie de ses soldats en charge de contrôler la frontière infranchissable, regardez ces canots pneumatiques qui échouent chaque nuit sur les plages grecques avec des centaines de personnes hagardes secourues par des ONG bienveillantes, regardez les centaines de tentes alignées au carré abritant les réfugiés en plein désert jordanien.

 

Filmer la vie

Ce ne sont pas des injonctions culpabilisantes : l’artiste filme la vie en filmant des visages, des visages à saisir comme les détails d’un tableau vivant.

Dans un camp en Jordanie, les visages d’hommes et de femmes sont filmés sur fond de toile de tente dans le silence d’un long plan fixe.

Dans la bande de Gaza, face à la mer, des jeunes filles palestiniennes sourient devant la caméra et évoquent leur rêve de quitter un jour leur pays qu’elles qualifient de prison en plein air.

Sur le pont d’un bateau, une famille se photographie, se prenant pour des touristes en croisière sur la Méditerranée devenue le plus grand cimetière de migrants.

Dans la cale d’un bateau, des Érythréens dansent et chantent comme pour saluer leur salut.

Dans un jardin d’Athènes, une fillette souffle dans un ballon pendant que sa mère, face caméra, dit son angoisse quant au futur qui l’attend.

À l’aéroport désaffecté de Berlin-Tempelhof où les architectes ont rationnellement aménagé des alvéoles pour assurer à chaque famille une intimité, une petite fille déclare, droit dans nos yeux, son envie de sortir du hangar.

Sur un fond verdoyant, un musulman birman en exil raconte doucement la destruction de son village.

Sur fond de camp de réfugiés, assise dans un fauteuil de salon, une élégante femme jordanienne trouve les mots justes pour dire qu’ accueillir des réfugiés relève d’un devoir d’hospitalité.

 

Rendre le monde lisible

À nous de comprendre ces visages, et, à ce titre, Ai Weiwei est un artiste que l’on pourrait qualifier de brechtien : il ne joue pas avec nos émotions et lorsqu’il s’allonge sur la plage pour prendre la place d’Alan Kurdi, ce petit garçon de trois ans dont le corps a été retrouvé sur une plage turque et dont l’image insupportable a fait le tour du monde, il rejoint un autre grand artiste, Alejandro Jaar, pour dénoncer l’exploitation émotionnelle d’images horribles qui peuvent à jamais fixer la mémoire si personne ne vient poser la question du pourquoi. Pourquoi ce Human Flow aujourd’hui ? Ces questions, Ai Weiwei ne les pose pas directement dans son film, mais il nous force à nous les poser. Lorsqu’il nous montre depuis un drone une image qui ressemble à une toile de Klee pour finir le plan sur des enfants qui jouent au football dans un camp de réfugiés, ce n’est pas pour faire beau.

Il ne cherche pas à montrer de belles images de la terre vue du ciel, mais à rendre le monde lisible. Lorsqu’il couvre la façade du Haus der Kunst de Munich de 9 000 cartables pour rappeler les enfants ensevelis sous les décombres d’une école du Sichuan, école effondrée faute de bonnes règles de construction anti- sismique, c’est un artiste en colère qui interpelle son gouvernement en donnant une autre visibilité à la façade d’un musée, ce n’est pas non plus un artiste qui sent le grisou pour nous dire la catastrophe à venir. La catastrophe est déjà là.

 

Que faire ?

Nos yeux largement fermés, l’artiste nous les ouvre. Que faire ? Ce n’est pas à Ai Weiwei de répondre. La réponse est affaire d’échelles. À l’échelle individuelle, des initiatives d’hospitalité sont prises mais semblent bien vaines, l’échelle des États semble la plus pertinente pour faire face aux flux des migrants mais les États sont à la peine pour aborder la question de l’hospitalité des migrants sous la pression du populisme, reste alors l’échelle mondiale.

Dans une vibrante tribune, Mireille Delmas-Marty appelle de ses vœux, dans le prolongement du rapport du secrétaire général de l’ONU de décembre 2017, « Making migrations work for all », la négociation d’un pacte mondial pour une migration « sûre, ordonnée et régulière ». Pour Mireille Delmas-Marty, les migrations humaines, tout comme le dérèglement climatique, doivent faire l’objet d’une gouvernance mondiale guidée par des règles d’action :

« À l’image du principe de développement durable qui a permis de pondérer innovation et conservation, le principe d’hospitalité permettrait de pondérer exclusion et intégration, et d’équilibrer ainsi les droits et devoirs respectifs des habitants humains de la Maison commune. »

Ai Weiwei a fait sa part de travail en rendant ce débat sur les migrations humaines possible.

Source : The Conversation 02/05/2018

Congé parental : la France à la manoeuvre pour bloquer une directive européenne favorable à l’égalité femmes-hommes

Pour Emmanuel Macron, l'application de cette directive aurait un coût trop important pour les finances françaises. - Frederick FLORIN / AFP

Pour Emmanuel Macron, l’application de cette directive aurait un coût trop important pour les finances françaises. – Frederick FLORIN / AFP

Un projet de directive européenne ambitionne d’élargir le cadre des congés parentaux dans tous les pays membres pour « équilibrer » l’utilisation qui en est faite entre les femmes et les hommes. Sauf qu’elle pourrait ne jamais s’appliquer, la France s’y opposant aux côtés de la Hongrie et de l’Autriche.

Emmanuel Macron avait décrété l’égalité femme-homme « grande cause » de son quinquennat. A peine un an après son élection comme président de la République, ces bonnes intentions commencent (déjà) à s’écorner. Alors qu’un projet de directive européenne vise à équilibrer le recours aux congés parentaux entre les hommes et les femmes dans toute l’Union européenne (UE), la France s’y oppose et pourrait faire échouer son adoption. « J’en approuve le principe, précisait pourtant le chef de l’Etat, de passage au Parlement européen le 18 avril. Mais les modalités ont un coût qui est potentiellement explosif » pour le système social français.

Trois types de congés pour toute l’UE

Ce projet de directive dite « d’équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle » devait être un des éléments du futur « socle des droits sociaux » minimums communs à tous les pays membres. Face au reproche d’une Europe loin d’être assez « sociale », les chefs d’Etat et de gouvernement de l’UE avaient approuvé toute une série de mesures provenant de la Commission européenne « pour l’égalité » au mois de novembre 2017 à Göteborg (Suède). Trois types de congés devaient être imposés sur tout le territoire. D’abord, un congé paternité de dix jours à la naissance de l’enfant, ce dont la France dispose déjà. Ensuite, un congé parental de quatre mois pour chaque parent, indemnisé sur la base de l’arrêt maladie par les Etats (un couple pourrait ainsi disposer de 8 mois au maximum, à condition que chacun prenne bien 4 mois). Et, enfin, un droit à cinq jours de congé par an pour tout parent ayant à « s’occuper de proches gravement malades ou en situation de dépendance ».

Pour de nombreux pays européens, ces mesures apparaîtraient comme quasiment révolutionnaires. En Allemagne, en Croatie, en Slovaquie ou en République Tchèque, par exemple, le congé paternité n’existe tout simplement pas. En France aussi, cette directive apporterait quelques avancées sociales en ce qui concerne l’indemnisation des congés parentaux. Aujourd’hui, une fois le congé maternité passé (10 semaines après l’accouchement) ou paternité (11 jours), les parents ont la possibilité de prendre un congé parental pendant un an. Le problème, c’est qu’il n’est que très faiblement indemnisé. En bénéficiant de l’allocation PreParE (prestation partagée d’éducation de l’enfant), ils ne reçoivent que 396,01 euros par mois. Mais si cette directive était adoptée, l’indemnisation mensuelle serait indexée sur la base d’indemnisation des arrêts maladie pendant les quatre premiers mois. Ainsi, le parent recevrait chaque jour, par l’Etat, 50% de son salaire journalier. Soit une indemnité de pratiquement 900 euros pour un salarié touchant habituellement 2.000 euros par mois par exemple. Un coût « insoutenable » pour les caisses françaises selon Emmanuel Macron.

 

Un congé parental plus attrayant = moins d’enfants en crèche

« Faux ! », répond Yann Serieyx, représentant de l’Union nationale des associations familiales françaises (Unaf), auprès de Marianne. Avec 48 autres associations, l’Unaf a adressé une lettre ouverte au président. Ils le prient de rendre possibles ces « avancées sociales » pour « des millions de familles européennes », pour un coût qu’il estime « limité, voire nul » pour les finances françaises. « Si le congé parental est plus attrayant, davantage de pères le prendront et cela libérera des places en crèche. Aujourd’hui, chaque enfant en crèche coûte à l’Etat près de 1.700 euros. C’est considérable », nous explique-t-il.

Mais surtout, pour Yann Serieyx, cette directive amènerait la France sur le chemin d’une égalité entre les sexes face aux tâches domestiques. « Une mesure comme celle-ci permettrait la bi-activité des couples. Les deux parents pourraient se permettre de se relayer auprès de l’enfant avant de reprendre leur activité sans de trop grandes pertes d’argent. Cela ne peut qu’améliorer le taux d’activité des femmes après une grossesse », détaille-t-il. Selon une étude menée par l’OCDE en 2016, les hommes ne représentent que 4% des parents qui prennent un congé parental…

« Soutenir cette directive, c’est soutenir l’idée que l’éducation d’un enfant se porte à deux, à égalité, et ceci quel que soit le sexe des parents », souligne le député européen Edouard Martin (PSE), membre de la commission « Droits de la femme et égalité des genres » au Parlement européen, pour Marianne. Même s’il est un élu français, il a été le premier surpris de la position de son pays sur ce dossier… et de sa stratégie. « La France a coordonné un blocage en réunissant autour d’elle quatorze pays. Si la situation reste telle qu’elle est, le texte ne sera pas examiné au Conseil le 25 mai comme cela était prévu, minorité de blocage oblige », précise-t-il.

 

Mains dans la main avec l’Autriche, l’Allemagne et la Hongrie

Et les visages des amis de circonstance de Paris ont de quoi surprendre. On y retrouve l’Autriche, dont le gouvernement est composé de ministres d’extrême droite, la Hongrie de Victor Orban, qui s’est distinguée par la récente distribution de manuels scolaires officiels expliquant que « les femmes sont bonnes pour la cuisine, leur rôle c’est de s’occuper de la maison et de faire des enfants », comme l’a signalé L’Obs. Puis toute une bardée d’autres pays de l’est (Croatie, Lettonie, Roumanie, Slovaquie), peu connus pour leurs politiques sociales, et quelques voisins plus proches comme l’Allemagne ou les Pays-Bas, par exemple.

Une situation qui étonne. D’autant qu’en janvier dernier, la secrétaire d’Etat à l’égalité entre les femmes et les hommes, Marlène Schiappa, disait étudier « toutes les possibilités d’allongement (du congé paternité), mais aussi de meilleures rémunérations ». Contacté, le secrétariat d’Etat n’a pas donné suite à nos sollicitations. Mais déjà à l’époque, elle précisait : « Il ne s’agit pas de dire oui pour faire plaisir à l’opinion ou d’aller vers un totem sans savoir comment le financer. » Tout est là : le budget d’abord, les droits ensuite.

Anthony Cortes

Source Marianne Le 03.05.2018

Voir aussi : Droit des femmes,