Le prix Nobel de littérature 2011 a été attribué jeudi au poète suédois Tomas Tranströmer, dont les oeuvres surréalistes sur les mystères de l’esprit humain lui ont valu d’être reconnu comme le poète scandinave le plus influent de ces dernières décennies.
L’oeuvre de Tranströmer, 80 ans, est marquée « par des images denses, limpides », par lesquelles « il nous donne un nouvel accès au réel », souligne l’Académie suédoise. Son oeuvre suscite l’intérêt bien au-delà de la Scandinavie, et il est actuellement traduit dans plus de 60 langues.
Utilisant des métaphores expressives, les poèmes de Tranströmer s’inspirent souvent de ses expériences et sont marqués par son amour de la musique et de la nature. Ses textes plus récents explorent des questions existentielles sur la vie, la mort et la maladie.
Psychologue de profession et pianiste amateur, il est victime en 1990 d’un accident vasculaire cérébral qui l’a laissé partiellement paralysé et l’a privé en grande partie de l’usage de la parole. Il a toutefois continué à écrire, ne prenant sa retraite d’écrivain qu’après la publication en 2004 de « La grande énigme », un recueil de poèmes.
Interrogé par les journalistes à son domicile sur ce que cela lui faisait d’être le premier Suédois à remporter ce prix depuis 1974, Tranströmer a répondu « très bien ». Il a surtout donné des réponses d’une syllabe aux questions de la presse, son épouse Monica, présente à ses côtés, donnant plus de précisions.
« C’est une très grande surprise », a-t-elle déclaré. « Tomas, je sais que tu as été surpris », a-t-elle ajouté. Alors que beaucoup estimaient depuis des années qu’il avait des chances de remporter le Nobel de littérature, Mme Tranströmer a précisé que son mari n’avait « pas vraiment pris au sérieux » ces spéculations. Elle a également souligné qu’il était heureux que le prix mette à l’honneur la poésie pour la première fois depuis son attribution à la Polonaise Wislawa Szymborska en 1996.
Anna Tillgren, porte-parole de Bonniers, sa maison d’édition suédoise, a déclaré que Tranströmer était « ravi ». De son côté, le Premier ministre suédois Fredrik Reinfeldt s’est dit « heureux et fier » de ce prix, espérant qu’il renforcerait l’intérêt pour la littérature suédoise dans le monde. Tomas Tranströmer est le premier Suédois distingué par le Nobel de littérature depuis Eyvind Johnson et Harry Martinson, co-lauréats en 1974.
Il était considéré depuis longtemps comme l’un des favoris au Nobel de littérature. « Il aborde de grandes questions. Il écrit sur la mort, l’histoire, la mémoire et la nature », souligne Peter Englund, secrétaire perpétuel de l’Académie suédoise, qui décerne le prix.
Né à Stockholm en 1931, Tranströmer a été élevé par sa mère, institutrice, après le divorce d’avec son père, un journaliste. Il commence à écrire des poèmes à l’école Sodra Latin de Stockholm. Ses textes paraissent d’abord dans des magazines avant la publication de son premier recueil, « 17 poèmes », en 1954, qui reçoit un très bon accueil en Suède.
A l’université de Stockholm, il étudie la littérature, la poésie, l’histoire et la psychologie. Il partagera ensuite son temps entre la poésie et son métier de psychologue, qui le conduit à travailler dans une maison de correction entre 1960 et 1966.
A partir des années 1950, il se lie d’amitié avec le poète américain Robert Bly, qui a traduit nombre de ses textes en anglais. En 2001, Bonniers publie la correspondance entre les deux auteurs. A l’occasion du 80e anniversaire de Tranströmer, sa maison d’édition a également publié début 2011 une collection de ses oeuvres couvrant la période 1954-2004.
La littérature est le quatrième Nobel attribué cette semaine. Le prix de médecine a été décerné lundi à l’Américain Bruce Beutler, au Français d’origine luxembourgeoise Jules Hoffmann et au Canadien Ralph Steinman pour leurs découvertes sur le système immunitaire. Celui de physique a été attribué mardi aux Américains Saul Perlmutter et Adam Riess, et à l’Américano-australien Brian Schmidt pour leurs découvertes de l’accélération de l’expansion de l’univers. Le prix de chimie est revenu mercredi au scientifique israélien Daniel Shechtman pour « la découverte des quasi-cristaux ».
Chacun de ces prix est assorti d’une récompense de 10 millions de couronnes suédoises (1,08 million d’euros) et sera remis lors d’une cérémonie prévue le 10 décembre à Stockholm.
«Il y a crise quand l’ancien monde ne veut pas mourir et que le nouveau monde ne peut pas naître.» Cette définition du théoricien italien Antonio Gramsci s’applique à la lettre au moment de tension extrême que subissent la planète financière en général et le monde de la banque en particulier. De l’ancien monde, tout semble encore en place, ou presque. Près de deux décennies après le scandale du Crédit lyonnais, le drame de Dexia en témoigne jusqu’à la caricature : prise de risques inconsidérés, spéculation à coups de «produits» toxiques, tergiversation irresponsable des Etats, «stress tests» bidons et sauvetage public sans contreparties… Comme si chacun se refusait à tirer la moindre leçon de la catastrophe. Aucune mesure sérieuse d’encadrement et de contrôle des instruments financiers n’a été prise, ni en Europe ni aux Etats-Unis, depuis le sévère avertissement de 2008. Au moment où s’esquisse un nouveau plan de sauvetage des banques, cette fois à l’échelle européenne, il faut rappeler à tous qu’une banque est d’abord et avant tout un bien public. Les Etats ne sauraient mobiliser à nouveau des milliards d’euros sans exiger des règles nouvelles et, notamment, une place au conseil d’administration des établissements aidés. Nicolas Sarkozy s’y était refusé en 2008. Les peuples européens ne comprendraient pas aujourd’hui que nul ne soit en charge du rappel permanent et exigeant de l’intérêt général. La politique y joue son crédit. Le monde nouveau ne naîtra pas sans un électrochoc.
Hier à Bruxelles, les Vingt-Sept se sont mis d’accord sur le principe de renflouer les établissements en difficultés. Sans encore évoquer de contreparties.
Panique à bord : après des mois de déni, les gouvernements européens, secoués par l’effondrement de la banque franco-belge Dexia, admettent enfin qu’il y a un énorme problème bancaire sur le continent. Hier, à Bruxelles, Angela Merkel a reconnu qu’il «est justifié, s’il y a un constat commun que les banques ne sont pas assez capitalisées, que l’on procède (à une recapitalisation), compte tenu de la situation actuelle sur les marchés financiers». En clair, pas question de croiser les doigts en espérant que la confiance revienne, comme voulait le faire Paris. «Pour les marchés, il est important qu’on aboutisse à des résultats, a martelé Merkel. Le temps presse et donc il faudrait que cela se fasse vite.»
Olli Rehn, le commissaire chargé des affaires économiques et monétaires, a pour sa part annoncé, dans un entretien au Financial Times, que les Vingt-Sept préparaient un plan destiné à renflouer les banques qui en ont besoin : «Il y a un sentiment d’urgence parmi les ministres des Finances. […] Le capital des banques européennes doit être renforcé afin de leur donner une marge de sécurité et ainsi de réduire l’incertitude», sur les marchés. Ce n’est pas encore un Plan Marshall pour les banques, mais ça commence à y ressembler.
Incendie. Les réunions des dirigeants européens vont s’accélérer ces prochains jours, non seulement pour enrayer l’incendie bancaire qui menace, mais aussi pour essayer d’apporter une réponse globale à la crise de la dette souveraine : réunion de la BCE aujourd’hui à Berlin, sommet franco-allemand dimanche, toujours à Berlin, puis Conseil européen des chefs d’Etat et de gouvernement les 17 et 18 octobre… Cette fois, les capitales européennes semblent déterminées à éviter la cacophonie de l’automne 2008, lorsque l’Irlande avait garanti sans avertir personne les dépôts de ses épargnants, ce qui avait déclenché une belle panique. «Ce devra être un mouvement ordonné, transparent et égalitaire dans toute la zone», indique l’Elysée.
Merkel insiste aussi pour que la recapitalisation se fasse selon des «critères communs». «Si l’on renforce les banques, ce ne sera pas parce qu’elles sont intrinsèquement malades, mais parce que l’on n’arrive pas à résoudre la question de la dette de la Grèce. Il s’agit de témoigner d’une volonté collective de stabilisation du système financier européen», insiste l’Elysée. Pourtant, «la crise bancaire de 2007 est loin d’avoir été résolue, que ce soit aux Etats-Unis ou en Europe, comme le montre l’affaire Dexia, affirme Nicolas Veron, du centre de réflexions Bruegel. Certes, depuis, elle s’est transformée en crise de la dette et désormais les deux s’entretiennent réciproquement : c’est parce que les marchés doutent de la solvabilité des Etats qu’ils doutent de la solidité des banques.» Mais, selon Veron, le problème va bien au-delà d’une question de confiance des marchés : «Il faut qu’une autorité indépendante soit chargée d’identifier les maillons faibles, car il y en a, et qu’elle puisse les traiter en les recapitalisant ou en les restructurant.»
Car pour l’instant, les comptes des banques sont pleins de zones d’ombre que les «stress tests» de juillet n’ont pas permis de lever. En particulier, les établissements français souffrent, aux yeux des marchés, d’avoir conservé un effet de levier trop élevé dans leur bilan : ainsi, le total de bilan de BNP Paribas représente 27 fois ses fonds propres et ce multiple s’élève à plus de 50 pour la Société générale. En comparaison, les principales banques américaines affichent un ratio moyen de 10. Pour s’aligner, à périmètre constant, les banques européennes devraient augmenter leurs fonds propres de 360 milliards d’euros…
Prix d’Ami. La recapitalisation qui s’annonce et dont on ignore le montant fera appel soit à des investisseurs privés, soit à de l’argent public, soit à des fonds européens. En effet, le Fonds européen de stabilité financière pourra, dans sa nouvelle mouture, qui devrait entrer en vigueur à la fin du mois, prêter de l’argent aux Etats afin de les aider à recapitaliser leurs banques. Les Européens cherchent actuellement les moyens de démultiplier son action en créant un «effet de levier».
En attendant que le ménage soit fait, la BCE ne reste pas inactive. Le système peut imploser à chaque instant, puisque le marché interbancaire est paralysé. La situation est aussi tendue qu’au début de la crise des subprimes, (août 2007), ou au lendemain de la faillite de Lehman Brothers (septembre 2008) : les établissements financiers ne se prêtent plus d’argent de peur de ne pas le récupérer. La BCE inonde donc à nouveau de liquidités le marché : depuis le début de la crise, elle accorde des prêts à taux fixe (et donc à prix d’ami) à trois mois et sans plafond aux banques commerciales. Mieux : elle a annoncé qu’elle allait passer à des durées de six mois et peut-être, demain, d’un an. Reste à savoir si les opinions publiques accepteront ce second sauvetage sans que les banques en payent le prix. Jean-Claude Trichet, président de la BCE, a déjà averti que «nos démocraties ne pourraient accepter un nouveau plan d’aide aux banques» de même ampleur qu’en 2008 «sans contreparties».
Samedi 1 octobre 2011
Du Plutonium a été décelé à 45 km de la Centrale de Fukushima. Les mesures montrent des contaminations de 0,82 becquerels par m2 de plutonium-238 à 45 km de la Centrale et 4,0 becquerels de plutonium-239 et 240 à 30 km de la Centrale dans les villes de Futaba et Namie. Du plutonium avait déjà été décelé sur le site de la centrale, mais à 45 km, c’est une première!
Alors que d’un côté un département du Gouvernement annonce du plutonium, un autre département autorise les habitants de 5 communes situées entre 20 et 30 km à retourner chez eux. Il ne leur reste qu’à souhaiter un retour des plus rayonnants.
Takashi Oizumi, le Responsable du Panel d’experts mis sur pied par le gouvernement, a souligné que le Gouvernement japonais a intentionnellement manipulé l’opinion publique au sujet de l’énergie nucléaire. Vue d’occident, cela ressemble à l’enfoncement d’une porte ouverte. Mais pour les Japonais, et surtout les médias qui n’ont pas toujours éclairés la population sur l’accident de Fukushima, il s’agit d’une prise de conscience douloureuse.
Vendredi 30 Septembre 2011
Tepco a fait sonner les trompettes: pour la première fois depuis la catastrophe, les températures des 3 Réacteurs en perditions sont passées sous la barre des 100 degrés Celcius. Ho! pas de beaucoup. Le Réacteur 2 flirte a 99,7 degrés, mais c’est une belle réduction alors que le thermomètre indiquait 110 degrés au début du mois de septembre. Les Réacteurs 1 et 3 se maintiennent en-dessous de 100 degrés depuis le mois d’août. Tepco espère pouvoir maintenir la température des réacteurs d’ici à la fin décembre. Mais l’entreprise se trouve toujours devant une montagne d’eau hautement radioactive.
Jeudi 29 Septembre 2011
A 19h00 heure locale, la Centrale de Fukushima a subit un nouveau tremblement de terre de 5,4. Il n’y a pas de grosse casse selon les autorités. De grandes quantités d’hydrogène ont été découvertes dans les tuyaux du Réacteur 1. Souvenez-vous, c’est justement à cause de l’hydrogène que les bâtiments 1 et 3 avaient explosé début mars. Tepco va tenter de réduire ce gaz et éviter une nouvelle explosion.
Mercredi 28 Septembre 2011
Un panel d’experts du Gouvernement japonais vient d’enfoncer une porte ouverte en déclarant: « Tepco n’était pas préparé pour une catastrophe du type de Fukushima et encore moins pour la résoudre ». C’est sympa d’avoir mis une brochette d’experts autour d’une table pour arriver à cette constatation. Mon labrador était arrivé à la même conclusion il y a 3 mois déjà!
Le président de ce panel, Yotaro Hatamura, a ajouté qu’ils allaient encore enquêter afin de savoir pourquoi Tepco n’a pas su maîtriser cette catastrophe et qu’une réponse serait donnée d’ici à la fin 2011. Ben, s’ils donnent les véritables raisons, il y a des hommes politiques qui vont avoir du mal à dormir ces prochaines semaines.
Les niveaux de contaminations radioactives à Fukushima-city, (ville de 300’000 habitants à 60 km de la Centrale) sont en train de se détériorer au point que les autorités sont prêtes à évacuer des quartiers de la ville. Certaines familles, qui craignent pour leurs enfants, ont déjà quitté leur maison.
La municipalité envisage un plan de nettoyage des parties radioactives comme les toits des maisons, d’enlever une partie du goudron des routes ainsi que de la terre. Cependant, les autorités ne savent pas comment recycler ou stocker ces déchets contenant ces traces radioactives.
Il est paradoxal, qu’à 60 km de la Centrale, les autorités pensent à évacuer, alors que le Gouvernement japonais veut donner le feu vert pour faire retourner les habitants dans 5 villes situées à 30 km des Réacteurs accidentés. Certainement une question d’indemnisations.
A suivre : La veille de Laurent Horvath l’ économiste spécialisé, fondateur du site 2000watts.org sur lequel il décrypte en continu la catastrophe nucléaire de Fukushima . Fukushima fil de l’information
Fukushima: la situation continue à empirer
par Claude-Marie Vadrot
Comme annoncé, la situation à Fukushima et dans la région ne s’arrange pas et, à en juger par les derniers développements du délabrement des réacteurs accidentés, cet accident pourrait dépasser en gravité, dans le temps et dans l’espace, celui de Tchernobyl. Car non seulement les trois réacteurs restent pratiquement hors d’atteinte pour les ouvriers et les ingénieurs, mais trois des quatre piscines endommagées ne sont toujours pratiquement pas refroidies. Seule celle liée au réacteur numéro quatre est équipée depuis la fin du mois de juillet d’un système de refroidissement de secours qui « ne donne pas entièrement satisfaction ». Traduit en langage de profane cela signifie que cette piscine relâche toujours de la radioactivité dans l’air. Ce qui est évidemment le cas des carcasses des bâtiments et de réacteurs un, deux et trois. Donc, n’en déplaise aux « docteurs tant mieux » qui s’agitent aussi bien au Japon qu’en France chez Areva, la situation des rejets et des risques à venir reste exactement la même que le 13 mars dernier, quand la fusion a commencé. Un accident dont il faut quand même rappeler, car les partisans du nucléaire sont en train d’essayer de le faire oublier à l’opinion publique internationale, qu’il n’a pas été provoqué par le tsunami mais par l’arrêt automatique des réacteurs provoqué par le tremblement de terre. Il se trouve, les experts le savent mais ne le crient jamais sur les toits, que les conséquences de l’arrêt brutal d’un réacteur nucléaire, qu’elles qu’en soient les causes, sont toujours imprévisibles : cela peut fort bien se passer normalement ou au contraire déstabiliser définitivement un réacteur sans que les spécialistes sachent vraiment pourquoi.
Pour prendre la mesure de la radioactivité toujours relâchée dans l’atmosphère, il suffit de savoir que dans le réacteur numéro deux, par exemple, les instruments de contrôle que les techniciens ont réussi à glisser le 2 août prés du réacteur numéro deux n’ont pas pu fonctionner car la radioactivité était trop forte. Elle dépassait –d’un montant ignoré- la limite de 10 sieverts/heure (10 000 millisieverts). La veille, dans le réacteur numéro un, les ingénieurs qui voulaient commencer à étudier la mise en place d’un système de refroidissement de secours, ont du renoncer à s’approcher par ce que les instruments enregistraient une radioactivité de 5 sieverts/heure. Impossible donc, toujours, de travailler dans les bâtiments et aux abords des réacteurs : la norme pour un salarié du nucléaire, limite au delà de laquelle il court des risques est de 20 millisieverts/an. Ce qui situe largement, si l’on tient compte de la durée de l’exposition de référence, la radioactivité menaçant les ingénieurs japonais à un niveau au moins 10 000 fois supérieur à ce qui est acceptable sans être irrémédiablement et gravement contaminé.
Cette permanence de la radioactivité interdit donc, tout en polluant davantage chaque jour la région, toute intervention sur les trois réacteurs accidentés. Les techniciens ne peuvent strictement rien à faire, les premiers robots expérimentés pour les suppléer ont été paralysés par la force des radiations.
La « promesse » de la Tepco, l’opérateur privé en cause, et du gouvernement japonais de « maîtriser » la situation pour le début de l’année 2012 est donc en train de voler en éclats. En fait les réactions nucléaires se poursuivent et les techniciens de disposent d’aucun moyen pour les arrêter ou les diminuer. Ils n’ont strictement pas progressé depuis le lendemain de l’explosion des réacteurs et même la décontamination des centaines de milliers de tonnes d’eau contaminée est au point mort. Dans les conditions actuelles, la preuve est faite qu’un réacteur peut échapper durablement à toute tentative de contrôles et que les spécialistes ne peuvent que constater l’aggravation d’une situation de crise. Quant à l’autre « promesse », celle de construire rapidement un grand sarcophage par réacteur ou une énorme enceinte de confinement, elle est pour des mois, sinon des années irréalisables. Ce qui condamne une partie du Japon à subir une augmentation des contaminations, y compris par du plutonium.
D’où la nécessité, comme le fait régulièrement Politis, de continuer à expliquer ce qui se passe à Fukushima pour que personne n’oublie l’ampleur de la catastrophe.
WASHINGTON, 4 octobre – Le Sénat américain s’est prononcé lundi en faveur d’un débat sur le projet de loi controversé concernant la soi-disant « manipulation de la monnaie » par la Chine, en dépit de la forte opposition de la Chine et d’associations des milieux d’affaires américains.
Avec 79 voix contre 19, l’aval des sénateurs a ouvert la voie à un débat d’une semaine sur le projet, dernière étape avant qu’il ne soit soumis au vote du sénat. Et pour que le projet devienne loi, il faudra encore qu’il soit adopté par la chambre des représentants et signé par le président Barack Obama.
Le projet de loi de réforme sur la supervision des taux de change a été présenté par les sénateurs Charles Schumer et Sherrod Brown, et d’autres législateurs démocrates et républicains.
Avec pour objectifs de réduire le déséquilibre commercial entre les deux pays et de créer plus d’emplois aux Etats-Unis, cette loi obligerait le département américain du Trésor à désigner la Chine comme un « manipulateur de monnaie » et à donner le droit aux compagnies américaines d’imposer des droits de douane supplémentaires, par mesures de rétorsion, sur les produits importés venant de pays dont les monnaies ont été jugées « sous-évaluées ».
La Chine a déjà exprimé sa forte opposition au projet de loi, en demandant aux hommes politiques américains d’éviter d’accroître le protectionnisme commercial et de politiser la question du taux de change.
La loi américaine sur la devise chinoise fait plus de mal que de bien
WASHINGTON, 3 octobre. La loi présentée par le Sénat américain en représailles contre les supposées manipulations de change de la Chine n’aidera pas la création d’emplois aux Etats- Unis, mais aura des conséquences négatives, a rapporté lundi le Washington Post.
Le Sénat doit procéder lundi soir à un vote de procédure pour décider ou non de sanctions contre la Chine, accusée de sous- évaluer sa monnaie et de voler des emplois aux Américains.
« C’est une loi contre-productive », estime le Washington Post dans son éditorial, ajoutant que des sanctions contre la devise chinoise n’aideront pas à rééquilibrer le commerce américain ni à créer davantage d’emplois.
« Mettre fin au déficit commercial avec la Chine ne suffira pas nécessairement à résoudre le déséquilibre commercial global des Etats-Unis », indique ce journal, « En effet, d’autres pays à bas salaires (..) pourraient facilement prendre la place de la Chine ».
Le reportage note que les pièces de nombreux produits « chinois » sont déjà fabriqués ailleurs, importés en Chine pour y être assemblés puis réexportés vers les États-Unis. Seuls 20 à 30% de la valeur des produits chinois aux États-Unis seraient affectés par un renforcement du yuan, la devise chinoise, également dénommée renmibi.
En outre, la Chine effectue déjà une réévaluation progressive de sa devise, principalement parce qu’elle y est obligée pour juguler l’inflation dans son propre pays.
Cette manoeuvre du Congrès serait également néfaste à l’ économie mondiale, note l’article.
« L’économie mondiale a suffisamment de problèmes sans y ajouter le fossé commercial entre les Etats-Unis et la Chine », ajoute-t-il.
« Une petite rébellion de temps en temps, ? c’est comme un orage qui purifie l’atmosphère. » Thomas Jefferson.
On a beaucoup parlé du printemps arabe. Les médias du monde entier se sont penchés sur les bouleversements politiques en Tunisie, en Égypte, en Libye, au Yémen et au Bahreïn. La rue arabe veut changer l’air politique et s’offre un printemps. On a pu laisser entendre que ces mutations – imperceptibles avant décembre – étaient portées par le numérique, qu’elles résultaient des réseaux sociaux et qu’elles transformeraient l’espace public. Les diagnostics sur notre temps sont rapides, plus rapides que le temps qui change, et l’établissement de la démocratie exigera sans doute plus que des messages textes. Partant du printemps arabe, nous réfléchirons ici sur le climat politique global qui est actuellement le nôtre.
La météorologie politique
L’association des saisons à la politique relève de la météorologie politique. Ce savoir est métaphorique avant d’être scientifique. Cette discipline estime qu’il importe de prendre périodiquement les températures du monde car la politique dépend du temps qu’il fait. Elle lie la chaleur à la révolte et la froideur au statu quo. Pour elle, les révolutions apparaissent lorsque le temps se réchauffe rapidement et que la distance du pouvoir fond. Quand on parle par exemple du printemps arabe, on parle d’un vent chaud, d’un air de changement. La force de l’expression tient au fait que les mouvements politiques sont imperceptibles l’hiver – les gens sont à l’intérieur – et qu’il surviennent au printemps du calendrier, lorsque le soleil réchauffe les fleurs qui sortent de terre. On l’oublie souvent, mais la météorologie politique doit se montrer sensible au travail des médias (généraux, nationaux ou sociaux), et exige une analyse de nouveaux espaces public, médiatique et numérique.
L’espace médiatique dans les sociétés sensibles
Si le printemps arabe a occupé beaucoup d’espace médiatique, c’est en raison de sa nature révolutionnaire, de sa capacité d’entraînement, mais aussi parce que l’on assistait en direct, à la télévision, aux révoltes. Or, derrière les images, une charge émotionnelle cherchait à se libérer. L’espace émotionnel renvoie la politique à sa dimension psychopolitique : l’énergie de la colère, après s’être concentrée, se dispersait partout dans le monde1. Si la politique ne parvient plus désormais à temporiser, encadrer et à protéger, personne ne peut arrêter la mondialisation sentimentale. À l’ère numérique, toutes les formes de distance disparaissent et les événements du monde semblent se dérouler dans notre cours, ce qui excite la société des sensations. La proximité du direct et l’interaction des réseaux font sentir l’événement comme si l’on y participait : en janvier, nous étions tous Arabes… C’était une haute saison pour la mondialisation des émotions. Leçon : il y a bien quelque chose de commun dans la réponse médiatique aux manifestations, aux désastres et aux catastrophes ; un pouvoir qui façonne les communautés, une indignation sentimentale aussi puissante qu’éphémère.
Cette « communauté d’émotions »2 est circonstancielle et artificielle car l’éloignement et la proximité sont des grandeurs troublées dans la globalisation. L’émotion n’est plus vécue dans le temps et ne coïncide plus avec la distance géographique. Au Québec par exemple, en février et en mars, tous parlaient du printemps arabe, alors que nous étions aux prises avec les plus importantes tempêtes de neige hivernales, sans rien dire des froides politiques du gouvernement libéral qui, austères et insensibles, détournaient la leçon de liberté donnée par les manifestants. Le printemps des uns peut correspondre à l’hiver des autres…
Si les événements se fabriquent et que la charge émotionnelle cherche à s’exprimer dans les canaux disponibles, la catastrophe affecte le monde en réchauffant un espace médiatique en quête équilibre. Pour les médias, la catastrophe arrive comme un scandale, une affaire à élucider, un gain en capital à dilapider. Dans ces nouveaux espaces, les émotions circulent à haute vitesse, dans le désordre, sans l’effet modérateur de la distance et du temps. Depuis le tremblement de terre et le tsunami, depuis la découverte des failles dans la sécurité des centrales nucléaires de Fukushima, le printemps arabe (et la répression de Kadhafi) tend à s’effacer derrière la catastrophe. Résultat : l’été arrivera plus tôt que prévu dans les grands médias du monde parce que les risques de dispersion de la radioactivité, par la force des vents, monopoliseront l’actualité et masqueront le temps des autres.
Catastrophe, chaleur et vent de panique dans la vague médiatique
Le printemps cède le pas au temps de la catastrophe. La montée de l’élément liquide sur les côtes a enfanté le vent de panique. Dans une mondialisation à grande mobilité, à l’heure des changements climatiques et des médias globaux, les nouvelles naissent, circulent en boucle et forment des vagues. Elles partent d’un site et déferlent sur la planète. Ce n’est donc pas un hasard si on se sent noyé dans l’information. La catastrophe japonaise est une nouvelle occasion d’alimenter la panique, car la vie est plus fluide, plus risquée et incontrôlable que jamais3. L’époque tend à la panique car nous assistons à des changements critiques dus à la hausse soudaine des températures. Si elle peut accompagner toutes les catastrophes, la panique concerne la peur de l’envahissement. La panique actuelle s’explique par le souvenir de Tchernobyl et le risque d’une contamination nucléaire mondiale, c’est-à-dire le spectre des nuages radioactifs qui voyagent sans passeport et risquent de nous entourer. Si les catastrophes naturelle et technique sont l’expression d’une suite de malheurs, celle-ci crée son propre climat de panique et par là son intérêt4. La panique implique la contagion par l’air, le travail aérien des médias, l’arrivée du pire dans un changement subtil d’ambiance. Tout est dans l’atmosphère : en raison de la contagion, la panique s’érige en climat général. Peut-on dire cela des récents événements au Japon ? Que s’est-il passé depuis ?
L’empereur s’est adressé à la nation ! Pressé d’agir, le gouvernement japonais continue de tenir un discours rassurant, tandis que les médias du monde insistent sur les dangers et les risques. Alors qu’un vent de panique souffle de l’étranger, d’après une dépêche de l’agence France-Presse du jeudi 17 mars, les pays invitent leurs ressortissants à quitter le pays, bien que la population sur place reste étonnamment calme et disciplinée, dans l’attente de nouvelles instructions du gouvernement. Les vents, précise-t-on, devraient rester favorables ce jeudi et repousser vers le Pacifique les rejets radioactifs. Tous les vents, surtout le vent de panique, voyagent bien dans la haute mondialisation. On en prendra pour preuve la déclaration du commissaire européen à l’Énergie, Günther Oettinger, voulant qu’à Sendai, on risque le pire, voire l’« apocalypse » ! Que conclure si, en 48 heures seulement, l’Allemagne a fermé sept centrales, la France dit vérifier les siennes et que le Québec s’interroge sur Gentilly-2 dont la durée de vie utile s’achève ? On émettait, ce jeudi, des craintes relatives à une fuite d’eau déminéralisée contenant un élément radioactif à la centrale de Pickering, en Ontario. Que penser du comportement des résidents de la Colombie-Britannique et de la Californie qui, à l’instar des Européens, se ruent dans les pharmacies pour se procurer des pastilles d’iode afin de se protéger contre un cancer de la thyroïde ? Ce vent de panique sonnera-t-il le glas du nucléaire ? Qui sait ? Ce qui est sûr, c’est que la géopolitique dépend de la nature.
Les températures du monde en équilibre
L’espace médiatique se réchauffe par la diffusion des températures émises en des lieux et des temps différents. Celles-ci cherchent un point d’équilibre : elles oscillent désormais entre la catastrophe du Japon et les nouvelles manchettes. Au moment où le monde arabe connaît l’orage, les yeux du monde se détournent de son printemps et cherchent, un instant, des survivants au Japon. Le vent souffle, la Terre tourne, la vie continue. Les températures du monde tendent à s’équilibrer. Voilà la première leçon de toute météorologie politique.
Ces temps de révolution et de catastrophe, vus du Québec, pays de neige et de glace, portent à réflexion. Loin au nord des Amériques, nous semblons à bonne distance des révoltes et des séismes. Nous nous croyons à l’abri, mais nous ne le sommes pas5. Nous avons participé aux efforts visant à limiter la pandémie du H1N1, nous participons à la panique médiatique. La catastrophe nous interpelle, elle nous rappelle nos devoirs envers des hommes épris de liberté et de sécurité. Les abris n’existent plus et l’on ne peut plus refuser de voir les autres aspirant à la liberté. Globalisée, la catastrophe japonaise ne doit pourtant pas masquer les efforts des hommes en quête de liberté, où qu’ils soient sur le globe. Ces hommes cherchent à profiter du vent pendant qu’il souffle car « il n’est pas de vent favorable, disait Sénèque, pour celui qui ne sait où il va. » Le changement dépend du vent. C’est la seconde leçon.
Ce soir, des hommes marchent à Montréal. Ils rentrent du travail. De l’autre côté du globe, à Sendai, des hommes marchent pour retrouver leurs parents et leurs enfants. Face aux caméras du monde qui les observent, ils portent des masques. Ils redoutent un certain vent. Et des hommes marchent encore dans la rue arabe…
1 À notre connaissance, la meilleure étude de la colère d’un point de vue psychopolitique est celle de Peter Sloterdijk intitulée Colère et temps (Maren Sell, 2008).
2 Sur l’espace émotionnel, lire D. Innerarity, El nuevo espacio público (Espasa, 2006) alors que pour la communauté d’émotions, on lira P. Virilio, L’administration de la peur (Textuel, 2010).
3 Voir U. Beck La société du risque (Champs, 2008). Quant au monde moderne liquide, il s’agit de la thèse développée dans les ouvrages du sociologue Z. Bauman.
4 Attentif à la psychologie des foules, Sloterdijk avait remarqué que, lors de l’accident nucléaire fort médiatisé de Three Mile Island en 1979, « il y avait dans l’air une option en faveur de la catastrophe, on éprouvait une sympathie rusée avec les explosions dans le réacteur ». Voir La mobilisation infinie, Christian Bourgeois, 2000, p. 92.
5 Noël, A., « Montréal n’est pas à l’abri d’un important séisme », La Presse, Montréal, 17 mars 2011.