Incapables de former un gouvernement stable depuis les élections législatives du 7 juin, les Turcs sont de nouveaux appelés aux urnes le 1er novembre pour renouveler leur Assemblée nationale. Contrarié par le vote des électeurs qui l’ont privé d’une majorité absolue au Parlement, le président Recep Tayyip Erdogan a montré qu’il était prêt à tout pour monopoliser le pouvoir, réformer la Constitution et imposer un régime présidentiel.
Car au lieu d’apparaître comme un arbitre au-dessus de la mêlée, le leader de l’AKP, à la tête du pays depuis 2002, a multiplié les provocations et mis les Turcs sous pression, prenant le risque d’abîmer au passage le processus démocratique en Turquie et de bloquer la vie politique en rejetant toute idée de gouvernement de coalition.
L’avenir suspendu à trois défis
Pour sortir de cette impasse, ce qui se joue actuellement à Ankara n’est rien d’autre que l’avenir de la démocratie, suspendu à trois défis.
Le premier défi est institutionnel. Les Turcs donneront-ils cette fois-ci une majorité absolue à M. Erdogan ? Rien n’est moins sûr. La société turque a changé en une génération. Les classes moyennes se sont enrichies et les Turcs sont ouverts à la mondialisation. Or, au moment où les citoyens turcs semblent se libérer de la domination paternaliste imposée par M. Erdogan, ce dernier se prend pour le successeur du dernier sultan ottoman et entend cadenasser le pays à tous les échelons du corps social.
Le deuxième défi est politique. Singularité turque, la Constitution a fixé à 10 % le seuil d’entrée au Parlement. M. Erdogan n’a toujours pas digéré le fait que le Parti démocratique des peuples (gauche et prokurde) l’ait déjà franchi une première fois en juin. Il n’est pas le seul, les élites turques ont du mal à accepter l’idée de partager le pouvoir.
Dans son histoire, impériale ou républicaine, la Turquie a toujours considéré que le pouvoir politique relevait du domaine réservé des élites turques centralisatrices. Il est arrivé dans l’histoire qu’un individu issu d’une minorité nationale ou religieuse non musulmane occupe des places prestigieuses dans l’appareil d’Etat.
Métastases de la guerre en Syrie et en Irak
Mais le fait d’entrer en force au Parlement en tant que groupe constitué – en l’occurrence en tant que parti de la gauche démocratique prokurde – représente pour la nouvelle « Sublime Porte » une sorte de crime de lèse-turcité. Peu d’observateurs en Turquie ou à l’étranger relèvent cette pratique arbitraire et antidémocratique proprement turque.
Enfin, le dernier défi est stratégique et soulève de graves questions pour le développement économique de la Turquie en toute sécurité : quelle que soit l’issue du scrutin, rien ne dit que les fractures ouvertes entre le régime et le PKK, mais aussi les tensions entre Ankara et les djihadistes de Daech, qui multiplie les attentats sur le sol turc, se refermeront. D’autant que les métastases de la guerre en Syrie et en Irak peuvent à tout moment ronger le territoire turc et la stabilité du régime. Ce qui ne sera pas sans effet sur la position de la Turquie par rapport à ces conflits périphériques, ni sans incidence sur le processus d’adhésion – déjà bien compromis – d’Ankara à l’Union européenne.
En juin, les électeurs ont dit non à l’ambition ultraprésidentielle de M. Erdogan. En véritable ingénieur du rapport de force, il a riposté en bloquant la vie des institutions républicaines. Le 1er novembre, les électeurs peuvent sortir le pays de l’impasse, satisfaire ou non le projet de leur président et se réveiller au lendemain du scrutin dans une Turquie au bord de l’implosion.
Partisans ou opposants au régime de Bachar el-Assad, Moscou, Washington, Téhéran, Riyad, Ankara, Paris, Londres, Doha et Berlin sont tous impliqués de près ou de loin dans la crise syrienne. Parce qu’un règlement du conflit qui ravage la Syrie depuis plus de quatre ans dépend de leur capacité à trouver un terrain d’entente, « L’Orient-Le Jour » propose un récapitulatif de l’évolution de leurs positions depuis 2011 et de leurs engagements diplomatiques et sur le terrain.
Position initiale
Pourtant plutôt favorable aux « printemps arabes », qualifiés de « réveil islamique », Téhéran a, dès le début des manifestations en Syrie, dénoncé « un complot » venu de l’extérieur. En août 2011, le président iranien Mahmoud Ahmadinejad parle d’« ingérences malfaisantes de l’Occident et de certains pays arabes dans les affaires intérieures syriennes ». Pour l’Iran, la chute du régime profiterait aux Occidentaux et à leurs alliés turcs et arabes, particulièrement l’Arabie saoudite. Disposant de très bonnes relations avec Damas depuis le début des années 80 et l’éclatement de la guerre Irak-Iran, Téhéran va faire le choix de soutenir coûte que coûte le président syrien Bachar el-Assad, tout en reconnaissant la légitimité de certaines revendications populaires. Anticipant une possible chute du régime syrien, l’Iran va toutefois rentrer en contact avec une partie de l’opposition syrienne, de tendance « Frères musulmans ». Téhéran veut s’assurer que, quelle que soit l’issue de la crise, il ne perdra pas tous ses intérêts stratégiques en Syrie. Ceux-ci sont historiques et nombreux. La Syrie est une pièce essentielle, si ce n’est la pièce maîtresse, de la politique étrangère de Téhéran. La Syrie a été le premier pays arabe à reconnaître la République islamique après la révolution de 1979, et le seul, avec la Libye, à le soutenir durant la guerre Iran-Irak. Le fait que la Syrie soit dirigée par des alaouites (une branche du chiisme) a également certainement favorisé l’entente entre Damas et Téhéran, même si d’autres considérations semblent plus importantes : la Syrie donne à l’Iran un accès au Moyen-Orient arabe et à la Méditerranée. Damas est un chaînon indispensable de l’axe stratégique qui relie Téhéran au Hezbollah, appelé « axe de la résistance », contre Israël. Le gouvernement syrien est d’ailleurs présenté par Téhéran comme le « fer de lance de la lutte contre le sionisme ». Le soutien logistique de Téhéran au Hezbollah passe essentiellement par la Syrie. Le conflit dans ce pays est un enjeu géopolitique majeur pour Téhéran : ce dernier joue sa place de gendarme régional contre son rival saoudien, mais aussi sa capacité à défendre certains fondements de sa doctrine révolutionnaire, islamiste et anti-occidentale.
Engagement sur le terrain
L’engagement militaire de l’Iran en Syrie a été progressif. Dès le début de la crise, Téhéran envoie des conseillers à Damas, pour contrôler l’opposition. En 2012, il commence à envoyer des gardiens de la révolution en Syrie, certains d’entre eux seront capturés par l’Armée syrienne libre puis libérés en janvier 2013. La présence des pasdaran en Syrie a été dans un premier temps niée, puis admise sans toutefois préciser combien de combattants étaient mobilisés. Il s’agirait aujourd’hui de plusieurs milliers de combattants chargés d’encadrer et de former des milices comprenant des Syriens (essentiellement chiites et alaouites), des Irakiens, ou encore des Afghans et des Pakistanais.
En outre, entre 5 000 et 8 000 membres du Hezbollah se trouvent actuellement en Syrie. Le secrétaire général du parti chiite, Hassan Nasrallah, reconnaît la présence de ces combattants en avril 2013, au moment de la bataille de Qousseir. Parallèlement à son soutien militaire, Téhéran fournirait plusieurs milliards de dollars par an à Damas.
Position actuelle
Deux facteurs ont eu des répercussions sur la politique étrangère de Téhéran en Syrie. Un : la présence de plus en plus importante de jihadistes, foncièrement antichiites, au sein de l’opposition syrienne. Téhéran voit dans cette présence une manœuvre de l’Arabie saoudite visant à contrer son influence dans le monde arabe. Cette évolution va amener l’Iran à durcir sa position, à intensifier son soutien au régime et à se présenter comme un protecteur des minorités. Deux : l’accord nucléaire conclu en juillet 2015 à Vienne entre l’Iran et les 5+1. Cet accord ouvre la voie à des négociations entre Téhéran et les Occidentaux dans la mesure où il symbolise le retour de la République islamique dans le « concert des nations ». Mis à l’écart au moment des négociations de Genève I et de Genève II, l’Iran cherche depuis à s’imposer comme un acteur indispensable pour trouver une issue au conflit. Pour l’instant, Téhéran cherche, à l’instar de Moscou, à imposer son propre agenda qui vise à éradiquer la menace jihadiste dans un premier temps, avant de discuter du sort du président syrien dans un second temps. Les discours du président iranien Hassan Rohani laissent entendre que Téhéran ne se sent pas engagé envers Bachar el-Assad. Les Iraniens n’ont jusqu’à présent pas précisé quelles concessions ils seraient prêts à faire et quelles garanties ils souhaiteraient obtenir en cas de négociation sur une sortie de crise.
Position initiale
Historiquement tendues, même après la fin de la guerre froide, les relations entre la Syrie et les États-Unis s’améliorent quelque peu après l’arrivée de Barack Obama à la Maison-Blanche en 2009. En effet, le successeur de George W. Bush estime que Damas a un rôle-clé à jouer dans la région. Ces progrès volent en éclats lorsque le soulèvement populaire éclate en Syrie en mars 2011, bien qu’Obama mette plusieurs mois à réagir. Une première vague de sanctions, économiques surtout, est imposée, touchant les réseaux de télécommunications et de banques, ainsi que le pétrole et l’aviation. Bien d’autres suivront au cours des années suivantes, au fur et à mesure que le pays s’enlise dans une guerre de plus en plus complexe et meurtrière. L’administration Obama finit par demander le départ du président syrien Bachar el-Assad à la fin de l’été 2011. Il faudra attendre mars 2014 pour que Washington se décide à fermer son ambassade à Damas, en raison de « l’illégitimité si évidente du régime » Assad, selon les termes du secrétaire d’État John Kerry.
Engagement sur le terrain
Dès juillet 2011, l’Armée syrienne libre (ASL), constituée de soldats et haut gradés déserteurs, ainsi que de civils ayant pris les armes, s’impose sous la houlette de Riad el-Assaad, comme principal courant d’opposition sur le terrain à l’armée loyaliste de Bachar el-Assad. Très vite, l’ASL reconnaît l’autorité du Conseil national syrien (CNS, opposition syrienne en exil formée fin 2011), et s’attire peu après le soutien d’une grande partie de la communauté internationale, dont Washington. Dès le printemps 2012, des agents de la CIA aident l’ASL, lui fournissent renseignements, assistance et matériel dans ses camps en Turquie, en Jordanie et en Syrie, où ils font transiter des armes.
L’année suivante, l’hostilité monte d’un cran entre Damas et Washington, qui accuse le régime d’utiliser des armes chimiques contre la population civile, en référence au massacre au gaz sarin de la Ghouta orientale. Jugeant qu’une « ligne rouge » a été franchie, les États-unis menacent de recourir à la force et décident d’intervenir militairement en Syrie. Une intervention finalement avortée : après un suspense généralisé, Barack Obama décide de s’en remettre au Congrès. Moscou obtient entre-temps de Damas de mettre son arsenal chimique sous contrôle international.
En juin 2014, le Pentagone met en place le Train and Equip Program, dont le but est d’entraîner plusieurs milliers de rebelles triés sur le volet, mais qui s’avère être un fiasco total. Seuls quelques dizaines de combattants sont choisis et formés, avant d’être envoyés en Syrie, où ils disparaissent pour la plupart. À la mi-septembre, le commandant
des forces américaines au Moyen-Orient reconnaissait que seuls « quatre ou cinq » rebelles syriens formés et équipés par les États-Unis combattent effectivement sur le terrain.
C’est à la même période qu’une coalition de plus d’une cinquantaine de pays se met en place, menée par Washington. Cette coalition s’inscrit dans la lutte contre l’État islamique (EI) en Irak comme en Syrie. Les frappes sont aériennes, et surtout américaines. Mais en un an, si l’action de cette coalition a permis de freiner quelque peu l’expansion du groupe jihadiste, elle n’a pas réussi à l’endiguer totalement ni à l’éliminer.
Position actuelle
Plus de quatre ans après le début de la guerre, aucune solution ne semble être en vue. Le conflit est d’une complexité à toute épreuve, et les positions de certaines grandes puissances ont évolué avec la situation sur le terrain. La politique américaine semble hésitante et confuse, sans stratégie bien définie. Ainsi, en mars 2015, tout en répétant comme ce fut le cas dès 2011 que la seule solution au conflit est politique et non militaire, Washington se démarque toutefois de ses positions passées et n’exclut plus de négocier avec Bachar el-Assad. Récemment, le secrétaire d’État John Kerry a estimé que Bachar el-Assad devait partir, tout en indiquant que le calendrier restait à déterminer dans le cadre de négociations pour résoudre le conflit en Syrie.
Position initiale
Allié de la Syrie depuis la période soviétique, la Russie a réaffirmé à plusieurs reprises son soutien indéfectible au régime du président Bachar el-Assad. Un soutien illustré notamment par ses livraisons d’armes à ce pays malgré le conflit qui dure depuis maintenant plus de quatre ans. La Syrie est l’un des alliés essentiels de la Russie dans le monde arabe. Damas est d’abord important pour Moscou sur le plan commercial. Si des opposants à Bachar el-Assad venaient à s’emparer du pouvoir, ils pourraient remettre en cause les nombreux investissements russes dans l’économie syrienne. Ensuite, la base de ravitaillement et de maintenance de sa marine dans le port de Tartous dans le nord-ouest syrien est la seule dont la Russie dispose hors de l’ex-URSS, alors que l’accès aux mers chaudes est une obsession pour elle. La chute du régime de Damas entraînerait le départ de Moscou du Moyen-Orient. Depuis le début de la crise, les Occidentaux ont tenté de faire fléchir la position russe à maintes reprises. Mais la Russie a, comme la Chine, opposé son veto à quatre résolutions du Conseil de sécurité sur la situation en Syrie : les 4 octobre et 4 février 2011, le 19 juillet 2012 (condamnations de la répression en Syrie des protestations contre le régime) et enfin le 22 mai 2014 (saisie de la Cour pénale internationale par l’Onu concernant les crimes de guerre en Syrie). Par ces « niet » francs, la Russie s’est attirée les foudres de la communauté internationale qui l’accuse de légitimer les exactions du président syrien. Les Russes n’ont aucune confiance dans les Occidentaux et craignent que l’adoption d’une résolution à l’Onu ne rappelle le précédent libyen (guerre civile de 2011) et que Bachar el-Assad ne subisse le même sort que le colonel Kadhafi. Pour la Russie, il revient aux Syriens de décider de son sort et du leur. En outre, Moscou a toujours démenti le recours aux armes chimiques par le régime, d’où le dernier veto de 2014. Cependant, le soutien de Moscou à Damas n’a, en coulisses, pas toujours été tout lisse. En effet, celui-ci a maintes fois été exaspéré par l’obstination du régime à refuser tout dialogue.
Engagement sur le terrain
La Russie, deuxième exportateur d’armes au monde, a fourni des armes à la Syrie sur la base de contrats signés avant et après le début du conflit en 2011. Les Russes ont envoyé des centaines d’instructeurs et de techniciens entretenir le matériel de guerre qu’elle a vendu : hélicoptères d’attaque, missiles, radars, batteries antiaériennes. Son site militaire de Tartous est précieux. Il s’agit d’une base navale rétablie en 1971 et dans laquelle stationnait jusqu’à présent une garnison de 150 hommes. Le commandant en chef de la marine, l’amiral Vladimir Massorine, avait déclaré en 2012 que la Méditerranée est « une mer de la plus haute importance stratégique » et « une région où la puissance navale et le drapeau russe doivent être vus ». Malgré son soutien au régime d’Assad depuis le début, Moscou n’a jamais émis le souhait d’intervenir militairement jusqu’au déploiement de troupes en été 2015. Les avions russes ont mené plusieurs raids contre des positions « terroristes », selon Moscou, à Hama et à Homs, dans le nord-ouest et le centre du pays. Un engagement de troupes au sol est pour le moment exclu par le Kremlin. L’objectif de cette intervention est, selon Moscou, de soutenir les « forces armées syriennes dans leur lutte contre l’État islamique » et les groupes « terroristes » en général.
Position actuelle
Au cours de cet été, la Russie a intensifié son aide au régime syrien, notamment par la livraison de blindés et d’avions, et renforcé les garnisons russes à Lattaquié (aéroport) et Tartous. Le 28 septembre dernier, Vladimir Poutine défend le régime syrien devant l’Assemblée générale de l’Onu. Le chef du Kremlin a demandé une « large coalition antiterroriste » pour lutter contre les jihadistes en Syrie et en Irak. Cette coalition serait « semblable à celle contre Hitler » au cours de la Seconde Guerre mondiale et les pays arabes « y joueraient un rôle-clé », a-t-il dit. Enfin, Moscou a appelé le gouvernement syrien à dialoguer avec les différents acteurs du conflit. Ce dernier a accepté de participer à des discussions préliminaires proposées par l’Onu afin de préparer une conférence de paix. Lors de son discours à l’Onu fin septembre, le président russe a estimé que refuser de collaborer avec le gouvernement syrien serait une « énorme erreur » car il fait, selon lui, preuve de « courage » dans sa lutte contre les jihadistes.
Position initiale
Dès le début de la crise, les pays de l’Union européenne (UE) se montrent très fermes à l’égard de la Syrie. Quand le régime lance la répression des manifestants, l’UE condamne avec virulence l’attitude du régime, appelle au départ du président syrien Bachar el-Assad, et impose très vite un premier train de sanctions économiques, commerciales et diplomatiques, ainsi qu’un embargo sur les armes et le pétrole. De même, des personnalités proches ou faisant partie du régime sont interdites de visa pour l’UE. La France, surtout, se démarque par la violence de ses critiques contre le régime de Damas, d’où elle retire son ambassadeur dès novembre 2011. Quelques mois plus tard, c’est au tour de la Grande-Bretagne, de l’Italie et des Pays-Bas de fermer leurs chancelleries dans la capitale syrienne. Les membres de l’UE ont quasiment tous apporté leur soutien à l’opposition syrienne, multipliant les sommets et réunions internationales (comme Genève II, par exemple), malgré le peu de résultats obtenus.
Engagement sur le terrain
Si les États membres de l’UE affichent, dès le début, un front uni contre Damas et ses alliés, ils ne sont toutefois pas d’accord sur la manière de procéder. Ainsi, depuis mai 2013, certains États européens ont le droit de vendre des armes aux rebelles syriens. Toutefois, la mesure n’a pas eu grand impact sur le terrain.
Lorsque le régime syrien est accusé en 2013 par la communauté internationale de perpétrer des massacres au gaz sarin et autres armes chimiques, l’UE le condamne vivement. La fameuse « ligne rouge » américaine franchie, la France s’empresse d’annoncer des frappes punitives en Syrie; mais le Parlement britannique inflige un camouflet à ses partenaires internationaux et vote contre, tandis que les États-unis se rétractent à la dernière minute. Par la suite, les États membres de l’UE prendront part à la coalition internationale contre l’État islamique (EI) en Irak et en Syrie, qui regroupe plus d’une cinquantaine de pays. En termes de frappes concrètes, seules la Grande-Bretagne et la France en ont effectué en Syrie, et seulement récemment.
Position actuelle
Nombreux sont les observateurs et connaisseurs de la région qui estiment que, contrairement à la France, une bonne partie de pays européens (comme la Suède, l’Autriche, l’Espagne, la Roumanie ou la Pologne) ne sont plus opposés à l’idée que Bachar el-Assad fasse partie d’un processus de transition. Même la Grande-Bretagne et l’Allemagne se sont prononcées, récemment, pour l’inclusion du président syrien dans des négociations de sortie de crise. Un virage considérable par rapport à leurs positions depuis le début du conflit.
Autre pression sur l’Europe pour une résolution du conflit : l’arrivée massive depuis quelques semaines de réfugiés syriens.
Position initiale
Malgré d’importants contentieux historiques, Damas et Ankara ont entretenu de bonnes relations au cours des années 2000. Le président turc, alors Premier ministre, Recep Tayyip Erdogan, ne tarissait d’ailleurs pas d’éloges sur le président syrien, Bachar el-Assad qu’il qualifiait « d’ami ». Au moment des premières manifestations, Ankara cherche à être un médiateur entre la Syrie et l’Occident et appelle Damas à faire de sérieuses réformes. Au fil des mois, le discours d’Ankara va se durcir à mesure que le régime va poursuivre sa politique de répression contre les manifestants. Le 2 octobre 2011, des opposants syriens annoncent depuis Istanbul la création du Conseil national syrien (CNS), coalition de courants politiques opposés au régime. De partenaire, la Turquie va progressivement devenir l’un des chefs de file de l’opposition au régime Assad, opérant un réel retournement de position diplomatique qui l’éloigne de Téhéran, mais lui permet de se rapprocher des puissances sunnites du Golfe.
Alors que Riyad a accueilli les révolutions arabes avec beaucoup d’inquiétude, Doha a essayé de tirer profit de ce changement de situation pour favoriser la montée en puissance des Frères musulmans. Cette divergence stratégique a très largement compliqué les relations entre les deux voisins du Golfe, mais ces derniers se sont tout de même retrouvés sur un point : le soutien à l’opposition syrienne. Les pays du Golfe ont misé sur le fait que la chute du régime Assad serait un coup dur pour Téhéran, qui perdrait alors son seul allié dans la région. Les puissances du Golfe vont donc apporter, dès le début de la crise, leur soutien à l’opposition syrienne, non par souci démocratique mais pour des questions d’ordres géopolitique et stratégique. Selon des informations publiées par WikiLeaks, l’Arabie saoudite, le Qatar et la Turquie auraient conclu un accord secret en 2012 visant à renverser le gouvernement syrien.
Engagement sur le terrain
L’axe Ankara-Riyad-Doha va progressivement mutualiser ses efforts en faveur de l’opposition syrienne, en fournissant argent et armes aux groupes rebelles. Leur entente a permis d’apporter un soutien logistique important à l’Armée de la conquête, coalition de rebelles menée par le Front al-Nosra (branche syrienne d’el-Qaëda) et le groupe salafiste Ahrar el-Cham, au moment de la grande offensive du printemps dernier dans la province d’Idleb. Tous les trois se sont engagés à fournir un soutien politique, financier et militaire à al-Nosra, selon certains spécialistes, bien que d’autres estiment que Riyad serait moins impliqué que ses alliés dans cet engagement implicite. Les trois pays ont également été accusés d’avoir favorisé l’expansion de l’organisation État islamique (EI), mais aucune preuve ne peut étayer ce fait jusqu’à présent.
L’Arabie saoudite aurait transféré les armes les plus lourdes dont disposent les insurgés, parmi lesquelles des lance-roquettes antichars, des lance-missiles sol-air ainsi que quantité de munitions et obus. Au printemps 2013, le Financial Times estimait l’aide qatarie aux rebelles à plus de 2,25 milliards d’euros. Ankara a été de son côté accusé par le quotidien turc Cumhuriyet d’avoir livré un millier d’obus de mortier, 80 000 munitions pour des armes de petits et gros calibres et des centaines de lance-grenades aux rebelles. Officiellement pourtant, le gouvernement turc s’est toujours défendu de ces accusations.
Le 2 octobre 2014, le Parlement turc a adopté une résolution permettant au gouvernement d’intervenir en Syrie et en Irak. Refusant au départ de prendre part à la coalition contre l’EI, les Turcs vont changer de position et accepter, en août 2015, de mettre à disposition des avions de la coalition leurs bases aériennes. Ils se lancent alors dans une guerre « contre le terrorisme » visant surtout le PKK et dans une moindre mesure l’EI. Bien que participant également à la coalition, le Qatar et l’Arabie saoudite n’effectuent officiellement pas de raids en Syrie.
Position actuelle
Ankara, Riyad et Doha continuent de réclamer le départ de Bachar el-Assad, même si Recep Tayyip Erdogan a récemment admis que le président syrien pourrait faire partie d’une période de transition. La Turquie réclame la mise en place d’une zone d’exclusion aérienne au nord de la Syrie, alors qu’elle doit gérer près de deux millions de réfugiés syriens sur son territoire. Riyad a de son côté récemment déclaré, par le biais de son ministre des Affaires étrangères, Adel al-Jubeir, que deux options mènent à la chute d’Assad, l’une étant politique, l’autre militaire.
Cinemed. Amama du réalisateur basque Asier Altuna en compétition long métrage pour l’Antigone d’or.
A proximité d’un petit hameau basque isolé, la grand mère Amama se tient aux épaules de son petit-fils qui court dans les bois. Elle est épuisée, lui est relié à une corde qui le rattache à la terre de ses ancêtres. C’est l’histoire d’une famille, l’histoire d’un conflit.
Les zones rurales et le milieu urbain, le passé et le présent, les parents et leurs enfants : des chemins de vie contraires s’affrontent tandis qu’Amama, la grand-mère, observe dans un mutisme éloquent le déroulement du destin familial. « Le hameau est comme une île, le centre du monde, autosuffisant par tous ses aspects : économiquement et spirituellement.
» C’est un monde où les mains rudes des paysans cesseront bientôt d’être » confiait Asier Altuna à Cineuropa au festival de San Sebastian. Pour évoquer le récit d’une rupture générationnelle doublée d’une rupture civilisationnelle, Asier Altuna initie à travers l’expression artistique de la petite fille une esthétique de la mémoire des personnages et de la nature. Les plans dans la forêt, et la présence des arbres censés veiller aux destins des âmes, nourrissent le film d’une sève dramatique exceptionnelle et mystérieuse.
Un pas en avant, deux pas en arrière. Voilà comment on peut résumer la décision des États européens, qui ont annoncé l’augmentation des seuils d’émission des gaz polluants pour les moteurs diesel des véhicules. En clair : les véhicules diesel sont autorisés à polluer plus dans les années à venir.
Deux tests mais un seuil de pollution doublé
Le scandale Volkswagen aurait-il poussé l’Union Européenne à agir dans l’urgence ? Non, puisque la réflexion à ce sujet aurait été entamée dès 2010, assure Bruxelles dans un communiqué. Au printemps, la décision avait été prise de faire passer deux tests aux véhicules, un en laboratoire et un sur route, à partir de janvier 2016. Actuellement, un seul test est passé en laboratoire, mais ne permet pas de mesurer efficacement les émissions d’oxyde d’azote, qui peuvent être quatre fois plus importantes en condition réelle, comme cela avait été le cas avec Volkswagen. Une avancée, pour laquelle il fallait encore fixer les seuils d’émission de ces gaz polluants.
Les États européens ont décidé de ne pas suivre à la lettre le texte initial de Bruxelles, qui prévoyait une marge de tolérance de 20 %. Cette marge de tolérance sera de 110 % entre septembre 2017 et janvier 2020, puis ramenée ensuite à 50 % pour les nouveaux modèles et ce de façon permanente. En clair, les nouveaux véhicules mis en circulation auront le droit d’émettre deux fois plus que le seuil actuel de 80 mg/km d’oxyde d’azote actuellement autorisé. Et donc de polluer deux fois plus.
« L’accord trouvé sur la divergence autorisée entre la limite autorisée mesurée en condition réelle de conduite et celle mesurée en laboratoire représente quand même une baisse significative comparée à la différence actuelle », souligne la Commission européenne. La différence entre les tests en laboratoire et la réalité de conduite était parfois de 400 % à 500 %. Baisser cette marge de tolérance à 50 % est donc une petite victoire, d’où ce délai accordé aux constructeurs.
Les écologistes indignés
Cette décision ne représente toutefois pas une victoire totale. « Les citoyens vont se demander pourquoi leurs gouvernements préfèrent aider les constructeurs automobiles qui trichent lors des tests plutôt que de leur fournir un air propre à respirer », a regretté Greg Archer, de l’ONG Transport & Environment, auprès de l’AFP. « C’est un honteux coup monté qui, une fois de plus, place les intérêts des constructeurs automobiles devant la santé des gens », a assuré dans un communiqué Catherine Bearder, eurodéputée britannique. Les eurodéputés Verts et libéraux avaient voté pour le maintien de la limite à 80 mg/km, celle actuellement autorisée lors des tests en laboratoire. A croire que le scandale Volkswagen n’aura pas eu de réel impact…
Une immersion dans les mythes et symboles méditerranéens. (Photo DR)
Cinemed compétition long Métrage. « Riverbanks « du réalisateur grec Panos Karkanevatos.
En compétition pour l’Antigone d’or 2015, Riverbanks de Panos Karkanevatos aborde moins la question de l’immigration en elle-même que celle du mouvement permanent dont un des personnages principal, le fleuve Evros à la frontière gréco-turque, est un symbole vivant.
Aux abords de la rivière Chryssa, une jeune femme impliquée dans le trafic des passeurs rencontre Yanis qui démine la rive en jouant avec la mort. A cet endroit, le flux de migrants, pour la plupart des enfants, est aussi constant que celui de l’eau. Mais la terre d’espoir que foulent les clandestins dans des conditions dantesques est truffée de métal qui les font disparaître. Chryssa et Yanis le savent.
La force cinématographique de Panos Karkanevatos se situe dans la singuliarité de ses personnages hyperprésents en ce lieu de passage entre la vie et la mort. « Je me situe loin de l’actualité », confie à juste titre le réalisateur grec qui ne s’attache à aucun jugement. Seuls comptent le présent, l’amour, le désespoir et l’espoir.
En ce lieu symptomatique de la mondialisation non loin du mur de 12 km inutilement construit par les autorités grecques, la conscience des personnages au bord du gouffre s’exacerbe. Sans réelle prise sur leur destin, la sensibilité naturelle qui surgit pousse Chryssa et Yanis à s’attacher l’un à l’autre sur des valeurs qui les rapprochent plus profondément, plus intimement.
Panos Karkanevatos affleure avec ce film la « mouvance », d’un état d’esprit individuel et apatride dans lequel la mondialisation nous a intégrés. Cette rencontre d’âme au bord de l’eau collective perturbe notre psychisme en nous plongeant dans un état supérieur de cognition. Karkanevatos redessine en toile de fond le mythe d’Orphée en nous immergeant dans les rythmes méditerranéens.